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REVUE DU LYOJNJNAIS.
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REVUE
ou
LYONNAIS.
TOME XXVIII.
LYON.
IMPRIMERIE DE LÉON ROITBL,
Qui Mal.,AM*ia«, M.
1848.
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REVUE
DU LYONNAIS.
LA LOCOMOTIVE.
Elle est là ! regardez, toujours, toigoura groodinte,
En «on formidable repos ;
Des Apres grincements de son haleine ardente,
Elle épouvante les échos.
L'eau, comme une sueur, découle sur la fonte ;
L'air brûle à vingt pas tout autour -,
De flon flitt «idoyant qui s'épaiiflit et monte
La ftimëe Qbeewdt le Jour.
GonraBe ! enis raUclie apportez de la hoaOte
Pour aUnenter le brealer;
Verset Hiiiile aux eieieiix, efluei toute rouille,
PoUmok le eohnre et l'aeier.
Que la locomotive, à partir toute prtte,
Retuiie eu sa robe d'airain !
Femmes, entants, vieillards, venes lui fUre Me,
L
LA LOCOMOTIVE.
Et vous, vierges aii front serein.
Oh! ne dédaignez pas de Irosser, de suspendre
De« coiixonnes de rameau vert
4UY flfuycs du charriot qui vomit de la œndre :
Sous les feuilles cachez le fer I
H.
Il ne va pas, traînant baliste et eatapalte,
Fonwr banjèies et rempartp.
Et dans le sein menrtri des cités en tumulte
Lancer les torebes et les dards ;
La désolation ne marque point sa trace ;
Celui qui règle son essor,
Ce n'est pas un guerrier, un prince, un chef de race.
Portant couronne ou casque d'or ,
Ce n'est point une armt'e, ù villes, qu'il amène
Au pied de vos murs aujourd'hui.
Ce sont tous les enfants de la famille humaine ;
Allez donc au devant de lui î
A ces hôtes nouveaux offrez dans les corbeilles,
Avec les pains de pur froment,
Les fruits de vos climats, les raisinB do vos tniles ;
Offrez, rouge d'un vin ftunant,
La même eoupe à tous ; ne dresses qn'ime laiMe
OU ees frères viendront s'asseoir :
Ceux des pôles glaeés, eaux des pays du saMe,
Des mers de faurore on do soir ;
Puis, échangez vos biens, votre or, vos pierreries.
Le fler^ la houille et le eorafl,
l^s richesses du ciel, filles de vos patries.
Et celles filles du travail,
Vos livres, vos pensera, vos lois, afin que l'homme,
S'agrandiseant en cet hymen,
LA LOGOHOXiVB.
Vive en im et pafHwt, et q^*tiaA ae oaoBomiiie
Un seul Mie, le Genre hanudo !
m.
0 diar prodigieux ! ô rival du tonnerre I
Lorsque tu pars, broyant le sol,
Ni le flUnoûn, ni l'aigle âaaoé de ton aiie
Ne pentent te vainere en ton vol.
Les eitéB vont s'asseoir sur ton aOe ; avec eUes
Tn Aiis, tu teids l'air ooBune nn tait»
fit si l'homme attetott la montagne à tes ailes,
La montagne s'élmnleiait !
Toi, l'oigneil de notra Age et refliroi du vieu monde,
Qiar terrible^ nui. vivante ffii i%HT ,
Tu n'as rien «pondant dans tes flancs, fu'un peu d'onde.
De l'onde qui tombe des eieui
Ou jaillit de la source, et, toujours voyageuse,
Enlace la terre en ses plia,
fit remonte des mers à la nue orageuse
Pour verser la rosée aux lys ;
Rion qu'un peu de ce feu, père de la lumière.
Ferment du globe refroidi,
Que tout récèle : l'arbre et la neige et la pierre,
Comme les rayons de raidi î
Oui, l'homme, souverain de l'onde et de la Qanune,
L'homme en ses mains a condensé
Le nuage et la foudre, il en a fait une âme.
Et soudain tu t'es élancé I
Tn marches sur le fleuve et francliis les abîmes ;
Ici, des arches de granit
De la chaîne des monts ont nivelé les cimes.
Tout sommet pour toi s'aplanit ;
Là, dans les durs rodiers qni s'ouvrent, tu t'enfonces
Avec ta Ole de trameaox ;
LA LOCOMOTIVE.
On te voit disparaître, ainsi que sous les rmoe»
Un serpent aux bruyants anneaux.
DaoB la nuit du rocher chemine la fournaise ;
Mais bientôt de l'antre étonné
Tu t'élanc€S, suivi d'un sillage de braise,
£t d'étiocelles courouDé !
IV.
Et pendant ee temps-là vous vous taises, poètes !
Vous, les prophètes, les devins,
Vous n'avez rien eompiis à de telles conquêtes !
Assis an penchant des ravins,
Vons contemples, frappés d'une stupeur profonde.
Le cbar qui partout se ftdt Jour,
Et vous n'avex de voix que pour aier au monde :
• L'âge de 1^ est de retour ! »
Ah ! trftve de sanglots, trêve de rêveries!
N'aves-vons pas assez pleuré?
Dans les replis ondiraix de vos Tempés fleuries,
JTavez-vous pas, à votre gré.
Tressé, de l'aube au soir, des couronnes légères.
Redit votre plainte aux écho?.
Et, pour les façonner en fliltcs hoc^igères,
Assez moissonné de roseaux,
Assez gravé de noms dans l'écorce attendrie,
Toujours prêts à bénir les dieux.
Pourvu que Galathée en passant vous sourie ?
0 poète, levez les yeux !
V.
Là-haut, sur le Caucase où l'aile de l'orage
Battait son cadavre amaigri.
LA LOCOMOTIVE.
Du charriol vengeur saluant le passage.
Le vieux Promethée a souri.
Il g'écrie : 0 soleil ! ô terre ! 6 mer immense !
Entendez-vous enfin venir
Le dieu jeune et nouveau dont le rj^gne conimeuce,
Le roi vainqueur de l'avenir '
Gloire à lui ! Depuis l'iirure où j'ai brisé la pierre,
Gardienne du feu sacré,
II a bien combattu dans sa rude carrière,
Il a bien souffert, bien pleuré ;
Il a bâti longtemps la hutte aux borda des grèves,
Erré de désert en désert;
Et BQo sang a oonlé plus féeoiid qae les sèves
Dans les veines de l'univers.
O toi, que j'éeoutais, au sein des nuits proflmdes.
Gémir avec le vent des bois,
Atlas au front eourbé, sombre porteur des mondes.
Ne pleure plus eomme autrefois l
Ne pleure plus : la terre est joyeuse et vermeille.
Vois, c'est le trùne des bnmains;
Au milieu de l'espace, ainsi qu'une corbeille,
Elève4a dans tes deux mains !
Et toi, Zeu8, couvre-toi de nuages, secoue
Tes pâles foudres dans les cieux î g
Celui qui fnX créé pour ramper dans la boue
Est devenu semblable aux dieux.
Il brise ses liens , et de toute sa taille
Contre ses tyrans redressé.
Il s'écrie aujourd'hui ; Je veux livrer bataille;
Tombe/, donc, ô dieux du passé!
Mornes olympiens, ô vieux dieux, ombres mortes.
Dieux jaloux qui m'avez puni,
Tombez ! de vos palais l'homme ébranle les portes ;
Tombez , votre règne est fini !
DISSERTATION
L'KMPLAGEMENT DU TEMPLE D'AUGUSTE
atr COWFLUKRV
DU RHONE ET DE LA SAONB.
UGiJSTK Bernard, membre
(Je la Sociélé des Anliquaires
tleFrancc n |)ubli(''(lerniére-
menl dans hi Revue archêo-
logique un travail Irès-inlé-
ressanl, inliluic^ : Mémoire
sur le Temple dédié à Au-
guste au conpuent du Rhône
cl de ta Saône. Nous avons
I r oin <> dans cel opuscule des
délaits nombreax el inslruc-
Ufo 3ur les événements qui
'V molivèrenl Térection de ee
monament de la reeoonaisMfice dei loiiante nations gaaloises,
ainsi que sar le collég^B des prMres qni y étalent attachés (1).
T a différaoce qoe l'on remarque sur le» inscription» antiques cuire
tferrdog ad oram el McmfM oif implmm , i Wl penser à Artaud qu'il y avait
^ ij ... L.y
Google
UISSEB1ATI0N SUR l' EMPLACEMENT, ETC. H
Gepi^Ddavi, poussé par le dôsir bien louable de nous
éclairer aar un poiol ai inléressant pour rhisloire de notre
ville, mais priv<^ des raoycos d'éludé que lai aurail foomi
riuapeçUoi» des lieux, privé surtout des dpcomeuts impor-
tants que nous possédons anjoi^d'hoi, et n'ayant pas en con-
naivance des prei^yes matérielles que nous avons acquises,
M. Angnste Bernard s*est empressé d*émetlre, an sujet de
remplacement du temple, une opinion dont la nouveauté
lui a 89«rii mais qo'il fious est impossible de partager.
Rejetant Tavis de presque tous les bistorieos de Lyop, an-
ciens on modernes (1), et malgré le témoignage d*nn uq-
lenr i^nlemporain de cet édifice (f)» malgré celql des mo-
nupaents eux-mêmes (3), il s*est attaché è démontrer que le
temple dédié à Auguste par les peuples de la Gaule, n'était
pas à Ainay, c'est-ft-dire au confluent des deux rivières, mais
qu'il s'élevait 6 la place où sont aujourd'hui les églises Sa itU-
Nizier el Sainl-Picrrc.
Celle idée, comme on le voil, esl absolunieril neuve, el
l'auteur, pour la prouver, a enlreprls une lâche d'autant
plus difficile, que les découvertes faites il y a quelques an-o
fleux collèges Je prêtres, l'un pour le temple cl l'autre pour l'autel. M. Au-
guste Bernanl combat celle opinion et deiuanile ce que serait un rolh'-ge
de préircs sans autel ? Ses réilckions nous semblent justes. Cependant cette
différenoe nous {Munlt «foir eu vnc signification ebes les prêtres aufiasiaux,
et dsDS le cette qae f on remlait «as empereurs ne poomit-on pes peoeer
^m, feiee q«e eae SO prèlfte dossMi être lens é|Mut, poUqoe dneoB
dVvs élait représeniant d'un peuple, il en 7 avait de spépialcneot ehargés de
certaines cérémonies qui les appelaient particulièrement a l'autel ? Pour déçi»
.for ccttt' question if faudrait coooature i tond tous les détails des cérémonies
refigit'uscs chez \<-< nnciens.
(i) Cbampier, par une erreur inconcevable, a placé le temple d'Auguste
à PonrvUtes.
(3) Sirabon.
(S) fiiteripikiu éu noÊife Ui^Mre de t^.
IS DISSERTATION StJB l'EMPLACEMBITT
nées, et doni il n'a sans dou(e pas eu conoaiMance, en
démonlrenl Timpossibililé. D'aillears, M. Auguste Bernard
Boas parait se condamner lai-mêine, en dlant teilaellement
un passage de Sirabon, qn*il Iraduil en ces termes : au
diMua dê eetiê eiUs, au eot^kmi dm dmtx fimneit ta le
imni^quikiGauloitm eommimonl élevé à Cétar Jti^uffe.
Or, atec un leile aussi dair, appuyé sur les preuves maté-
rielles que nous fournit la collection des monuments épigra-
phiques do Palais-des-Arls (1), tonte la question réside dans
ce mot: aà était le con/liisfif? Cest ce que nous allons
examiner.
Au temps de la fondalion de Lugdunom par Planeus, le
terrain de la presqn'He où est aujourdliui Lyon, se di?iialt
à peu près en quatre Iles plus ou moins grandes, et ploa
ou moins élevées au-dessus des eaux. La pente de la colline
où sont maintenant les qnarliers de la grande Gôle, de celle
des Garméliles et du Jardin-des-Plintes, se terminait pré^
dsément au lieu où est actuellement la place des Terreaux,
et où il eilslait un premier point de communication entre
les deux rivières ; ce qui formait le commencement de la
première tie se lerminanl à un second point de communi—
ca(ion« qui n'avait lieu que dans les grandes crues des deux
rivières, et qui élail situé h peu près nu lieu qu'occupe le
quartier de la Grenelte et de la nie Dubois actuelle. Les
deux fleuves paraissent avoir encore eu un autre point de
rencontre, mais seulement dans les très-grosses eaux, au lieu
où est aujourd'hui la place des Jacobins. Enfin, la troisième
tIe, moins basse que les deux autres, allait jusqu'à l'emplace-
ment des rues Sala et Sainte-Hélène, et la quatrième, la plus
«) i et Nj«t, la dMeriplioa qtt'en • faiteM. dcB4»!«i«a 4mw m*
ouvrag» ii renarqaable iotilolé: lnKMvrMMt AiitiQC*» m Lvw, pa|p« •» S4,
»»f M, 114.
DV TBMVLK V^AVOUm. 13
élevée de loules, se rélrécissanl de plus en plus par le cours
des deux fleuves qui se rapprochaient toujours , voyait à
son extrémité se réunir la masse des eaux du Rhône et de
la Sadne. La forme de celle deroiére ile élail celle d'uo
delta.
Les dilTéreols points de co m muni cation que nous venons
de citer n'étaol qu» des canaux naturels dont plusieurs fu-
reol ensuite agrandis pour les besoins do commerce, et dont
les eani» avant la fondatioii de la ville, ne pooTaient deveoir
d'one certaine importance que dans les crues excessives des
deux rivières, et surtout du Rhône, dont les eaax sont ploa
életées, n*onl Jamato pu être regardés comme des conflneota.
D'alUenn, si du temps des RooMlns, ils avaient été congrès
comme leb, Strabon nous dirait auquel des quatre était situé
le temple, et son expression de au eon/ltMiH des dsius /buvea ,
prouve anflisamment qu'il n*y en avait qu'un (1), lequel se
eompoaani de la masse entière des eaux des deux rivièrea,
M pouvait étreqn*àÂinay. Or, le (emple étant au conflueol,
et le confluent h Ainay, le temple devait par conséquent ae
trouver aussi à Ainay : c'est un oerde dont 11 est impossible
de sortir, et cet argument étant appuyé sur le témoignage
d*un géographe comme Slrabon, sur les preuves matérielles
que les lieux nous fournissent, et sur les monuments épi-
graphiques que nous possédons , serait plus que suffisant
pour nous empêcher d'adopter l'opinion de M. Auguste Ber-
nard : nous pourrions même borner là notre réponse. Mais
comme l'auteur du mémoire veut s'appuyer sur des raisons
qui nous paraissent mériler d être examinées , nous allons
(I) Oa lit tur pluMean pictret «iitiqaM de notre maiée lapidaire le»
«otoADCoarunTMAMaien aMaAM.!! eil évident «{«l'on Ma8>entend le mot
avu», qaelqnea-un» venleni Ane». Le net.eoM/haiiM e«t toMÎ tronvé
des iaaeripliona i Coblentat évadant let eans de la VoieUe et du RhiQ
ne réunlfaenl qne aur an aenl pwnt.
ih DISSBlTATIOir Sim L'EtePLACBHBirr
continuer ù développtir aussi celtes que l'élude de la question
nous a fournies.
M. Augusle liernanl pense que ce monument ne pouvait
pas ôtro à Ainay, parce que, dil-il, ce lieu qui n'était en-
core qa*uoe Ile au X® siècle, élail trop marécageux pour pou-
voir recevoir les immenses constructions de la courllsanerie
gauloise. £o général, ajoute-t-il, les Antiquaires lyonnais,
dans leurs appréciations historiques, ne foUt pai a$sez atten-
tion à la manière dont s'est formée la longne presqu'île qu'oo-
cupe aujourd'hui Lyon. Ils se laissent trop taffneneer à notre
avis par la disposition actuelle des lieux, lorsqu'ils y placent
' tout ou partie de Lugdnnum. Non seulement le quartier Pér^
rache, plus grand que tout le reste ensemble, et qui ne date
que d^un siècle, mais toute la presqu'île n'est qu'une terto
d'alluvion, et s'est formée par des alterrissementS snecessifb,
et des réunions d'ilols opérés de main dTliomme. Le quaf lier
de Bellecour lui-même ne date que du XYIl* siècle (1)'. »
D'après le passage que nous fenons de citer, on voit au
contraire que c*est M. Auguste Bernard qui n'a pas une no*
tion bien exacte des lieux dont il parle. Noos pensons bien
avec lui que la presqu*tle est un terrain' d'allnvlon, maitf
nous savons anssi que le quartier d^Ainay était précisément
celui de tous le moins marécageux, le plus élevé aunlessus
des eaux, el, h l'époque du temple, couvert en tous sens de
riches habitations dont on retrouve tous les jours les magni-
fiques pavés en mosaïques. Il réunissait dans l'antiquité tous
les avantages, et son admirable position avant les travaux
Perrache, sa situation unique à la jonction des deux rivières,
n'avaient pu manquer de le désigner de suite au choix de ceux
qui étaient chargés de l'érection du temple.
(t) l.a place tic Bellecour iip date que du XVlir* siècle. Lei nutÎMiia etb
première Matue de Loui» XIV sont de il» ou i7M et années aaiTMlei.
DU TEMPLE D ADGUSTB. 15
Mais, comme il ne sotti pas d'émetlre notre opiojoo, pour
coHbatIre oeUe de H. Al^guste BerMnl, Dons aUoss ooqs ap-
. payer sar des prewet matérieHei , en dOMient on aperçu dea
déooavertes liiites daas le quartier qu'il peiue a?ofr élé, à
celle époque» trop marteageni.
NowrappèHeroaapremièreiiieal qu'au ITU* sièele ùm d6->
eoovrii k h place de BeHecoar, appeKe au moyeiMge B«lla-
emiê (1), un ustrtmm publie où l'on brdiait les cadavres
des anciens (S).
Nous cMerons aosii le témoignage de Pemetli qui, dans ses
LffomuUi étgmt de mémoire (3), s'exprimait ainsi en 1767 :
« 1a quantité de moMlqttes qu*on a trouvées en Ikliaat les
fondations de la nw d'Ainay , est une preuve que tout le
terrain qui enviroonait le temple d'Aagoste était habité par
une mnlliludc de gens destinés au service de ce temple. »
Nous parlerons ensuite des fameuses mosaïques trouvées
dans la propriété Macors, rue du Humparl ; elles étaient si
rapprochées et en si grand nombre qu'elles donnèrent au
local qui les contenait, le nom de Jardin des Mosaïques. Ces
superbes pavés , ainsi que ceux trouvés dans tout le quartier
d'Ainay, firent connaître dit Artaud, les dépendances du
temple d'Auguste, les jeux du cirque et les jeux de chasse
qui étaient donnés devant raotel de ce prince (4).
(I) C« nom 4'«n tatin volfdra pimm qa'tlon Im édiBeet qat entou*
niem oetle plaoe d«tai«it «voir «ne ceHdiie éMftnM.
(•) Cotonîa, AtUiqtdtez de LyMi.
(S) Tome 1 page 40. Go voit par ce paMige que ce u'cst pat teulemeoi
de U08 Jour» que les découvertes faites h Ainay, uni cxcilc l'attention de»
saTântA. Ce quartier a toujours été uue miuu inciiui»ablc de mosaïques
tiques. Oo en découvre cnrtoat loraqa'oo se rapproche Je rempUceme nt
qa'occapait le ttmple te Cétart.
(4) Lifom t mtrràb tt I«B> M, al «oMlfiicf da LfM <* ^ i"'*" ^ lai
16 DISfllftTATIOIt SUft L*IIIIH.ACBIIUT
Quaod on ouvril la me Ytubcoonr, parlOHi Aireal Irott-
véi d« vealigcs d'habiltlioM romaines tiMi que doi
saAiiMW (1). Gellet de la maiaon de Boiaaieu foreDl fortoal .
remarquables en ce que deui èlaienl placées l'une sur l'autre
à un pied seulement de dislance.
Lorsque M. Michoud lit conslruire sa maison rue du
Rempart, on (ruuva, à une grande protondeur, une agréga-
tion de graviers el de cailloux du Rhône; par-dessus on
distinguait un remblai t'ait avec des débris de tuiles el des
briques antiques sur lesquels étaient assises différentes mo-
saïques.
M. Pollet, architecte, faisant creuser les fondements d'une
chapelle à côté l'église d'Ainay, a rencontré, à six pieds de
profondeur, un bassin dmenté et un canal relatif h des bains;
plus bas, des tronçons de colonnes de marbre d'Egypte blanc
el noir, des amphores, des placages de marbre, el plus bas
encore, à dis pieds de profondeor, nne mosaïque d'un iravail
eilrèmemenl soigné (S).
En 1847, an mois de septembre, H. Boaë, caré de la pa-
roisse de Sainl-IIarUn-d*Ainay, el l*no de nos pins savants
archéolognes, fiiisant faire des réparations au dallage de son
église dans l'inlenlion d'y placer un calorifère, adéconverl,&
lrè»-pea de profondeor, des restes de mosaïques el de placage
de marbre, des débris de pelnlnre encaustique, el enfin,
des lujauK en terre, de forme carrée, appartenant à un hypo-
ceusle. Continuanl ses recherches, ce savant a retrouvé le
oondoil en maçonnerie par o& 8*échappail la fumée : la soie
qui était restée atlachée aui parois ne laissant aucun doute
à cel égard (3).
C<) Ariaud, l,yom HMtmhl page 1S6.
(9> A rt;uitJ, i.ijoH touieiToiH, p. ISI, et JiMMfMt êe I^^M «I ilii mUi de la
f rancf, iu fol. pl. Ll.
(3) Le Cnuriei vl la Gatelie de Lyon du 2ti s«i>tuiiil>re 1847 reufermcia.
DU TnmB DAVOirSTB. 17
D'autres mosaïques sont encore signalées, Tune sous la
maison Saunier, rue de Jarcnte, une seconde vis-à-vis celle
daMëléagrc, cl une troisième à gauche de la maison du jardin
qui appartenait à M. Macors (1); enfin, une mosaïque de
soiiaote pieds de long existe encore sous l'emplacement de
rancicnnc prison Sainl-Josepb» oà l'on a Iroavé on dépôt
d'amphores (2).
h ce &ujc'l, unu iiùlj très-iiiiL're^>aii(o du tarant auteur de ccUe découvert o
dont nous avon-i vu Dous-aiôincs les curieux résultats.
(1) Artaud, Lyon MOtaerrain, pages i57,»148*
(1) IVaalret dépftU d'aiaphorM ont été éfiteaienl Irwféê rue 8ab , en
18IS| daai la propriété llQller,avec «no lampe encore ftroio de m oiècbe
H d'nn^aliére gnwii reaieaiUant ft la cire. On en a également déeonvert
me Sala» cy ooa«lmitaDt le noareaaooavent'deSaîttCe^Claîre, ainsi que la ea«
««roe de la gendarmerie ; rue Boissac, dans la cour de rb6tel du lieutenant-
général; dans la fccondc cour de l'lio<>picc de la Charité, ainsi que dans
tout le quartier de Bellecour. En agrandissant l'église de Saint-François, du
c^lé de la rue de la Sphère, on a trouvé des ampbores, un pa? é de mosaïques,
Éw bolaaee romaine en brome* et, i 13 pieds et demi de profondenr» une
eoMhe d'eammenlf de bmab o« de taoreaox qui afail on pied d'épaiMcvr
et aept d'éleodne. Un peo pln« pré* dn Rbénot fnieni treméee eept aaptio-
rea» jtrél de là les iracet d'an sol antique, des débris de tuiles, do btiqoat,
iê» vases d'argile, des jooels d'enfanu et une poignée de médailles grand
bronze d'Antonin, puis trois pieds de terre végétale, et, au-dessous, des dé-
combres plus anciens appartenant à des ruines antérieures. Derniércmetit
quand on a ouvert la rue du Pérat pour établir la rue Bourbon, on a trouve
sons let eoiiiaes de l'hôtel Lambert, nn cavcan dans lequel lea ornei ciod-
niîrea étaient symétriquement arrangées. Nous tooons ce fait d'an tènoin
oculaire, M. Camnd, frère de notre ancien arcblviste*
Ces décoorerles sont elles-mêmes peu importantes comme art, mais elles
Je deviennent cependant si on les conaidéro comme preuve dlmbitatione
romaines auxquelles elles appartenaient.
Dans la rue des Dt-uï-Maisons, on a déterré le pied colossal eu bronze d'une
statue pédestre cbausscc à la romaine, ainsi qu'une jaiubc de cbeval égalo.
iMJit en broose, ce qui indiquerait que là aeiisté aatrefoi a on édifice f«na«r-
quible»
lofB de* reeberches futee en 1809 inr la rive gaoebe ^ Saéne, vi».
18 DUSBITATIOH 8UM L'bHFLACIHBRT
Ar(aad> (foi a jclé (ont de lumières sur Tarchéologic lyon-
naise, et qui nous a fourni tant de détails sur les fouilles que
nous mentioiHions ici , pense que la quantité de grosses
pierres éparscs dans la Saône entre le pont d'Ainay et celui
de l'Archevêché, ainsi qu'une suite de gros blocs qui sont à
dix pieds de profondeur sur la rive droite pourraient pro-
venir d'un quai et d'uo pont qui auraitr conduit au temple
d'Auguste.
Les découvertes que nous venons de citer et surtout ta
grande quantité de mosaïques retrouvées à toutes les époques
chaque fois que ce sol a été fouillé pour y rétablir de ogy-
Telles constructions, doiveot nous faire comprendre quel
nombre de riches habilatlons romaioes il doit y s^r en
puisqu'on en découTre eocore tant de magnlBqms restes
après dix-huit siècles.
Bfaintenant, ajoutons à cela d'après Artaud, quelques
senralions sur le sol du quartier d'Aloay.
Les mosaïques, dans ce quartier, dil-il, ont été IrotfTèei
en général à dix pieds de profondeur, à quatre pieds en-
viron, en contrôles relatlTement à la SaOne dans sa crue
ordinaire. Aujourd'hui, ajonte-t-il, le sol de la rneYaubecour
étant à quatorae pieds an^dessus de celle rivière (1), il est m»-
l'anciea cooTent de Sainte-Cla!rc, on n inraiv6 des pilotis antlquci, de»
IfOafOM ds COlODMSf det iaacrîpltons brisées, un va$c en bronze, (b-s cram-
pons ainsi que les vestiges d'un petit temple qui clait sur les bords de la ri-
vière. Enfin, lorsque MM. Seguin ont fait creuser un caual pour asseoir le»
piles du pool de la Gare, on a rcnconlrc, & 8 pieds au-dessous des eaux ,
00 tmu de sotsMie nédullei impérialca eo or de la plo* iiellfl consefra>
lioa.Yoir ArUod* page* 146» 147, 1B1» 15S, 155» I56« 458, abii qo« le né-
moira do mène aoteor a«r la fooîlle praliqoie daos le lit de la SaAoc, «o 1800.
(1) Noos avons mesuré la hauleor do pavé du quai d'Aiuaj, et nooa
l'avons trouvé i seize pieds fept pouces au-dessus de la Saône qui, alors,
clail assez Lasse. Nous remarquerons à ce fiyet qae l'on a COOllalé que le
lit des rivières leudail toujours à s'élever.
nifcsle que les décombres causés par rinccndie donl nous
avoos parié ainsi que les dilîérents saccages de l'abbaye
d'Ainay, ont, depuis Auguste jusqu'au \{^ siècle, élevé le
terrain dans ce quartier de sept pieds environ, et, de celle
époque jusqu'à nos jours, de trois pieds seulement, ce qu'on
peol voir par les marches d'escalier qa'il faut descendre pour
eolrer dans TégUie. Cet eikaïuaement est disposé de lelle
manière que les mosaltiaes des premiers siècles assises sur le
gravief do RhOne, étaient à six piedaions (erre dans le Jardin
Haeoft; celles de M. Kocb, pins rapprochées d'Ainay, se
iromnl à aap( oa huit pieds, el la dernière à côté l'égllfe,
«tait à la profoodenr de dis (1).
Tons ces détails, donl rezacUtade est garantie par les
sonroea oà Us ont été puisés, ainsi 4|8e la quantité de raines
intéressantes qie Ton tioare Ions les Joors sons le sol d*Alnay,
nens paraissent pronver d*mie manière suffisante que, dans
ranUqolté, ce quartier était coa?ert d^édificas somptaeni,
at par conséquent, comiMitlent d*une manière fletorieiise
Topioion de M. Àug. Bernard lorsqu'il le dé|ielnl coomie
trop marécageux.
L'anlenr du Mémoire dit que le nom spécial d'Aîney (iéfAo-
nacum) démontre suflisammenl que ce n*esl pas là qu'était le
temple d'Auguste el combat l'opiDion de ceux qui ont voulu
(I) ArUnd, Ifoit MMmAit |ni|5 ISS» 164.
On aTéloooerait nni dotilo que les Ronaintf en UUiMiill«unhabila(ioii»
i quire pieds teolemcnl aa-dessu> Je la crue ordinaire de la SateOi m
fuMent esp^oséi h des inondations continuelles, si on ne réflécliissait pas que,
de lenr temps, les débordements des rivières u'étaicot ni nussi subiU, si
aussi considérables. A celle c-poquc, les montagnes ctanl presque toutes
boisées, retenaient les neiges et les eaux dn pluie, qui ne pouvaient que
■'éennler leolcmcnt. Tandis que, de nos jours, le dtfriebencnt des cdlinea,
m lee i«nte i l'airicollaM, talMe avee teote fMaild ronler par tomm les
«an qtf ae pideipileni dans lei vnUéeti «A tllea fomeal dea aMM* im'
WH ii H qui fienneal la«l4-eoiip entter nea riviina.
20 IHSmTATIOir m L^ttVLACniBIIT
faire dérim oe mol ë'AO«y«roi immorteli , en ménoire du
supplice des chréliens de Tan 177. II leur oppose avec raison
un passage de Grégoire de Tours qui dit positivemenl que
les martyrs lyonnais furenl nommôs Àthanacenses, du nom du
lieu où ils avaient subi leur supplice, ce qui prouve clairement
que le nom d'Alhanacum a êlé donné à ce quartier avant
la raorl cruelle des chréliens de Lugdunum. Mais il ne s'en
suit pas de là qu'il n'ait pas une élymologie grecque qui vînt
5 l'appui (le notre opinion. Le nom de ce lieu ne pourrait-
il pas venir ou d'Alhanacum en mémoire de l'athénée ou
ù'Aàxyarot immortels, non point ù cause des martyrs, mais
à cause des Césars qui y étaient reconnus et honorés comme
jouissant de Pimmortalité. Celte étymologie nous paraît au
contraire Irès-vraisemblablu, ti par consêquentle nom d'Atha-
haeom» au lîeu de démontrer que le temple n'était paa à Ai-
nay, prouverait précisément le coutraire (i).
EiaminoDS maintenant l'emplacement sur lequel M. Au-
guste Bernard Teot établir ce monnment, c'est-à-dire let
quartiers Sàint-Nisier et Saioi^Pierre.
La principale raison qu'il donne, c'est que dans la dernière
de ces églises et dans la me Sainl^Cdme, placée entra les
deni, on retrouve la pins grande quantité et les pins lourdes
des-pierresque leurs Inscriptions signalent positivement comme
ayant fait partie du temple d'Auguste.
La découverte que dte ici Tauteur du mémoire et sur la-
quelle il s'appuie va a'expliquer naturellement par une antre
découverte dont il n*a sans doute pas eu connaissance. C'est
celte des limites de la Saône dans les premiers siècles : cette
■
(1) IIqoi a* dm^M* psiol à AtfataMMB an» «rifiM eelii^« Iw mo»
d« Mtt* laagM pevdM étaient oïdiaaimBMnt tfét*<oiirU. AthanMviB • éri-
demmcnt une élymologie grecqae. Ce lien, avuit l'éublîwerocDt dt la M*
lonie de Muiialiu« Plancus, était le rcDdez-voai des marcliandj grec* qui,
rcnoaUut le &h6ne joi^a'à «a jooclioo «tcc la Siôae, Teoaieoi j traiquer.
ou TBMPLB o'aDGUSTE. 21
rivière ne làisoil pas, comme •qfonrd'hui, no angle vers
Saiet-Yineent, mais venail an contraire jusque près de la
place Seinl-Mne dont .elle a été éloignée plof lard par des
Irarnox qni Tont rejelée où eUe est auJoonl'IiQi.
▲a aiéde pasié, M. Dubois» ancien architecte, faisant creu-
ser à la place da Plâtre, a découvert à 10 pieds de profoodeor
les mardies d'on port dans le sens do Rhône à la Saône, et
ce qoi se rapporte parfaitement k cette décooTerte, c'est qoe
lors de la démolilioo de la chapelle SaintCéme, qui était as-
sise sur ooe crypte, on a tnmvé dans les fondations de grands
Uocs d'inscriptions honoraires, et l'on sait que ces témoi-
gnages éclatants des serrices rendus h la patrie étaient too-
jours^chez les anciens, placés autour des temples, sur les ports,
et enfln dans les lieux les plus fréquentés (1). Une autre dé-
couverte de la dernière importance el qui est venue connplctcr
celle de M. Dubois, c'est le quai antique servant de voie ro-
maine dont rexislence a été reconnue dans toute la longueur
de la rue Mercière par M. Renaud, directeur des travaux du
goz, hirsqu'il fil creuser depuis la rue Ferrondiôre jusque vers
Sainl-Nizier. Le pavé de ce quai était composé de gros blocs
de granit gris irréguliers [opus incerlum), il était bordé de
trois rangs de pierres de choin de Fay, de quatre pieds de
long sur deux de large. Cette rencontre est d'autant plus
intéressante que ce quai, qui n'était que la continuation du
port Saint-Côme dont nous venons de parler, flxe le cours
de la Saône depuis la place Saintp-Plerre jusqu'à celle des
Jacobins (3).
Noos Tenons de dire qne les andens avaient coutume de
placer les inscriplions honoraires dans les lieoi les plus fré-
qoeolés; or, la foie romaine dont nous parlons étant à la Ibis
(1) Artaodi Lyon loutcrraint pago 198.
tS) Ariaad» mOrrdhi, pago fSO.
92 DlSSBRtATlOfl SVâ L'iHfLAGEMSIlT
un porl et un moyen de communicnlion cnire le qualier d'/l-
thanacum cl celui des nulrcs Iles occupées ainsi que le pen-
chanl de la colline Sainl-Sébaslien par les habitations du
confluent (1), devait être naturellement garnie d'inscriptions
honoraires qui auront servi plus tard au\ chrélicns pour la
construction des églises St-NIzier, Sl-Picrre et St-Côrac, et
en supposant qu'elles ne fussent pas placées dans ce quartier
du temps des Romains, elles ont dû y ôtrc apportées néces-
sairement lors de l'exécution des grands travaux d'utilité
publique exécutés dans l'He Sl-Pierre, notamment pour la
oonstmclion du port trouvé sous la place du Plâtre ou pour
sa réparalion, de môme qu'il eo a été apporté d'autres plus tard
pour la construction des églises que nous avons citées et eofio
pour l'édiGcation du pont de Saône, au XI« siècle. D'aiUenn
on a trouvé dans ce quarUer bien dWres pierrei que oelles
des prêtres d*Augus(e« Artaud a signalé celle consacrée an culte
de Vesta etde Yuloain, treuTéedans les fondations de la maison
Dogneyl vis à vb l'église Salnl-Pierre (8).
Le quai serrant de vole romaine déconTert par M. Renaud
ainsi que le port Sainl-Cdme trouré par H. DnboiS| et dont
la base de la maison Gayet conser? ait encore au stède passé une
boude ayant servi h attacher les barques, motivent donc par-
faitement la présence dans le quartier Sainlp^ene de la
grande qoanlilé de tombes de prêtres ayant servi pour les
travaux dont nous avons parlé et qui ne forent entrepris qu'a-
près la destruction du temple d'Auguste. Le quartier Saint-
Pierre n*élait encore comme nous le prouverons tout à l*heorc
qu'une lie presque inhabitée au temps de la splendeur du
temple des Césars.
M. Auguble Bernard prétend que Strabon disant positive-
( I) Ou i.iiSiiAT, vnjn /w*c/ (;«(/ -n» antiques, par M. ilc Buissicu, |».igc 19*
(Ji) Arlaud, Lijo» toMtrrain, page l'Jô ; cl M. de Bi>iMicu,pag4; 1^.
ou TEMPLE D AUGUSTH. S3
mefifl quo ce moBunenl élan! deranl la ville, l'emplaecneiit
aeol qu'il propose se (roQTe devant l'anliqae Lti^dnikiiiii ,
tasila que rOt d'Aioay n'aiiratt fait liMe qa'à reilrémilé
mérlittonalo de U dlé.
Oo pourrait lépondra h cala que Ltigémmn s'éCendait
phn dn e6l6 méridienal du colean qve do cM6 septealrioiial,
eaf c'est piédaéiiieBl da oôlé da midi que ^éieralt le fli-
noox palais des enpereors (1), el qu'alors l'Ile d'Aioay i»-
gardait parfoilemenl celle inporlanle partie de la vlHe.
L'aulev invoqne à Tappoi de son opiotoii Veiisleoce d*an
pont SQr la Saône, pool siUié de loate aadennelé prècisémeiil
vii-è-vis de rendroil où il place le (emple d'Auguste ; il
signale l'absence de loule espèce de ponl du côté d'Ainay.
Noûs avons déjù ropporlù l'opinion d'Arlaud qui pense
que la grande quanlilé de pierres énormes embarrassant le
cours de la Saône enlre le ponl d'Ainay actuel el celui de
rArclievôché, pourrait bien avoir apporlenu au ponl du (em-
ple d'Auguslc (-2) ; quant à celui cilt' par l'aulcur du Mé-
moire, les rapports que devaient avoir avec la ville romaine/
située sur la rive droite, les habitants établis dans les iles de
la rive gauche près du canal des Terreaux, en ont rendu, dès
ie& premiers temps, l'existence de toute nécessité, surtout do-
pais la conslracUon, au IV' siècle, do Téglise des saints Apô-
tres sur remplacement où est l'église aclaelle de Sl-Nizier.
M. Auguste Bernard s'appuie sur rantiqaiié des deai
églises Sainl-NIzier et Saint-Pierre, il pense que ces deux
taoctoaires o'oot pu être érigés liors de la ville que parée
qu'ils l'oDl été sar les mises d'oD temple païen, et qne ce
(1) Sur les ruines duquel on a hiti l'Iiospicc de l'Anliquaillc.
(2) Artaud, Lijuu touurraiu, j.agc 172. Nous mciillonnerotis aussi la de-
couvorle faite dans le Illiànc d'une grande (juanlilc de gros bloM de pierre,
froveDanl de moaumcDis antiques ; plusieurs offraient encofc de* BOttlaret
*Mn coaf«nr<of*
2V DISSERTATION SUR l' EMPLACEMENT
ten^e ne pouvait élrc que celui d'Auguste. Nous admet"
Ions parfaitement qu'il est poMiUe que la preinièro égUae
de Saial-Pierre ait été fondée snr des débris da pagtoisne,
mais il ne 8*en suit pas de là que ce de?ail élfe le (emple
des Césars* Noos aTons même parlé d'ane inscripUoD en rhon-
neordeVeslaet deVulcain troavée à la place Salol*Plerre;
qui sait si ces deoi divinités n^avaienf pas un temple dans cet
endroit, car on sait, comme le dit Artaud (1), que ces momt-
ments étaient ordinairement placés dans une Ile et en dehors
des villes. Or, l'Ile Saint-Pierre ( car c*en était une, chose
que U. Auguste Bernard paraît ignorer, comme nous le prmH
verons tout-è-rhcure] réunissait ces deux conditions.
. Cependant nous ne chercherons pas à insister sur l'eiistence
d'un temple de Vesla ii la place Sl-Pierre, parce que nous ne
pourrions nous appuyer sur aucune preuve; mais nous tiiron»
que d'anciennes Iradilions religieuses, remonlanl à l'élablisse-
roenl du chrisliunisme, signaient l île Saint-Pierre comme le
berceau de la religion du Christ dans les Gaules, ainsi que
nous le prouverons en parlant de Sainl-Nizier, et que ces
témoignages, aussi aulhenliques que vénérables par leur an-
tiquité, s'opposent à ce que nous adoptions l'opinion de
M. Auguste Bernard qui pense qu'aucun autre motif que ce-
lui qu'il indique n'avait pu porter à construire l'église de
Saint-Pierre hors I jon, et qu'il en est de môme de Sainl-
Nizier. Cependant, l'existence dtt;bourg du confluent {pagi
condoi) , prouvée par le monument de la rue de la Vieille,
motiverait parfaitement une église bâtie par les habilanis,
dont une partie avait dd se convertir à la foi chrétienne par
les prédications de Saint-Polhin, Saint-Irénée et des autres
pasteurs de Lugdnnum qui succédèrent h ces saints martyrs.
Artaud prétend que cette église Saint-Pierre assise, d*abord
(1) tirMMitfm'aiff, pages l9S«-tS5.
DU TEMPtl d'auguste» 25
Mr M6 crypCe que la IradiUoo fail remonter h fan 150, c*e8l-
inlire au premiera temps de Satet-Rolhiii & Lngdanom ,
fat Mlie dans le IV* siède arec des débris da temple de Vesta
el d'An^nurte. Agrandie ensnile, en 480, par les rois de fioar-
gogoe, el reiiveisée plus lard par lesSarrasios, elle faC relevée
dans le IX* siècle, sans avoir rien eonservé aujonrd'bui de eelle
époque, car le porche et le portail de la Ikce ettérieore, qui sont
ce qa'il y a de plus ancien, olTrent le style da XII* siècle (t).
Si Artaud a été bien informé, s'il a eu des preuves de l'eiis-
ience de la crypte de Saint-Pierre U l'époque du marlyrc des
Lyonnais de Tan 177, c'est-à-dire au môme temps que le tem-
ple d'Auguste était dans toute sa splendeur, il aurait dû les
mettre ou jour, elles auraient été une des lumières les plus
importantes pour l'hisloire ecclésiastique des premiers siè-
cles de notre ville, en môme temps qu'elle seraient devenues
un des témoignages les plus puissants qu'on puisse opposer à
1 aulcur du mémoire, mais ce savant n'a fait conoaitre aticane
des sources où il a puisé ces renseignements.
Quant à Sainl-IVizier, une tradition établie dès les pre*
miers temps du christianisme dans les Gaules, el qui s'est
perpétuée de siècle en siècle jusqu'à nos jours , nous apprend
que cette église occupe l'emplacement où le vénérable Pothin,
retiré dans une petite fie du confluent, et caché an milieu des
bois qui la couTraient, réunissait les fidèles, les exhortait à
demeurer fermes dans la foi, et célébrait les saints Mystères(l).
(I) Artaudt IfM tmaerrain, page 196.
(1) Cm avea pnUie de n Toi et de n minloo s'était pM pouiUe. Les ma*
gUtrats deLyon et lea prêtres Aogatlanx n'aontent pas perais la libra pra-
tique d'an culte Iiaî. Poiliin se eaeba dans lea bois d'une petite lie formée
nu eooOoent do RkAne et de la Saône, et Ta constniire dans ce lieu dciert
nn oraioirc souterrain qu'il consacra ii la Vierge et aux Ap6lrcs, etc.;
•Moiifalcon, Histoire de Lyon, tome I.pagc 7 I.
^'etl la tradition de l'Egliie de Lyon, dit le perc Mcnotncr, que saïul
S6 DISSBETATIQH VJtL l'SMPLAGBMBMT
Il ii*esl pu ponOite 40 Monter d*ao Ml aiaiple et ordinaire
loitqa'une Iradltion eonatule l*tlleile, sBrlont ionqae eelte
Iradilion s'est perpétuée sans lotennptioii depuis dii-sept
sièeles. D'ailleurs, la crypte de Sainl-Mhiii eilsie encore
S0V8 le natlfe-aolel de SalnWIfiiier, et ancon liistorien de
Lyon n*a man^ d*en faire mention comme d'un bit des
pins imporlanis poar Itiisloife de l'établissement dn dirislia*
nisine dans les Gaules.
Celle tradition, en expliquant parfaitement le motif qui fit
choisir au IV" siècle ce lieu désert et en dehors de la ville
pour y élever la cathédrale de Lyon, démontre sulTisammenl
combien soiil peu fondées les conjectures de M. Auguste
Reruard ; car, pourrait-on croire que si le temple d'Auguste
avait été dans le voisinage, le saint ôvéque de Lugdunum
serait venu se placer à côté des prêtres auguslaux si puis-
sants, et les ennemis acharnés de son culte? une telle sup-
position n'est pas possible. Saint Pothin, n'avait, au con-
traire choisi cette retraite que parce que éloignée du lemple
des Césars, et cachée dans un endroit boisé et marécageux,
isolée da reste complélemeot, puisque c'était lapins petite
l'ulliiii s'clalilil aa lieu où est h |irésont l'cglise coilcgiale de Saiot-Nizicr,
parce que c'était alori un lieu rempli de bois, au-dc&suus de la ville que
PImcds Lépide et Sîlînt b&tinot par ordre da téDat, à ceux de Vieone que
1m MMbnigsf «Taieet cbMite de leer TiHe, cf qri /éldeni retirés daas
cette befiiede teire qvi ett entre le HUee et la Saône, ear laqMUe,na een-
Uuent des deux riviln^ élait alors le temple, ou l'autel consacré A Rome
età l'empereur Auguste, bu\ fraii de soixante Dations qui trafiquaient à Lion.
On lient que faiul Polhin Làlit en cet endroit une crypte ou chapelle souter-
raine, odi il cclûbrait les saint* mystères, et une rue, aisez proche de c< Ue
«glisct du cùtû du midi, se nomme encore à présent la rue Uubois, etc....
Meneatrier, Obr. EeeUs., 1. 1 ; iû-îoU Uu. de ta mtÊMUtèqn* 4e l.f s*.
▼mr, A ce anjet, Vàlmoimà Uavriqu ét Lfon, peur l'innie 1785» et tons
les historiens de Lyon en i^néral.
des tlw du enâmnif elle loi MMt m arile plus leerel (1).
QoiBi h Ift eryptB «blanle sùbs le mitra-aBlei de Miit-
Nitîer» et porttot le mb de Saiet-PolkiB, noos erojons 4e-
Toir relever one iomcUlade qui se inm non Molenent
daof le Père Meneslrier et dam loni lei hiitoriens de Lyon
en générel, mis qui B*eel accrédilée parmi les fldèles, et
nâme paro4 les neabres da «lergé lyonmis. Cul qoe eeC
oratoire n'a point pu, comme Ils le pensent, être ereosé par
saint PtoUiin. Un eiamen attentif des Henx novs a pronré au
contrairet que cette chapelle si vénérée n^est devenae soater-
raine que par suite de l'exhaussement da terrain des envi-
rons, el surtout par la coostruction de Téglise actuelle de
Sainl-Nizier.
En eflet, la découverte de la voie romaine sous la rue
Mercière, par M. Renaud, et les marches retrouvées sous la
place du PhUre par M. Dubois, nous onl prouvé que le sol
antique élail, dans celte lie, de dix pieds plus bas que celui
d'aujourd'hui. Or, la crypte de saint Polhin n*est qu'à dix
pieds de profoodeur précisément au niveau du sol antique ,
tandis que si saint Polhin Teût établi sous terre, comme on
le €roit généralement, elle se (rouverait an moins à dix pieds
sous l'ancien sol. Nous croyons cet argument sans répUqne.
Saint Polhin aorait même été, à notre avis, dans l'impoe-
sibilitô deereoser un oratoire aonlerrain dans cet endroit, car,
encore anjonrd'hiii, si nous YonlionsenleTCr d'abord dix pieds
de terre ponr Iroofer ^ancien sol , pois ereoser ce sol antique
de dix pieds senlemenl, nons arriverions pins bas qtie le ni-
rean des eaux de la Saône (2) qui s'y prédpileraienl anssitôt.
(1) Le «tôpût d'an]|>Iiorc9, Irouvo on crcuiant sous le pave d'une cLapeltc
^ Saiut-Nizier, ne laisse aucun doute sur rcinpiaceiueut uù clait l'habitaliou
du dévoué chrétieD, qui cachait aux jeu de tet eaBcmis, le MÎiit évtqae
«la Lugdaaani*
(I) Dans ce (|iiaHier« la 8a6ae «tt k diz-wpl pied* d dcni aii-daaaiMit da
•ol dam les baves caos.
18 DISSBITATIOII SUR L'jtMPLACBMBMT
. Une tvlro prciife que cet oratoire n'a point él6 tas le
principe un sontemtn, el qu'il ne l'eil derena tonl-A-fail,
comme nous l'avoni dît, qoe par la conslracllon de l'église
actuelle de Sainl-Nitier, c*eit que le desraa de sa vodie sup-
portant le pavé du chœur de l'église, dépasse réellement ce-
lui de la nef de quelques pouces. Or, la nef est actuellement
h peu près au niveau de la place. La vodle de la crypte de
Saint-Poddn est done encore aDjourd'hui un pen plus élevée
qoe le terrain des environs. Ceci est fadle ft comprendre par
le calcul suivant. Le pavé de la crypte est à dix pieds de pro-
fondeur, l'élévalion de sa voûte est de neuf pieds quatre pou-
ces un quart, restent donc sept pouces trois quarts pour ar-
river au niveau de la nef; le moins que Ton puisse supposer
d^ëpaisseur à la voûte, c'est quinze à dii-huil pouces, ainsi
le dessus de cette voùle s'élève donc de huit à dix pouces au-
dessus de la nef el h plus forte raison au-dessus de celui du
niveau de la place.
Il est donc évident que cette chapelle n'a point rlé établie
primitivement sous (erre au temps de saint Pothin, puisqu'elle
ne l'est pas encore complètement aujourd'hui que le sol a
été exhaussé de dix pieds. Du reste, son plan cl sa forme dé-
notant lottt-à-fait un édifice postérieur à Constantin, ce mo-
nument semlderail plutôt avoir été élevé par les fidèles du
IV' siéde sur l'emplacement même où le premier évéque de
Lngdnnum, caché dans cette tie et protégé par les bois qui
la couvraient, réunissait les fidèles qui venaient à lui pour
entendre la parole de Dieu (I).
(1) La erypie de SaJot-Pothia m trouve plaote Ma* le dmor el denriira
le niallre aulel de Saiol Nizicr. On y descend par deux cscalicri en scrpeal*
placés, l'un à droite cl l'aulre à gauclic, en dcliors de la barrière du clioeur.
Ils »c compo&cut cliacuti de dix-neuf marclioii, formant cnscmMe la [iiofon-
deur lulale de dix picdi bc\)l pouce.*, donl il faut dctluirc sc\d (luuccs qui
•ool la liauieur de la marclie (juc l'on nionlc pour entrer dans la partiu de
MafailenaBl» li on vett se rendre compte de qoelle manière
le terrain des enrirons a pu i^élefer aeiei ponr nécessiter
la cliapclle laloralc où se trouve chaque escalier. Le pavé de la crjjitc »e
trouve donc prt-cisémeut, comme uous l'avoii» dil| à dix pieds bom ic sol
actael, qui a prcsqae atleint le nifvaa dn pavé de l'égliie.
Le plaa de «et efalein eit «M cieis grecqae dont les bras toet arrondie
clteraiiiée ee cale de ro«r, afamd'eae etiréadié à raeire ie|it aélvee
qearaote^iieiif ceaiiaitoei. La veèle tn aiéte etrorteaMat wriiaiwé* a liaie
mclrca aa cenlSméCre d'élévation* L*aotel« de od mctrc qoenoleoutimèlres
de large, sur un mètre trente-neuf centimètres d'épaisseur, cl un mètre
douze ccnlimèlrcs de liautcur, y compris une marche de quinze centimètres,
est marqué do quatre croit grecques exéculées grossièrement. La pierre
sacrée, earréOf de quarante-deux centimètres, est marquée ausai de croix
grecqoeii laais an aoailM de doq» elle «et eBaaaitée daae la fraade piem
fèmaot le denae de rente!. Dn nine c6té, maie à la hauteer de na ■dire
■eplaaie-daq cenlÎBdtiea, el en arriéiet eti appliqué contre te (bod de
l'abside, et encastré par lot angle*, le sarcophage en pierre broie, od a
dié, dit-on, le corps de saint Ennemond, et qui y fut place au V*aiécle.
Le pavé de la crypte est en carreaux moderne?, qui font un très mauvaî*
effet, ainsi que ceux de faïence dont on a revélu le devant de l'autel. Au
milieu du pavé cil la pierre sépulcrale do Nicolas NaTarre, cvëque de Cj>
dooie« euITragaot, vicaire- géadnl de Ljen* et ebaaoiae de celte église, meet
le as sepleabre i783t A TAge de leplante aaa. Cette pierre a nn aaaean
de fer, ce qni rappoee an-deeioiia «ne eteatMion où est dépoeé le cereneil.
En examinant alteniiTement cette crypiet en foil de mite fue een caiae-
tôre, qni rappelle ieal-à4ûl lea édifices du IV" on V* liieleta dû être attiré
grandement par sa reconstruction au \VI". Altération qui , du reste , a
été complétée d'une maniètu déplorable, de nos jours, par une épaisse
couche de mortier, détestable badigeon qui n'a pas peu contribué à le
déSgurer . Yîa à-via rauiel, le reataorateor moderoe j a pratiqué une porte
eeadnwant ans •onlertaine de l'^Uie» et doat le atyle roman a acbevd de
déaatnrer eetaaiiqne aaactnaire* dent le eataclére anraitdAt an eentrrire»
dire rel^lenaemenl raqiecté.
Cet oiatoire, si intlreiiant par lee ientenire qu'il rappelle, fut longtemps
dépoaitaire de quelques restes précieux des qaaranto>bnit martyrs de l'an 1 77 ,
et qne de courageux chrétiens étaient parvenus à dérober h la rage des
idoliitres. C'est eu l'honneur do cet événement qu'était instituée la féle des
Merveilles, célébrée le ï juin, cl qui fut supprimée au XV* siècle.
30 vuemATKm m h*tiÊÊLàaMm
d'eDtener cet oratoire, od se rappellera qne l'églite dei nioli
ApOIrvt, élefée anr eet emplacement tombe en rnlee an V*
siècle, et qa'elle Ait recoDstrnlte |iar saint Kacher; que, ruinée
de nonfeao an TIII* siècle, elle flit rabâUe en 800 par Ley-
drade sons le ?ocable de saint Niiier dont le tombean y était
detenn célébra, et qu'enfin, chancelante & la fin du XIII*
siècle, elle fat reconstruite au commencement du X1Y° telle
qu'elle est aujourd'hui.
L'exhaussemenl du terrain de SainC-Nizier s'est donc for-
mé des décombres el des ruines des temples chrétiens qui se
sont élevés sur cet emplacement aux V, VII1« cl XI V siècles,
toujours en conservant religieusement Toraloire Sainl-Polhin,
qui, à mesure que le terrain s'exhaussait, se trouvait peu à
peu plus bas que le sol, comme cela &e voit encore de nos
jours à Ainay et ù Saint-Paul (1).
Nous avons donc la conviction que la crypte de saint Polhin
dont le plan et la forme dénotent, comme nous l'afons dit plus
(I) L'exhaussement du sol où s'élève IVglisc d'Aiuar, a non «eiilcmrnl
recouvert le perron qui devait être de deux on Iroi^ pieds de liaul, mais il
•*Ctt peu à peu élcTÛ au-dessus do pave de la iicl, au puinl que maintenant
il faut, ea j ealranit deicendre mx owfdkM dont renemUe iMnelahaii-
leur in yooMte^rai cMliaèint.
Lo t«ffnia d« l*é|BM SèÎBt-PMl • mU m oskiotunent «ocore plw eon*
ndémbl*. lléii*tMileaeDt ta perroo àê qMiqam mtbei a diipani» mai»
l'ancien pavé de la nef ne w raMmva qvfk qmlre piedi toas le pavé aetrnl
qui date seulement de septante ou quatre-vingts ans, el qui se Irntive en-
terré lui-même aujourd'lini, puisque, du côté de l'enlréc jn in( Ipalo, on des-
cend dans l'égli&c par deux niarcbcs et une pente douce, formant un ensemble
de ciaqaanle centinélfeB.
Quant à régliie de Salnl-Pferre, qui eal aMîaa MdeBne que lea dent
aatre», elle a'a en que ado perron d*eB(ervé : la pavé de la nef aai «ne*
tanieai aa BÎveaa de la plaae* la maiclie qoe Poa dai ee nd pour ealnr daaa
l'église ac trouve compeatée par la lumteor da trottoir.
I/cgIisc de la Charité a également perdu celle année deux narchcade loo
perron, par rcxlianssemcnt dv paré de la rno da Péral.
. j — i. y Google
nr TEMPLE ii'auguste.
31
huit, QD édifice du ou V* siède, a é(â conslruile par les
éhrélieiif de la plaioe de Lyon aa 1V« siéole de suite après
l'édit de Gonslaotio, et snr TeniplaeeiDent même qui avait
aenri de retraite k saint Pelhin (1). N6iis pensons aussi qu'il
est probable qo'elle a été reliée à la première église des saints
Apôlres, on qo*elle en faisait peat-éire même partie, et que
s'élanl trouvée pen à pen enterrée par les déeombres des
dlllS&renles conslmclions qol se sont élevées snree terrain, elle
ne dépassait plus le sol, an XIY* sléde, que de quelques pieds.
Ge r^fonnemcot s*appiiie snr ce qu'elle dépasse encore au^
JounThni de bnit à dix pouces le pavé de la nef de Salnl-
Niiier qui s'élevait elle-môme alors^ de deux ou trois pieds
au-dessus de la place par la hauteur de son perron aujour-
d'hui enterré par rexhaussement que les terrains ont éprou-
vé depuis celle époque (2)»
(1) Noua TOuloDi parier de l'ancienne erjpte, car celle que l'on voit de
IMM Joort a M répwie et mimi reeematraite m XVI* tiècle par lealiëritien
de Pîevre Rtnoaard, eucieineol «nr te iMénae plan que raaeieooe,qai tom-
bail en rnine.Ce fat à celle 4poqne que furent eooainnia Ica eaealiera qui j dea*
cendent, et dont la rampe, tailMe dana le nor, iadique ai bien l'époque
de cette réédiOealton.
(3) Nous pcnson.1 qu'il est h propos de donner ici qnelqnea délaila «nrla
conMruction <]<• l'égliKc <!c Saint-Niiicr.
Eu 1503, Jean du Maliiics, riche boui^eoù de Ljou, aTail ceOUMncé à
bàlir le aanetnaîre qu'il ne poi pas adiever. André de La Faj 01 conamira
le maflre^tel, poia l'oarrafe en resta lé. Jean loly, aacrialaia, vint ensuite,
et pendaat treale^x ans emploja laal aon crédit et aea efforia pour la
eoatinaaiion de Fédifice. 11 jeta les fondations du pretbjlére, fit un fprand
iiomhrc de réparations, et construisit, du côté droit du sanctuaire, la ctia*
l'ollc de Sairitc-Madcloitip. La nef, les bas-côtés et les chapelles furent cons-
truits successivement par un grand nombre de fidèle?, dont les armoiries,
fixées à la vo&le, furent piquées et badigeonnées en 1750. Pendant le XV*
■iécie, loua cea ouvrages prirent de raccroiaaenunit. Cn 1454, on commenta
é hèlir la cloder au-deaiua de la porte de gaoebe, et on ébanchaii la
façade. En l4Mt leteoBMraa do la Triailé ireal caoUraifa leor ehapello
32 DISSERTATION SUR L CMPLACKMEKT
Quoique toutes les remarqoesque nous venons de faire nous
aieoi forcé à «dopier, an siyei de la crypte Seiol-PoUiiB, qm
qai oeeope dent arcadei^ «t l'Iiéritier de BiriUUmy Bajcr faîMit élever
celle qui est conliguc.
Blalgré CP5 nombreux travaux, la Ii3<>iliquc n'clait poitit adipvi-c. l'icrrc
llcnouard, au XVI' (iccle, y lil {ilusieurs couslruclions considérahlcsi il lit
déMOlir le greod «alcl pour en élever mi fiM magninquc, mais, étaut aorl
•o iBSSt il M pot le temieer, See bériHen echevéreDl tom mvre trec
b pl«t (laade wdeor ; ile Iveat reUlir U chapelle lonlenaiae deSei»!*
Pethîo» j pbcérenl lea cerpa de ploaiema aaîetf, et le leailieatt eA iU
CMjaicnt rcofermé le corps do saiot Eanemoed, qui donna dcpiHB ton
OOm à la cliapellc. En 153C, Pliilibert Dclorme fut chargé d'élerer UB
poriail roagiiinque ; ce qu'il exécuta dans un Lenu slylc il cU vrai t naît
qei aie tort de ne pas être celui du reste du l'édifîce.
L'égliae de SaiolrNiater toufErit de grands ravagea do la part dc« Calvl*
■iatea eo iSSS; lea UtiaBeou da Cbapiire fanât ronTeftéa, «t la ebafdle de
1« Trioité détroile.
Rn 1585, os reprit lea tnmos, et le ponail méridional do lo fatade
fut élevé* CieqaaDte ans après on travailiait à la voMc du cliœur, soit
qu'elle ne fût pas terninée, «oit qu'elle eût ho'oin de n'-paralious. En 1G46,
on fit bdtir des hnuliqucs le long de la faradc latcr:il<', ilc(>ui5 la place Saint-
Nizicr jusqu'à celle ilo la Fromagerie. En I650> ou tenta t'achévcment de la
façade, mais ce fut sani succès.
Ea 17S0f l'extérieer da vafaaetv fat réparé, et Jea cleeliM faroat lefon-
doea. Qoelqnea annéea ploa lard, oo fit rrgratler tout le dedana de Té^iae ;
ce qai fit diaparallre aoe centaine d'arnoiriea, plaeéea 4 la voftlCt et déai*
goaot les familles qui avaient aidé & la construction de ce temple. Le
cliœur, qui était alors dans la nef, fut transféré A l'eatrémllé de T^iae*
En 1753, ou creusa, pour la sépulture des morls, un caveau qui occupe
tout le dessous de la grande nef, Artaud , qui a cru que ce caveau était
aussi ancien que l'église, a pensé que ceux qu'il croj^aît exister sous les
Ima-oAtéa étaient moréa» et eoateaaient lea tombée dea caciew ordwvéqwe
de Ljoo (I), nuiia c'eat aae errear,le pavé dea liaa<6léa perle aor la terre
même* comme «a en a ea la preave en creoaant peur la chapelle de
SaSni-Ennemend, sont laquelle ou • trouvé dea amphorea.
Il n*7 a donc de caveaa que celui aoua la grande nef « oA il a élé creusé
(0 ><ve* samaaaAw, fftgM loa si sutmiw.
DU TOiPLi: d'auguste.
33
opinion conlraire ù celle reçue jusqu'à nos jours par les hls-
iorî«os de Lyon, il n'en re«le pas moins prouvé d'une manière
irrécusable que nous devons voir dans la (radiUon conslante
que nous avons sigualée plus haut, cl qui, aux yeux do tous
est si respectable par ta bao(e anliqui(é« et non point dans
l'existence d*an monument du paganisme qui n'a jamais pa
être élevé dans cet endroit, le seul motif qui fil choisir, au
IV* siècle, ce lieu encore désert et en dehors de la ville pour
y élever la cathédrale de Lyon. Cet emplacement D*aviil-ll
pu un titre sacré k cette préférence, puisque c'était dans ee
lieu ot sur ce sol même reconnu et vénéré encore de net
jours, c*es^-à-dire depuis 1700 ans, comme le Nroeau du
christianisme dans les Gaules, que, par le ministère de PotUn,
8*étail élevé le premier autel consacré au culte du Christ.
' 11. Auguste Bernard dit encore en faveur de son opinion
que le quartier où il ptaco le temple d'Auguste était proba-
blement aux premiers siècles le seul de la presqu'île qui fol
fêàlkmetU m (sm fmau, et pat recevoir une aussi impor-
tante construction, comme il est encore le seul qui ne soit
pas miné et envahi par les eaux lors des inoodatious de la
Saône et du Rhône.
Les renseignemeiiU qui ont été fournis à l'auteur sont loul-
à-fait inexacts. Dans les inondations ordinaires, il Ciit vrai
par ordra da ctidînal de TeDcîn, foit p«nr atMÛoir l'iglbe, «oit pour «foir
un lieu de •épnitare pour les gens notebtei. Ce lootemia e«t venipli d'un
MMbre prodIffeiR d'ossenenu bomains.
tttta, en 18}4| furent achcTées la nouvelle ucriitie et \c9 boulîquei qui
ciistcnt du côlé de la place de la Fromagerie. A la mt^nie époque, la rca>
lauration du clia-nr fut commencée sous la direction de Pullct. On clahlit
uu passage souterrain pour communiquer de la crypte Saint- Pothin aux cata-
conLes creusées co 1753» et, de nos jours, nous tojtous par leeuNM cl le
taleat do M. Beooll ^ coapUter Tach^cBeat do la façade, el réreciiea
de b aeconde leiir, aur la porte de dioîlo.
Teir, pour pin» de détail, LpoR atuien tt amierw, art. sàintJVialer.
S
34 DnSBRTATIOir SUR L*BMrLACBllBHT
qae le (|Qartier Sa!n(->PieiTe a été à l'abri ; mais pareillement
ceiaf d^Ainay Ta été aussi : tandis que, dans Hnondatlon de
1840 qoi a dépassé tontes les précédentes, les eanx Tenant
par la place de la Platière et la rue de la Palme, ont atteint
la place Saint-Pierre, et formant une rigole qui la traversail,
se sont écoulées par les rues du Plâtre, Bét-d' Argent et Pas-
Étroit jusques dans le Rhône. Tantlis que le qnarlierd*Ainay,
le seul (le toute la partie basse de Lyon, a élô de plusieurs
pieds au-dessus des eaux.
Nous savons qu'on va nous faire observer que le soi d'Aî-
nay a été élevé de dix pieds comme nous l'avons dit plus
haut; mais nous rappellerons aussi que la découverte du port
sous la place du Plâtre, et celle de la voie romaine sous la
rue Mercière oui démontré que le terrain du quartier Saint-
Pierre a éprouvé un pareil exhaussement. La seule objection
qui pourrait être faite, c'est que le barrage formé par le pont
TilsiU et surtout par celui du Change qui n'existe plus(r , re-
tenant les eaux en amont, était cause qu'elles s'élevaient dans
le quartier Saint-Pierra et dans celui de Sainl-Nizicr, à une
plus grande hauteur que dans le quartier d'Ainay. Celle ob-
ser?alion est parfaitennent juste pour ce qui s'est passé en
1840, mais du temps de l'autel d'Augnsle, les eaux de la ri-
flëre débordante s^écoulaient l*ane dans l'antre par les ca-
naux dont nous avons parlé, et qui coupaient la partie basse
de Lyon. Dans la dernière inondation, les eaux de la Saône
n*ayant plus ces Issues se sont frayé un chemin à truTers le
quartier des Cordellers qui est beaucoup plus bas que re-
lui d'AInay, et formaient un torrent qui, roulant dans le
(0 Le pont du Change, ancienncnent nommé pont 4e Sateo, parce qu'il
élaïl à ceUe époque lu »oul sur celle rivière, avait été commencé par Ica
■oins do rarchcTiîqiic Humbcrr, on lO^O ; ayant él<'; forlcmonl endommage
par riuoudalioii de 1810, il en a Ole comlruU un autre plu* large cl plus
commode, naia bien moiiii piUorctque.
DO TEMPLE d'auguste. 85
lUiône, a préservé de l'inondalion le sol où élail autrefois le
(emple d'Auguslc.
Ainsi, le quarlîer d'Athanacum élait, dans les temps an-
cieos, préservé des inondations par les canaux qui coupaient
la partie basse. D'ailleurs, par les raisons que nous avons
déjà données plus haut, les inondations, dansées temps re-
culés, n'étaient point aussi subiles et par eonséqueDl aiwi
considérables qu'aujourd'hui.
On Toil, parce que nous venons de dire» qn*Ainay, dans
les temps andens, comme de nos jours, n*a jamais èlé
alleinl par les débordemenls du Rhône ni de la Saûne, et
que par conséquent c^est une erreur de croire que le quartier
Saint-Pierre est le seul qui ne soit pas miné et envahi par
leurs eaui. Du reste, nous avons mesuré le même jour la
hauteur du quartier Saint-Pierre et celle de celui d'Ainay ,
et nous avons trouvé le quartier Saint-Pierre à dix-sept pieds
sii pouces au-dessus des basses eaux, et celui d^Ainay è seiie
pieds sept pouces, onze pouces de moins* La différence, comme
on voit, n'est pas considérable, surtout si on veut bien
remarquer qu'elle n^existe pas sur tous les points du
quartier.
M. Augusle Bernard vient de nous dire que le quartier
Saint-Pierre était réellement en terre ferme, ce qui prouve
qu'il n'a aucune connaissance de nos anciens plans de Lyon,
car, il aurait vu que le quorlier Sainl-Pierre élail au conlrairc
une île séparée de la lerre ferme par le grand canal des
Terreaux qui, près du Rhône, avait jusqu'à GO pieils de large.
C'est sur l'emplacement de ce canal, comblé à la lin du XYI*
siècle, que s'élève aujourd'hui Tilôtel-de-Ville , dont les
jardins servirent plus lard pour l'établissement de la place de
la Comédie , du Ihédire et des maisons situées entre les
rues Lafont et Puits-Gaillot. Le reste forma la place des
Terreaux, et le terrain sur lequel s'élèvent les maisons qui
la bornent an couchant, ainsi que Tancien quarlicr do la
36 DISSERTATION SUR l/KMPLAGSUBJn'
Boucherie qui vient d'élrc remplacé par celui de la rue
d'Algérie el de Gonslanline (1). M. Auguste liernard cal
d'avis que, malgré ce qu'en onl dit les hîitorieiii de Lyoo, la
fille, à l'époque ronaine, ne s'est pu étendue sur la presqu'île
du confluent. Nous pensons bien afee lui que Lngdunum en-
tier n*éiait pas encore descendu dans la plaine, mais cela ne
pffouve pas qu'il ii*y avait pas des iiabitations. Il est, an
contraire, bien naturel de penser que nos rivières, olllrant au
commerce une voie de communication bien supérieure h
cslle des routes d'Agrippa, tes habitants ont dd préférable-
(I) Voir le plu de Lyon, da leai|M d'Honri II, oos Araiiito* do aolfo
ville.
Aîniiqiie nous l'avons dit en commcnrani, une autre comrounicalïnn entre
les dcut rivières existait dans le quarlirr ilc la Cr. iR-tîc et de? ronleliers, h
peu près Tcr» la rue DuLni!», mais luen moins bi.;e et liien moins fréquentée
qae la première. La pente de la grande ci du la petite rue Mercière, vers
lâdBlo no OolMiia, «onblo en indiquer encore la place. Ihi reaie, ce eaaol
paratl afoir été eonblé il 7 • fort loogiemp».
Quant an point de rencontre qne l'on pente atoir en lien k la place
dea laeoliîns, dans les froMe» eaux leolemenl, nona devona croire qoe déa
qa*il 7 a eu de» habitants sor ceUe parlla de ta presqu'île, ils ont Taiileura
efforts pour comliatlrc cette tendance que les riTÏèrcs avaient h se rappro-
cber, encore nièrac de nus jour?, avant les travaux de nos quais el l'cxliaus-
aciDCiil de la rue Ecorchc-iksuf, du »crle que la cotDmuniiatiuu n'a jamais
dté enliéro. Mail, pour le canal du quartier d'Aioaj, son exittence eat re-
connue, et a été pconvéo par lea iraranx qne II, Brodier, entrepreneur, a
ftitl oséeuler poar In coailruclion de la caserne de la rue Sala. Il a trouTÔ,
daaa la rue Sainie-tKléne, à une certdne profondeur, une partie de ce
canal ayant des dalles «ur lei borda. Pareillement, M. Dillniar. en fouillant
entre la rue Saiiïtc-Ilélène et la rue Sala, vis à-vi» la pri«on Saint- Joseph,
dana une excavation do vingt pieds de profondeur, a In uvé des pilotis
cl dea eurochcmcnts qui annonçaient le passage d'une ancienne branche du
RbAno en col endroit, et qui déiermiuaii tant doute la forme de lllo on
ddin de raneien eonfloent. C*ect aor lea borda de ce canal qu'on a trouvé
loa realeo «In In Ikbriqee de poterie antique de SaUnw GâiMu*
Veîr Artaad. Ljfom êomtmlm, paae 14», 180.
meol •*élabilr dtos le îoiilnagc de la Sêône, et qoe là
rtaoioD des Iles da eooBiieiil étant devenue le centre da
eemmerce des Grecs qui y renaienl trafiquer h certaines
époques, elle ait pris une telle importance que le nom de
"ketov ville de la plaine (1), ail fait oublier peu ix peu celui de
Lugdunum, ville de la colline.
L'auleur du Mémoire revenant sur relie quoslion, dit que
plusieurs personnes ont cru voir dans les galeries de Saint-
Clair des aqueducs destinés au service des élablissemenls
qu'elles supposaient graluilemenl situés sur la presqu'île;
ce qui signifie qu'il n'y en avait aucun. Nous allons encore
cette fois répondre par des preuves matérielles.
Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit au sujet
du résultat des fouiUes faites dans tout le quartier d'Âinay
et celui de Belleoour ; mais nous citerons les construclioai
antiques trouvées sous d'autres moins anciennes, lorsqu'on a
creusé les rondalipna de la maison Jlacqaemot, rae de la
Fatne (1) : le qaai antique trouvé sous la rue Mercière, «t
doBt nous avons parlé, les amphores trouvées sous TégllM
Satol-Niiier ; celles déoonvenea à douie pieds de profondeur^
derrière la première chapelle de l'église de Saint-Bonaventure.
Les mesaiqncs, dont le gisement a été reconnu sur la place des
GélesUns, aux Terreaux, dana la maison du Cœur Volant,
à THétel des 4 Nations, dans la maison Clavier, à la Déserte,
dans la rue des Bouchers, à la place des Garpies sous an
pilier de Tancienne église, les médailles du temps d*Antonln,
les tuiles romaines et le dépOt d'amphores découvert sous
la me de la Préfeeture et aoos le passage de l'Argue (2). Les
<l) têiaVf friaÎM, «r»A eu vMa tjron.
tS) Cft eomiruclions dcraieot, dans l'aoïiquité, être tout &-fût préi ée It
Saiae« i l'angla twnùA ft Ja v«io totUM» et le port deet nom «Teiit
perlé.
(«) Arlaadi Lyon touuiiaiu, |>agc« m, SOS* 14$, 86, 87, lit.
38 USSBRTATION «TH l'eUFLACBMEST
amphores, les fragments de colonnes et chapiteaui antiques
troQYés rae Centrale (1), et enfin par^dessns loat le mo-
nnmenl èpigraphiqae déterré, rue de la YielUe, et qne
M. Alph. de Boissîeu a si savamment eipliqué, en conslotant
l'etislence du pagi condat, ou bourg du Confluenl (2).
Or, rL'\islcncc d'un bourg suppose un ccrlaîn nombre d'ha-
hilalions. Ccpt-ndaiil nous nous empressons d<; reconnaître
que, depuis le grand canal des Terreaux jusqu'à Bellecour,
les restes d'habitations sont inlinimenl plus rares, parce que
les îles comprises dans cet espace élaienl les moins élevées
et les premières submergées.
Quant aux vestif,'('s de maisons romaines qu'on retrouve
de l'autre côté du canal des Terreaux, c'esl-à-dirc sur la
terre ferme el sur le penchant de la colline Saint-Sébastien, •
quelques-uns offrent des parlicularilés qui trouvent nalu-
rellemeot leur place dans cet écrit.
Nous passerons rapidement sur la naumachie trouvée au
Jardinnles-Plantes (3) , sur les tombes de la rue Vieille^
Monnaie, sur les mosaïques et Tautel de la rue Sainte-
Golherine, sur les amphores, les briques antiques et les mé-
(I)- Le* ampliofea, trouvée rue Ceoirale« étaieut nnffoi iréMerréw kt
unes contre lc!> nutrc^, l'ouverture tournée en bêi, la terre gamimit
Ici intervalles, et (es emprisonnait cxtérieareineni de toutes parts. Sur cet
appareil on plaçait un lit de briques, pais on élablisuil la mosaïque, qui
était destinée au pavé do la salie du rez-de- chaussée. Co mojci» prcscrïûil
de l*hiifliMri«. Il existe à Uomc plusieurs exemples d'amphores, cmplojréca
dan* de* voûtes, afio qu'elles fosieatplw légèrea.
(1) Alpb. de BoTitieu, AwcrfiMfeM mUfMW, page 19.
(S) l>éerite ArCaod, et dont le plan a été relevé en latt, enr les
lieux m^metf par M. Oicnarard, arebUeete. U. AnguMo Bernard pense
qu'il n*y avait pas d'établissement sur la presqu'île, quoiqu'on y ail placé
jusquf-là, dil-il, une naumachic, etc.. Comment ce satanl ignore-l-il les
preuve» d'une découverte si intéressante, que tout Lyon savant a vufl, cl
dont nom avons nous-mêmes été témoin.
o
DU T£MPLfi d'auguste. 39
daiUes de la me de la Ifartioière, sur lei fimlUes de Toraiigerie
dn JanilD-d6i-Planl€i, qui ont donné des Utiles, des briques
romaines, el ont laissé ?oir one couche de chariKms fbri
épaisse el fort éïendne. Noos ne dirons rien snr Tamas de
briques, de toiles romaines et la cooche de bois Inoendié
troavé à dii pieds do profondear, soos la maison Gooid
plaee de la Miséricorde, sur les fouilles de la rue Toloian et
delà maison Laaerve rue de l'Annooclade, nous ne ferons
que eiler les mosaïques calcinées de la plaee Salbonay,
et nous arrlYerons aui fouilles folles sur le cdlé oriental
de cette place, en construisant les maisons Giraadon et
Raimond. La première a donné dt>s canaux souterrains, une
slalue de Diane, deui bustes en marbre, plusieurs clefs
de fer, des ferrures de portes, un aviron en bronze doré
et un hypocausic (lui a dû servir aus thermes qui occupaient
le milieu de la place (1).
Mais ce qui a offert ie plus d'intérêt, c'est la découverte
faite sous la maison Uaimond, de trois pavés de mosaïques
superposés, c'esl-ù-dire établis les uns sur le« aulreSi à un ou
deui pieds de dislance (2).
La dégradation du premier, dit Artaud, qui est le plus
profond el d'une exécution soignée, doit se ra|qK>rler à
l'époque de l'embrAsement de la ville arrivé sous Néron ;
la ruine du second, qui est moins riche, peut être attri-
buée au temps de Septime Sévère, et ie troisième, qui
annonce la décadence de Tart parait appartenir au règne
d*AUila ou aui ravages des Y% VI«, et V1I« siècles (3).
(1) L'ciiumcraiioii do toulei les autres découTcries moins iuporUintes
conne trt, mais tenraDl de preoTe qM ect quariiert ont élé hibilét «m*
Im ItoBuiu. i«rail trop longue iei. Il faot m borner nos prinel|Mle«.
(S) Fftreil exemple de den pevée •nperpotée a éii trauvd à Ljen, me
Vanbooeur, maÎMO de BmMÎea, à Lyon, et i Orange, chez M. Sautel. Vojea
i'oti»niH d*ArUad mr les !Uota1quet de tyon ei dn midi, ]>\. \.\ r( 1.TIT.
(S) ArUttd, tyonMHi«rra(a» page 97, i06,S04, 178, 85,98. 99, 90, 97.
kO DISSERTATION SUR EMPLACEMENT
11 est une remarqse Irés-essenlielle à faire dans l'histoire
de notre fille, c'est qa*H ne faut point confondra Tétat de
désert où la plaine de Lyon a été réduite dans le moyens-
ége, avec ce qu'elle était dans Tantiquité. Il fiiut ae
rendre compte des dévastations dont Lyon a été la vle-
linie dans les temps de barborioi et surtout an Vlll* siéde*
où les Sarrasins renversèrent ses murailles et tout ce qui
restait encore des édifices des Romains. Pois arrivèrent, dit
Artaud (1), les temps de la féodalité, où les seigneurs, tou-
jours en guerre et retranchés sur les hauteurs, donnaient peu
de soins à la partie basse de Lyon ; alors, les digues fàrenC
emportées, les canaux se trouvèrent comblés, les eaux de nos
deux fleuves s'emparèrent des quartiers les plus bas de la
ville, cl formèrent de dislance en distance, comme dans le
principe, de peliles îles jusque vers le canal des Terreaux,
le seul que sa largeur sauva. La preuve nous en est donnée
par la cryple de Saint-Pierre, qui se trouve située hors des
murs comme le dit un ncle du VI'= siècle, encore conservé
aux archives de celle églisi' du lemps de Paradin, et renfer-
mant une donation par Lolhaire, en faveur du Monastère
beati Pétri principis aposlolorum, inter Ararim et Rhodanum
silum in burgo litgdunensi (2). L'église de Saint-Pierre se
trouvait donc en dehors des mars (3). Sl-Nizier était pareille-
(I) Lg9H ioiaerroin, page 189.
(S) Lor«r]u'en ISSG on établit les fondemenu du noaveaa ihéltiv. on
trouva les deut murs do soutènement de col ancien canal. L'Mpace oceopé
par les eniix était ilu Si métré» 70 cenlimélres de large» lea non avaient
2 moires d'cpais»eur.
(3) Dau» le bliu du m ov en-Age , biirgu^ signifiait uuo aggrégatiou de
maiaoaa, aana encetuic de murailles. Voir Ducange, Glouarim ad teHpiom
medim et hifimm haMtatb, 1. 1, p. 1363.
Artaud, faisant faire dea plantations dans la cour do palais Saint>Ficrrc,
a IrooTé ctitr'anlres objets» des racines do pin Irès'proronde»» et qni pa-
W TSMFLS D AUttUSTB. 41
iMDl bon dts roué! do Lyon «t eoloaié de boif ^ui ont
donoA la«r nom à wie roe voisine qui le comorve encore ;
l'égUn de la PlaUère, placée pareillemoni dans nn lorrain
qai Ini vahil le nom de Sto-Marie an Bois : le quartier do la
me Boisson el œloi da GrlUbn étaient entièrement plantés
de vignes : tont était campagne on granges, depuis le jardin
desAngnsUnsjusqu'aiHdelà du quartier de la Déserte, qui
prenait son nom de Félat d'abandon où il était rédoit. Le
lardin-des-Plantes actoel n'était qu une immense vigne, dont
le propriétaire se nommait Do Soleil ; le quartier des lacoblns,
une espèce de marais, el enfin la place de Bcllecour, où était
le château du seigneur de ce nom, un amas de broussailles
cl de terres marécageuses, où, jusqu'en 1722 on allait jouer
au mail el prendre le plaisir de la chasse (1).
Ce serait donc une grande erreur de croire que parce que,
il y a quelques siècles, In partie ha>sc de Lyon élail ma-
récageuse, déserle el inliabilée, elle devait être ainsi dans
l'anliquilé. Les traces d'habitations romaines que l'on y re-
trouve à ciiaque instant, cl (lue nous avons citées prouvent
parraitemenl que tout cet espace, devenu plus tard Lyon,
était, au contraire, à l'époque romaine, le lieu où habitèrent
les plus riches commerçants jusqu'au moment où les dé-
sordres du moyen-flge, en détruisant leurs habitations, le
transformèrent en un désert , où des ruines seules servi-
rent à marquer la place des établissements qui, jusqu'à
celte époque, avalent lait sa gloire, sa richesse et sa pros-
périté.
raUiaicnl avoir appai tenu â lics temps éloiguèa. Lfou toutemin, ^êgaWI»
Ceci courirmu ce quo dit la tfadiiion, que cette lie clail ancieoDement
couverte de Loi», couiine au temps uù «aiiit Pulliiii vint y cIiercli«T un abri.
(I) Des pcrsouiics, digdcs de foi, nous ont assure que leur* ç;r,ind«-|iercj
lliaient y ctiassrr la Iiccuso. Artaud contirmc lu inèniu fait. Lyim sviî-
«Mw, iiagos SOti et 1S9.
42 DISSBHTATION SUR L*BIIH^CBIIBirr
En résumant ce que nous avons dit pcul-ôlrc beaucoup
trop longuement, nous rappellerons que nous avons établi
(|u'il nous est impossible d'adopler l'opinion de M. Aug.
Bcrnnrd ; que d'après le témoignage de Strabon, el plus encore
d'après celui des monuments épigraphiques quo nous possé-
dons, le temple èlail au conilucnt, et que le coniluent étant
à Âinay, le temple ne pouvait être qu'à Ainay; 2** que le
quartier d'Alhanacura, bien loin d'élre trop raarécageai
comme il le pense, élail au contraire CBUTerl d'édifices somp-
lueox ; 3<> que le nom antique d'Alhanacnm (Aioay), poorrâil
bien venir du mol A6«yffroc immorlels, €b rboniieor des
Césars qui y étaient adorés comme tels ; k9 que le reste de
la plaine, aa lien d'être inhabité et sans aucun établissement,
montre au contraire un grand nombre de ?esllges d'habilai-
tions sur presque tous les points ; Sfi que les quartiers 5t-
Pierre et St-Nizier ne faisaient point partie de la terre ferme
comme il le croit, mais n^étaienl au contraire qu*ttne He sé-
parée de la colline par le canal des Terreaux ; 6* que les
églises Saint-Pierre et Saint-Nixter n*ont pas pu être cons-
truites sur les mines do lemple des empereurs, puisqu'elles
le sont sur des cryptes des premiers siècles , principale-
ment celte de Saint-Nizier, élevée au lien même où Saint-
Polhin avait établi son premier oratoire au 11° siècle;
7® que la découverte du port, sous la place du Plâtre, el de
la voie romaine, sous la rue Mercière, explique celle du
grand nombre de monuments épigraphiqucs trouvés dans
le quartier Saint-Pierre; 8° que rèlablisseinciU d'un pont
sur l'emplacement où était celui du Change, n'avait point,
comme le pense M. Aug. Bernard, été construit par rapport
ou temple d'AugusIe, mais pour servir de commuiiicalion
entre Lugdunum et les habitations situées sur la rive gau-
che de la Saône, dans le voisinage du grand canal des
Terreaux ; 9<> que le terrain du quartier Saint-Pierre est
BO TEMPLB d'aUGCSTS. 43
«iosl que cdui iTAinay» élevé de dix pieds de plus qu'il
ne l*éliil dans Tanliquiléy el que par cooséqaent, si Ton
faut bien ne pas confondre l'état où Lyon s*est trouvé après
les siècles de barbarie avec ce qu'il avait été sous les Romaios,
on verra que MM. les antiquaires lyonnais ne méritent pas
l'espèce de reprocbe que semble leur adresser l'auleur du
Mémoire dans le preaucr paragraphe que nous avons
cité (1).
Qaoiqoe nous ayons combatlu Topinton de M. Auguste
Bernard, nous ne rendons pas moins juslicc ù son érudition
el à son mérile , comme archéologue. Nous devons lui
savoir gré de ce que, en essayant de jeter quelques lu-
mières sur un édifice si célèbre el si peu connu, il nous a
fourni l'occasion de faire nous-môme quelques recherches
h ce sujet par la nécessilé où nous nous sommes trouvés de
combaltre son opinion. Nous lui adressons, en conséquence,
les remercîmcnls les plus sincères pour rocrasion qu'il nous
a fonmie d'avoir étudié Tliisloire de noire ville ; el nous
reconnaissons que si nous avons été assez lieoreux pour
lui opposer des preuves matérielles irrécusables , nous ne
devons cet avantage qu'2i celai d'être sur les lieux , et
d'avoir pu ainsi nous procurer des matériaux qui lui étaient
inconnus.
(t) Apr^ avoir examioé la question do renplaeeroent da temple, nom
jwwnoiw eooon aigoaler quelque cboie qui a échappé k U, Aogntla Ber-
Midi oa aDjet de la porilion do LogrfaDiiiii, qa«, éèê la deaiième ligae d«
•on écrit, il prétend avoir été fondé aar la riTO ganehe de la Saéne, tandia
qu'il a'y a qu'à jeter lea yen* aor cette rivière pour voir que c'est sur la
droite. ll.°)is nous considî-rcrons cela rommc un lapstii calami ; l'auteur du
iiii'nioire finit îniis doute aussi liieii (pio lious de quel côlo est placé le cô-
it-au du Fuurviércs. Nous n'allachcrons dune aucune importance à ccUc iu-
gcre inesaclilnde, si pardnnuablc, quaud on regarde ka cbofca& ISO lieues
de disianec.
(4 DISSnTATIAM SUS L^BHTLACBMIIIT, SIC.
Bn lenDinani, il nous reste «n demfr à remplir, e*Ml
celoi de la reconnaissance eiifen an tmnt que Dont avons
eu le malheur de perdre il y a onze années, el qui, avee
une patience incroyable cl la plus infaligable perséTérance,
pendant plus de quarante uns, recueillit el mil en noie cha-
cune des dt'couvcrles archéologiques failes dans nos murs,
laissant ainsi à sa pairie par ce travail utile les documents les
plus curieux el les plus instructifs pour ceux qui , h l'afc-
nir, marchant sur ses traces, voudront écrire l'histoire des
premiers temps de notre cité. Artaud a rendu de grands
services à rarchéologie. C'est ù lui, c'est j'» ses notes nom-
breuses que nous avons emprunté la plus grande partie
des prenves malérielles sur lesquelles nous nous sommes
appuyés pour comballre l'opinion de l'auteur du Mé-
moire. El si nous avons pu réussir h éveiller un instant
l'intérêt sur celle question difficile, nous ne le devons qu'4
eelni dont la vie s*esl passée dans l'élude de l'anliquilét el
dont les Jours se sont écoulés à interroger les monuments qui
iront pas été sourds h sa voix, el ront récompensé de ses
veilles en IMnitianl aux mcMirs el aux usages que les Ro*
mains avaient apportés dans nos murs, ainsi qu'en le liisant
en quelque sorte assister aux fêtes et aux spectacles que
sa plume a su si savamment nous décrire (1).
Ë. C. MAaTlM-DACSSIGNY.
(i; Voir fou uuvragtt sur l'Autel d'Augoile.
DES
SERVICES RENDUS PAR LA MÉDECINE
AUX SCIENCES NATURELLES (1).
Les sociétés scienlifiqaes, composées comme celles de mé^
deetne oa d*agrlcallare, d*hommes que réanil rideolilA des
occupations professionnelles ont surtout pour but Tappréda-
lion des détails de la science et le perfectionnement de Tart ;
ftvorables h la diflhision des méthodes pratiques, elles ne se
prélent pas avec un égal avantage aux déTeloppemenls de la
idenoe, qui exigent des vues d'ensemble et des comparaisons
entre des sujets divers.
A côté de ces assemblées d'hommes spéciaux, devaient
donc s*en former qui réunissent dans leur sein des savants,
des littérateurs et des artistes; dans lesquelles les Intérêts et
Ni actes professionnels fussent négliges pour les questions
(I) Diw«ure^de (éMpaM i l'AetéteU da» Bdlei-LellrM , Sciences cl
Art» 4c Lyca, ymmmè le 99 méI iS(S, pir M. A. Bcmmi, proSMceor de
GKnifM dûniisierie k IHÉeek de ItfdMiiac.
46 MSCOUtS BB H. A. BORICBT.
philosophiques des sciences; oùcelles-d fiusent envisagées
moins dons leurs applications que dans lears principes ; moins
cri ce qui salisfail un hesoin mnlôriel qu'en ce qni sert à
(^claircr l espril. 11 fallait une société qui, composée de jages
compùlenls dans tous les genres, devint un centre où pussent
converger les travaux intellectuels de quelque nature qu'ils
fussent -, qui écloir.ll chaque science de la lunHcio qui se dé-
gage des autres, et qui établit des rapports de confraternilé
entre les hommes qui, cultivant les branehcs les plus variées
des connaissances humaines, marchent dans des directions, en
apparence divergentes, mois n'en ont pas moins une ten-
dance coromnne vers la recberctie de l'utile, du vrai cl du
beau.
Cette société réalisant Tonilé de la science au milieu de
la variété des proressions, vos suffrages bienveillants me per-
mettent d'y prendre place aojourd'liui. Les vues de ses fon-
dateurs, si favorables h l'échange de la pensée et à Tunion
des hommes de lettres et do science , ont reçu leor réalisa-
tion la pins eomplète par vos talents, par vos travaux et par
l*onion digne et alTectoetue qui régne au milieu de vous.
Dans la sphère élevée où vous plaçaient la nature de votre
insliCoIlon et vos méditations habituelles, vousavci bien voola
tenir compte de quelques recherches spéciales qu*il m'a ét6
permis d'accomplir, et qui ne se recommandaient à vol re atten-
Uon que par leur ulilité pratique. Mais s'il vous eût été facile
de Ironver des hommes plus capables que moi de s'associer
& vos travaux, personne, en entrant dans cette enceinte, n'au-
rait senti plus vivement l'honneur qui lui était fait, et com-
pris le perfeclionncmenl qu'il pouvait acquérir auprès des mo-
dèles qu'il aurait sous les yeui.
Obligé aujourd'hui de payer le tribut que vous imposez à
tous, et ne pouvant le faire dans l'ordre de mes éludes habi-
tuelles, j'ai pensé à vous enlrelcnir, Messieurs, des rapports
. j — i. y Google
DUCAUBS M M. A. BOlfNBT. 47
de la médecine arec les sujets dont 8*occnpent les diverses
sections de l*Acedéinie.
La médecine touche à font : aux lettres par ce lien commun
qui rend celles-ci indispensables à tous les hommes qui cul—
livcnt leur esprit, el par les langues {grecque et lalinc néces-
saires, la (lornirre surloul, aux mi-dccins qui veulent consulter
les auteurs do rnnliquilr. et la plupart de ceux qui nous ont
précédés de plus d'un sir-cle ; à la philosophie, par les (pies-
lions de méthode sricnlilKnie et par celles de psuliologie qui
sont aussi de son dojnaini; ; aux aris du dessin par les .
emprunts qu'elle leur fait pour les expositions plastiques de
quelques-unes de ses découvertes el par le giiiiie qu'tllc leur
a fourni dans la reproduction de la forme humaine ; enfin
aux scieoces naturelles, par des rapports si intimes que l'eo-
seignemenl de ces dernières fait partie intégrante do pro-
gramme que la loi impose au médecin.
Dans Texamen des rapports de la médecine avec les autres
branches des connaissances humaines, les questions les plus
variées pouvaient donc se présenter h résoudre. J'ai dd faire
un choix enlr*elles, et Je me suis arrélA h ViUtit det jsretees
rendui par hi miieeinê aux idencet naturelUi,
Chacun sait à quel point ces sciences, et en particulier,
la chimie, la botanique et i*anatomie comparée ont concouru
6 éclairer la médecine et à lui fournir des éléments de sa
puissance, mais Ton ignore généralement tout ce qu*elles en
ont reçu en échange ; on croit que riche des biens qui lui
ont été transmis, la médecine a été stérile envers les sden-
ces, ses bienfoltrices, et qu^elle a joué dans Tordre sdenlifi-
qne le même rôle que dans l'ordre commercial, ces contrées
qui reçoivent les importations des peuples avancés dans Tin-
dostrie et n'exportent rien chez eux. Il y a, dans celle opi-
nion, une de ces erreurs qui touchent de près ù l'injustice.
J'essayerai de la détruire dans ce Iravail.
48 DISCOUBS DE M. A. BOMNfiT.
La nédedoe, et j'enlends par ce mol rensemble dei oen*
naissances relative» h l*hoinnie physique» la médedne n'est
point Iwrnée à l*eiercice d*on art ; elle ne sert pu seulement
i secourir l'homme qoi souffre, h éclairer Taolorilé dans les
mesures qui touchent à la santé pnbliqoe, et è seconder la
justice dans la poursuite des crimes que la science seule peut
démontrer; elle rayonne au-delà de la sphère qui loi est
propre, elle a rendu d'une main ce qu'elle recerail de l'autre,
et tout en recneillant les fruits des sciences naturelles, elle a
. concouru puissamment k en activer les progrès.
Le premier besoin des sciences naturelles est celui d'onc
méthode sûre el ft^conde. Les garantir des erreurs auxquelles
conduit une iiK-lliode vicieuse , guider lous leurs pas par
une méthode sévère, c'est là le premier el le plus grand des
services qui pussent leur Olre rendus. Tant qu'elles ont été ex-^
posées h la fausse lueur des hypothèses, ou placées sous l'em-
pire d'une autorité inrompélenle el acceptée sans examen,
elles n'ont marché que dans Terreur, ou se sont arrêtés dans
une funesle immobilité. Leurs véritables progrès ne datent
que de l'époque où elles ont pris pour guide l'observation
des faits cl que, parties de ceux-ci, pour s'élever à l analyse
el h la généralisation, elles y sont constamment revenues
pour vérifier la justesse des concepUoos générales ou des
applications pratiques.
Il y a Uint de présomption k, vouloir deviner les œnvres
de Dieu , et une sagesse en apparence si élémentaire à ne
chercher à les comprendre qu'apiès les avoir observées, qu'on
pense nalorellement que la méthode d'observation a été
ioivle dans tous lei temps, et avec une assiduité d'autant plus
grande que l'on était plus rapproché de rorigine des sciences.
Cependant celte marche, si naturelle en apparence, est loin
d'être celle qu'ont suivie les premiers savants. Plus pressés du
désir de comprendre que de celui d'observer, impatients de
DISCOURS DE M. A. BONNET. 49
résoudre les problèmes dont ils cherchaienl la suiution, ils se
•ont lifrés aux ealraloemeots de leur esprit, el ils ont inter-
prété par des supposilions l'ordre ei la eanse des phé-
nomènes.
Quels sont ceux qui, les premiers, délraisfrent cet esprit
d'bypoihése» et ciierclièrent par 4ean préceptes comme par
leurs eiemples, à faire rentrer la science dans la roie dont
elle ne peut sortir sans s'égarer? Sans doale une place im-
mense doit être donnée* dans cet établissemeol de la vérita-
ble méthode à Aristole, ce grand homme qni, suivant lli ré-
flexion de Cavier, fit pins poor la science à lui senl, en une
vie de soixante-deux ans, que n*ont pu faire après lui vingt
siècles, aidés de ses propres idées et favorisés, tout à la fois,
par l'extension du genre humain sur la surface habitable da
globe et par le concours de tant d'hommes de génie. Hais
Àristote avait eu lui-méiiie sous les yeux, l'exemple d'Hippo-
crate, plus âgé que loi de soixante-seize ans, elqui non seulement
a suivi la mëlhode d'observation, dans ses écrits restés encore
classiqueij, mais qui a combattu direcleiiiuiit la mélliode hy-
pothétique universellement adoptée de son temps.
Dans son traité intitulé : De rancienne Médecine, il débute
par combattre la méthode de ceux qui se créaient pour base de
leurs raisonnements, l'hypothèse du chaud, du froid, ou de
loul autre agent, et attribuaient les maladies et la mort à un
seul ou deuï de ces agents, comme h une cause première el
toujours la môme. Il poursuit ces hypothèses de ses raisonne-
ments dans tout le cours de son ouvrage, et il revient sans
cesse h cette idée que la médecine doit s'étayer sur les faits,
sur ce qu'il appelle la réalité, el il comprend parmi ces faits,
non seulement ceux que chacun peut recaeiliir, mais la tra-
dition de la science qu'il faut développer par un sage emploi
du raisonnement.
Il Y a» dans ces pensées, tontes les règles essentielles de
4
. j — i. y Google
60 miOODBS M M. A. BOMIIST.
la roéttiode d'olMenralion. Pf^eisepar kê expériencea qa'aile
exciic, et les faits qu'elle recueille, elle ne reoferme point
l'homme dans le cercle éiroil dca aena el de Tépoque ùk il
vil; elle lui recommande Tcmploi da raisonnement pour a*è>
lever aux lois cl aux causes des phénomènes, el elle venl
qu'il profile des recherclies anlérieures en les contrôlant,
el en ne se soumellant pas aveuglément à leur autorilé.
Celle soumission avciiyle à une aiilorité insuffîsanle esl,
avec l'abus des hypolliôscs, 1 fcut'il qui a rorulu vains les Ira-
vaux de lanl de sii cles cl de lanl d'hommes supérieurs. Son
influence a été plus passagère, car landis que la méthode
hypothétique a infeslé la science de tous les temps, cl la trouble
encore fréquemment de nos jours, la soumission irrélléchie à
une autorité incompôloolG ne lui a fait obstacle ipie pendant
le moyen-âge et les premiers temps de la renaissance. Ceux
qui, à celle dernière époque, firent cesser celle filcheuse in-
fluence, et dégagèrent l'esprit humain de la domination
d'Arislole, digne sans doute de servir de guide dans la voie
sdentlfiqne, mais alors mal inlerprétô et mal compris; ceax-
là, dis-je, ont lenda d'immenses senrioes.
Le mouvement tont entier dn seiiième siècle, époque de
révision de tons les sujets dont s'occupe Tesprit humain, fut
sans doute la première cause de cette tentative d'indépen-
dance. Il n'en faut pas moins tenir compte de Ions les essais
qui préparèrent la réforme sdentiHqne, définitivement foi^
mnlée par Bacon, et élevée par lui à la hauteur de la méthode
générale.
Pâmai les hommes qui ooncouraroni ^ cette heureuse ré-
volution j il est juste de signaler Técole des anatomislea dn
seidème tièclequi, commençant à Vésale et finissant à Fabrice
d*AqnapeDdenle, étudia ranatomie humaine, non plus comme
aea devanciers, dans les ouvrages de Galion el dans ceux des
Araltea, mais dans la nature môme, et qui poursuivit cet ordre
D1SG0UB8 DB M. A. BONKBT. 51
de redierdm atec une sagacité et nne attention qne conron-
nèrent les plos belles déconvertes. Il est juste aussi de ne pas
oublier les Fernel, les Duret, les Hooiller, et sartoat les
Bâillon, médecins français qui renonvelèrent, an seizième siè-
cle, Véeole hippocratiqne et qui, dans celte rénovation, ne se
firent pas seolement les commentatenrs do grand homme dont
ils reprenaient la trace ; mais qni ètndiérent comme loi, an
lit da malade, les cas individuels, et cherchèrent par des in-
ductions légitimes et basées sur les bits, à saisir les lois de
fêtât morbide. Tons ces hommes iUnstres vivaient avanlBacon,
et ooneonmrent sûrement à préparer son cenvre. Avec Hippo-
• crate, ils doivent être considérés comme ayant confribné ft
doter les sciences natarelles de la méthode qui est commune
ù toutes et qui, seule, peut en assurer la marche.
Mais les sciences n'ont pns seulement une méiliode géné-
rale. Chacune (Kelle a sa mélhodc spéciale, ses procé-
dés d'observations et d'expériences, ses principes d'analyse et
de synthèse.
Or, si la médecine a contribué i!» doter les sciences natu-
relles de la méthode générulc qui préside à leur développe-
ment; elle fi'a pas été moins ulilc à l élablissemenl de la mé-
thode spéciale de quelques-unes d'entre elles. Sans doute, elle
n'a pas rendu ce service à la physique et ù la chimie dont le
sujet est trop différent de celui dont elle s'occupe ; mais elle
l'a ftit pour l'anatomle et la pirysiologie comparées. Quelle
est, en effet, la méthode spéciale de ces deux sciences ?
Si l'on veut connaître la structure d'un animal ou d*nne
plante, on isole ses divers organes, on injecte ses vaisseaux ;
les parties délicates sont examinées an microscope, et cba->
cane de ces observations est répétée aux diverses époques de
la vie de l'être, de manière à suivre les transformations
qu'il éprouve depuis son premier développement jusqu'à sa
52 DISCOURS DB M. A. ■OMMBT.
A côté de ces deux moyens spéciaQx d'observation, vous
trouvez une mélhode non moins spéciale de décomposer les
problèmes en leurs éléraenls. Celle analyse est celle qui
esl basée sur les fondions propres à chaque organe,
ei sur les tissus élémentaires qui entrent dans sa com-
position.
Enûn, lorsqu'il s'agit de s'élever à la signification el aux
lois des faits recueillis par ces diverses méthodes, l'observa-
teur compare la structure de Tanimal ou de lu plante qu'il
a sous les yeux avec celle de l'homme. Les êtres, ainsi rappro-
chés individuellement de ce type commun peuvent être com-
parés ealr'eox, ii est facile de suivre leurs analogies et leon
difTéreoces comme on le fait pour des longueurs diverses el
inconnues, dont on apprécie sans peine les rapports, lorsqu'on
les a approchés snccessiyeinenl d'une longoear déterminée,
do mètre, par eiemple.
Or, qne Ton eiamine cfaacnne des parties de cette mé-
thode spéciale, el l*on verra qa'il n'est pas une senle d'entre
elles qni n'ait été fonmie par la science de Thomme, l'emploi
du microscope excepté, qni a passé do ranatomie végétale à
l'anatomie hamaine.
Il serait aisé de poorsoivre le même ordre de démonstra-
tion en ce qui regarde la physiologie comparée. Qn'il me
suffise de dire qne les principes delà méthode générale étant
universellement admis, c'est à bien établir ceux de la mé-
thode propre à chaque ordre d*idées que doivent s'appliquer
aujourd'hui ceux qui, traitant de la philosophie scientifique,
veulent donner de la précision & celte partie de nos connaissan-
ces, et la féire sortir du vague qu'il importe tant de ne point
conihndre avec les idées générales.
D^à Sthal el l'école de Montpellier h sa suile, sont en-
trés dans cette voie féconde. Ils ont montré avec une grande
justesse que transporter à la science de 1 iiomme, el en gé-
DISCOURS DE M. A. BOxNNET. 53
néral, à celle des élres vWaDts, les méthodes usitées dans
lei scieiioes physiques et cbiniiiiaeB, c'est confondre ce qui
doit être séparé, et c'est se hearter & ces erreurs que Ton
Iromre à rexlrémité de toute route où Ton n'a marché que
sous la direction de fausses analogies. Sans doute, il doit
exister entre toutes les sciences ces échanges dUdées et de
faits qui lionorent ceux qui les transmettent, éclairent et
exdtenl ceux qui les recoi?ent , mais chacune d'elles doit
conserver sa tendance spéciale, et repousser la domination
alMolne de celles qui en diflirent essentiellement par leur
objet et par leur but.
Ces envahissements illégitimes ont nui singulièrement aux
progrès de nos connaissances ; moins signalés que l'abus des
liypo thèses et la soumission mise à la place du libre examen,
ils n'ont pas été moins dangereux. L'histoire de la médecine
fournit à chaque page d'uliles averlissemenls sur celle source
d'erreurs.
Gen^estpas seulement en inlluant sur la métliode qu'une
science peut en servir une autre, elle exerce sur celle-ci
une action plus directe et plus évidemment utile, en lui ap-
portant des découvertes nécessaires à son développement. Cet
ordre de services, la physique et la chimie ont pu le rendre
à toutes les sciences naturelles, car s'occupanl de forces qui,
telles que l'électricité, la pesanteur, l'attraction, agissent sur
tous les êtres vivants ou inanimés, elles ne peuvent modifier
leur doctrine, sans qu'une grande partie des notions acquises
n'en soit modifiée à son tonr. Mais, si la médecine dans ses
progrès ne peut exercer une influence aussi générale, elle
n'en fait pas avancer moins sûrement toutes les sciences qoi
s'occupent de la vie. Que l'on cherche dans l'onatomie
et la physiologie végétales ou animales, un fait impor-
tant dont la première observation n'ait appartenu à la mé-
decine : circulation des liquides nourriciers, phénomènes
54 nnooms i»b m. a. Bomorr.
de la le^iratioD , IraosTorroalion de le mtUère alimeii-
laire, enalyse des forces vitales, Contes ces grandtt dé-
couvertes ont été faites dans l'étode de Tiiomme, et ont servi
à gnider les savaots qai en ont clierdié les divers modes dans
les animanz et les planles.
Cependant tandis que la connaissance de Phomme pbysiqae
transportait plusieurs découverles fondamentales aux sciences
nalurclles, elle excitait les recherches qui ont le plus con-
Iribuô à leur avancemcnl.
Cherchant, dans les plantes les moyens de soulager Icn maux
de l'homme et d'éviter les dangers auxquels exposent les sucs
vénéneux, elle faisait sentir l'importance de distinguer les
espèces végétales cl ûo les classer d'après les caractères qui
peuvent le plus sûrement aider à leur détermination ; trouvant
dans les minéraux des substances qui, suivant leurs prépa-
rations, exercent les effets les plus puissants, nuisibles ou
favorables, elle promettait aux chimistes ces applications oti-
les qui stimulent le zèle des savants.
Au milieu de cette impulsion communiquée à la botanique
et à la chimie mioérate, Tanalomie comparée naissait de la
nécessité de suppléer par Tétude des animanx anz obsta-
cles qne les préjugés ont opposé pendant longtemps à l'étude
directe de Tanatomie humaine.
Même influence de la médecine sur l'origine de la chimie
organique. Les réactions et les éléments des liquides animanx
forent examinés pour la première fois par Boerfaaave, dans
le but de contrôler par Tobservation les doctrines iatrochnni-
ques de Silvius de Leboe. De la nécessité d'apprécier les
hypothèses relatives aux phénomènes intimes de l*état mor-
bide naquit donc la chimie organique, que les travaux mo-
dernes ont si remarquablement perfectionnée, et dont cha-
que Jour signale les utiles applications.
Les opinions que Je viens d*émeCfre reçoivent une écla-
DI9000M DK M. A. BOHlflT. 55
tanle confirmalion d'une autorilô imposante en pareille ma-
lière. « Les sciences physiques el naturelles, disait Cuvier,
dans un rapport lait en 1828, doivent à la médecine le plus
grand nombre de leurs accroissements ; pcut-ôtre n'aurions-
Qous ni chimie, ni botanique, ni anatomie, si les médecins
ne les avaient caltivées, s'ils ne les avaient enseignées dans
leurs écoles, et si les gonvernaneiils ne les avaient eoGOV-
ragées à cause de leurs rapports avec l'art de guérir. »
Ainsi, Messieurs, influence sur rétablissement de la mè-
Ihode générale» cféaltoo de celle qui est propre à Tanatoroie
et la physiologie comparées, découverte des faits les plus
imporlanls sar lesquels reposent ces demièies sciences, im-
polsioo active coouiraniqoëe i la chimie, à la botanique êl
à rhistoire oatorelle des animaoT, tels soo( les divers mo-
des soivanl lesquels la médecine a contribué aux progrès des
sciences naturdies. Ces influences pouvaient s*exercerindé-
peodammeBt des hommes ; elles pouvaient être le résultat
de cette libre propagation des idées qui suflt à elle seule
pour répandre celles qui sont utiles. Mais les médecins ne
se son! pas bornés & cette influence indirecte. Plnsieuit ont
réussi pour leurs propres recherches , à établir les échanges
d'observations el de pensées nécessaires à l'accroissement
des sciences. Quelques aperçus historiques mettront cette
vérité dans tout son jour.
La chimie, créée par les médecins arabes, Géber, Rhazés
et Avicenne, qui l'avaient envisagée surtout au point de vue
de la préparation des renicdes ; développée au moyen-âge ,
par ces tentatives des alchimistes, qui, insensées dans leur
but immédiat, furent s>i fécondes dans leurs résultats, la chi-
tni(! n'était, au commencement du XVT siècle, qu'an amal-
game de formules empiriques et de procédés imparfaits.
Parmi ceux qui contribuèrent h la faire sortir de cet étal
déplorable, aussi éloigné des arls pratiques que des sciences
66 DIMOUU VB M. A. BOMEfBT.
ooordoniiéet. Il faat compter sans doute Bernard de Pettojr,
resté célâire par aes recherches sar la fabneattoo des pote-
ries ; Agrieola, aaleor d'oo traité longtemps dassiiioe sor la
métallurgie ; mais à part ces quelques hommes, la chimie
sdentiflqae fat cnltiYée presque ezclosivemeot par des méde-
cins. Après Paracelsc , que nous pouvons réclamer à hon
droit, et qui eut le mérite de combattre le premier la doctrine
des quatre éléments, nous devons citer Vanhelmont, qui dé-
couvrit l'air inflammable, désigné aujourd'hui sous le nom
d'hydrogène, et prépara par celle découverte et par les dis-
tinctions qu'il établit, la période brillante de l'analyse des gaz.
Plus tard, Beker et Slhal, son élève, expliquèrent par le
phlogistique le phénomène de la combustion, et établirent
une théorie générale des phénomènes chimiques. Sans doute,
la doctrine de ces hommes célèbres n*a pu résister ù l'examen
sévère et aux expériences du dix-huitième siècle ; mais elle
eut la gloire de détruire détinitivement les erreurs scholasli-
ques, et c'est elle qui a habitué les esprits à rechercher dans les
phénomènes chimiques autre chose que des applications, et à
s'élever & la notion scientifique des phénomènes moléculaires.
Cette influence des médecins sur rétablissement des doctri-
oes chuniques, s'est fait sentir» même en des temps plos rap-
prochés de nous.
Sans nous mêler ici aoz Injustes détracteurs, qui cherchè-
rent, du temps de Lavoisier, à atténuer le mérite des décou-
▼ertes par lesquelles ce grand homme fonda la théorie qui
préside encore aiyonrdliui à rinlerprétation des fUts les plus
généraux de la chimie inorganique, il nous sera permis de
rappeler, que plus de cent ans avant lui, Jean Rej, médecin
du Périgord, aîait reconnu que les métaux augmentent de
poids quand on les calcine el qu'il avait pressenti cette vérité,
que raugmenlation de poids provenait d'une comhinaison de
l'air avec le métal calciné.
uMOims iiB K. A. Bomm. 57
Il 7 avait IodC h la foii dai» le IraTall de cet aatewr Tap-
]»liealloii des pesées qui, faites avec une rigueur milhémati*
que et dans les conditions les plos diverses, constitoa la mè-
Ikode par laquelle lavolsier dépassa ses prédécesseurs qui
8*étaieot contentés généralement de l'analyse qnallScative, et
UD pressentiment de cette combinaison des gaz avec les mé-
taux, qui est le fait le plus général de la théorie chimique de
Lavoisier.
Aussi inlimement Wôa que la chimie à la connaissance des
phénomènes physiologiques, mais d'une application pratique
môins usuelle et moins facile, la physique n'a pas été le sujet
de travaux Irùs-nombreui de la part des médecins. Quelques-
uns d'entre eux méritent cependant d'être cités dans son his-
toire. ^
Le XVP et le XVI P siècle avaient vu s'accomplir les dé-
couvertes dues surtout à Galilée et à son école, qui ont fait
connaître la pesanteur de l'air, la mesure de la chaleur et les
moyens d'augmenter la puissance de ta vision.
En continuant l'association des expériences et du calcul
qui avaient conduit à ces belles découvertes, le XVUr siècle
devait créer la science de l'électricité et aborder des rapports
si importants et si nombreux de la pliysiqoe et de la chimie.
Deux médecins eonooumrent à «s recherches, Pierre
Polinière et Galvani.
P. Polinière professa le premier un oonrs de physique expé-
rimentale ; et par des essais auxquels son nom est resté atta-
dié, Il prépara la découverte de Tédairage au gax, et celle
des moyens de produire la lumière par le dégagement de
Télectricilé, S*il devança son époque par la méthode expéri-
mentale qu'il mît constamment en pratique, et par les résul-
tats qu*il en obUot» tt ent la gloire plus rare encore, d'être le
chef d'une Ikmille, dans laquelle, depuis plus d'un siècle, les
héritiers de son nom continuent, dans une successioB qui ne
58 UUCODBS DE M. A. BOMNKT.
s'flsl jamais interrompue, loo dévooemeDt i la adaooe et ion
taleol à la cultiver.
Le Dom de'Galvani, professeur de médedue à Bologne,
rappelle à tout les esprits la déoomrerte la plus féconde que la
fin du dernier siècle ait faite dans les sciences physiques, celle
de l'élecCricité galTaniqne. 11 en saisit le premier germe en
présence d'an fait qui, aox yeox d*on esprit vulgaire, n^aurait
été que Tobjet d*ane curiosité passagère. Admirable destinée
du génie I ce sont les obserTations les plus simples qui le con-
duisent è ses> plus belles découvertes 1 Newton pressent les
lois de la pesanteur en voyant tomber une pomme; Galilée
découvre la mesure du temps, en observant les oscillations
d*nne lanterne attachée à la voûte d^une église; et c'est è la
vue de grenouilles suspendues à un balcon el éprouvant à ce
contacl un mouvement convulsiT, que Galvani découvre le
phénomène qui a été le point de dépari de toutes les recher-
ches sur le genre d'électricité qui porte encore son nom.
Sans doute le point de vue duquel il envisagea ces phéno-
mènes et les applications qu'il en fit, étaient loin de faire
prévoir les théories et les applications que produisirent plus
tard les travaux de Volta, de Uavy et d'Ampère. Mais il n'est
donné à aucun homme de poursuivre une idée dans toutes
ses conséquences, il eut le mérite d'inaugurer Tune de celles
qui ont le plus agrandi le domaine de la science pure el des
arts d'application.
L'ordre de faits que nous venons de signaler dans rbisioire
de la chimie et de la physique, sous le rapport des progrès
que ces deux sciences ont dus à la médecine, se retrouve dans
celle de la botanique des XVl*^ el XVIi*' siècles. A celle épo-
que de tâtonnements et d'essais <]pii, pour avoir été dépassés,
n'en ont pas moins de grandeur, ce forent encore les médecins
qui firent de la connaisBanoe des plantes, non phis ce qu'èUe
était» l'art de l'herboriste et du jardinier, mais une science
niSCOCBS DB M. A. BOHHBT. ^
dont les nombreuses parties sont distribuées dans des rapporu
méthodiques. Recherchez quels furent à l'époque dont je
parle les grands noms de la botanique, vous n'y trouverez
pas celui d'un homme qui n'ait été reçu médecin dans quel-
qné université. Tels furent Goorad Gessner, le Linnée de son
temps, qui précéda ce grand naturaliste, en établissant que
les principes de la classification des plantes doivent être ti-
rés des organes de la fructification ; André Gésalpin , auteur
de la première classification méthodique; Tournefort, dont
les recherches sur l'appUcatioa des Tariétès de la corolle
à la distribalioD des plantes, sont encore restées classiques ;
tel fol enfin Malpighii qoi a créé Tanatoinie de stmctore des
espèces végétales, comme il Ta fait ponr celle des animaux.
Nous avons vu la science de l'homme phjrsique intimement
liée & celle de la physiologie et de l'anatomle comparées par
la méthode spéciale et par les vérilés fondamentales qu'elle
leur a transmises* L'importance da ces rapports vous fait pré-
voir sans pdne les services que la médecine a dû leur rendre,
par les hommes qu'elle leur a fournis. Impossible de dter les
noms de tous ceux que la reconnaissance doit conserver, mais
on ne saurait oublier Fabrice d'Aquapendente qui, le premier
depuis fat renaissance (Aristote dans raotiquiié, l'avait devan-
cé sons ce rapport, comme il a devancé en tant d'antres choses
les savants modernes), Fabrice d'Aquapendente qui formant
un groupe de chaque système d'organes, en compara la struc-
ture dans un grand nombre de classes d'animaux; Marc-Aurôlo
Séverin, le premier auteur d'un ouvrage méthodique sur Ta-
natomie comparée; Rédi, auquel sont dues tant de monogra-
phies estimées; Perrault, à qui la construction de la colonnade
du Louvre, n'a pas assuré parmi les archileclcs une place
plus élevée que ses recherches d'histoire naliirello jtarmi les
analomistes comparateurs; enfin, Daubenton qui eut la gloire
de compléter, par des observations exactes, les conceptions
t
H) DUGOOlft DB M. A. BONNET.
ib Baffon, to^jonn grandes, fréquemment difinatrices, mais
qui avaient liesoin dn contrôle d^nn esprit moins hardi et pins
sévère.
Le sceptre de l*anatomie comparée est tombé momenlané-
menl des mains de la médecine, lorsque le génie des Guvier
et des Geoffroy-Sainl-Hilaire s'est emparé de celle belle
science. Mais, avaiil cel interrègne, suivi plus lard d'une
reprise de possession, elle a eu la gloire de produire les deux
analomislcs qui onl vraiment inauguré les idées nouvelles les
plus fécondes. Vicq-d'Azyr, l'éloquenl secrétaire de l'ancienne
Académie de médecine, qui, par ses beaux discours sur l'ana-
tomie, el par sa comparaison di s membres supérieurs et in-
férieurs, a ouvert la vole à la pliilosophie analomique; Cam-
per qui, dans un mémoire sur les animaux fossiles, adressé en
1787 à Pallas, émit, le premier, Tidée des espèces perdues,
Tappuya sur des preuves , et prépara ces découvertes qui ,
complétées et agrandies par Gnvier, ont fait revivre aux yeui
du monde étonné les espèces, toutes éteintes aojoard'liai, qui
peuplaient le monde antédiluvien.
Si le temps me permettait ici de plus longs développements,
je vous montrerais des médecins illustres servant la science,
non seulement par leurs découvertes, mais par l'appui qu'ils
ont donné à des naturalistes, que le manque de ressonroes
arrêtait dans la publication de leurs travaux; je me plairais &
vous dler Boerhaave publiant ft ses frais les planches de la
Flore de Paris, queYalllant avait laissées inédites à sa mort,
et secourant Unnée, à Tépoque ou, placé dans un dénuement
qui lui fit prendre pour épigraphe de ses premiers ouvrages :
laudatur H al^af, ce grand homme cherchait, mais en vain,
k faire connaître ses vues sur la nature ; je vous montrerais
Tessier, retenu par les orages de la Hévolullon dans une petite
ville de Normandie , découvrant le génie de Cuvîer, et facili-
tant, par son appui, à cet immortel naturaliste, l'entrée comme
Msoouis m M. A. Bommr. 61
profeflwar «a Jardin des plantes oà il devait accomplir les
IraTau «pd onl créé sa gloire et t^té k celte de son
pays.
Mais je ne pais entrer dans ces détails biographiques , et
il me suffit d'avoir proDvé que, de qaelqae côté que Ton jette
les yeux, on voil la médecine coopérant aux progrès des
sciences naturelles par les hommes qui se sont formés dans
son sein, aussi bien que par les méthodes ou par les faits
qu'elle leur a Iransmîs.
Et ce n'est pas par une coïncidence forluilc qu'elle a été
la pépinière d'où sont sorlis tant de chimistes ou tant de na-
turalistes. Ce fail s'est accompli par des causes on quelque
sorte nécessaires. Dans le cours du X\T et du XVIF siècle,
les médecins qui, pour éclairer une question obscure, pour
perfectionner ou multiplier les agents Ihérapentiqaes, avaient
besoin de connaître avec précision, soit des corps, soit des
pbénoménes naturels, ne trouvaient pas h côté d'eux des sa-
vants qui pussent résoudre les problèmes qu'ils avaient sou-
levés. Privés d'un goide sniBsant dans la science contempo-
raine, ils faisaient eux-mêmes les expériences chimiques oo
les observations dont ib avaient besoin sur les animaax et
les plantes, et ils étaient ainsi conduits, non seulement à con-
naître ce qui avait été fait avant eux, mais à perfecUonner la
sdeooe par leurs propres découvertes.
Cette tendance est devenue moins active depuis le oommen*
cernent du dernier siède ; le grand nombre dliommes spé-
cieux qui, depuis cette époque. Se livrent i de reèherdies sur
chaque ordre de connaissances, l'a rendue moins nécessaire,
et cependant elle est loin d'être éteinte, et ses effets, quoi-
que affaiblis, se continuent de nos jours. Un coup-d'œil jeté
sur les hommes qui siègent dans les diverses sections de celte
Aeadémie, montrent que, parmi nous, Tétaiidne et la variété
des travaux auxquels peut se livrer le médedB sont eomprises
62 MMOims DB H. A. BOHHR.
avec aoe portée que n'a pas aflhiMi rimiKHlanoe des seooon
qu'ils peuvent recevoir de leurs savants collègues.
Il est si vrai que les iiécessilés pratiques et que l'analogie
de sujets et de mt'lliode ont créé ce concours vers un but com-
mun, que la niùiJciine est restée presque iMrangère aux pro-
grès des sciences qui n'ont que des rapports ('loij,mt^s avec
elle, et qu'elle ne figure dans leur histoire que par des cir-
constances toutes accidentelles.
Que le médecin Oiicsnay compte parmi les hommes émi-
nents qui, au XVlll^' siècle, ont créé en France l'économie
politique, que dans ces derniers lenips la médecine ait fourni
à la Grèce l'un de ses ministres les plus illustres, et dont l'éloge
se résume dans ce mot resté célèbre : (( II n'est pas temps
epoore que M. Colclli aille rejoindre le bataillon de Plutar-
qoe. n Ce n'esl là qu'une simple coïncidence, il n'y a pas le
rapport intime, profond , qui dirigeait ?ers les sciences naln-
réllfls oeax dont la médecine avait oecapé les pramlères
pensées*
Et pendant que je parle des hommes qui, élevés dans les
études médicalestont appliqué learesprllàréooDomie politique
et ani sciences chimiques, pnis-je oublier les denx membres
de cette Compagnie qae nous avons en la dooleor de perdre
dans les derniers mois qai viennent de s'écoider? Ce n*est
point comme appendice à an discoors consacré à un antre
so|et que l'éloge de MU. Terme et Dopasqaier doit se faire
entendra dans cette enceinte. Becommandables è tant de ti-
tres, ees denx honunes ont accompli des travaux trop nom-
breux et d'une trop grande importance pour qu'un hommage
spécial ne leur soit pas rendu.
Sans doute, une voix amie et dévouée vous dira bientôt tout
ce que fit M. Terme pour l'embetUnemenl de notre dté, pour
la difltasion de l'instruction élémentaire, cl pour le soulage^
ment des classes pauvres et laborieuses, elle vous dira tout
IM800IIB8 DK M. A. MMIIIBT. 68
ce qu'il y avait d'intentions droites, de dévoaemenl au bien
dans ce caruclère ferme, vigilant et douloureuscmenl éprou-
vé. Sans doute aussi, l'un des nombreux amis que M. Dupas-
quier comptait dans nos rangs, vous rappellera les découvertes
chimiques et les profjrès dans l'enseignement qui sont dus à
celle âme d'élile dans laquelle la douceur la plus parfaile, la
bienveillance la plus exquise se réunissaient à une aclivilé iii^
cessante dans l'étude, et un amour illimité pour la science.
Il me suffira de rappeler aujourd'hui ces deux noms vénérés.
Dans le cours rapide des événemenls qui nous entraînent,
et qui jettcnl dans l'oubli ceux qui occupaient naguère une
place retentissante, l'Académie conserve religieusement le
souvenir des hommes qui se sont voués avec elle à ce culte de
la vérilé et du beau qu'elle poursuit, calme et confiante, au
milieu des orages du dehors. La république des lettres, dont
elle est une partie, toujours libérale eldigoe, ne parque point
ses eofaots en ceux d'un jour et ceux d^ane antre époque. Elle
rappelle m. générations onblienaes les noms de tons ceux
qui ont bien servi le pays, elle bonore tons les services, elle
eonsecre tontes les gloires, et elle s'avance ainsi à travers les
siècles, grandissant de lont ce que ini apportent les généra-
tions nouvelles, sans rien perdre de ce que Ini ont légoé- les
générations passées.
A. BONMBT.
ACADÉMIE DE LYON.
Séance publique du 29 aoùl 1848.
Gomme l'Inslilul , l'Académie des sciences , belles-letlres
et arls de Lyon, a tenu à prouver que les préoccupations po-
lUiques des derniers mois n'avaient pas interrompu dans
notre cité , si agitée pourtant , la vie calme et pure de l'intel-
ligence ; et nous l'en félicitons. Heureuses gens, que les
savaots , les philosophes , les poètes I le monde s'ébranle
aatonr d'eux, et ils pensent 1 Le canon gronde à lenn oreiHes,
et , sans l'entendre presque , ils continuent à poursuivre
Pan son raisonnement , l'autre son rôve ; prêts à tomber
comme Archimëde sous l'épée du barbare , sans quitter des
yeux le problème cherché. Heureusement le barbare n'a
pas vaincu , et si un noble sang a coulé , il a racheté celui
de DOS Archimèdes. Aujourd'hui ils sortent de leur cabinet ,
ou plutôt ils nous conTient k y entrer pour jouir comme au-
trefois du fruit de leurs reilles ; et on s'empresse de se rendre
à cet appel , heureux d'entendre parler enfin d*autTe chose
que de la Constitution future et des transportés : heureux
d'apprendre qu'il y a encore une autre littérature que celle
des premlers-'Pafis , une autre philosophie que celle que
ACâMtallB DB LTOM. 65
MM Utopistes écrirenl en lettres de siog snr le {MTé des
places poUiqaes , nue antre histoire qne ees pamphlelsoù
Tesprit de parti espadonne avec la calomnie et te mensonge.
La saison et le jour n'étaient pourtant pas favoreUes. Une
bonne partie de la popotation lettrée est aui champs ; tes
étudiants de nos focnllés» anditoire dMinaire si empressé ,
se sont enrôlés pour la migration des vacances ; en entre •
le temps était d'uno chaleur étonfiTanle * et II y avait mérite à
s'enfermer pour deui heures dans Tenceinte trop étroite et
(rop basse du salon de l'Académie. CeHe salle cependant était
pleine ; cl surtout les fraîches toilettes étaient en nombre.
Le programme expliquait suffisamment ce concours. On de-
vait entendre pour la première fois en public un jeune philo-
sophe , M. Blanc Saint-Bonnet » dont les premiers écrits ont
eicilé dans notre ville, depuis environ dix ans, une vive curio-
sité et de plus vives sympathies ; qui , se séparant complète-
ment de tous les maîtres actuellement célèbres, a eu l'hon-
neur d'être Irès-remarqaé par eux; enfin , et c'est là, h notre
avis, son plus beau titre, qui, dépouillant la philosophie de sa
r^eur et de sa sécheresse ordinaire , la retrempant dans les
eanz vives de la religion , en a fait nne diose si consolante ,
q«e ses rares écrits sont d^à TaUment moral d'une fonte
d*âmes parmi les pins tendres et les plus pteoies. Un chirur-
gien de grand renom , M. le docteur Bonnet , devait ensuite
Hre son diseonrs de réception ; après Ini, le Secrétaire de 1*A-
cadémie , M. Grandperret , nn épisode de son Histoire de
Lyon ; en6n , notre Jeune et d^à ilinstre poète , M. de La-
prade , si aimé de tons ses compatriotes tettrés , un rragmeni
de ses nouvelles Etudes sur la poésie grecque. Phllosophte »
science , histoire , littérature se trouvaient représentées. Une
seule des nobles muses était absente , et à notre grand re-*
grel. Pourquoi, lorsqu'on a on poète comme M. de Laprade*
ne pas terminer la séance par un peu de poésie ? Quelques
3
M ACâMbUB W LYOK.
beaux \ers, ou du moins quelques jolis vers doiil le souvenir
el l'écho vous suivent au relour , c'esl comme le sourire de
Tadicu ; comme la fleur qu'on emporte en quittant une mai-
son amie , el dont on respire longtemps le parfum. Nous
sommes revenus sans sourire , sans parfum , un peu trop
graves , un peu ôlourdls de tant de science sérieuse.
M. Blanc Saint-Bonucl a eu un grand succès , et a produit
sur l'auditoire une profonde impression. Par uoe heureuse
liberté , il s'est affranchi de ee qu'on appelle formellemenl
un discours de réception , assez sot usage qui « feilconiinetlre
bien des pbraies insigniflanles el de fades compliments. 11
s'est borné h noos lire an fragment de ses travaux habituels ,
et nous Ten remerdoiif. Sealement » qne M* Blanc Saint-
Bonnet nous permette un scrupule. Nous connaissions dé|è
le morceau qu'il nous a lu ; nous Tavions tu nous-raème
aTec une grande émotion et une grande admiration dans
cette Rewiê même (n* de janvier 1848) , sauf quelques re-
tranchements auiquels nous avons applaudi , parce qn*ila
donnent plus d'unité à cette belle ouvre. Ce n'est pas sans
plaisir, pour notre pari • que nous avons reconnu ces hautes
el nobles pensées dont le souvenir était si vivant en noos ;
iiiaisn*élait-ce pas tromper notre attente el celle de tout rao-
ditoire , que de nous redire des choses d^à bien connues ,
bien admirées , lor§que noos arriviona , pldns d'espéranc» ,
dans l'alteole de pensées nouvelles et d'émotions neuves ?—
Avouons-le , toutefois , nous n'avons été ni moins éraus ni
moins charmés. Osons dire toute notre pensée ; ce morceau
sur la douleur el le travail est tout simplement sublime. Le
problème est un des plus grands que rinleliigence humaine
puisse se poser ; ce n'est pas un de ces problèmes spécula lili*
qui n'intéressent l'esprit qu'a litre de curiosités , et sur les-
quels il nous est permis d'être indifférenis ; celui-là enve-
loppe toute noire existence , toute notre conduite , toute
ACAIMbllB M LYON. 67
BOlriideslioôe ; et quand nous le réflolfoiu dans un sens ou
dans Tantre , c'ait comme si noos dioisissions entre Tespè—
rince elle déseqioir. Eh bien I ce problème si élevé , si im-
portant, H. Blanc Saint-Bonnet Tillnmine de Tévidence la
plm édatanle ; d*nne évidence qoi ne s'adresse pas seulement
& noire esprit , mais aussi h noire eceur , à toute notre âme ;
d'une évidence qui est à la fois pensée , instinct , sentiment »
chaleur morale ; qui noas enlrstne en même (emps qu'elle
nous convainc. Qu'on relise, dans le numéro de celle Revue
que nous avons cilé , la première esquisse de celle belle dé-
monslralion , cl on n'accusera pas noire admiralion d*(*lro
exagérée. Il y a surloul cerlains passages sur le (ravail . sur
sa noblesse , sur son influence morale , sur sa beauté , ( p. 34^
el suiv/i qui , dans nos jours mauvais, devraienl devenir le
leile el la matière de loul cnscignemenl , de louto prédira-
lion ; qui devraienl èlre popularisés par la bouche de tous les
honnêtes gens. C'esl la seule réfutation sufTisanle el efTicacc
de ces doctrines vraiment infernales , si répandues hélas !
qui , plaçant le but de la vie dans la jouissance et non dans la
reconstrwiion do notre âme , bouleversent tout le monde mo-
ral , el préparent , si Dten ne noos vient en aide , la disso-
Itlion de lonle sodèlé.
Ce qoi nooi frappe dans la philosophie do M. Blanc Saint-
Bonnet » c'est que , lent en restant trèt-éievée , elle est en
même temps Irès-appNeabie. Des considérations les pins
sobKmes dérive trés-nalorellemeni la régie morale ou reli-
gieuse. Et c'est par 14 » ce nous semble , qu'il faut expliquer
la singulière influence sur on grand nombre d'âmes complè-
tement étrangères aui spéculations de la métaphysique ,
mail arides de direction morale , comme 11 7 en a tant , dans
Boa jours Inqnieli el troublés* Ce n^est pas par son langage
qoe M. Blanc Sainl-Bonnel les attire ; ce langage , malgré
la délicieuse suavité qu'il revêt par intervalle , les dérouterait
68 ACAOilllB M LTOV.
plalôt. 11 est Irop abstrait , trop encombré d'expressions
qu'on ne peut comprendre à moins d'une grande culture in-
tellectuelle. En quelques pages , nous trouvons une vis mi"
cromélrique {p. 2b), un punclum saliens (p. 37); à tout
moment reviennent l'absolu , le relatif, l'ontologie , et bien
d'autres. Des femmes pourtant , et des femmes trè^s-simples ,
très-ignorantes , lisent ces pages ovec avidité ; elles y trou-
vent la lumière , la consolation , la résignation; elles disent
(le mol est textuel ) que ce livre leur tiendrait lieu de tous le$
autres et suffirait à leur vie morale. Nous ne poavions fioir
par une justification plus complète , ni par an plus bel éloge/
M. le doclear Bonnet a lu d'une voix trop basse el trop
rapide un discovra sur les services ipie la médadM a renëat
aux antres sciences. Ce discoors » trte-aetlemeDt et trèa-fer-
memeot écrit » plein de îtliM cmiem et de parUcnlafiléa In-
téressontes , la Aseva Toffire anjenid^lrai à ses lecteurs et
Rooi dispense par>14 de rappréder d*nne manière plot dé-*
tailtée.
On a èoDOlé avec attention te récit, la par H. Grandperret^
de la Itttte entre Albin et Septime Sévère an II* siècle de
notre ère» et de la destroetion presque totate de notre cité
par ce dernier, en 197 ; calastrophe an mllien de laqnelte
disparat te grand évèque Irénée, un des premiers apètres
de Lyon. On y a vu que si noire époque est agitée, nos afenf
en ont traversé de plus mauvaises encore, et qn'H y anralt
ingratitude a trop nous plaindre de la Providence.
M. de Loprade a pris ensuite la parole, pour nous ap- .
prendre qu Homère est un poète de décadence ; el cet
étonnant paradoxe, qui sans doute a fait frémir d'indignation
dans leur tombcou tout ce qu'il y a eu depuis trois mille ans
de poêles el de lettrés, est porvenu h nous convaincre que
c'est une belle et bonne vérité. O Boileau ! où es-tu? —^11
n'esl vraimeol aucun fait qui prouve mieux combien de
ACADI-^MIE DR LYON. 69
nos jours la crilique littéraire s'csl Iransforinée, combien son
tioHzon s'est élargi, combien Tidéal poétique s'est élevé. Car
notez bien que M. de Laprade ne rabaisse pas du tout Homère ;
il le met bien plus haut à coupsdr qne ces critiques mesquins
des deux siècles derniers qol ne Toyaienl guère en loi qu'an
habile arrangear d'images ingénieusei. Mais tout en repla-
Qant eette grande figure sor m locle digne d'elle, Il re-
trouve par la tradition et par la philosopliie la trace d'one
poésie encore pins liante, parce qn'elle était moins humaine
et pins divine. Qu'il nous permette de reproduire, en les
affiihiissant, qnelqnea-nns des dèteleppements de sa pensée,
ponr ôler à cette théorie ce qn'an premier abord elle a d'é-
trange. Homère a jooè dans la poésie le rôle qoe la Grèce en-
tière a jooé dans ThmaanHé. Il a transporté l'idéal, des dient
et de la natnre, à l'homme ; il a onbKé, relatif ement, les diem
et la nature, pour ne voir daAs le monde que l'homme. Pir lè,
comme la statuaire grecque, comme le stoTeisrae, il a créé la
plus noble représentation de l'homme où la pensée puisse
atteindre ; il a créé le héros ; mais ne voyant que Vhomme
même dans la divinilé, même dans la nature; les ramenant
l'une et l'autre aui proportions humaines, il n'a sulTisam-
ment compris ni Tune ni l'autre. Andromaque, Hélène,
Achille, Hector, sont ridé'al éternel de l'humanité ; mais
les infidélilés conjugales de Jupiter, la jalousie de Junon, la
blessure de Vénus trahissent d'étranges idées sur le monde
divin, et d'un autre côté le trident de Neptune, les coursiers
d'Apollon, les Dryades, lesNapées, ne dénotent pas un sen-
timent bien profond, bien intime des suprêmes beautés de la
lumière, de la mer, des forêts. Par là, il est vrai de dire
qu'Homère a un caractère moins élevé, moins religieux que
cette poésie primitive dont l'Iiîstoire nous permet de retrouver
les traces en Grèce même, au temps de ces chantres qui sont
en même temps des demi-dieux, et que nous retronvons sur-
70 AGABteB M tVOR.
tonl avec noins dMncerlilode dans celte Inde dont les sccrebi
sont «ne des plus belles conquêtes de noiro temps. A ce
point de vue, Homère esl inférieur h ses devanciers. El c'est
ainsi sans doulc que le comprenait Platon lorsqu'il chassait
le grand poêle de sa R(''piiblique, comme eyanl alléré et
dégradé la porsic. Par là cnliii, un nouvel id(^al, complet
celle fois cl définitif, esl proposé à In poésie ; idéal qui sera
alleinl lorsqu'un pot lc, si Dieu permet à un homme d'ob-
tenir celle gloire suprême , saura unir au sentiment de
l'humanité telle que l'a comprise Homère, le sentiment de
la nature, lolle que nous le retrouvons dans les poèmes in-
diens, et enfin le sentiment de la divinité, telle qu'elle s est
révélée elle-même à la terre par le christianisme.
Ces idées, que nous ne croyons pas avoir altérées, et dont
personne ne contestera la nouveauté et fintérât, sont fami-
lières à M. de Laprade. 11 y a touché plusieurs fois dans le
conrs qa'il a professé à la Faculté des Lettres, Il j touchait
encore dans un remarquable essai sur Ballanclic, In dans It
séance de JanTier, puis inaftré dans les Mémoires de TAca-
démie, et sur lequel nons voudrions avoir le temps de nous
arrêter ; enfin, poète lui-même, poète d'un grand avenir,
on sent qu*il est tonrmenlé du besoin de se plonger sans
cesse plus avant dans ces sources de toute gronde inspiralloo.
Dieu et la nature. Ajoutons qu'il y trouve l'insplralion cher-
chée. Ses derniers poèmes, et particulièrement son bel épi-
sode de LA Tbutation (1), dénotent un Immense progrés.
Quelle place Tavenir loi réserve-t-ll parmi les poêles de notre
âge, dont la postérité se souviendra ? Il n*est pas lerops en-
core de le dire: mais tous conviennent dij.) ello sera
belle. Pour notre part, il en occupe une lrës>élevée dans
noire admiration et daiu» nos .sympathies.
(t) Voir la livratMw d'Août.
ACAmUin M LTON. 71
Voilà, on le voil, une séance bien remplie. Que l'Académie
nous en donne souvent de semblables, et en dépit des pciitcs
méchancetés de Vollaire, si tant est qu'elles soient de Vol-
taire, elle fera parler d'elle. Mais une autre fois, nous l'eu
fuppUooB, qu'elle nous doone oo peu de poésie.
H. HianAiD.
VOYAGE EN IGARIE.
Lei vgnii révollèi oonlra Tordra social n*oot jimais man-
qué an monda; mab le monde esl reiielle aoi rfiformaleim.
Rien ne réiisCe comme one sociMé qui 8*obsttne h snirre n
pente. Une dvllisalion ? ieillie persiste fermemenl. C'est une
marne qoi se déCend par son propre poids, par force de eM-^
sion, par ligne dHnIèréIs, par puissance de coordination et de
foi sociale.
Ud peuple en pleine virilité ne se laisse pas dénoncer en
face sa fin prochaine avec la résignation chrétienne d*un
. vient moine. On est mal venu à dire k une civilisation
vigoureuse qui a fait le tour du monde ; vous avei tenu
large place au soleil ; maïs, en vérité, je vous le dis, votre
fin est proche. Vous croyez avoir fait la gloire el la pros-
périté d'une grande nation : erreur ! moi, Saint-Simon;
moi, Fourier; moi, Robert Owen ; moi, qui m'oppclle
Gabety parmi les lioromes el le bon icar, parmi les Ica-
PAR M. CARET.
j — i.y Google
YOYAAB m ICAIIB. 19
riens, je vont déclare que j'ai changé loul cela ; que tout ce
que vous vous vantez d'avoir accompli de grand n*eiisle
point, ou du moins, dans lous les eus, cela se serait fait
par de si détestables méthodes que c'est à mettre ù néant.
Oubliez donc vos anciennes tendances, quittez Tantique voie
imlionale; ralliez-vous tous à mol, car je suis la lumière et,
seul au monde, je connais une terre promise que Je réserve
pour vous, les prédestinés !
Monsieur, reprend l'ancienne société française, si je ne
tenais pas à mes vieilles traditions de politesse, je pourrais
bien vous dire que vous êtes un fal et un sycopbanle de
me parler ainsi. Permellez donc que je suive encore un
peu mon fifioi train de vie cl mes chères r6alines. A mon
âge, on se plie malaisément aux disciplines nonvelles. Ju ne
sois poiol d'ailleurs ansai décrépite que vous paraissez le
croire, et yoos ne me IronTeiei point disposée b faire bon
marché de mon passé et à voos livrer mon avenir. Je per-
siste dans mes erremenis qne voos appelés mes erreurs. Je
vens résolument garder inlacle ma dvilisalion qui m*a fait
marcher & la tète des peuples. La source n'était pas si trou-
blée puisque TEurope y venait boire I Avec vous, je serais
ricoris, ce qui peut être Onlteur; mais, à moi seule, je suis
la Francs, et e*sil aisss ! Cessez de me tenter, et ne croyes
point me séduire, ù vous que le vulgaire appelle Cabet,
cl que les voyants nomment learl Je prendrai mémo la
liberté de vous dire en passant que ce nom de mauvais ou*
gure (icarus) me rappelle un projet cl un homme qui sont
tombés dans l'eau, il y a bien longtemps, ce qui a fait
que la mer Ëgée a pris le nom de mer Icarienne.
Ce qui frappe surtout dans les réformateurs et met en
dtDance contre leurs systèmes, c'est leur outrecuidance et
leur dédain de toute tradition. Ils se posent tout d'abord en
biôropluinles insolents et s'écrient : le monde a fait fausse
74 VOYâ«B BR IGAmiB.
route jusqu'ici, je vleos de iii*en tmirerl Tous les phi-
losophes, (ow las législateurs, t088 les sages, tons ces grands
poifMirs ^kmmu qui ont réglementé les peuples et régi les
destinées humaines n'ont rien fait qui vaille. Leur œuvre est
incomplète et fausse , c'est moi qui vous le dis! A moi, à
moi seul le secret infaillible! Le monde est bien malade;
mais je sais ce qu'il lui faut ; j'ai la recelle dans ma bou-
tique, cl je la vends la bagatelle de (rois /ranci, format anglais,
au bureau du Populaire, rue Jean-Jacques-Rousseau. Pour
trois francs, je donne Fraternité ; — .Imowr ; — Jualice ; —
Secours mutuel; — Assurance universelle -, — Raison ; —
Moralité ; — Ordre ; — Union ; — Progrés sans fin ; —
Abondance ; — Bonheur commun... et je fais bon poids et
bonne mesure! Arrière Saint-Paul qui prétend que <ou(e
eNature gimitl Arrière l'Écriture qui dit que Thommc est
rempli de beaucoup de misèresl Avec mol, plus de plaintes,
plus de misères; je mène rhomanité par un plan incliné*
sous un del sans nuages, è l*onibre de mon système, vers
lés destinées novrelles que je lui ai tracées de ma main.
Et cela dit, ils se remettent i leur labeur avec une con-
flanee naïve et féroce. Et leur utopie s*achéve carrément,
obstinée, implacable! Ils aimeraient mieus voir le monde en
cendres que de le souffrir plus longtemps comme Dieu et les
hommes l'ont fait. Ils lè regarderaient brdier en chantant
leur utopie sur la Cithare et le décacorde !
Ces hommes pensent fonder une société et ne s'aperçoi-
vent pas qu'ils ne font que jouer è une sorte de eoifs-félt
social , jeu infécond , solitaire et triste. Ils disposent des
nations, des individus, des esprits, des cœurs, des éléments
sociaor, des forces vives et intelligentes comme des pièces
inertes du casse-iête : parallélogrammes, losanges, hexagones
ou pentagones. Il peut bien sortir ù la fin, de la combinaison
persévérante, une forme régulière, correcte et froide, un
VOVAM m ICABW. 75
cadre social si l'on veut ; mais 1 élaslicilé, i'aclion, la vie,
poinl! Il y a là effort d'espril, calcul opiniiilre, combinaison
quelquefois ingénieuse, mais jamais créalion complète. C'est
limon et la forme de l'homme, moins l'homme, moins le
souffle créateur. Ces cadres de sociétés ressemblent à ces
pians de vastes villes américaines, aux beaux êquares^ aux
\êrg/e$ rae8 bien tracées, mais sans maisons, sans babUanUf
saos telioD, mds existenee mtlirieUe. Gela fait songer aux
nymma oîdes, inania régna. Dans quel coin du moode
vil et M cache la République de Platon, t'anlique inventeur
de la coromvMiilé et de la promiscuité, asseipea platontqiie?
Qo'eal-il resté de VVtopiê de Thomas Uonis, si ce n*esl une
appellation pour tous les réres socialistes? Ob Iroofer trace
de la non? elle Atlantide de nUaslre chancelier Bacon qui,
benrensement poor loi, a fait d*antres décourertes plus vé-
ritables? Où découvrir VÛt de SaUnte de Fénelon; ausiî
réeUe et betoconp moins connue qne la nymphe Colypso ?
0& est la dfé du 5oM/, de Campanella, le révear calabrais?
Oè est la dieouvertê auttralê de l'infilme Rétif de la Bretonne?
Que reste-lril de Babasof et qQ*a-t-il fondé? Qne reste- t«il
de Saint-Simon et de sqs disciples, sinon nue défroqœ et
une valse ! Je vois bien, je connais bien les rêves ; ma»
où est, où fut jamais la pratique vaste, probante et per-
sistante? Qui a jamais mis ces choses en action grande,
sérieuse et durable? Qui les a prouvées par la vie cl jtar la
mort? Que sont les essais des Fouriérisles, cl quelle est
leur importance réelle ? Qu'est devenue la Nouvelle Uar-
monie^ d'où Robert Owen, son fondateur, s'est enfui à toutes
jambes, crainte de mauvais procédés de la part Je quel-
que f/armonien peu discipliné? Qul» deviendra VIcarie, si
jamais elle exisle autrement que formai anglais, rue Jean-
Jacques Rousseau ? Voilit donc tout ce qu'ont fondé, tout ce
qu'ont laissé après eux ces novateurs superbes qui se vantent
74» VOTAM ni ICAUB.
tous d'avoir trouvé la forinale suprême, rexpression complète
de In sociabilité humaine I
Mais le monde laisse dire et n'adople pas I il permet qu'on
joue au casse-téle social ; il souiïrc, en vaquant à ses be-
sognes, rexpérimentalion pacifique faite sur lui-même, bien
sûr qu'elle dévoilera Timpuissance et l'erreur. Il se dit, au
rebours de la parole du divin réformateur qui a fondé, celui-
là, le monde chréUen, que le ciel el la terre im ponsiK pas,
ei <|oe lenrs paroles poimu (1).
(I) Ce qui diniafae tartoat I» R^èmmm'^trt». Vorf^, riwbimâhn
nnire el l'obtiintion.
Roberl Owen l'ett décerné le tilro modeste de favori d« l'univrrs ! Après
M décODvcDuc de New llannony, dans le district d'Iodiaaa, où soo s^slémc a
clé tué tous lui, le vuict venir à Paris pour la seconde fois (il avait fait une
première tenlative en 1838) nous ap|torlj(|il les tables du sa loi, el espérant
faire péaétnr Mt doeiriaet ilaiit aoira todélé par quelque fiMofe. Il <«rit
i leo» iee JeorMM qirïl cM p«4l à tMim la hmia édaeiliM de Tlliera
va éeaaaiBie peUHqm. Qa ae dit pas qoe l'hoaiac dliit ail pris des twiàm
poar MÎTre le court.
Quant 1 Saiol-Simon, la modestie n'était pas non plus son fait. On sait
qu'il se faisait éveiller Ions les matins par son valet dc-chainLre qni avait
ordre do lui dire, au lica de : benrdicamiis domino ! comme autrefois dans
les colléfcs : ■ Levez- vous, M. le Comte. • — Il disait ilf. le Comte.
« Vous aves de graadaa diaias & bite! •
Oa jour qirïl sTitait levé aor cet avaffliiaaaieBlt et qa'il aoafeail i aoeoai-
plir ses grands desieinst II alla iroBver, à Coppett Mad* de SlaU esUte, qui
regrettait le raiiseau de la ne do Bac, sur les bords du LéiMQ. HadeOM*
lui dit-il, vous êtes ta femaie supérieure de l'époque comme je suis l'hommo
Supérieur du eiîèclc : j'ai pensé (|u'il sortirait de OOOS deOE UB Cubat doot le
inonde se souviendrait. — Réflccliissez !
Mad. de Staël, qui uu crojrait pas avoir de si grandet t liosei à /<ure, ne fil
que rire de la proposiiioa et quelque peu avui de l'utopiste qui poussait iOa
rêve daaa des Teiea nu peu eseeatriqaea. Mais il est adveaa que H. de
Stail fils, honae d'esprit élevé taat deule* est mort jeuue» et que le aioade
a'ea parle déjà plus s l'étéaieat Saiot-Simea lai avait aiauqué !
Les aaeedetea élraa|M ae laaaqaeol pas sur les sodaliiles^ et ea parti-
VOriAB BH KâBlB. Tt
Le Voyage «n /«nrie «t un romui : raoioir Ini-niéiiie derit
le mot dans la préfiwe da livre. Cela ne loueiiepas la terra 06
nota fommcf . Gela flotte impalpable comme une nne lereioe
à Thorizon des songes. C'est un rére sans fin qui loarne et 8*eib>
roule sur lui-même dans la région crépusculaire des visions.
\!lcarxe esl une fabuleuse el flotlanlc Délos que M. Cabel
a fixée pour y accoucher de son système. Aucun voyageur
n'a débarqué avant lui sur celle plage inconnue : il n'y a
pas là (races d'hommes. Aucun géographe ne pourrait dire
la lalilude de ce conlinenl vierge. Aucune carie n'en Irace
Ja configuration. L'auteur est bien ï inventeur du pays dans
tous les sens du mot, et, comme il vienl de loin, il a beau
mentir ! Mais, pour une juste compensation , ce privilège
assuré au narrateur établit loal droit au doute, et légitime la
contradiction. — J'en uaeraié
« Dans la première partie » (diU^il page iv de la prébee)
« nous racontons 1 nons monlroos nne fronde nolio» er!pff->
niiêe m cmmynmUL 9
C*esC bien pInMI, à mon avis, dne grande commnnanlé
qn'il vendrait ériger en nation ; mais Je ne veni pas in-«
lerrompre ; il poursnit :
< Nous la faisons voir en acUon dans tontes ses sitnalions
diverses; nous conduisons nos lecteurs dans ses villes, ses
Cttlier «Dr cet abominable n^tif de la Bretonne qui préleiidait deiceodre do
l'empereur Pertinax, alléguant pour prcufe ron nom {lietif).
Poor M. Caljel, je ne loi connAia pas de préleolioo d'origine; mdtil si
Ute IIbÉOmIImi lOemM* d« ralO|iirt«. TootoMtriM a'iadiqae qu'il fût
•aVepceoui cl InmM 4'aaliM A la mmuàn de S*iat4<«M. Il m tVt
paiat aiélé m penoaiM an tte|laata» joanéei de Jaio» il l'atSme» el
e'cM praimUe. Je ae eeraii pu même surpris d'appieadrc que tandis que le
CooiBOBÎiae det raei Iraduïiaît ses doctrines à coups de fusilt, il était, lui,
h %Qû ea%se-téie social, se promenant eu songe sur les borda fleuril de nitt
avec le sensé VaUnor et la belle Corilla, la Heur d'karie.'
. j — i. y Google
*IS VOTAI» ni KABfC.
campagnes, ses villages, ses fermes, sur ses roules, ses che-
mins de fer, ses cnnnux, ses rivières, dans ses diligences et
ses omnibus; dans ses ateliers, ses écoles, ses hospices,
ses musées, ses monuments publics, ses IhéAtres, ses jeai,
les iéles, ses plaisirs, ses assemblées politiques ; nous eipo^
sons Torganisalion de la nourriture, du vêtement, du loge-
ment, de rameublemcnlj du mariage, de la famille, de
rèdocition, de la médecine, da travail, de riodoalrie, de
ragricollnre, des beani-erls, des colonies , nous raoontoDS
Tabondance et la rkhesse, Télégance et la magnificence,
Tordre et Tnnion, la concorde et la fraternité, la verln et
le bonheur, qui sont rinCiillible résnltat de la comoMinaalé. »
Yoilh une 'riche nomenclature ! pour ceui <|ui nient le
mouvement de votre société, vous la faites fonctionner et
marcher; vous la montres, dites-vous, en action; mais o&
cela, s*H vous plaît? Dans un livre !.. (format anglais, prit
3 firancs, bureau du Pcputojre)*
Ainsi donc tout votre monde riel reste Invisible, Impal-
pable comme le géant Adamastor. Toutes vos inventions,
toutes vos améliorations, tous vos perfectionnements (sans
brével et sans garantie du gouvcrnemenl), toutes vos mA—
Ihodes, si nouvelles, si ingénieuses, si parfaites, n'ont d'au-
tre corps que celui que la lettre donne 6 la pensée. Tout cela
vil et existe de par voire imagination et votre typographe,
sans pièces à l'appui, sans description technique, au simple
état de légère assertion sans preuve. Croyez-vous que, dans
une si grave matière, ce soit sudisant pour fermer la boucbc
aux dou/eurs cl contenter ces esprits sérieux qui voudraient
voir pour croire, et faire fonctionner les hommes et le»
choses, sous l'impulsion de ce moteur nouveau, avant d'à —
jouter foi au premier mol de votre système ?
En lisant Vlcarle on est sans cesse et invinciblement
conduit à ce soliloque: qui dit cela ? — L'auteur. QU^
VOYéM Ur KAMU 70
le prouve ? ^ Bien. — Qa*eil-ee doue elore? ^ Bim,
rUn, riinl
Ainsi, il est qoetUon lool d'abord d'un chariuanl petit
livre^ h la rcliûrc aussi singulière que belle, qui conlienl à la
fols la grammaire et le dictionnaire de la langue icariennc,
langue parfaitement rationnelle, régulière et simple , qui
$'irrit comme elle se parle, et se prononce comme elle s'écrit ;
dont les régies sont en très-petit nombre et sans aucune excep'
tion, dont tous les mots régulièrement composés d'un petit
nombre de racines seulement, ont une signification parfaite-
ment définie... une langue enfin deslinéc par M. Cabel h
devenir universelle cl qui sera 101 ou lard iufaiiiilileaieol
la laague de toute la terre.
Je voie bien là, dans les mois soulignés, une criliqoe pett
neuve de noire idiôme el, de plus, un vieux rôve de langue
univeraellei projet dool l'oiéculion est placée dans on avenir
deuleni; mais le progrès réelM où eal-U? Le piécîeut
pua Uwê qui eoutieut «s dièses si simples el si belles,
qui esl si bien veHé q«e c'est ft fUre bonle & Thoovenin«
si Uen inpriesé que c*esl à faire envie è Grapelet , qui se
Ut sur un si beau papier que c'est à faire le déseipoir
de M. Geuson d*Annonay, oà esl-il, où le trouver? Se vend-
it iussi aD bureau du Ptfiêlaêre, où foudmit-ll relier cher-
chert dMiles libraires d'/coni (capitale de l*icarie)? En ce
nsf eiloyen Gabet, vous mettries la scienoe à le portée
de peu de monde. On pourrait vous accuser de tenir la Iih
mière sous le boisseau, bon learl Oocopes-vous donc de vul-
gariser l*ididnie si vous voûtes qu'on visite le pays avec fruih
En attendant, souffires que nous gardions encore un peu
noire vieille langue française, si imparfoite qu^elle soit. Elle
foniple, après (oui, quelques bons livre : le TéUmaqu9 et
ïlcarie, par exemple !
11 esl encore question, plus loin, duo autre petit livré
80 VOYAGE Bit ICAEIB.
d^Mncation, li ulile, si jMtrbil» si menreilleiii, que e*6Sl â
donner emrie de le lire pour y poiser l'instrnction qoi nmis
iDMiqiie; nais uà le trouver celai-1& aimi, et, par hasard,
seraiMI encore h lUre ? Tant de mérite, tant de perfection
n*etialeDi-jls qo*en germe et à Tétai de réve dans votre pen-
sée? Bien plosl vous amies le livreipie ce.oe serait pas soiB-
sanl;il faudrait qu'on pûl juger des a salutaire inilaeneesorles
populations icariennes. Mais, encore ane fois, où est le
livre, oà sont les populations, les faits, les preuves enfin ?
Tenons^en donc aux réalités !
Je me déclare maintenant forl embarrassé de faire voydger
le lecteur en Icarie , ne sachant pas un mol de In langue uni-»
versellemenl inconnue en attcndtmt qu'elle soil universelle-**
ment parlée , et n'ayant pu refaire mon éducation au moyeu
du lifrc SI parfait qui n'est pas fait! Je suis forcé de recourir
à l'auteur pour donner la première idée sommaire du pays.
« Vous voyez, dit-il , qu'Icarie est bordée au midi et au
nord par deux chaînes de monlafçnes qui la séparent de In
Pagilie et du 3/îron , à rorienl par un (leuve , et à l'occident
par la mer qui la sépare du pays des HarvoU par lequel vous
êtes arrivé. »
£1 maintenant que vous en savez , non pas autant que
mol , ce serait peu dire, mais autant que l'auteur , et ce
n'est pas dire beancoop pins, sur la position géographique de
YlcarU et sur ses vraisoonfins , noos allons monter ensemble
en SfaramoH { char voyagtw , voyes le dictionnaire qoi
n*eiislepasde la langue ft créer) et nous arriverons bientAt,
sans encombre « dans la grande capitale , Juara , après avoir
traversé le pays des ManoU , le port de Camirit et la ville de
l)frama , ville neuve » ce que personne ne contestera. On
voyage en Icarie sans danger , car les bateaux à vapeur y
sont ai perfectionnés , qu'ils ne sautent ni ne sombrent , et
les Sfaramoii ne versent jamais. De même que Thouveoin
▼OYAfl» BEI IGAIIB. 81
eûl été un pauvre relieur dans ce pays de perfection nement ,
Thomas Baptiste y paraîtrait un carrossier bien arriéré. Quant
aux chevaux , ils sont , bien entendu , supérieurs à tout ce
que les haras anglais peuvent produire de plus parfait. St'u-
lemenl , je m'attendais à quelque allure parliculiùre au che-
val icarien , et j'ai été désappointé quand , dans le récit
d'une promenade au bois de Houlogne d'Jcara , j'ai vu que
ces tiers coursiers vont le ])a» , le trot , le galop , el rieo de
plus, comme de simples ôtçues françaises.
Mais , si on voyage sans dangrr dans les vastes domaines
delà République icarienne , et môme sans mal de mer , M.
Gabel l'ayani supprimé , on y voyage aoni mm argetu. Dés
la fliiième page da livre , il est écrit :
« L'magede la monoaie est interdît aux individua , depoii
que le bon Icar doos a délivrés de eeUe peale. »
Il esl à observer , loulefois » <pie t ai Mlle jMfta eal interdite
aux iodividae, Tétat se rioocale sans danger , car en arri-
vant en Icarie , le voyagenr eal oémU h verser , une fois
ponr tontes , nne somme asses ronde , proportionnée an
temps du séjour , et moyennant laquelle , il trouve toufonra
et partout ton Mwpsr , bongîUf 9threHê(î)l
Gela foit , et sans bourse délier de nouveau , on peut voya-
ger en tons sens , et VlearU est vaste comme la pensée.
M. Cabet a non-seulement perfectionné les steamers et les
dierolns de fer ; mais il a découvert un n^anl plus puiuaiU
que la vapeur , produit par letonêb ( voir le dictionnaire ica-
rien) nuuiirê phu abtmimUê qw U eharkim y qui on faire
umt révohtUm dont Vinêmtriê.
Je souhaite à la France , non pas une nouvelle révolution,
même industrielle, — c'est bien assez de révolutions, — mais
(i) Deox ccdU gainées pour quatre moi», pour uo vojageur et sou domei-
lique : e'eil le lafif.
8S VOTAGfi m KAUB.
beanooap de wrub qoi , combiné avec le pea qui nous reste
encore d'argent , de C0II0 peUe donl le bon lear a délivré 17-
carte , poarrail raTiver nos manafadnres et nos boo-
Uqaes , antre peste que le ton leur a fait disparaître d'Icoro ,
ei que Paris s*obsline encore à conserver par pure routine.
Mais H. Cabet ne s*en tient pas & la découverte d'un non-'
vean moteur : il a encore trouvé le moyen tant cberdié de
diriger les ballons. Ceci exige citation :
a Dans une cour immense remplie de spectateurs , cin-
quante énormes ballons , conlerianl chacun quarante ou cin-
quante personnes dans sa nacelle pavoiséc de mille couleurs,
attendaient le signal du départ , comme cinquante malles-
postes ou cinquante diligences.
Au signai donné par la trompette , les cinquante ballons
s'élèvent majcslueusement au milieu des adieux réciproques
et au son des trompettes qui se font quelque temps entendre
au haut des airs. Puis, arrivés à une certaine hauteur , diffé-
rente pour chacun d'eux , tous prennent leur direction dans
tous les sens , et disparaissent comme le venl , longtemps
suivis cependant à l'aide de télescopes braqués sur eux.
On les dirige à voUnUé > me dit Vaimor, à droite ou à
gauche , en haut ou en bas , et Ton ralentit ou l'un précipite
leur vol. Ils s'arrêtent et descendent souvent sur les villes
situées sur leur passage , pour déposer des voyageurs ou pour
en prendre d'antres. On dit même qu'ils feront bientét le
service de la poste au lettres. On ijonte encore qu'ils ser-
viront de télégraphes.
An même instant , nous entendîmes crier : Le voici ! —
C'était le ballon de Hora • donl on attendait l'arrivée , et
qu'on apercevait comme un point à lIiOTiion.
Noua le vîmes bientét au-dessus de nos têtes , tournoyer ,
desoendre lentement dans la cour et dépoaer ses voyageurs
et ses paquets. »
V0YA6B EH KARIK. * 88
El il n*7 a pas moyen , comme on Toit « de douter de la
Yéracilé dn rédl : c'est Bugéne qai a va ees menrellles ; il
* invoque le témoignage de Valmor ; ils ont va ensemble
arriver le ballon de Jf oro : comment ne pas croire à de telles
antorités!
El il ne faodraltpas supposer oon pins qae les ballons d7-
cara soient faits à l'nsage exclusif des leariew qu'on pourrait
croire d'une nature plus éthërée que le commun des hommes :
ils transportent les étrangers de toute nation et de substance
plus oa moins aérienne.
Hab les merveilles se suivent et ne se ressemblent pas.
Dans le môme chapitre oà l'invenUon pour diriger les ballons
est , non pas révélée , mais adirmée , il es( dil :
Nous avons trouvé le moyen (c'est le sensé Valmor qui
parle) d'imiter le mécanisme des poissons comme celui des
oiseaux , el do nous diriger dans la mer en en parcourant à
volonté toutes les profondeurs , comme de nous diriger dans
l'air en en parcourant toutes les hauteurs. »
Un jour que Vespril du bon Icctr était porté sur les eaux ,
comme parle la Genèse, il a fait celte décou\er(e. La terre
ne sulTil plus au j^énie inventif de l'auteur; il lui faut encore
le ciel et la mer. M. Cabel résume en lui seul Jupiter , Nep-
tune et l'antique Gybële ! C'est à se perdre dans toutes ces
kaMêurs et dans toutes ces profondeurs.
llato voyons un peu « citoyen Cabet , finissons-en avec
cette mystification obstinée qui revient toujours dans votre
livre. Eipliques-voos nettement : si vous avex de telles dé-
couvertes ; si vous aves un moyen certain de préserver ou de
guérir da mal de mer et de l'hydrophobie , comme vous le
dites quelque part ; si vous pouves diriger les ballons dans
l*air et les bateaux sous les vagues * malgré vents et marées ,
ditea-le et surtout prouMS-ls 1 Et vous aurei plus Ibit pour
llianianilé et pour votre propre gloire , qu'en iearitant le
84 VUYAGI:; EU ICAUIE.
monde. Ne réserves -pas (onles vos perfections pour le monde
imaginaire qoe vom n^habilei pas. Prenei donc en pillé le
monde Irés-réd et frès-imptrfait sans doale , qae vous lia-
bitei , TOUS , Tolre femme el vos enfants ! Si voos aves la
main pleine de tels bienftils , onvrei-la dono • voosledevei,
et voos vons créerez ainsi des disciples et des admiratears I
Qui reftiserail de croire alors k on tel homme ? Qui se déro-
berait ft votre Inmiëre ? Qui résislerait à ces enseignements
souverains appayës sar de tels faits ? Ce vieoi monde , pour
lequel voos n*avfBS qae sarcasme et mépris , voos lèverait
des statues et des autels ! Et nous vons bénirions ! Et nous
chanterions tous en chœur har , le bon Icar , le grand
■ Icarl Mais , s'il ne s'agit que d'une crilique vide de nos
vieilles sociélcs qui ont prosp''?r(i , après loul , dans leur im-
perfeclion ; si vous ne failes qu'exprimer un impuissant désir
d'invention , une vague pensée de perfection rôvôe , sans mo-
yen certain el nouveau de l'atteindre , sans progrès réalisé el
démontré par pièces probantes , cessez de nous montrer ce
mirage menteur , ce leurre grossier, el laissez-lii votre roman
fantastique , qui est sans drame d'ailleurs , sans situation ,
sans caractères profondément Iracés , sans observations prises
dans le cœur humain , sans éclat , sans style» sans rien de ce
qui fait l'intérêt cl le succès ! Rien n'a corps , vie et réalité là-
dedans. Tout se dérobe à l'œil et sous la main. C'est le rêve
d'une ombre ; c'est Vombrê du cocfur , qui saisit i'om6FS
d^une hraue pour frotter Vombre d'tm eamae.
Il y a cependant en ieœriê telle invention, à peu prés ingé-
nieuse en apparence , et décrite quelquefois , dans l*ouvrage,
avec asseï de détails pour làire croire , an premier coup
d'cril » à la possibilité de l'application. C'est ahisi qu'en se
promenant dans Icara , le fUmmr , arrivé sur les bords du
r(BSr OQ mi^etlumtx, — un Qeuve auprès duquel le St-Lan-
root serait un ruisseau, — trouve « un pont biiarro appelé le
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I
▼OTAOB or ICAUB. 85
Sagal {ou le saut) composé de cordes parallèles el inclinées,
allachées, d'un côlô, au sommel d'une lour de vingt pieds
au-dessus du quai , et , de l'autre côlô, au bord de la ri-
vière sur l'autre rive. A chaque paire de ces cordes est sus-
pendue une espèce de nacelle contenant quatre personnes. ;
ella nacelle, coulant doucement le long des cordes , prend
les passants sur la tour et les dépose for la rive oppoite. Une
autre tour, d'aolres cordes et d'aalre» nacelles ramèDeolde
môme les voyageurs. »
Voilà qui esl bien ; mais d'abord il faodrait monter au
sommel de la tour , ce qui éqniTaadraiC presqae à la dépense
de temps el de peine qu'il tmi pour travener no pon.t : en-
nuie , Je ne sais de quelle matière devraient être faites les
cordes pour résister à l'action incessante du poids des voya-
geurs ; el, pour mon godl et ma sûreté , j'aimerais mieux
passer tout simplement le Jtfqy'esftMUdP sur un bon pont de
pierre. On voit qne , dans ses inventions , le bon Icar a tou-
jours en vue ses lemimu étbérés , immatériels, intangibles
et Impondérables, comme des atomes plus ou moins crocbus;
s'il avait à transporter les populations matérielles du vieux
monde , les cordes rompraient souvent , et plus d'un pas-
sager serait eiposé à tomber dans le Tàir ou Majestueua: ,
ou bien à attendre
Conni* nne oabre înaolvaMe
Qui , «appliant Ctron de la pieadre an niMi* ,
Emit «0 bord da Sljz nn» 1« paiaer fuuk,
11 n'est rien dans les soins de l'individu et du ménage que
le bon Icar ne règle avec une attention toute paternelle.
Une très-experte maîtresse de maison ne ferait pas si bien.
Toutes choses qui louchent à Thygiène domestique sont
prévues et sagement ordonnées. Le 6o»n dêpieâ y est surtout
Irès-savammenI traité , tandis que dans nos sociétés arriérées.
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86 VOTAfiB EH IGAUB.
nous te prenons presque loofoiirs trop cAond o« pai oimb ;
Ifop Umg ottpof oimx ; anow trcp d'eau ou pas astts 1 C'est i
prendre en haine et en mépris ce vieox monde qoi comprend
si mal le bain de pied I En Icarie , on est malade pour
compte de ta commonanté , ce qui supprime les mémoires
d'apothicaires. La fie intérieore est déchargée de ces mille
soins fatigants dont s*embarrassent nos ménages. On ne lave
pas son linge sale en famille : il y a des blanchisseries natio-
nales il oîi sortent blancs comme neige les caleçons du sensé
Valmor cl les chausseltes du sage Dinaros , le corset de
M"^ Dinaïse et celui de Madame Dinamé , sans que ce qui
appartient à la taille svelte vienne jamais à écheoir a la taille
maternelle.
El non-seulemenl la république prend soin de blanchir el
de repasser le lingequ'elle fournil à tous ses enfants; mais elle
dresse leur table , elle apprête leur repas en commun , un
véritable ordinaire de Lucullus. Seulement , Lucullus ne dine
pas chez lui : il dtne chez la République. Et pendant ce suc-
culent repas , de la musique et des parfums, des parfoms
surtout et partout à profusion 1 L'Icarie fume comme une
cassotetle , elle sent bon comme un bouquet I
Tous ces usages sont révélés avec détails par Mlle Gorilla ,
savante eonturUr» qui raconte ces choses de fil en aiguille.
Mais je n'en sais pas autant sur l'icarie que la piquante Go-
rilla , que le sensé Valmor , que le sage Dinaros ; et j'aurais ,
comme disent les poètes do vieux monde , les cent voix d*aSF'
rain â$ larmwmmiêf que je ne pourrais jamais dira tous les
secrets , tons les mérites de cette organisation si' puisBante ,
si complète et si parfaite , qui n'éprouve que l'infirmité du
vieux Fontenelle h la On de sa vie: la difficulté ffétre !..
Comment raconter dignement , par exemple , les soins
donnés aux malades et aux vieillards dans les hospices , les
procédés habiles de la médecine icarienne , les miracles de
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VOYAOB EN ICABIB. 87
la chirurgie qui fail parler les muets , entendre les sourds ,
voir les aveugles , accouclier ios femmes presque sans dou-
leur (Pa^'o 1-20) et rend leurs membres à beaucoup demeU^
heureux qui s'en trouvaient privés.
Mais tous ces prodiges ne doivent pas me faire passer sous
silence les soins intelligents que la société donne à l'amélio-
ration de la race icaricnne. M. Cabet nous enseigne que le
peuple travaille continuelkmetU à atteindre ce but. Le bUmd
choisit une brune , le brun, une blonde , le viontoffnordf une
fille de la plaine, et allez donc 1 car le bon Icar , comme le
bon docteur Primerose , n'entend point qa*on ae Ôorne à
parler d$ populaiUm:, et il en résnile que l'Icarie, qui n'avait
qne S5 millions d'babilanls , en possède , d'après le dernier
recensement , 50 millions , et quelle race ! Seulement , —
il fant toujours en venir là * — le peuple icarien ressemble
au public de Lemierre : on ne tait pat ou Use fourre l
Sur ce sqjet intéressant, l'hislorien de la République ima-
ginaire nous apprend encore qu'elle « négocie avec plusieurs
des plus beaux peuples étrangers pour avoir un grand nombre
de beaux enfanls des deux sexes qu'elle adopte , élève et
marie afec ses propres enfants. Quelque magnifiques que
soient déjà les résultats de ces expériences , on ne saurait dire
jusqu'où s'étendent les espérances des savants d'icaric sur
le perfectionnement pin siiine et intcllec tuel de l'Inimanilé, »
Les savants d'icarie ont sans doute la \ue plus longue que
les savants des jieuples connus ; ils peuvent entrevoir pour
l'homme des perfectionnemeiils inouïs jusqu'ici ; mais pour
nous qui n'avons pas une telle audace d'espérance , il nous
semble , eo fail de perfection intellectuelle , qu'un Newton
ou un Guvier , un Corneille ou un Shakespeare ne sont pas
des ^ficmen à dédaigner. Quant au perfectionnement phy-
sique , il appert que notre vieille France n'( st pas encore si
abandonnée de Dieu , des hommes et des femmes , qu*on ne
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88 TOTAOV m ICABIB.
puissobien y trouver des sujets i\ sntisfaire les plus diflîciles.
Quoi qu'il en soit, du reste , de celle double perfeclibililé
indéBnie et du progrès nouveau que le bon Icar réserve à l'es-
pèce humaine , voici ce que je propose :
Qu sali que M. Cabel quille la France ; ingrate patrie^ tu
n^auras pas ses os ! Il médite une grande émigration d'/ca-
riens. Ils partent en Automne avec les hirondelles pour ne
pas revenir avec cllc^ au printemps. Quand leur République
aura fonctionné assez longiemps, nous eolrerons en négocia-
lions avec Vlcarie (entre Républiqaes on s'enlend aisémenl )
à l'effel d'obtenir de M. Gabel cent de ses plus beaui produtlf,
tant mâles <iue femelles; nons les ferons élever avec soin an
Jardin-des-Planles, et noos posséderons enfin celte belle race
ponria nmlliplier, sauf pent^tre è la voir dégénérer blenlél
sur le sol ingrat de la France,
l*ai encore è parler de tant de choses qne je me vois, à re-
gret, forcé de passer sous silence VagrkuUun, Je renvoie le
ledenr & la ferme-modèle de H. Mirol, qni enseigne comme
les GtofyifiMs, sons qœl tigm il faut labourer la terre,
tailler la vigne, etc. (1).
Dans l'établissement icarien, la religion tient peu de place.
M* Gabet a bien voulu toutefois adopter ces grands principes
de morale qu'il n'a pas inventés : « — Aime ton prociiaitt
comme toi-même. — Ne fais pas à autrui le mal que (u ne
voudrais pas qu'il le fil. — Fais a autrui tout le bien que tu
désires pour loi-méme. » Il pousse la condescendance jusqu'à
(1) Je demande pardou à M. Gabet de ce souvenir clatsiqac qui risque
de Im déplaire, car il défend lévèreflieat. 4ei» les domines, l'usage de htb
ei de tabac. Pane poor le latin, naît le tabac ! e'eit d'une nauvaiae |ioliti-
qoe : le Coanuoiste est culoneur de pip* : Il fandrm qa*il opte entre la cem-
nnnaaté et la pipe. CeM le mettre è une rude épreave qu'on eAt po Id
épaifner.
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▼OTAfil BR HUin. 89
reconnaître VÊtr$ MprlnM, comme Robeipierre. Voici oom-
menl les choses se passèrent, A son dire.
leur 6t nn Jour convoquer par lettres closes an grand eoneik
composé des'plos sa?ants et des plus jadideax é'ieariê. Et
comme ils étaient assemblés en séance, il apparat an mliien
d*enx, ne porlanl point les tables de la loi toote faite, et il
leur posa la question en ces Icrmes très-précis.
« Y a-t-il un Dieu^ c'esl-à-dire une cause première dont
toDl ce que nous voyons csl V effet?
On vota par assis et levés, et — j'en suis fâché pour M. Prou-
dhon, — Dieu fui reconnu à l unanimilé à lilre de cause pre-
mière. Mais sur celle seconde question :
« Une religion syslémalique accompagnée d'un colle par-
ticulier est-elle utile aux Icariens?»
Le concile, à ronanlmilé, répondit : Non !
Interrogé de nouveau pour savoir s il croyait à la divinité
de Jésos-Christ, il répondit encore : Nonl
A la révélation i^Nonl
Aux punitions, anx récompenses de l'antre vie : — iVonl
Niml
C'est chose jugée, il n*y a pas fe réclamer : le concile ra-
jetu 1 Les scribes n'eurent plus qu'à dresser prooës-rerbal de
la séance.
VTeariê n'admet par ces vieilles erofances que les ancien-
nes sociétés vénèrent. Qoe répondre? simplement ceci : Que
Vlcatiê prenne terre quelque part ; qu'elle soit; qu'elle fonc-
tionne, qu'elle expérimente, et elle verra comment un peuple
se passe de religion. Il n'y a qu'une nation qui n'ai pas qui
paisse vivre ainsi.
J'aurai peu h dire des arts cl des théâtres d7cart« s
M. Cabet ne nous fait pas des révélations bien neuves cl bien
piquantes à ce sujet. Dans un passage, il parle d'une sorte
de Musée en ctre, qui m'a peu séduit, bien qu'on y con-
90 VOTAOB BN ICABB.
temple les porfraite — toajoiira eo dre — da bon iettr, de
la belle reine Cloramide (car Ylcarie^ comme la France, avait
élé monarchique avant d'ôire républicaine), el de son pre-
mier ministre, le méchant, Tinfâmc Lixdox, qui est resté
maudit dans le souvenir des peuples, comme il appartient à
un premier ministre.
Quant il la musique, M"*^ Corilla chante une mélodie du
pays desMarvols, accompn^née d'une llùle el d'une guitare:
Je ne fcrais pas le voyage iVIcarie pour entendre cela. J'ai-
merais presque autant la belie voix accompagnée d'aoe
trompette viarine de M. Turcarcl.
En ce qui concerne le théâtre, M. Cabel Tait Tanalyse
d'un drame icarien, h la représentation duquel je ne prCD-
drais pas de stalle d'amphithéâtre. Mais toutefois, comme on
ne paye rien ponr entrer, on n'achète ancnn drot< à la porte,
et personne, après loat, n*a à se plaindre : te spectacle vaat
ce qn'il coûte (1).
Da spectacle, où Je serais pen coiienz d*aUer, passons
aux joamanz, qae je serais peu tenté de lire.
Pour ezpliqner son système, Vauteor engage une discns-
slon snr la liberté de la presse telle qu'on renlend chet les
peuples TieilUs et telle qu'il Tadmel dans ses domaines. Les
excès de la publicité en France et en Angleterre sont déplorés
tout en les proclamant nécessaires contra Us aristœraiiea et
> Iss royautés. Mais en /carte, où tout est parfait, e*est antie
chose I II n'y a là ni aristocratie è détruire, ni royauté à
attaquer, depuis que la belle reine Cloramide n'existe plus
qu'à l'état de ligure en cire. Il n'y a donc plus qu'à museler
et réfréner la presse. Voici la recette :
(i) «die deipeetade d'f«ara conUent quinte mille speetaleurt. Il bnf,
pour que tout !• noode entende, qu'elle «ni eon«lraito dnn» des eonditbni
d'neooetiqae que non» ne eonmiMoni pnk M. Gnbet démît bien faire ptrt de
■on cecret è noire repréientelion nalionele oA en nt $*mttiâ pièna.
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V0YA6B m ICABIB. 91
« Nom avont, dit Valmor, presque coupé le mal dans
sa radne : t* En établissaol ane onganiMlfoo sodaie et po-
litique qui rend inutile l'hostilité de la preste ; 8« en ne
permeKanl qu'un seul journal communal pour chaque com-
mune, un seul journal provincial pour chaque province, et
un seul journal national pour la nalion ; 3" en confiant la
rédaction des journaux à des fonctionnaires publics élus
par le peuple ou ses représentants, désintéressés, temporaires
cl révocables ; mais nous avons extirpé la racine entière, en
ordonnant que les journaux ne seraient que des ;)ro«'S-rcr-
baux^ et ne contiendraient que des récils et des faits, sans
aucune discussion de la part des journalistes.... — Ajoutez
qae les journalistes élus sont des écrivains les plus habiles,
et qa^ils melteni leur gloire à raconter les laits et h ana-
lyser les discussions avec clarté, avec ordre, avec le plos
de dramatique possible, et surtout avec le plus parfait 1»-
oonisme, de manière à ne rien n'omettre dUmportant, et à
ne pas admettre un seul mot inutile I... Et vous avei re-
marqué la beauté du papier, la commodité du format, la ma-
gniûcence de rimpression, la distribution des matières 1...
Gomparei avec vos journaux an^^is on français!... Admirai
donc admirei!... »
Et là-dessus, répondant à l'appel, rinterlocnteur s'écrie :
n Tadmire I j'admire! j'admire! »
M. Gabet me permettra d'admirer un peu moins qu'ion-
génct rinterlocnteur complaisant. Néanmoins, comme je suis
de bonne foi, et comme je ne veux pas qu'il perde un de ses
avantages naturels dans la discussion, je lui ferai observer
qu'il oublie un mérite notable de la presse icarienne : c'est
qu'il n'y a point d'abonnement à payer, et qu'on ne lit pas
dans chaque numéro : les souscripteurs dont Vabonnemenl
expire ce qui ne laisse pas que d'être fastidieux. Mois,
cela dit, je dois avouer que des journaux ainsi faits me sem-
9i TOTAU BR IGAUB.
blent avoir peu d'aUrait. Je vais môme justju'ii plaindre ces
écrivains de si haut lalenl qui mettenl leur gloire, — gloire
modesle, — à raconter des faits et faire de< analyses^ modèles
de laconisme et de limpidité.
Un jour, un épicier enrichi voulut avoir une enseigne re-
marquable. Il fll appeler un peintre de vrai talent. Monsieur,
lui dil-il, vous avez toute latitude ; le champ est ouvert h
votre imagination et à votre art si estimable; mais notez bien
que je ne veux que ces mots : A la source des denrées colo-
niakê ! Après cela, de Tinvention, du caprice, de l'esprit à
foison, une placée de génie.... cl deux mètres trente oenli-
mèlres de long nir qualre-vingl-diiq centimètres de large. —
Telle esl ta liberté de la presse learieRoe 1
jraarals malnlenanl & parler de l'Assemblée nationale» la
véritable et seale sovTeralne da pays ; de son premier com-
mis, le pouvoir exécatif, on l'cxéeulotrs, comme dit raaleor ;
de la justice, de l'édacatioD commone, du travail oommon,
des cérémonies pnbliqaes, des costumes, des mosors, des
usages, des plaisirs, de tontes choses enfin, el de mille antres
dioses encore, car que ne comprend pas VlearUt la plus
vaste et la meilienre des républiques inconnues I Que n*an-
rais-|c pas à dire aussi des traits que M. Gabet lance d'une
main lourde contre les socii lés anciennes, et particulièrement
contre la i rance, qui n'était pas républicaine la veille^ et
l'Angleterre, qui n'a pas voulu l'élre le lendemain. C'est
une catapulte à jel continu ; c'est un bélier qui bat sans
trêve les antiques remparts de la civilisation européenne.
Je ne saurais dire toutes ces choses en assez peu de mots, el
je renvoie au livre.
Mais tout en procédant a ses hautes œuvres, pendant qu'il
renverse et construit, qu'il perd et ressuscite^ le bon Icar
s'exalle, se glorifio et se dit des triomphes, et se décerne des
palmes immortelles, el se couronne de chêne, el se chante
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VOYAGE EN ICARIB. 08
des hymnes sans fin, cl se dresse des (eroples où l'aDivers
ira faire famer l'eDcens des sacrifices el Tadorer on jonr en,
langue icarienne, le prodamant fondateur, législateur, pon-
tife, très-angoste, trois fois saint, le plus grand saint dn ct-
lendrier commouiste 1
Icar, ôlcar 1 nons ne sommes pas dignes qne vous enlriei
dans notre vieille bonliqoe sociale ; mais dites seolement
nne parole, et nos 4mes seront guéries des anciens préjugés;
et nos yeux s'ouvriront à la lumière icarienne ; et noua au-
rons en grand mépris la propriété et Targent, ces deux
psilM dont vous avez délivré vos domaines, en attendant qne
vous oonfisquies les nôtres !
Avant d'en finir avec le Voyage en learie^ je dois compte
des révélations qa'il m'a Tailes sur les relations du nniari et
de la femmo, au point do vue social, el môme au point de
vue intime. Comme les habitants de ces contr('*es doivent
toujours, forcément, el en toutes choses, <^tre supérieurs aux
hommes connus, il est établi tout d'abord et sans conteste que,
de tous les peuples de la terre, ce sont les Icariens (p. 197)
qui connaissent le mieux l'amour et ses célesles délices l
Dieu me garde de discuter la valeur de l'assertion, et de
mettre en doute la profondeur el la plénitude des connais-
sances icariennes sur ce sujet. Biais je me sens quelque peu
lililé à Tendroît de mon amour-propre national, en appre-
nant qne rhumiliation nous vient d'un Français. M. Galiel
est cruel : il bit presque toujours battre la France par un
Français» de mémo quMl a un Anglais à ses ordres quand il
s'agit de ftastiger l'Angleterre. C'est un Français, c'est Evgènêt
son learimaiM^ comme il rappelle, qui nous jette & la face
cette insolente prétention. Il eSàoe ensuite du code ToMm-
tancê qne la femme doit au mari, selon notre version, et éta-
blit VigàiUi entre époux. Mais, doucement 1 les femmes n'en
sont pas oft elles pensent pour cela I En leur faisant celte
94 VOYAOB BU IGâUB.
grademelé, U leur inupose des entraves, et* par «lemple, elles
ne doiveni se parer qoe pour lear mari ; elles ne vont pas
an spectacle sans lenr mari ; elles n*ont de coqoellerie que
poor lenr mari ; tant et si bien, qa*à mon point de vue de
vieux civilisé, il me semble que la disobiistdneê française est
préférable 6 1 (^{/a/ifé icarienne.
Pour porter le dernier coup aux anciennes sociétés, et met-
tre une dernière fois en haut-relief la supériorité relative d7-
carie, M. Cabct raconte qu'un jour tous les étrangers des
diverses iialions du globe, qui se trouvaient h Icara depuis
assez longtemps pour api)récier le. système sociélaiie, se
réunirent et se posèrent solenaellement à tous et ii chacun
celle question :
« Désirez-vous l'organisation d'Iearie pour votre pays? »
L'assemblée réunie par M. Cabct, se lève, bien enlendu
pour le système de M. Cabet. Autant d'iiomnies, autant de
confesseurs de la loi cominuuisle, venus du coucbant et de
l'aurore, pour répandre la semence par toute la terre.
Eugène, en sa qualité d'icarimane, battait des mains et
sautait de joie. « Si tous mes compatriotes connaissaient
Icarie, comme nous, s'écrîa-t-il hors de lui, et s'ils étaient
assemblés comme nous, I.i France entière, j'en suis sûr, ré-
pondrait comme nous qu'elle désire la GomimvACTÉ. »
Mais Eugène qui sait si bien ce qui se passe à Icara, me
paratt ignorer ce qui se passe h Paris. Hélas la question a été
posée à coups de fusils, et résolue coups de fusils dans nos
rues I La France n*est point communiste 1 La France re-
pousse énergiquemenl la doctrine, par l'Assemblée nationale
et souveraine, sortie du suffrage universel, par l'armée, par
les gardes nationales, parla voix indignée de tous les dépar-
tements, soulevés pour défendre Tantique ordre social. Voilà
le dernier mot de la France sur la question, et elle s'y
tient.
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VOVAGE KN ICA lu E. 95
L'assemblée des étrangers à Icara, ne se dissimule point
loulefois, en adoptant le système, qu'il rencontrera quelques
difficultés à Tapplication ou à Vapplicabililé (mot Icarien) chei
les peaples atteints de civiiisalioo invétérée. Là-dessus elle a
dei doales ; elle se partage ; elle s'agilo ; lève la séance,
ets'ajoarne jusqu'à plus ample informé.
Pour moi qui ne conserve ancan doute sur YimpratkabUUé
de VapplieabUiti, j'ai voulu abandonner le mythe pour eia-
miner les basa théoriques du système communitaire ; mais
là encore, complète Inanité. « Il a assez bien critiqué, — di-
sait saint Simon, de Luther, — mais pauvrement doctriné. »
C'est le fait de M. Gabet : il a pattoremenf dœirini dans son
livre. Il semble même s*en être aperçu, car il dit tardivement,
àja fin, et comme dans un erratum :
« Quelques-uns nous font robjection suivante : votre
Voyagé en learU ne contient pas de seisncs, pas de doelrliie,
pas de thêoriê. »
A ce reproche, M. Cobcl répond un peu longuement
qu'il y a deux niainères d'écrire pour le peuple ; qu'il ne
prodigue pas les grands mois scientifiques qui embrouillent
tout, ce qui ne l'a pas empêché de doclriner plus qu'il ne
paraît. Oui, poursuit-il.
« Nous soutenons que notre syslème est le plus simple,
le plus clair, le plus intelligible, et que sa simplicité, sa
clarté, loin d'être un défaut, sont une véritable perfection,
une incalculable supériorité sur tous les autres systèmes.
Si l'on nous demande :
Quel est votre science? — La fraternité répondrons-
nous.
Quel est votre prineipe? — La firatemUê*
Quel est votre docirtne? — La /Wilemilé.
Quel est votre îMoriê? — La /hitemUé.
Quel est votre tf/stéme^ — La fraUmM.
96 VOTAOB EH ICAftlB.
Oui, ooos lonlenoDs qae la ftaUniU contieni loni, pour
les Myanis comme ponrlesprolélairest pour rioslitot comme
poor l'atelier ; car appliqua la fraiemUê en loat, lirei-eii
tontes les conséquences, et vons arrlveres ft tontes les solu-
tions utiles. 11 est bien simple le mot de fratemiiét mais il
est bien puissant dans ses conséquences ! »
Et voilà toulo la science ; le premier el le dernier mol
sans réplique ; la base large el la poinle aiguC du système, •
le développement complet, siiprc^me enfln ! Tout est dans la
fraternilé; mais la fraleriiilé où est-elle? Je vois partout sur
la terre l'homme el ses travers ; mais le frère où le trouver?
Faites donc d'abord que la fraterniic règne, el ce sera une
base honorable pour votre théorie. Réformez , domptez
l'humanité» car enfin l'humanité, c'est l'homme; les vices de
l'individu la tiennent aux entrailles-, et, comme vient de le
dire un écrivain de beaucoup d'esprit el de sens (M. St-Marc
Girardin), bn ne fait pas laciU de Dieu avec {es iepl péchéi
capitaux I Mais que pensez-vous de fraternUi^ tous qui aves
armé le frère contre le frère, vous dont les pensées onl été
traduites en crimes; vons qui n'avei pas mainteoo ?08 doc-
trines snr les hauteurs philosophiques ; vous qut non conleat
de porter l'orage dans les régions de rintelligence , avec
suscité les basses passions, les féroces instincts de la foule !
Esprit spéculatif et chimérique, vous montes dans la sphère
de ridéalisme ; mais le peuple, votre peuple descend dans la
rue et donne l'explication brutale de vos songes. Alors pour
répondre à ses arguments, il faut battre le rappel. Alors
le communisme armé s'embusque et fait feu derrière les barri-
cades. Alors la controverse s'engage à coups de ftisils.
Alors, plus de merci, plus de quartier pour votre doctrine
armée; 11 faut lui courir sus et écraser sons les pieds la
torche incendiaire. Voilà la fraternité que vous oous avez
faite 1
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VOYAGB Elf ICARIB. 97
Quand, tout en gardant l'hypocrite modération de la fonne,
on s'eet mis à la lêle des plus subvenives inilialWes de Tes-
prit; qoaod daoa TéCode des plus grares problèmes qui
préoccupent la pensée humaine, on a en le malheur de
fiiire alliance coupable atec les mauvais penchants el de
venir en aide è la guerre civile, on n'est plus admis à parler
de frakimilè et ce mol vous écrase ! Ce que vous avei cm
élever aux fumneurs du lysféma, n*est qu'un sauvage expé-
dient, une meurtrière madiine de guerre sociale. Allés,
sanglant apèlre, portes sur la terre élrangère votre don (à-
neste, et ne croyez point vous innocenter en disant qu'on
ne vous a pas vu dans la me! Allez, rêveur néfaste, ra-
massez, dans la boue el le sang du ruisseau, vos feuilles
déchirées par l'armée el lus gardes notionales, par celle épée
française qui a coupé bien d'autres trames! Portez sur quel--
ques plages lointaines, h l'homme de la nature, vos théories
que repousse l'homme de la civilisation !
Devant le système de M. Cabet, le moi, l'homme se ré-
volte ; toute la personnalité humaine se lève et s'indigne
et proteste ! Dans la société qu'il construit, toute liberté d'ac-
tion, toute initiative de pensée est circonscrite et gênée. On
n'est plus un homme, on est un rouage dans la machine,
une abeille dans la ruche. L'homme de M. Cabet, c*est
l*homme de Platon tel que le représentait Diogène: un
poulet plumé! La vie oommnnitaire a toute l'élroitesse,
toute la puérilité de la vie conventuelle. Le couvre-feu
sonne en IcoHa, et tout le monde se couche, le laboureur
fatigué comme le poète qui se platt à prolonger sa veille.
C'est un couvent moins la prière. Mais que parié-je de
poète là oà toute poésie meurt au milieu de cette eiislence
monacale, arrêtée, ne variafur, scellée et rivée? Le Dante,
dans Vwfer parle de certains damnés qui isont contraints,
pour avoir trop pris de liberté en ce monde, à porter 61er*
98 TOYâOB m ICABIB.
nellemenl un vôlemenl de plomb qui les écrase, qui les
force à mesurer péniblement leurs pas el qui fait craquer
[sibiîar) leurs membres. C'csl ainsi en /cane; tous porlenl
sans cesse le manteau de plomb de la règle sociale qui pèse
également sur toutes les épaules et gêne tous les mouve-
ments. Traîne donc la chaîne et le boulet de l'égalité
oommunitaire celui que ce niveau ne rabaiSBera pas; mais
rhomme qni porte Ta léte liaate, qui a uo cœur, un esprît,
une valeur personnelle , une supériorité, le senlimenl da
libre arbitre el de la fierlé humaioe, an élan, nue flanine
dans la pensée, celni-là ne consentira jamais à boniHir dans
cette marmite antedaTe. Non, — merci IHenI — cette
théorie n*est pas faite pour l'homme que nous connaissons,
et l'homme n*est pas fait pour la théorie : il y a répulsion
des deax parts. L'ieariê n'est point le pôle où tend l'ho*
manite.
M. Cabetf s*il n'accepte pas tonte cette vérite, a compris
an moins que l'homme drillsé n*éteit pas son fait, et il
l'abandonne. Il emporte son système an Texas, pays de
République naissante et de peuplades neuves. Il a peut-être là
quelque chance de succès auprès des hommes de la peau rouge.
On leur a bien reprodié, je crois, d'avoir jadis mangé, ç;\ et
là, quelques colons du champ (V Asile ; mais ils auront perdu
le goût de la chair française, et puis les missionnaires dont
M. Cabcl s'est l'ait précéder leur enseigneront la fraternité^
ce dogme large et fécond ! Qu'il parle donc ; la France
ne le retient pas; qu'il aille dans les fertiles et salubres
plaines du Texas reprendre le sillon interrompu du général
Laliemant. C'est bien encore lù un nom fatidique de triste
augure qui rappelle une tentative échouée ; mais les chances
sont diverges, le projet est autre et Icar est grand ! Qu'il
mène son réve fantastique au milieu des hautes herbes, des
foréte vierges, à l'ombre des magnolias et des lauriers roses
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VOYAGE EN ICARIE. 99
dont le pays abonde ; qu'il fbme le calumet de paix sous la
tente des Lippans, et peut-Cire un jour les sauvages nous ren-
ferront-iU le pontife de la foi noaveUe béai... et tatonél
Aimé RoTBT.
DV
SENTIMENT POÉTIQUE DE LA NATURE
la senliment poétique de la Nature est un sentiment complexe
comme son objet ; chaenne été impressions et des notions parti-
culières donl il 86 compose, correspond à un des éléments qui
constituent, au point de vue de l'esprit humain, le nuHide exté-
rieur à rhomme, runivers, la création.
La nature, en regard de notre intelligenoe, telle que les lois
Hle notre esprit noua forcent de l'envisager, la nature est un
* yaste ensemble de phénomènes, de formes, de signes sensibles
qui nous enveloppent de toutes parte. Ce qui nous frappe d'a-
bord dans l'univers, l'objet direct de notre première impression,
c'est la forme extérieure, c'est le signe matériel qui agit sur nos
sens. Mais derrièr(^ ers formes qui se manifestent à nous par nos
sensations, U y a des idées, il y a des causes » car toute Ibrme
(0 Ce morceau a été déUebé pour U Bmw d*tro volane que M. de
Laprade doit publier incesMViMt Smr t» lentêment dt ta natvn daia Homtr*
ti dan$ la pottie grteqiiê»
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BP SBMTIMBMT POÉTIQUE AB LA MATDBB. 101
est esmtieUemeDt représentaliTe d'une Idée, essentieUemeiit ex-
preesire d'une cause. La forme ne peut 6tra eonçne sans on
support nécessaire qui est Tidée. Dans le langage des sciences
naturelles on appellerait du nom de force ce que nous nommons
Idée dans le langage do l'esthétique. Relativement à la forme,
l'idée doit être considérée comme substance et comme cause.
Chaque forme dans l'univers suppose donc une idée qui l'en-
gendre ; derrière le monde des formes, des signes sensibles, il y
a donc !»• monde des idées. Ce lieu où reposent les idées de tou-
tes les formes, c'est l'intelligence divine, c'est la pensée de Dieu.
I/intellipence divine est une et intinie comme Dieu est un et
infini. Mais en se réalisant par la création dans le monde maf(''-
riel, c'est-à-dire dans un ordre lîni et borné, la pensée divine
sort de son unité, elle se diversifie, s'individualise ; ?un infinité
se limite dans la nniltitude indétinie des formi^s et des existences
créées. Chacune de ces formes, chacune de ces existences repré-
sente donc un des innond)rablcs aspects de la pensée divine, un
des innombrables attributs de l'Être divin. Ce qui existe en Dieu
à l'infini, la nature le reproduit dans le fini. Mille existences,
mille formes nouvelles jaillissent progressivement dans le sein
de la création, sans que leur multiplicité Innmnbnble puisse Ja-
mais réaliser dans la nature rinfini de l'Être qui est en Dieu.
L'univers créé, la nature, c^est la roanifostation successive, la
réalisation dans les limites du temps et de la matière des idées
étemeUes qui résident dans l'hitelligenoe divine.
lamais l'univers créé n'arrivera à reproduire dans les phéno-
mènes qui le composent, l'Infinité de la pensée dn Créateur. L«
monde visible ne retracera Jamais en entier le monde intéllîgir
ble ; à aucun moment de la durée, la nature n'exprimera tout ee
qui est en Dieu. De même dans l'Intelligence de l'homme, quoi-
que bornée et relative, il reste toujours quelque chose que les
signes extérieun laissent inexprimé; l'œuvre d'art, si accomplit'
qu'elle soit, ne rend jamais qu'une partie de la conception de
l'artiste. Mais s'il est certain que le monde des formes, n«*-ces-
salrement fini, ne saurait reproduire en totalité le monde intini
des idées, que la création ne renfermera jamais toute la pensée de
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lOS mj SBNTiinirr PotaQUi
Dieu, il est également vrai que la création ne peut ron fermer au-
cune forme (jui ne dérive d'une des idées de l'intelligt'uce divine.
En uu mot, il ne peut y avoir dans la nature aucune forme, au-
cun signe qui ne corresponde à une idée et aucune idée qui
n'existe en Dieu. Chaque phénomène de la nature est le symbole
d'une des peosées de IKeu.
Le sentiment esthétique de la nature nous apparaît donc d^à
comme composé de deux notions également essentielles, la no-
tion de l'idée et celle de la forme. A Taspect de chaque phéno-
mène de l'unims, nous sentons in^lidtement qu'il y a là, ou-
tre la forme physique, une signification morale.
Mais hi nature est autre chose qu'un livre- composé de carac-
tères inanimés, qu'un tableau peuplé dé figures muettes. La
création ne représente pas la pensée du créateur comme l'écri-
ture représente la pensée de l'homme. 11 y a quelque chose de
plus dans la nature que la forme et l'idée, quelque chose de tut^
périeur à la forme et à l'idée elle-même, quelque chose qui ex-
plique cette union de l'idée avec la forme, et qui rend ainsi
compte de la création.
Dans la nature, faite à l'image de Dieu, il y a plus que l'idée
et la forme, car en Dieu il y a plus que l'intelligence et la puis-
sance, plus que la pensée et la force d'incarner la pensée dans
une manifestation extérieure. I/intelligence et la puissance toutes
seules ne sufQsenl pas pour expliquer comment la pensée divine
est devenue un monde vivant extérieurement à Dieu, comment
l'idée a produit la forme et pourquoi le Verbe invisible s'est ex-
primé dans une création.
Un troisième élément existe dans la nature avec l'idée et la
forme , de même qu'il existe dans l'Être absolu une troisième
énergie avec la sagesse et la puissance. Ce troisième principe de
la nature est autre chose que le rapport de la lurme à Vidée,
ainsi que l'appelleraient certains philosophes. Cet attribut néces-
saire possède une existence plus active et pour ainsi dire plus
personndle que ne le serait la qualité d'être un simple rapport
de médiation entre l'idée et la forme. Ce troisième aspect, ce
troisième attribut de la natnre qui se retrouve à un degré plus
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DE LA NATUUË.
103
oa moins élevé dans tout ce (lui tombe sous nos sens, c'est la
Vie. Rien enfin ne saurait exister dans la nature sans une forme
qui )c détermine et le rende sensible à l'intelligence humaine,
sans une idée en Dieu qui soit son type et sa raison d'être, sans
une vie qui soit sa. propre participation à l'Être.
Ainsi la création , ainsi l'être fini se trouve reproduire exacte-
ment le type du Oj-atcnr, de l'Ltre inl'mi au sein duquel une
troisième énergie co-existe avec l'intcUiiience et la puissance
pour former le complément de l'unité divine. L'Amour est cet
autre principe de la substance incréée, il est même, si l'on peut
s'exprimer ainsi, le principe de la vie de Dieu, l'attribut primor-
dial; vis-à-vis de la nature, il est également le principe de créa-
tion, la cause par excellence, la source de la vie. De môme que
dans la nature la Torrae correspond plus particulièrement à l'in-
telligence, que le support de la forme, c'est-à-dire la substance
ou ridée se rattache à la puissance, ainsi la vie dérive plus par-
ticalièrement de ramour.
La nature est donc créée de tout point à l'Image de Dieu; cfest
la représentation matérielle de l'être Immatériel ; c^est la figure
finie de l'être Infini ; c'est un miroir où se reflète pour les yeux
de notre esprit la forme de l'Invisible.
fin réalité, cTest Dieu à travers la création, c'est l'invisible à
travers le visible que va chercher le sentiment esthétique de la
nature. La foculté poétique par excellence, le eêté rdigleux de
l'esprit de l'artiste, celui par lequel la poésie s'appuye sur la
réalité, e^est la foculté d« sentir ainsi la nature comme symbole
du monde divin. Hais l'unité de ce puissant état de r&me peut
se rompre et se subdiviser en plusieurs facultés et sentiments
partiels correspondants aux divers attributs, aux diverses faces
de la nature. Ainsi, comme il y a dans la nature l'idée, la forme
et la vie, il y a un sentiment poétique qui s'adresse surtout à la
forme, un antre à l'idée, un autre à la vie. Dans une âme vaste
et complète, ces trois activités subsistent, quoicjuc d'ordinaire
dans des proportions inégales ; tel homme comprendra mieux la
forme dans la nature, tel autre percevra mieux l'idée, tel autre
lafln sentira mieux la vie.
106 BU 8BITIIIB1IT POtfllQUB
oorrespondà une des lois de l'inteUIgeiice incréée -, enfin qu'A ne
peut rien y avoir dan» le monde sensible qui n'existe dans l'invi-
sible , dans la pensée infinie , dans Dien. Noos ponvons dire
également de l'Ame humaine , que toutes ses Duultés , tous ses
attributs correspondent , dans le rspport du fini à l'infini , aux
divers attributs de la substance divine ; c'est énoncer en d'autres
termes cette vérité de la Genèse : Dieu créa l'homme à son
image.
L'&me humaine et la nature étant formées sur le même type ,
offrant chacune le symbole du même Ctre , sont nécessairement
aussi symboliques l'une de l'autre. La même idée , la même loi
de l'intelligence absolue (jui a sa représentation extérieure et
sensible dans la nature, a son idée , sa facultt' correspondante
dans l'àmc humaine ; en outre , rluKjue pensée , chaque sen-
timent de notre âme a son expression tigurt-e dans un des phé-
nomènes de l'univers. 11 n'existe donc pas un fait dans le monde
extérieur i}ui n'ait une double signilkation idéale , et comme
expressif de ce ([ui est dans le eauir humain , et comme expressif
de ce qui est en Dieu. L'àme humaine trouve dans la nature le
tableau de ses propres idées , de sa propre vie , et l'image des
idées et de la vie de Dieu. L'homme est un abrégé de la création ,
et bi création elle-même dans son vaste langage est un abrégé de
la parole divine, n y a donc rapport de parenté , de sympathie ,
de ressemblance entre l'humanité et l'ensemble de l'univers } ils
sont conuneun firère et une sœur en qui coule le même sang ; ce
sang, cTest la vie universelle» cTest la nttianee de l'Être ab-
solu.
Ainsi le sentiment esthétique de Ui nature a pour base princi-
pale la notion nécessaire et spontanée , des rapports de la forme
sensible avec les idées pures , cette croyance que tous les iliits de
l'univers physique sont symboliques des divers attributs de la
substance divine. Hais ce n'est pas lÀ tout le senUmentde la na-
ture ; il s'adresse encore à un autre ordre de rapports , de faits
symboliques moins vastes , mais plus intéressants peut-être
pour le poète , car ils touchent de plus près son cœur ; ces faits
sont oeui qui nous présentent dans le monde extérieur U figure
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DB LA MATOBB. 107
éb toui les fUlB moraux , ropreasion de toakê les mauièras
d'être de Vka» humaine.
De ces rapports mystérieux de notre âme atec l'univers visibie
et de tous deux avec Dieu , dérivent tous les grands principes où
s'alimente la poésie , autant comme ordre d'idées que comme
mode particulier d'expression.
Quel homme ne l'a pas appris de ses propres émotions ? 11 y a
dans la nature quoique chose qui répond à toutes les situations
de notre ûmc, aux phases les plus diverses de nos passions,
aux figures les plus insaisissables de nos rêves ; il y a des cou-
leurs pour scr\ ir de parure à toutes nos joies ; il y a des bruits
gémissants pour faire écho à toutes nos douleurs ; il y a des pro-
messes inÛnies pour nourrir toutes nos espérances.
Mais ce qui fait surtout la grandeur poéticjue de la nature, ce
qui la rend instructive et sacrée autant qu'elle nous est douce ,
c'est qu'en nous parlant de notre propre cœm elle nous parle de
Dieu avec les mômes mots ; c'est <iu'il n'est pas entre ses moin-
dres tableaux une seule figure de nos sentiments et de nos peup-
sées <iui , malgré l'inflnité de la distance , ne se rstttclie Bussi à
une des innombrables pensées qui se déroulent dans le sein de
l'Etemel. Sitdt qu'une toix des forêts ou des fontaines nous b
foit entendre quelques notes des mélodies de la terre , nous
sentons murmurer en nous une voix qui nous révèle TuniverseUe
haimonie. Sitôt qu'un sourire de Tinvlsible nous luit dans la
sérénité du del , un regard plein d'amour s'ouvre dans notre
oflBur pour sourire aux hommes, à la nature et à Dieu.
Le monde physique est donc entre Dieu et l'humanité un sn-
hUme intermédiaire participant des deux mondes qu'il sépare ;
fl porte à la fois dans chacun de ses traits la ressemblance de
rdtre pour lequel il fot créé et la ressemblance du Créateur. La
nature est un milieu tran^Hurent qui reflète à la fois les deux Imk
riions «apposés. Elle est comme un de ces miroirs liquides, comme
un de ces beaux lacs des montagnes où l'homme en s'inclinant
voit le ciel se peindre avec tous ses nuages et toutes ses étoiles ,
sans cesser d'apercevoir au fond la terre , avec les plantes ver-
doyant et les caillous variés ; là , |;»ar un gracieux enchantement,
108 vu SBmnMBNT doétiqdb
il s'apparaît à lui-même au milieu de cet immense tableau où ,
dans un mélange sans confusion , il peut e<mtempler à la fols le
monde qui est au-dessus délai et le monde qui est à ses pieds.
Quand l'homme doué du 'sens des harmonies découvre dans
un phénomène de hi nature l'expression vivante d'un des sen-
timents de son cœur , quelque chose d'indéfini , de mystérieux ,
de divin s'offre aussitôt à lui ; U volt poindre , à travers le sym-
bole de la forme , la lueur de l'idée qui est en Dieu ; alors le
sentiment qui l'antanait s'agrandit et s'épure , ce qu'il y avait
dans son àme d'éphémère et d'Individuel s'efBice , l'infini le
pénètre et lui communique sa vie plus abondamment.
Cest pourquoi le poète s'empare des couleurs et des formes de
la nature pour en revêtir sa pensée , et prête à la nature sa parole
pour cjuVlle nous fasse mieux comprendre tout ce qui s'agite en
elle , toutes les révélations tendres ou sublimes qu'elle est char-
gée de nous faire de la part de Dieu. Les sentiments humains
que la poésie exprime en les revêtant d*imai,'es empruntées à la
nature , en reçoivent cet aspect plus saisissant qui est le carao-
tère de la réalité matérielle ; en même temps , ce qu'il y a d'inef-
foble profondeur, ce (pi'il v a delà vie divine dans la création se
communique aux sentiments ainsi exprimés , et la pensée
devient un verbe vivant qui élève les esprits à cet état de lumière
et d'émotion supérieure , effet de la véritable poésie.
Ainsi dans l'œuvre du poète, c'est tantôt l'âme (jui s'exprime
par l'organe mélodieux de la nature, tantôt c'est la nature qui
manifeste ses secrets dans le langage des sentiments humains ;
le poète entend s'échapper d'elle comme un écho de nos voix
intérieures et cette mélodie, toute en lui représentant ce qui se
passe dans le eoBur, lui révèle es qui se passe en Dieu dont
la nature et l'homme sont les manifestations.
Le sentiment esthétique de la nature se nuance à l'infini selon
les Ames qui l'éprouvent ; on peut cependant réduire ces nuances
à un iMMnbre déterminé en se fondant sur une méthode positive
de division.
En considérant la nature sans sortir d'elle-mtoie y dierdier
Jes analogies du omur humain, et sans tenir compte des choses divi-
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DE LA MATUMB. 109
nés qu'elle symbolise, on la voit cependant sous trois points de vue
divers, d'oùnaiaseiiltroisfiMniKS particulières du sentiment esthéti-
que ; c'est, comme nous l'avons di>jà dit : le sentiment de la foraie
dans la nature, celui de l'idée ou de la loi, celui de la vie ; à chacun
de ces modes de sentir se rattaclie ooe CuniUe d'esprits poétiques
et un genre distinct de poésie.
Cette première ciassKication des impressions esthétiques [>ro-
duites par la nature, est laite en vue de la nature isolément prise,
et sans tenir compte des rapports symboliques qui l'unissent à
l'intelligence divine et à l'ame humaine; mais ce double syml)o-
lisme est ce qui donne à la nature son immense importance poé-
tique, et c'est de lui que dérivent les différences fondamentales
de nos impressions en face de l'univers.
La nature envisagée dans sa siuuilication complète, c cst-à-
dlre à la véritable place qu'elle occupe entre Dieu et l'homme,
et oomme reproduisant des traits commims à tous les deux,
engendre une «ntie dMaton du saatiiiient esthétique corraspoD-
daato à celle que noue avons d^ établie en partant du senti-
ment du monde extérieur pris indépendamment de ses rapports
avec Dieu et l'humanité.
Plaeé en fiu» du spectacle de l'univers, Thomme, doué du
sens poétique, verra plus particulièrement, selon la direction de
son esprit, ou bien les harmonies de la nature avec notre Ame,
eu bien ses rapports avec rintelligenoe divine, ou bien, eniln, il
contemplera le monde extérieur en lui-même, en ce qui le distin-
gue et le sépare des deux autres ordres de réalités.
Celui que les phénomènes de la créatlim frapperont surtout
par l'idée générale, par la loi qu'ils représentent, cherchera prin-
cipalement dans la nature une révélation du monde divin, des
attributs de i'£tre absolu, de la substance divine ; son sentiment
de la nature sera presque identique au sentiment religieux et A-
Dira par se confondre avec ce sentiment.
L'homme qui, se préoccupant moins *de l'idée dans la nature
et du monde absolu et divin (lu'elle réllète. et qui, ut'iîli!.M'ant
aussi l'aspect particulier de la nature en tiuil ([ue possédant la
vie, oontemplera surtout la forme elle-même, le cOté le plus im-
■
110 DU sBEmmiiT POiriQVB db la ratuib.
médiatenMiit sensible des ol^ts, finreé qn'il sera pir les lois de
notre esprit à juger de toutes les formes d'après leurs rapports
avec nos propres idées, nos propres impressions, eeliii4à sera or-
dinairement plus porté à ciiereher dans la nature Teipressiondes
choses de l*flme,fl saisira surtout les rapports de la nature a?e6
l'humanité.
Enfin, l'aspect de cette puisssnee de vie qu'attesta la nature et
qui semble avoir une eilstence indépendante, et prendre sa source
en èUe-mèmê, tant elle s'élève en dominatrice au-dessus de
l'homme, l'a^ect de la vie dans le monde physique frappera tel-
lement certaines intelligeooes, quo l'ime s'oubliera eHe-mémp on
face de l'univers, comme elle oubliera aussi le monde invisible
et absolu dont la nature n'est que l'expression et le produit.
Il se rencontre, en eiïet, quoique le nombre en soit bien rare
parmi les poètes de l'Occident, des esprits qui perdent de vue et
l'idée d'un monde invisible et le sentiuienl de rimnirinité, au sein
de la contemplation absorbante de la vie dans la nature.
Cbacune de ces trois branches principales du sentiment cstlit'-
tique de la nature pourrait se subdiviser en une multitude de
ramifications dont nous verrions dériver tous les difTcrenls genres
de composition poetii[ue et de style, et plusieurs même des gran-
des divisions de l'art ; mais nous ne faisons pas ici une Uiéorie
générale et complète du sentiment poétique de la nature; le but
de notre travail est de faire l'histoire de ce sentiment à l'époque
hellénique, nous n'avons donné à la partie théorique que le. dé-
veloppement strideflMnt nécessaire pour fiiire comprendre à quels
principes se rattachent nos jugements sur la poésie grecque.
Victor DB Lapbadb.
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NÉCROLOGIE.
JËÂN-BÂPTISTE-MARIË NOLUâC.
Jean-Baplisle-Marie Nolhac, associé libre des rAcadémie
nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, dé-
cédé dans cette grande cité, le 2 août 1848, était le type le
plus parfait de i'écri?ain lyonnais. Vie modeste, tonte murée
dans son (Borre de solitude et de paii, mœurs austères, e§-
prit éminemment ferme, sérieux, pénétrant et vif, mordant
qnand il.follaU mordre pour le triomphe d'un principe, ar-
dent ennemi de tons le» aboa, de tontes les cliarlataneries de
paroles et d'actes, de tons les préjugés nnisililes, de toutes
les innof allons dangereuses, il pensait profondément et ban-
tement sur tontes cboses. L'amour de la vérité avait cliei loi
une telle énergie qu'il ne ponvait voir paratire l*errettr sans
la combattre. Pour ce genre de Intle, il était toujours en
haleine, toujours armé de pied en cap. Après son amonr de
la vérité venait sa chaude affection filiale pour Tanguste et
et sainte cité lyonnaise que nul écrivain lyonnafe n*airoa plus
lendremetU que lui. Au point de vue de Terreur ou de ce qu'il
lis nAir-iArmr»-iiAiiB ntamc
prenait poar Terreur, son irrîlabililé était extrême. Ainsi, le
cardinal de Bonald introduit à Sainl-Jean des changcmcnis
liturgii]ues jugés filciieux par son propre chapitre, el ouvre
à la musique prétendue religieuse el à l'orgue les [tories d'un
temple vénérable où n'avaient jamais relcnli que les accenls
traditionnels du plain-cliant, .leari-Baplisle-Marie Noihac se
met vile à écrire une grosse brochure qui comprima l'essor
inouï des innovalions. Des réformistes trop absolues veulent
détruire en une année, dans la Dombes agricole, rassolcnicnl
par inondation et tout le vieux régime des étangs, aussitôt le
safanl défunt se met à l'œuvre, et lance deux écrits coolre
eai, pleins d'érudition el de recherches, mais malheureuse-
ment un peu trop mêlés de quesUons personnelles. — Si rien
n'était plus indulgent qae son cœar, plus facile el plas doai
qoe son commerce, plus sdr que son amitié, plos pur que sa
conscience, rien n'était plos inébranlable qoe ses convictions,
rien n*était moins flexible que son âme. — Sons tous ces rap-
ports, t*était une Ame antique*— La multiplicité, la variété
de ses connaissances et de ses études forent infinies. Hé-
bralMe, érodit, littérateur, linguiste, archéologue, lilurgiste,
agronome, théologien, musicien, il écririt en homme supé-
rieur sur tontes ces matières, avec ce style net, concis, qui
prouve qu'on est mettre de son sujet. Penseur hardi et fort ,
il avait les vues les plus justes sur toutes choses, sur la reli-
gion, la morale, la société, réconoroie politique. La portée
de son esprit était aussi grande que sa foi de catholique était
sincère et vive.
Jamais Jean-Baplisle-Marie Noihac ne songea le moins
du monde ;'i la renommée, il cherchait, par les moyens les
plus légilimes, ;i faire pn'valoir ses idées, en le^ répandant
à ses frais, et non pas en les allichanl. Mal-ré 1 Oliine qui
l'entourait, il n'élail pas appréfi-- ;'i sa jusle valeur par ses
contemporains lyonnais. — L'heure de l'équité vient dc' son-
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JKANj-BAPTlSrE-llAttlE NOLUAC. 113
ner pour Ini avec celle de rhistoire. Toatefois, let Mvanis
élrange», en Allemagne, en Saisse, en Savoie, anticipaient,
è son égard, >ar le jagement de la postérité qni lai assignera
une des premières places parmi les Lyonnais dignes de mé-
moire. Un des hommes les plus éminents dadnché de Savoie,
fligr. Renda, évéque d'Annecy, ami de lean-Baptiste-lfarie
Noliiac , le regardait comme une des gloires littéraires de la
ville de Lyon et son amitié neletrompiiit. Les grands et prin-
cipaai titres littéraires de ce savant , à l'illostration littéraire,
sont cl seront toujours ses graVes et beaux travaox d'orientaliste.
La vieillesse de Jcan-Baplisle-Marie Noihac fut toute ex-
ceplionnelle. Dans un grand âge, il avait conservé une éton-
nante verdeur de corps et d'esprit, et rien ne paraît plus
prématuré que sa fin, quand on se rappelle celle vie si pleine
de force. Sa mort que rien ne faisait prévoir, nous a tous
frappés comme un coup de foudre ; cette vigoureuse et belle
nature que nos derniers orages politiques n'avaient point
ébranlée, s'est tout-l^-coup éteinte.
Jean-Bapliste-Marie Nolhac est mort comme il avait vécu,
en catholique rigide et fervent. Je n'ai pas besoin de dire ce
qne tons nos lectears savent, c'est qu'il appartenait h une des
pins honorables et des plus honorées familles de Lyon. Voici
l*épitaphe qne j'ose proposer pour sa tombe :
JOAN. BAPTISTAE MAR. NOLHAC
INVESTlGATOai AKCAiNUKVM
UNG. ORIENT
PAVCIS SEGVNDO
ERVD. ARCHEOL. LirPERAT. UTVBG.
FRA T. ET NEPOT
NE VIRO CHRISTIANISSIMO DOCT. OPTVMO
QVI II. AVGVST. M DCCG XLVlll DEGESSIT
MONIMENTVH IN PATBIA DEESSET.
Joseph Babo*
ïa0ll!IJ()Gl^Hl>l)l«
mSCMPTlOKS AKTIQUBS DB LYON, PAB H. ALPBONSB DB BOiaUBV^
3* LIfBAUOB (1).
En dëpil des événements qui déloarnenl raUeatioQ des livres
sérieux, M. Alphonse de Boissieu n'en poursuit pas moins sa
remarquable publication. La troisième livraison vient de paraître.
Elle est digne des deux prL^ccdentes et par l'importance des ma-
tières traitées et par l'iiabile concours que prête à l'archéologue
le crayon de M. Louis Perrin. L'exécution des monuments épi-
graphiques ne laisse en eiïet rien à désirer pour la scrupuleuse
exactitude de leur reproduction, M. Alphonse de Boissieu a eu
le rare bonheur de trouver pour son œuvre un artiste inlclligent
et consciencieux. Aussi son livre restera-t-U unique parmi tous
les livres de cette spécialité.
La livraison que»nous avons sous les yeux traite des inscriptions
qui rappellent les Sévirs augustales de Lugdunum, et les agents
et représentants de l'empereur dans la Gaule lyonnaise.
Gesdeox chapitres qui embrassent 118 pages sont pleins de
doeumeoto inlénssants et jettent une grande lomière sur les di-
fonctionnaires de rAdminietration à l'époque romaine, mh
voir I les lieutenants ou gouverneurs, les préfets du prétoire, les
proGoniteurs, les percepteurs ( Uàmhutii ^ iitfm«raHI), les œnsi-
leiirs, les alleeteurs, les inquisiteurs des Gaules, les receveurs des fi-
(i) A LjoD, chez Rivière, libraire, ) A Paris, chez Techner, librair*»
plMtMortuM. I PhMdo&MfN.
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MLLSTIH BIBUOOBAMnQTO. 115
aBnoea, les proenratmin des mines de fer, les eoDtrtleiin db
trésor pidilie, les employés an controte des monnaies.
On voit par cette énumération de qneUe hoporlanoe sont,
pour l'histoire, les eiplorations que lUt de nos inscriptions
X. Alphonse de Boissieu. Il donne à tons ees monuments nn
intérM, une vie noufeOe; il leur arradw les prédenx arcanes
qn'ils dérobent à ToBil vulgaire, et Mi lire avec plaisir par
loua les recherches d'une sdenee qui naguère n'était abordiJde
qu'à quelquesHms.
HISVettI DE LYON SOUS LA RESTAURATION, ▲ L'aIDE DBS
chàhsons de cette époque.
«
Nous avions commencé , dans la Revue , la publication do
chansons qui toutes devaient mettre en relief les diverses phases
de la Restauration à I.yon. Cette publication, nous n'avons pu
la continuer. Nous avons compris que nous aurions eu à froisser
des susceptibilités de familles, des amours-propres, et noua
avons mieux aimé nous arrêter que de voir s'élever sur notre
route des clameurs intéressées. Hais l'auteur, H. G*** a pu pasaer
outre et confier an livre ce que k Rbvub abandonnait. Voici
donc ce petit volume ; il a pour titre : Histoire de Lyon tou9
ta ffetteuroMm, à taide de» chantoiu de cette époque, Cest,
en effet, une revue rétrospective en couplets, de 1814 à 1830.
Nous nous bornerons à donner la nomendature des si^eta traités s
I. 1814, ott tee ÀuirieMetu près de lyoïi, pot^pourri htoto^
rique en quatre parties.
ir. Arrivée subUe de NofeUoi^ à £yo», le 10 mars, et dé-
pari non moin» euHi de Son Attette Boffoie Mgr te eomtm
d^Artois.
III. FormaHo» de ta çarde naUonale de Lyon pendant Êem
Cent-jours.
IV. maire de Lyon f}I. de FarguesJ,
V. Awe éleeteur» du départemeni du MMnt'
iiC) BULLETIN UIULlOUKAPUiOUE.
VI. Madame Uomiery ou le conseil de guerre.
VII. Lr f/ucrricr pacifique (M, PauUre LamoUieJ.
VIII. Cadft, clcclcur.
IX. Ma profession de foi.
X. Arrivée à Lyon de la statvc de Louis XfV.
XI. Le (jrand roi u l occasion de la stalue de Ltmis XIV,
sur la place Bellecour.
XII. L.es chrétiois /mes.
XI IJ. Les processions à Lyon.
XIV. livraiujer.
XV. La charle ne le défend pas , couplets chantés au bou-
quet donné à Lyon au général Lafayclte, le 7 septembre 1829.
Ce volume in-12, de quatre-vingt-quatre pages, est tiré à cin-
quante exemplaires* n est donc appelé à devenir tme rareté
bibllograpliiiiue.
Il se vend au bureau de la Revue. Prix : 3 tr.
BU niiSIDBNT m Là RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ,
PAR ALBERT DE CHANTBLAUZE.
Soii^ ce titre un jeune publiciste lyonnais \ieut de traiter des
conditions et de la nature du pouvoir exécutif dans une républi»
que. Son œuvre écrite avec autant do netteté que d'élévation est
conçue dans les vues le? plus sages ; la meilleure manière de
faire connaître le style et les tendances de l'auteur c'est de le ci-
ter; voici eonuiient il s'exprime sur une des plus jurandes que=;-
tions du moment, la nomination du président ; il n'a rien été dit
sur ce sujet <1(' plus juste et de ]»lus concluant :
Quand on aura fixé les attributions du pouvoir exécutif,
quand un aura réjL'lé son organisation, il ne restera plus, pour le
voir fonctionner et agir, (pi'uue (pieslion à résoudre : la question
d'origine, du mode d'élection, l.e président sera-l-ii choisi par le
peuple ou par l'assemblée législative ' Les esprits sont divisés;
mais tous ceux qui sentent la nécessité d'un pouvoir fort ne peuvent
hésiter. L'origine d'un pouvoir c'est sou fondement dans l'opinion ,
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imXBlur BUUOGBAraïQVB. 117
et le Tooles-f ous puissant et indépendant, donnei-liii nne origine
grande et indépendante ; donnez-lui au eontraire une origine infé-
rieureet dépendante pourPaToir dépendant et fiiil)le.n est manK-
ftsle que le pouvoir sorti de l'urne législative n'aura Jamais laméme
grandeur que s'il était issu de la volonté nationale. Les peuples
le regarderont comme une création de l'assemblée législative, et
porteront plus haut leurs vœux et leurs hommages. L'assemblée
législative n'aura pas pour son ceuvro les égards qu'elle aurait
pour rélu de la nation, et pensera qu'elle doit le diriger puis-
qu'elle l'a fiiit Lui-même se sentira gêné par son origine, par la
pensée publique qui le subordonne an pouvoir législatif; fl lut^
tera à peine contre les empiétements de ce pouvoir, et sera peu à
peu entraîné dans son orbite. Il est aussi peu raisonnable de faire
élire le pouvoir e&écutif par le pouvoir législatif, qu'il le serait
de faire élire les membres de l'assemblée législative par le pou-
voir exécutif.
11 y a encore d'autres considérations en faveur du pouvoir
exécutif : ce n'est plus l'intérêt de ce pouvoir et de l'ordre qu'il
est chargé de maintenir, mais le droit de la société qui est sou-
veraine. Puisque la société a la souveraineté, le pouvoir législa-
tif ne l'a doue , s^i c'est elle qui est souveraine, c'est à elle
seule à déléguer des pouvoirs ([ui n'apparlienncnt qu'à clic , à
moins que le pouvoir exiTutif, préposé à la prospérité et à la
sùreft' pulilique, iip soit qu'un rouage obscur et secondaire, in-
digne (le ses soins et de ses regards. Ne serait-il pas aussi à
craindre que l'éleetion législative ne proclamjU des notabilités de
parlement, des discoureurs élégants et stériles, des illustrations
obscures, nées dans le demi-jour des bureaux et dos couloirs,
grandies dans les colonnes des journaux, produit de l'intrigue
et non des services. Le sulTrage universel, aihcontraire, ira cher-
cher des noms éclatants, éprouvés, connus de la nation entière ;
car autrement, comment les nommera-t-elle? Des hommes d'ac-
tion ou de pensée, qui représentent, non des ambitions, mais
des principes, non des coteries, mais la France. Dana un cercle
éboit, la brigue est une puissance, au mUien d'un peuple elle ne
perd. <•
DES COLLECTEURS D'AUTOGRAPHES.
UK QUATRAIN A M. BCGftif B 8CUBB.
Je ne saurais croire qa*il soit aa monde d'indiscrétion plus
phénoménale que celle des collccleurs d'autographes; cette
indiscrétion dont ils conviennent eux-mêmes avec assez de
bonhomie, prend sa source dans plusieurs raisons dont voici
la meilleure sans doute. Ils ne courrent eiïectivemenl qu'après
quelques lignes d'écriture et un chitTon de papier ; ce but de
leurs désirs effrénés, privé de toute valeur intrinsèque, ne
leur semble avoir de prix que pour eux ; ils ne voyenl guère
le sacrifice qu'on peut faire en le leur cédant ; ils ne conçoi-
vent point qu'un autre qu'eux-mêmes loil atteint d'une aoni
caisanle démangeaison de le posséder ; ensorte qu'on pourrail
presque dire qu'il y a de la candeur dans Taudadease téoié-
rilé de leurs demandest et qu'ils n*onl point le sentiment de
leurs imporlunllés gigantesques. Puis Ils saTent que les hon*
taîii, en pareil cas, peuvent manquer d'extellenlcs aubaines,
et que, suivant Tanden proverbe, la fùrtunê aiâê U$ eouro-
g€ux\ aussi se permellenl-lls plus volontiers d'ossr, dans l'es-
poir de voir leurs sollidtations acharnées couronnées, dnon
de lauriers, au moins de papiers jaunis par le temps, et
noirds par le griiïonage d*une oélébrilé quelconque, dé-
oédée depuis des siècles, et dont la réputation s*est bonifiée
dans le sépulcre, comme du vin en cave.
Et qu'on ne pense point que j'exagère dans mes assertions
ù cel égard ; comme preuve que je reste même fort au-des-
sous de la vérité, qu'il me soit permis de citer texluellement
le fragment d'une lettre de cinq pages^ qui me fut adressée
par l'une des plus spirituelles cof/ecfn'c«s de nos contrées, aux
fins d'obtenir de moi an billet d'un mort fameux qui était en
ma possession.
« Vous ne savez pai. Monsieur, ce que c'est que do parler
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UX QUATRAIN A M. H. SCRIBK. 119
à un collectionneur d'une pièce qui lui manque. On le livre
à no vérilable toormenl, el on s expose à la réaction ; c*esl
ce qoi Ta voos arriver en lisant celle lellre, car avec Tobli-
geance que 'je tous connais, vous aarei an véritable regret
lie ne pouvoir me satisfaire, en me faisant le sacrifice de l'an*
tographe de M*..., qae vous en riropmdencede me montrer*
le n'ai pas de titre è vous le demander, mais, en ma qualité do
coUseftonnaiife expérimentée, je sais que l'essentiel est de par-
ler en temps opportun, et depuis qu'il m*est arrivé des trésors
pour des pétitions faites 4 propos, et que j'en ai manqué d'au-
tres pour des sollicllaUons venues trop lard, je me dis : Qui
êaii I et sur ces deui mots je risque des demandes ineonee-
Tables, et qui fort souvent sont couronnées par le succès...*
« Cette béle et maladroite vertu qu'on nomme discbétion,
m'a procuré de tels désappoinlemenls, que je m'en suis corri-
gée comme d'une grande niaiserie : aujourd'hui, du moins,
je parle à temps, etc., etc., etc. »
Cette citation failc mol pour mol sudlra, je pense, pour
excuser tout ce que j'ai pu dire d'un peu cru à l'endroit de
l'audacieuse témérité des collecteurs d'autographes; mais
il faut que j'en convienne aussi avec franchise, ayant beau-
coup vécu dans la compagnie de ces MessieurSt j'ai contracté
dans leur société, sinon le dévergondage de leurs indiscré-^
tions à demander, du moins leur léoacilé pour obtenir;
ténacité qui m'a valu te désappoiolement que voici.
Ma collection d'autographes ne te compose que de letlrei
qui m'ont été adressées par un grand nombre de Utlérateurf
distingués de notre siècle ; parmi ces dlTerses écritures il me
manquait celle du plus fécond et du plus spirituel de nos
auteun dramatiques ; c'est presque nommer If. 5m*6a.
J'étais à la piste de tous les moyens de me la procurer, el je
crus, il y a quelques années, en avoir trouvé un excellent en
recommandant & rtllnstre aeadémlclen l'un de mes meilieurs
amis, compositeur de musique fort distingué, qui se rendait
liO DH QOAnAlR A M. B. flCUBB.
à Paris, afio d*y IroQver les paroles d*an opéra auxquelles
il put adapter le charme harmonieui de ses inspirations*
J'adressai donc au célèbre Ii6re((isfa une letlre toute pleine
de séduisantes captations pour rengager à m'y répondre ;
j'étalai à ses yeus les paillettes les plus chatoyantes de mon
style. Chacune de mes phrases lui bisait des agaceries et de
don yeux ; il ne pouTait, ce me semble, à moins d^étre un
barbare, s^exempler de m'écrire un petit mot de remerciment.
Vain espoir ! il chargea mon ami de mille choses oimable^
pour moi, de luuartges , de compliments, de salutations
distinguées, ot, parmi loules ces choses, il omit la seule à
laquelle j'aurais été vraiment sensible, une lettre! J'aurais
dil me tenir alors pour désappointé et rester coi ; mais
j^avais fréquenté des collecteurs; ainsi que je lai déjà dit,
el si celle compagnie ne me mena p(iint pendre^ elle fui
du moins l'unique cause de la persistance que je mis k
solliciter encore M. Scribe dans une nouvelle lellre, où
jetant de côté toute pudeur à voiler le motif qui me la lui
Csisail adresser, je lui avouais inconsidérément, sans doute,
Aa fougueuse envie d'avoir quelques caractères calligraphi-
ques tracés par lui. Jamais, non jamais, on ne mit tant de
feu et d'éloquence pour obtenir si peu, car après tout, je ne
briguais que quelques mots* Eh bleol celui qui attendrit
lui-même sur la scène un si grand nombre d*oncIes et de
grands parents irrités, celui qui fil parade au théâtre d'une
ai grande mansuétude pour des fripimi â$ Mveux et de
parlUts manv^ sujets, celni-li, dis-je, qui avait accordé
tant de mains dans ses yaudevilles, fat Inébranlable dans sa
résolution de refuser la sienne pour sulisfairc uu\ désirs d*un
de ses admirateurs. Alors désespéré de ce conlre-leraps,
j'adressais à l'inflexible auleur le qualrain suivant :
De toas les grands auteurs dont la France fait cas
Je coûtais récriture et j'cu ai quelque bribe,
M«n pourquoi faut-il donc qu'il «oit appelé Sar^
ht «eut qui M wfeerhm pur J. ParmaaRi
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HISTOIRE DE L'ART DANS L£ LYONNAIS
SYMBOLES CHRÉTIENS A LYON.
Les révolutions de partis qni secoaent si vivement les na-
liontlilés , ne «doivent point mettre trêve aux paisibles
études du chrétien et de raich<^ologue : ù eux , au con-
traire, sous rinfluericc de ces idées, de ces actes, de ces ten-
tations qui agilenl si profondémciil les populations, à eux de
rechercher avec plus d ardeur que jamais, dans leur cabinet,
dans lesancluaire de leurs travaux, ce calme qu'ils ne trouvent
plus dans l'horizon politique. — Je veux croire fermement que
la république française restera honnête, civilisée, intelli-
gente, qu'elle respeciora toojoars la foi, les sentiments tradi-
tionnels et les manifestations pieuses qu'ils ont produites
d'acoord avec Tari. Mais si , contrairement à nos plus chères
espérances, une seconde rafale pins inoole qpie la premièra
venait éteindre nos croyances et jeter nos moanments loiis
le marteau des Yandales, quelle trace aurail-on, plus tard»
ISS SYMBOLES CatÉTlBHS A LtÙS,
dn |»ai86, si doqs ne doos empressoDS de jalonner ee présent
que Uni de doctrines ébranlent, qae tant de menaces enve-
loppent? — Tool oe qoe noos voyons aajoard'hni né d*hler,
peat devenir demain de Tarchéologie.
Je ne pense pas qu'il y ait , en France, nne seule ville où
les symboles chréUens filssenl aussi nombreux qu'6 Lyon ,
sur la voie publique, avaut 1789. Presque lous dispaiurenl
pendant le cruel or;ige de 1703 el le sit''gc. Ce ne fui que
sous l'Empire, sous la Keslauiation el surtout dans les der-
nières années de la monarchie de Louis-Philippe., qu'on
songent à remplir plusieurs niches vides de leurs saints.
L'ancienne piélé lyonnaise n'avait rien ni''i,Migé dans l'archi-
tecture des maisons, mùmc en plein XVllP siècle, pour
qne ie symbole religieux pûl y prendre place. C'est surtout
am demeures angulaires des places et des mes qu'on re-
marque des niches souvent très-richement profilées. Le plus
grand nombre des saints et saintes qui ont été replacés na-
guère dans ces niches, ont le plâtre ou le carton-pierre pour
matière, et n*offirent pas un grand mérite au point de vne du
modelé el de Tart. Indépendamment des révolutions qui
peuvent les anéantir, les immenses changements qui s'opè-
rent en ce moment dans la voirie lyonnaise, en détruisent
beaucoup. Je citerai tontes les niches vides ou remplies qui
Tiennent de disparaître, par suite de Touverture de la rue
centrale, dans la grande rue Mercière, les rues Ferrandière,
Thomassin, Tupin. — En passant rapidement en revue les
symboles chrétiens aujourd'hui existants à Lyon , nous re-
mettrons à un autre moment leur appréciation artistique. —
Parlons d'abord des croix rogaloires.
Sur la place Croix-Paquet , croix de fer élevée sur une
très-belle colonne antique, de granit. Sur le socle qui sert
de borne-fonlaiiie, on lit celle inscription :
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SYMBOLES CUftKTIEIIS A L¥OM
133
LE xMAlRE DE LVON
A COMSAGRE GË MONVM£NT
A LA MEMOIRE DE N. X. BVREAVX DE PVZY
"ÏÏÏ PREFET DV DEPARTEMENT DV RflONE
ClD cl CGC Ylll
Croix de fer, place Saiol-Pierre, saiu inscription.
Croix de fer implaolée sar une colonne de granil antique,
place Saint-Georges, sans inscription.
Croix de fer, place des Minimeit sans inscription ni millé-
lirae. On sait sealement qa*eUe a été érigée en M DCGG V.
Les trois croix de bois do Galîairo Saint-Irénée» sans ins-
criptions.
Croix de Pierre, place de la Croix*RoQsse.
Croix de fer à la Goillolière. Sar la base , on lit celte
légende :
VOEV RENDY
PAR M. J. J. ORCEL DESCHAMP
DËGEDE LE IX lANYlER
M DCGG XXX
Rne Blancherie, n® 8, sainte Vierge.
Rue Grolée, n* 39, sainte Vierge.
Angle des mes Plat^'Argeni et Grolée, saint.
Montée dn Gourgnillon, n* 17, sainte Vierge.
A Tangle septentrional de la grille de Fourrières, sainte
Vierge.
Angle do quai de Bondy et de l'Ancieone-Donane.
Rue Confort, n*^ 19 et 21.
Angle des rues Raisin et du l'IIOpilal.
124 SYBIBOLES CHRÉTIENS A LYON.
Angle des rues Petil-David et de la Monnaie.
Angle des rues grande Mercière et Ferrandière.
Angle des rues graade Mercière el du Petîl-David, saint.
Àogles des rues Tupio, de la Plame el des Quatre-Gba-
pcaax , deux saints.
Angle de la place de l'Herberie et de la petile nie Mercière.
Angle de la petile nie Loogae el de la plaoe SainUNiiier.
Angle des raes Gentil et de la Gerbe.
Sur la foçade dn Pelitp-Gollége.
Angle de la plaoe du Goavernemenl et de la rae SainlJean.
Angle des mes Jolverie el de la Loge.
Angle des raes Oclavio Mey el de Noaille, saint.
Angles de la rae l'Angille el do qoai de Bondy.
Angle des raes de Talara et Saint-Pieire-le-Yleoi.
Place Saint-Georges, n^ tô.
Bne Saint^Georges, 20.
Aux angles des rues Sainl-Pierre-ie-Vieux elTramassac,
saint Pierre el sainte Vierge.
Angle des rues Bombarde et du Bœuf.
Angle de la place Neuve el de la rue Sainl^ean , saint
Jean-Baptiste.
Rue Trois-Maries, n^' 5.
Môme rue, a cùié de la maison deBoissieu, les Trois Ver-
tus Théologales, if 7.
Angle des raes Saiolr^ean et Pelite-Iramassac.
Angle des rues Longue et Sirène.
Angle de la place Fromagerie el de la rae Sirène.
Rue Gentil, n« 24.
Bue Boisson , n<>* 4 el 6.
Angle de la place des Gordeliers et de la rae Boisson.
Angle do port des Gordeliers el de la place da Concert.
Angle des raes de la Grenelle et do Gharboo-Blanc.
Angle des raes de la Lane el du Charbon-Blanc.
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SYMBOLES CHRéTIBRfl A LYOR. 125
Angles des mes de rAomônè et de la Grenelle, une sainte
Vierge et nn saint lean-Baptiste. .
Angle des rues de l'Aumône et du Bois.
Angle des rues Lanlerne et de la Palme.
Angle de la grande rue Sainlc-Calherine et de la rae Sainte-
Marie-des-Terreauv.
Angle des rues Terraille el Romarin, Nolre-Dame-de-la
Fontaine.
Angle de la rao Yieille-Monuaie et de la montée de la
Grande-Côte.
Rue des Rouchers, n° 8.
Angle des rues Sainle-Monique et des AugusUns.
Angle du quai el de la rue des Augustîns.
Quai des Auguslins, angle «eplenlrional, à l'entrée de l'é-
glise de Nolre-Dame-Saint-Louis.
Angle de la plaoe des Carmes et de la petite roe Sainte-
Catherine.
Angle de la plaoe Sainte-Pierre et de la rne Sainl^-Cosme,
saint Pierre, dans une nidie gathiqueM
Angle des rues Mulet et Sirène.
Montée Saintp-Barthèlemy, pimiears saintes vierges mai-
son Jaricot.
Môine montée, n* 50.
Même montée* n<* 38.
Joli groupe sculpté, rue de la Gerbe, n^ 31.
Je n'ai parlé jusqu'ici que des niches remplies, et n'ai pas
dit un mol des niches vides qui attendent de la piété lyon-
naise, une pieuse restitution. Une des plus vastes exista à la
maison de Lupé, rue Relle-Cordière, n" 21. On voit encore
la légende :
ASSVMPTA EST MAEIA IN COELVM M OC XLV
126 SYMBOLES CHRÉTIENS A LYOW.
Il y en cul une dans In maison n*' 39t graode rue Mercière,
où on Ut celle inscription :
FABER EST QTISQyiS FORTVNAE SVAE LEONARD
BESSET M DG X.
Les niches vides, je le répète, sont innombrables à Lyon.
Y replacer les symboles chrétiens pour lesquels elles Turent
érigées, ne serait-ce pas mieux mériter de la religion, de la
morale, de la paix, de la dignité de l'aiigoite métropole
lyonnaise , qne d*éla1er impmdemmeni aux regards de la
Ibnie , an pied des arbres et mais de liberté , de ces bnstes
hideux, barbouillés de lie, représentant la liberté, non pas
sous les attributs calmes d'une vierge du ciel, au regard se-
rein et pudique, mais sous les traits repoussants d*nne bac-
chante ou d'une furie au regard infernal, telle qu'on la voit à
rentrée de la Guillotière ?
Une foule de statues et statuettes ehrétiennes se remar-
quent encore à Lyon, à la porte des communautés, refuges,
asiles, dispensaires et ù celles de ces providences qu'un orage
a renversées, mais qui se relèveronl d'ellps-m<^mes, par la
seule énergie du principe catholique si ancien el si vivace i\
Lyon. — Je ne dirai rien des niches remplies ou vides qui se
trouvent dans toutes les maisons curiales, à l'inlérienr, de
colles que l'on remarque dans un nombre infini d'allt'cs de
traverse, de cours, sous les voûtes et sur les escaliers des de-
meures particulières. Mon dessein, dans ce fragment, est de
ne relever que les symboles chrétiens ostensibles , du do-
maine de la rue el de la place publique.
Dans un second article, nous continuerons notre revue, par
les hauteurs des Chartreux et les rues qui y aboutissent, el
dans un troisième, nous apprécierons la Taleur artistique el
l'ége soit de la niche renfermant le symbole, soit du symbole
luiHuéme. Joseph Bain.
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LOUlS-PHlLlPPE D'ORLÉANS,
ÉTUDES BI06IAPBIQUES*
Na qiMMipîci* (nli», ne qui timiilUitla.
(Cic).
TROISIÈME PARTIE (Ij.
Le nouveau gouvernement fui accepté par les d<^parte-
menls de la France sans enthousiasme, mais sans contradic-
tion sérieuse. Beaucoup de l)ons esprits le considérèrent
comme un expédient qui leiniitiail une luUo malheureuse-
ment engagée, comme un inariiuje de raison, comme une
transaction convenable entre la république, dont le nom seul
alarmait tous les intérêts, cl la légitimité, qui semblait avoir
fait son temps. M. Thiers appela ce régime une monmthie
administrative, et le mol ût fortune par l'insignifiance même
de ridée qu'il exprimait. La moralité privée de Louis-Philippe
paraissait une garantie poissante en faveur de la probité de son
gouvernement. Roi populaire, il saurait, par d*intelligentes
ooncÎBSBions,réGOttciiier avec les formes monarchiques un peuple
épris par-dessus tout du sentiment de l'égalité ; prince et né
en quelque sorte sur les degrés du tréne, rilloslration de son
(f) Toir Iflt JimisoBs iSc et 169, pp. S69-416.
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128 LOUia-PuiLippt- d'orlkans.
origine adoucirait aux yeux de l'Europe le caractère révola-
lionnaire de m promotioD. Il n'était pas jusqu'à réconomie
presque proverbiale dont il avait fait preuve dans la gestioii
de son propre patrimoine, qui ne répondit de eelte qu'il sau-
rait porter dans l'administration des deniers de TElat. Les
premiers moments du nouveau règne fiirent une suite d'espé-
rances et d'endiantemenls dont le parti démocratique lui-
même eut peine à se défendre. La Fayette eihalait en termes
pompeux son admiration pour le jeune républicain de 1789 (1),
et l'austère Dupont (de l'Eure) cédait A la séduction, alors ir-
résistible, que raffeetueuse familiarité du prince, son esprit
facile, son extrême activité, qui suflisait sans peine aux devoirs
multipliés de la royauté, son langage cordial et plein d'aban-
don, la chaleur de sut» dévouement aux idées libirales, exer-
çaient partout autour de lui. Garde des sceaux, il conlre-
signait une proclamation dans laquelle, moins d une semaine
après son avènement, le nouveau roi se flallail « d'avoir en
quelques jours assuré le bonheur el la j^loirc de la patrie. »
Ces illusions étaient permises à un pouvoir qui, soit sympa-
thie, soit nécessité, avait, par le fait seul de son établisse-
ment, rallié Timmense majorité de la nation française. Indé-
pendamment, en efTct, de ses partisans directs ou intéressés,
le gouvernement de juillet avait pour appuis la classe bour-
geoise, héritière naturelle et impatiente de cette prépolence
nobiliaire qui semblait destinée & s'éteindre avec le régime
de la Bestauration, et la classe populaire, par qui venait de
s'accomplir cette révolution de Paris dont elle attendait d*im-
menses bienfaits. Enfin, 11 s'était ménagé par quelques la-
veurs personndles le concours du parti impérialiste, si puis-
sant sur l'esprit de l'armée.
Isolés ainsi de toute conununion avec le nouveau régime,
(1) Lettre i JMeph BoMpute, ta eotenbie 1830.
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LODIS-raiLIPPB D'ORliiAHS. 129
eiGlos» par on ostracbme plus égoble que syslémaliqoe, de
Uwte parlicipatioD au pouroin publics, les lègilimisles aasis-
laient dans une attente inquiète et curieuse au travail- de
celle jeune monarchie, produit informe d'une assemblée in-
compétente et d'une charte bâclée^ qoi n^avait pour elle n|
l'expression libremcril formulée du vœu national, ni la légi-
timité IhTôdilaire ; à celle lutte du fait contre le droit, de
révéïieineiil coiilre itrincipe. ils se denuwuiaient quelle
si'curilé pourrait itaiUe d'un ordre de choses « où les droits
les plus légilimes élaienl fouh's aux pieds, où tant d'inlérôls
se Irouvaienl compromis ou menacés, où l'anarchie était dans
les opinions et la foi du serraenl ouverlemenl violée, » et
prédisaient hautement que , « quelle que fût Thabilelé des
hommes d'Etat, quelles que fussent la bienveillance et la
sagesse des pouvoirs institués, ils ne pourraient lutter contre
tant de principes de dissolution (1). »
Le premier soin de Louis-Philippe en montant sur le trône
avait été de charger M. LalBtte de la formation d'un minia-
tëre : œuvre difficile en présence des nombreux aspirants que
la victoire de juillet avait fait surgir dans toutes les nuances
de ropinion libérale. Après deux jours de négociations, le
nouveau conseil se composa , le 11 août, de HBI. Dupont de
l'Eure, Guiiot, le général Gérard, le duc de Broglie, Molé, ,
le baron Louis et le général Sé^tiani. M. Laffilte n^avall
consenti à y entrer que comme simple membre; MM. Périer,
Du pin et Bignon en faisaient partie au même titre. Plusieurs
promotions importantes curent lieu en même lemps. M. Du-
pin atné fut nomrfiô procureur-général h la Cour de cassa-
lion ; MM. Thiers tl Mignel enln renl au conseil d'Elat.
M. Uarrol fut appelé a la prcfi;clure de la Seine, et le gé-
nérai La l^ayelle, que le roi ne dédaignait pas de nommer
(1) Gwtia d» frwce du 7 aodt iSSO.
9
130 LODIS-PUILIPPË D OBLÉANS.
«on ami et son protecteur (1), reçut le oonmaDdement de
toutes les gardes nationales de France, poste redoutable, qui
mettait sous ses ordres Immédials deni on trois millions de
citoyens.
Une vaste tAche était imposée au nooTean mioisière* D'im-
menses diiBcoUés s'accumulaient an dedans et an dehors. Le
parti démocratique, reprenant peu à peu courage, pro6tait de
la détresse publique occasionnée par la révolution, pour ar-
mer la classe ouvrière, son auteur et sa première victime, con-
tre le pouvoir qui en était sorti. Les puissances étrangères, re-
venues de leur stupeur, se livraient à des préparatib mena-
çants. Dans Teipulsion de la branche atnée des Bourbons,
il était entré un sentiment de réaction mal éclairé sans doute,
mais Irès-marqué contre riuimilinlion des traités de 1815.
A ce point de vue, le mouvemenl insurrectionnel de juillet
offrait tous les caractères d'une véritable déclaration de
guerre. Louis-Philippe en comprit la portée; el, tandis qu'il
se reposait sur l'autorité morale de La Fayette du soin de
calmer les irritations et les alarmes de l'industrie et du com-
merce, toute sa sollicilude parut se concentrer sur les rela-
tions eitérieures du royaume el sur les moyens de détourner
la guerre européenne dont il était menacé.
Le parti démocratique proprement dit s'était partagé en-
tre deux systèmes de politique générale. Une fraction consi-
dérable et entreprenante de ce parti n'admettait point la co-
existence de la monarchie populaire avec les dogmes de la
légilimilé partout en vigueur en Europe; elle voulait qu'on
laissât au mouvement révointionnaire convenablement dirl^
le soin d'annuler par la force les onéreux traités de 181(
et de 1815, et de dianger le droit public européen et les con-'
ditions d'un équilibre demeuré favorable à h servitude des
(t) iMiU'Pktt/ppt tt te C9tttr8-ré9oiaiioH, loae I, p. «16.
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Loms-nuum d'obléams. 131
peuples. Une autre fraetioD aspirait à des râsoltals analogues
par remploi du système de non-intervenlion, entendu dans
son acception la pins absolue. Lonis-Philippe se prononça
sans hésitation contre le premier de ces partis, cl parut incli-
ner en faveur du second. Il écrivit (29 août] à l'empereur
de Russie pour lui exposer sommairement les considérations
qui l'avaient dt'terminé à recevoir des mains du peuple fran-
çais la couronne de (Charles X, dont il n'avait cessé d'être,
durant son règne, «le plus soumis et le plus fidèle sujet. » il
y faisait valoir habilement le service qu'il avait cru rendre à
la paix publique en sauvant la France du régime démocrati-
que, qualifiait la révolution de juillet de «catastrophe qu'il
eût Toula prévenir, » ei terminait en sollicitant sans dignité
ralliance dn paissant autocrate. Une acte plus expressif en-
core de sa politique, fut la nomination du prince de Talleyrand
i l'ambassade de Londres, contre Pavis presque unanime de
son conseil. Cette détermination^ qui impliquait tout à la fois
. le maintien des traités de 1815 et l'abandon de Tallianoe
rosse, ébanèbée dans les demièras années de la Restauration,
pour ralliance anglaise, influa sur la réponse dn csar; cette
réponse toi liroide» presque dédaigneuse et dépourvue des for»
mes usitées dans la correspondance entre souverains. A son
arrivée à Londres, M. de Talleyrand s'exprima, dit-on, avec
une légèreté fort impertinente sur le compte do gouverne-
ment qui l'accréditait (1). Mais cette attitude, qui flattait les an-
tipathies secrètes du ministère Wellington , ne retrancha rien
à l'empressement universel avec lequel fut accueilli le spirituel
patriarche de la diplomatie européenne. Ainsi furent posées
les fondements de cette alliance anglo-française, la clé de
^oïlie de la politique extérieure de Louis-Philippe, alliance si
9$ fMkmu UÊÇh'finaitali», par M. Davaifier de Btnnume , Hcmw
^4tK» tnOMto* nNM t5, p. 473.
132 fjoms-Fmtim d'obuSans.
célébrée plus Jnnl sous le nom d entente cordiale, cl qui, tra-
versée par plusieurs vicissitudes plus ou moins sérieuses, ne
fui dérmilivemenl rompue qu'en 18V6, par les muriages es-
pagnols. Le roi s'appiiqaa loulefois ù calmer le mécontenle-
roeot da czar Nicolas en envoyanl à Saint-Pétersbourg comme
ambassadeur le duc de Morlemarl, qu'il savait élre penon-
nellement agréable à ce monarque.
Cependant la favear populaire conUonalt à entourer la
royauté nouvelle. La foule se pressait dans les cours du
Palais-Royal au chant de la ManaUlaitê ou de la Partsienne,
sa pâle imitation, et le roi, répondant à cet appel, ne dédai-
gnait pas de donner aux plus ol^rs citoyens des témoigna*
ges d'une affectueuse familiarité. De nombreuses dépuCatlont
des communes et des gardes nationales des départanienls
étaient admises auprès de lui ; et, en répondant avec une
parfaite aisance à leurs félicitations, il ne négligeait aucune
occasion d'exposer et de répandre ce système de politique
mixte qui, sous la dénomination bizarre de juste-milieu, n'a
cessé d'inspirer la monarchie de juillel. Les chefs de ces
députations êlaienl admis à la lable de la famille royale, et
plusieurs jeunes gens des écoles, héros improvisés des trois
journées, parlicipaicnl à la même faveur. Jaloux de décli-
ner toute solidarité avec la Restauration, le gouvernement
avail fait amnistier par une loi tous les condamnés politiques
depuis 1815, el La Fayetle s'était fait un honneur de pré-
senter au nouveau roi ces prétendues victimes, en prenant
Gèremenl la qualité trop bien méritée de leur complice. Des
gratiGcations pécuniaires accordées aux plua nécessiteux ou
aux plus compromis d'eotr'eux, complétèrent la déplorable
glorification de ce principe insurrectionnel que le gouverne-
ment ne pouvait méconnaîtra} sans se renier lui-même. La
presse aux mille voix exaltait à Tenvi les vertus , Taffabilité,
les grâces des princesses de la maison d'Orléans, les talents
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LOUis-PiiiLii»i'i; d'oulëans. 133
el l'ëducaUon libérale des fils du roi. Les duçs d'Orléans el
de Nemours s'étaient fail inscrire sur les contrôles de la
garde nationale, comme de simples citoyens. La reine, celle
fière et vertoeose princesse , cet ange de là famiUet visitait
les blessés, soulageait les pauvres, et semblait moins touchée
de son élévation que des malheurs de ses proches; victimes
résignées de rancunes pins opinUtres qa*éclairées. Ces senti-
ments n'étaient pas partagés par la multitude, encore enivrée
de fion triomphe inattendu. D'odieux libelles, d'ignobles ca-
ricatures , où la double grandeur de Tinfortune et de la
royauté recevait les plus lAches outrages, se vendaient publi-
quement sous les voûtes de ce Palais-Royal où Charles X
élait, il y a deux mois ù peine, entouré de respects el d'Iiom-
mages. Le parti légilimisle refu^ail de plus en j)lus son con-
cours il un pouvoir qui blessait si vivement ses affections el
ses principes. «Dieu est jusle, s'écriait Chaleaubriand , el
Dieu ne voudra pas que Louis-Philippe, ce faux roi, meure
en paix dans le lil sanglant de Louis WI, où il s'est couchr
furtivement. » L'hostilité croissait en raison de la personne
même du prince, de son origine et de ses antécédents.
Par sa double qualité de Bourbon el de représentant des
Intérêts de 89 , le duc d'Orléans était sans contredit le seu|
homme capable d'imprimer une direction régulière et stable
à ce mouvement révolutionnaire qui, abandonné à lui-même,
eAt disparu t6t ou tard dans les convulsions sanglantes de
l'anarchie. Un grand nombre d'officiers de tout grade, fidèles
à la religion du serment, avaient refusé de prendre du sei^
vice sous le nouveau régime. Un pair démissionnaire, M. dç
Kergorlay, homme d'une fermeté toute bretonne, expiait par
mois de prison et 500 . francs d'amende le courage d'a-
voir écrit que le fils du régicide était « de tous les Français
' 'e plus incapable de sauver la France, parce qu'il était ce-
« à qui l'usurpation dût sembler plus criminelle. »
134 LOUis-raiLiPPR d'orlêans.
Mais ces protestations se perdaient impuissantes dans le
tourbillon où le nouveau pouvoir entraînait les esprits, et les
prospérités de la maison d'Orléans scmblaicnl au-dessos de
toute atteinte, lorsque une catastrophe aussi mystérieuse que
lamentable et inattendue vint en corrompre le eours. Le 27
août, le duc de Bourbon, le père du maltieareux duc d'En-
ghien, le dernier re|etoD de la maison de Gondé, Ait trouvé
mori dans son château de Saiol-Len. Le cadavre de cet in-
fortuné vieillard était suspendu par deux cravates de soie
liées en douhle anneau au houton de Tespagnoletle d^une
croisée de sa chamhre. Ce prince, généralement peu sympa-
thique à la branche cadette, s'était montré fort affecté de la
chûte de Charles X, et avall ouvertement annoncé rintenlion
de quitter la France dans les derniers jours d'aoM. Une lettre
par laquelle le roi déchu le pressait de venir le joindre, avait,
s'il faut en croire certains bruits, été interceptée par les or-
dres de Louis-Philippe : démarche qui s'expliciue par la
crainte de lui voir révoquer sur une terre étrangère ses dis-
positions en faveur du jeune duc d'Aumale. Peu de jours
avant sa mort, il avail reçu à Sainl-Leu la visile de la reine
Amélie, et des mains de celle princesse la plaque de la Lé-
gion-d'honneur : double faveur dont il avait paru louché.
La supposition d'un suicide, démentie par l'âge, le carac-
tère chevaleresque et les sentiments religieux du prince ,
parai invinciblement détruite par plusieurs antres circonstan-
ces matérielles conslalées dans une enquête judiciaire, et peu
de personnes doutèrent que le noble vieillard n'eût péri vic-
time d'un lâche assassinat. Ces présomptions furent, pour
ainsi dire, couronnées par le témoignage de son aumônier,
M. Pellier de La Croix, qui du haut de la chaire sacrée, laissa
tomber ces paroles solennelles : « Le prince est innocent de
sa mort devant Dieu! »
Sophie Dawes, baronne de Feuchères, mattrease avouée et
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URns-niLiPMi 9*ùÊiAAtts* 186
tyrannique du prince, concentra bientôt tous les soupçons par
son altitude équivoque el par la place qu'elle occupait dans
les libéralités testamentaires de l'auguste défunt. Amenée par
ces soupçons ;i scruter les antécédents de madame de Feuchères,
la malignité publique y découvrit les déplorables obsessions
auiquellcs celle femme s'était livrée pour décider le pnooe
deCondé à lesler en faveur du duc d'Aumale, et ces inlrigoes
remoDlérent jusqu'au pére du jeuoe héritier. On dévoila noe
corrospoodance secrète à ce sujel entre Louis-Philippe et Tea-
todeose barooiie, el l'empresseoient opiniAtre que le roi mit
& eoufrir l^inculpée de aa protection, l'eapèce d'ostentation
avec laquelle elle fut reçue i la Cour, au mépris de la répro-
bation universelle dont elle était chargée, la disgrâce inOigée
à deux magistrats qui avaient refusé de voir un suicide dans
la mort violente du dernier des Gondé : toutes ces choses pro-
jetèrent sur Tédat naissant de la nouvelle Cour un funèbre
reOet, et la mort du prince de Coudé peut être regardée-
comme le premier coup porté à cette considëralion populaire
dont elle aviill joui jusqu'alors sans mélange.
Le gouvernement se trouva bientôt en face d'embarras plus
pressants par l'arrestation de quatre des uncieiis ministres de
Charles \, iMM. de Polignar, de Peyronncl, Chanlelauzc el
de Guernon-Uanviile. Il fallait à tout prix épargner leur sang
et prévenir une explosion populaire qui, mal contenue, eûl
ébranlé jusque dans ses fondements le fragile édifice de juil-
let. Au fond , rien de moins sérieux qu'une telle procédure.
Par l'application bien ou mal fondée de Tarticle 14 de la
charte, les signataires des ordonnances ne s'étaient proposé
que de dégager la monarchie de 1814 de l'étroite impasse où
d'imprévoyants conseillers Tavaient Imprudemment acculée.
Lear véritable crime était dans une violation mal moUvée de
Fordre légal en vue d*une situation dont le danger n'avait
point encore frappé tous les esprits; il était surtout dans le
136 LODu-nuLim d'obléai».
dôfaat de saecès. En droil, les ministres ne ponvaienl être
pnnissatries poor an i^it dont l*eipatsion de Gtiarles X et de
sa famille avait déjà réponda i la jaslice du pays, ni pour une
prétendue trahison dont profitait un pouvoir successeur (1), et
que ne dt^finissait aucune loi. Mais, ces vérilés si simples et
si palpables, comiinMil les faire priiélrer dans des masses exas-
pérées, aveugles, exaltées d'ailleurs par les agil.ileurs itilé-
ressés qui édifiaient d'avance leur propre forluue sur les
ruines de la royauté !
Les émeutes qui troublèrent la capitale pendant le mois
d'octobre, firent pressentir au roi toute la gravité de la crise
qa'il allait avoir k traverser. Le malaise de sa position s'ag-
grava bientôt par une inctprimable perplexité. Le parti doc-
trinaire demandait à grands cris le renvoi de M. Barrot qai,
dans une proclamation au peuple de Paris, avait blâmé comme
inopportune une proposition tendante à rabolition de la peine
de mort. D*Qn antre côté, MM. de La Fayette et Dapont de
rEnre, dont l'appui était plus indispensable que jamais, me-
naçaient hautement de se retirer, si le préfet de la Seine était
sacrifié. Dans ces circonstances critiques, l'indéfectible dévoue-
ment de M. Laffitte vint au secours de son royal ami. Il com-
posa non sans peine (S novembre) un nouveau cabinet où
MM. LaflBtte, Maison , Monlalivct et Mérilhon remplacèrent
BIM. Louis, Molé, GutiotetdeBroglie. Ce service immense lui
attira de vifs témoignages de gratitude du roi et de la princesse
Adélaïde, qui l'embrassa atreclucnsemont. Mais il rallul,en
échange do ce bon office, eiulurer un discours où M. Lallîlte ex-
posait (Ml lennes mcrniçanls, à la Chambre desdépulés, l'atti-
tude que la France était décidée à prendre vis-à-vis des puis-
sances étrangères. Or, rien n'était plus opposé qu'un tel langage
à la politique méticuleuse et réservée du roi des Français.
(1) QunOmu it^grUO^tm partemmadn, par M. le comto de Peyromiet,
p. as et «ttÎT.
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LODIS-PHILIPPB 1>*0RLÉAN8. 187
Les mintslres de Charles \ se dé'fcndinMit avec noblesse el
refusèrenl de cliarger leur rnaîlre, absent et malheureux , de
la responsabilité du coup-d'élal de juillet. Mais leur allilude
ne calma point rirritalion populaire , el , lorsque , le 21 dé-
cembre , les pairs se réiiniierU pour délibérer , le Liixem-
bouri,', entouré de plusieurs milliers d'ayresscurs , se trouva
menacé des plus grands périls. Le parti démocratique , qui
s était puissaramenl forliûé depuis la révolution de juillet,
ne parlait de rien moins que de chasser les députés et de pro~
clamer une diclalure républicaine. La jeunesse des écoles,
snrtottl , se montrait fort échauiïée , el l'on pouvait tout ap-
préhender de sa puissance d'action sur le peuple des fau-
bourgs (1). Une extrême anxiété , mêlée de beaucoup de
défiance , régnait au Palais-Royal. Le roi , Cour-à-tour ému
et rassuré , observait avec attention les progrès de l'émeute ;
et , sachant bien qu'aucun des accusés n'avait à craindre une
condamnation capitale, il inspirait & la Cour des pairs un ar-
rêt dont la rédaction tendait à désarmer le courroux populaire
en rejetant personnellement sur Charles X les malheurs des
trois journées. Hais Texplosion n'en fbt pas moins terrible ;
et , sans la précaution conragenscment exécutée par La Fa-
yette et surtout par iM. de Montalivet , d'y soustraire les
condamnés par une retraite anticipée à Vincennes , la crise
eût été sans liiniles. lùifin. le torrent débordé rentra dans
son lit , et le roi , par sa présence el les exhortations qu'il
porta lui-même aux douze arrondissemenls de la capitale,
contribua puissamment ù ramener d&aa les esprits un calme
momentané.
Les accents de la graliliide publique retentissaient encore
aux oreilles de La Fayette, lorsque la Chambre des députés,
par Tadoption d'un amendement qu'avait accepté le minis-
1ère , lui êta brusquement le commandement suprême des
(1 ) Lettre de M. 0. Barrot A M. SarrAnt jeune.
188 LODlS-FBiLDn D'OUiAMS.
{•rdes natioDalesdQ royanme. Celte aettoD fut reprochée à
Loiiia-Pbilîppe comme m fait d'éclatante injasUoe. El ce-
pendant , quel goaTernement possible arec an aoiiliaire
anasi poissant , anssi incommode , anari étranger aax exi^
gences , aax nécessités gouvernemen laies 1 Ce sacrifice , pré-
vu par tous les hommes poliliques , était préparé de longue
main pur les représenlalion.s de la diplomatie , et tout porte à
croire qu i! entra comme condition lormelle ou tacile dans
plus d'une reconnaissance du nouveau pouvoir. Mais Louis-
Philippe subissait les lonséquences de son mode d'avènement
au trône : il ne pouvait se séparer impunément d'un des
hommes qui avaient le plus contribué à l y élever. La Fayette
se démit sur-le-champ des fonctions de commandant-général,
et repoussa obstinément toutes les instances aiïectées ou sin-
cères que le roi mil en œuvre pour le faire revenir sur sa
détermination. Louis-Philippe lui ayant proposé le litre de
eommofidant hmwraire : « Votre Majesté , répliqua le gé- *
Dèral un pea piqué, se contenterait-elle d^étre un roi Aono-
rain ? » La Fayette alla reprendre A l'extrême gauche de la
Chambre la place qu^il n'avait cessé d'y occuper durant la
Restauration. Jusqu'à sa mort , qui eut lieu en 1834 , il re-
poussa toute occasion de rentrer en rapport avec le roi. qui
avait nié le fameux programme dè VH<^elF-dê~Vmê : c Nous
sommes , disait-il , dans la position de deux gentlemen qui
se août donné un démenti mutuel ; les ciroonslances ne noua
permettent pas d'aller au bois de Boulogne , mais elles nous
em|>échcnl de nous faire des visites. » Après Tinsurrection
de 1832 , il se démit des fonctions de maire el de conseiller
municipal de sa commune , ne voulant plus avoir aiïaire ,
dil-il , à la conlre-n volulion de 1830 (1), el mourul plein
d'illusions ù la fois el de dégoûts.
(f) Notice sur Lafayette, p. 139.
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Loms-niiupMt o*<»iJiAiis 139
La retraite de M. Dupont de l'Eure suivit de pi(\s celle du
vétéran de 1789. L'exercice ministériel de M. Dupont de
l'Eure , esprit médiocre, citoyen probe , austère et d'un dé-
sintéressement antique , n'avait été pour ainsi dire qu'un long
duel entre le brusque républicain et Tobséquieux monarque,
auquel ce nouveau Roland pardonnait avec peine la supério-
riléda rang suprême. Lorsque Al . Dupont de l'Eure entra daog
le premier cabinet formé par le duc d'Orléans: « Monseigneur,
(lit-il au prince , je ne crois pas qu'en tous soggérani de me
faire ministre » on vous ait donné un bon conseil. D'abord ,
je ne m'aveugle point sur ma capacilé , et puis , franche-
ment , il o*entre point dans mes go41s d*é(ra ministre.... je
suis tout franc , tout rond , dissimulant peu ce que je pense ,
et, si je me ponnais bien, très peu propre à faire un homme de
Cour. ^ Que parlez-vous de Cour? objecta le prince , est->ce
que je veux une Cour ? Ah ! Monsieur , si vous saviez combien
je regrette de ne pouvoir vivre citoyen de la république fran-
çaise I... — Permettez , Monseigneur , les choses ne se pré-
sentent poÎDl de la môme manière dans des situations diffé-
rentes. Je me suis reporté d'un bond ù 1789. Je veux bien
renouveler l'épreuve l'aile h cette époque ; mais c'est dans
l'espérance qu'on travaillera franchement non pas à ruyaliser
la France , mais à nationaliser la royauté , si cela est en-
core possible. — Est-ce que , par hasard , répliqua Louis-
Philippe, vous auriez, M. Dupont, la prétention de vous
croire plus patriote que moi? appreuez que je le suis plus que
vous. — Plus , ce serait diffîcile ; autant, c'est assez , et je
m'en contente. — Vous n'en douiez pas, je Tespère? —
Ecoutez donc. Monseigneur, je le désire, mais je puis vous
le dire sans vous off'enser : il y a certitude d'un célé , et seu-
lement espoir de l'autre ; en un mot , je me connais , et je n*ai
pas l'honneur de vous connaître (I). »
(S) Louis-Philippe et la Contre-révoltuioNt etc., tome t, p. 89.
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UO Loun-rmum d'oujUms.
La raconsUlQlion du penohiiél de la magistralore , après
1830, amena entre le roi et son minblre pins d'en débat o&
le rade démocrate lutta avec énergie • çt, il fîiutle dire, avee
Jnstioe contre certaines antipathies personnelles de Louit-
Philippe. Mais un tel censeur n'était goère tolérable au-delà
des premiers mois de rélablissemenl d'un nouveau pouvoir,
et la malignilî' publique plaçait dans lu bouche du roi ce mot
vulgaire : « J'ai trois médecines à rendre , La Fayette, Laf-
fitle et Dui»onl de l'Eure. »» La démission du f^arde des
sceaux , formulée en termes sévères , fut acceptée par Louis-
Philippe , et dès ce jour , la séparation de la monarchie de
1830 et du parti démocratique put être considérée comme
définitive.
Les derniers jours d'août avalent tu s*opérer en Belgique
une révolution calquée en apparence sur la nôtre • mais ac-
complie dans un esprit tout différent. Rendue à son indépen- -
dance par la fuite précipitée du prince d*Orange , la Belgique
n*osapas se constituer en république en présence des traités de
1815 ; elle songea à se donner un souverain , et ses regards
se touraérenl vers le duc de Nemours , second fils du roi des
Français. Mais la France i^élait pas en mesure de profiler
d*un tel résultat. Louis-Philippe , contenu par l'Angleterre ,
refusa formellement la couronne oiïerte à son fils. Rejetée
par ce refus dans les bras des Anglais , la Belgique , après de
longs intonnemenls , choisit le prince Léopold de Saxe-Co-
bourg . et celte élection lui valut les faveurs soudaines de la
conféretu e de Londres , toujours hostile à ses intérêts tant
que l'inlluence française avait paru dominer dans ce pays.
Sous ce point de vue , la diplomatie de .M. de Tclleyrand avait
échoué complètement à Londres, quelque soin qu'il eût pris
d'amoindrir sa mission en déclarant qu'il ne venait point
comme représentant de la France , mais « pour chercher
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UMua-muFrB d'obuUhs. 141
avec d'anciens et honorables amis les moyens de eonsenrer la
paix de l'Europe el de maintenir les traités de 1815. »
L'Europe eulit re a\ail reconnu Louis-Philippe , à Tex-
ception du duc de Modène , que le cabinet français ni'gligea
il cause de sou peu d'imjjorlance , el du roi d'Kspagtie, dont
la résistance parut diflicili; à surnionter. Toujours disposé à
favoriser l'insurrection , sous quelque forme (lu'elle se pro-
duisît, La Inyctlc , alors tout-puissant, jicrsuada au minis-
tère d'elfrayer Ferdinand VU en fomentant des troubles dans
ses états. On s'entendit à ce sujet avec les plus (';minents des
Espagnols qni a?8ienl fui à Paris et ù Londres les persécalions
de leur gouvernement (1). Le roi mil à leur disposition cent
mille fr. tirés de sa cassette, et M. Guiiot, ministre de Tinté-
rieur, ne dépensa pas moins de S à 800 mille francs, dit-
on , pour armer an certain nombre de combattants de juillet
comme auiillaires da corps eipédilionnaire destiné à porter
la goerre clYile dans la Péninsale. Mais , par suite des me-
naces faites par Ferdinand VII d*user de représailles envers
la Firanoe , ces derniers reçurent contre-ordre dans le tra-
jet (2) , et les révolutionnaires espagnols , livrés à leurs pro-
pres forces, échouèrent misérablement dans deux tentatives
désespérées. Ferdinand reconnut Louis-Philippe , mais le
parti démocratique espagnol conserva un long ressentiment
de l'abandon du gouvernement français.
Des écueils d'une autre nature attendaient la royauté nou-
velle. Lors de l'installation du ministère LalTitte , Louis-Phi-
lippe insista pour obtenir une loi qui sa liste civile , et
il communiqua à ce ministre un étal des l)esoins du l^(^ne ,
dont le cbi£fre s'élevait à 30 millions. M. Lailille exhorta le
(1) ChMibre dea dépnté*, •éaoce du St septeabre ISSl.
(1) n CB coAta de 15 à 18,000 franet A la mairie de Ljen pour empêcher
CM ToloDlaifei de léjowjMr dam oetle ville.
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IW LODIS-PBILIPPK n'ORI.KANS.
prince 'a relirer ce docuraenl , en l'assurant que le cabinet
élailà peu près d'accord pour demander 18 millions , et le
roi promit de n'y point donner suite. L'élonnemeat de M.
Laflille fut grand , quand il apprit que la note en question
afait él6 renise à la commission de la Chambre chargée de
reiamea da projel deloi , où elle avail produit l'impresiiOD
la pins défavorable. Il a*en plaignit vivement au roi , qui
■'excusa sur les obsessions qui lui avaient été faites* Il fallut
remédier aux effets de eetle démarche malencontreuse • et
ce fut par un artlGce peu digne de la nugesté royale qu'on
j réussit en partie. Louis-Philippe , par une létlre confiden-
tielle à son ministre , Uâma Tindiscrétion qu'avaient commise
les gens de sa maison , et désavoua toute communication
faite en son nom sur ce dUagriahk iujet, M. Lalitte donna
secrètement connaissance de cette lettre aux membres de la
commission > et le projet de loi fut retiré. La liste civile fol
fixée plus lard à 12 millions, auxquels les Chambres ajoutèrent
1 million de dot pour le prince loyul , cl une allocation de
1500 mille francs, représentant les sommes touchées par le
roi depuis son avènement jusqu'au 1" janvier 1832. Mais
Pensemblc de ( es débats . aiguisés par les piquants pamph-
lets de M. de Cormeiiin >ur les ressources elles prétentions
de la couronne , et surmontés par un discours .1prc et sévère
de M. Dupont de l'Eure, produisit un regrettable effet, ils
fortifièrent le grief le plus impopulaire sinon le plus fondé qui
sVMevcU contre Louis-Philippe , celui d'une cupidité peu ro-
yale. Ils rappelèrent en outre Tatteotion publique sur un fait
lieile sans doute , mais profondéaMot impolitique : à savoir ,
l'acte par lequel , la veille de son avènement , ce prince , au
lieu de cosfbndre ses bien» personnels avec le domaine de
TEtat , suivant l*antique usage de la monarchie , en avait
disposé 60 faveur de sa famille. Cette discussion fut marquée
de plus par on incident fâcheux. L'un des ministres , M. de
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ix>in9-niiuppB D'oiLiàiu. 143
Hontalifet , ayaDt qualifié de ttqHi les membres de la natioo
firançaise , la snsceptibilité ta plus Impétaeose se manifesta
dans une partie de l'assemblée, et H. Qdiloo Barrot foi chargé
de rédiger une prôleslatton formelle u contre on asot incon-
ciliable avec le principe de la sooverainelé nationale. • Cette
protestation , que signèrent 404 dépotés, eut pour effet de
léire disparaître désormais la qualification proscrite des rap-
ports adressés an roi par ses propres ministres.
Les exigences de la lisle civile parurent d'aulanl plus oné-
reuses, que la posilion Onancière de la Frcnce (Hait loin de
s'Clre am(^liorée par la r^-volulion de juillet. î.e budget de
1831 avait prt^senté un arcroissement de 300 millions sur le
dernier budget de la Keslauralion ; les recettes de l'Etat , si
prospères pendant les premiers mois de 1830 , n'avaient
cessé d'aller en diminuant , et déjà commençait à se creuser
ce gouffre du déficit qui devait s'élargir progressivement jus-
qu'à la chûle de la monarchie , h laquelle il a tant cootriboé.
Ainsi s'était évanouie au bout de quelques mois , aous l'em-
pire d'une inexorable réalité , cette illusion d'un gouverne-
ment à bon marehé qoi arait tenu une si large place parmi les
promesses du nouvel établissement.
Quelque fâcheuse que fiilt sous ce rapport la situation ma-
térielle de la France , le désordre des esprits était plus grand
encore. Nées du malaise profond qui minait les eiistences , el
de ce besoin inquiet de paradoxe et de oonlroverse qu^engen-
dront les révolutions , plusieurs associations suspectes se dis-
putaient le sot ébranlé. Indépendamment des clubs et des
société» secrètes , dont la réorganisation menaçait la France
de longues et nou?e1les convnMons , le saint-simonisme ,
ce modeste et dangereux précurseur du communisme , re-
muait au nom d'une formule spécieuse tous les fondements du
vieil ordre social. L'abbé de La Mennais prêchait éloquem-
ment dans ['Avenir l'émancipation absolue des peuples et
tkk L0iii8--piiium d'obuUi».
l'abandon des maximes gallicanes qai , pendant lant de
aièclea , afaient préservé la France du joug Ihéocratiqoe. En-
fin , nn eccléfliasiiqne moins digne encore de ce titre , Tabbé
Châtel aspirait h éloufTer dans les égarements dn scliisme le
plus criminel les consolalions que ta religion seule pouvait
oIVrir a la sociélé troublée. Le sens moral public s'aflTaiblissail
visiblement au milieu de cette anarchie des idées et des opi-
nions. Tout tendait à s'amoindrir. Les fonclifuis publiques ,
convoitées avec une avidilé déplorable, mais remplies {géné-
ralement sans amour du devoir , sans passion pour le bien,
cessaient d'apporter à leurs possesseurs ce lot d'honneur et
de considération qui , dans d'autres temps , avait composé
parmi nous leur plus bel apanage. La plupart des prévenus
renvoyés devant les tribunaux y rencontraient une scanda-
leuse absolution. L'opinion publique, cet arbitre antique et
suprême en matière d'bonneor , perdait de plus en plus celle
rlguenr de délicatesse , et , si l'on peut dire , cette flear de
sévérité qui » diez un peuple jaloux des moindres bien-
séances , avait élevé si haut la puissance de ses oracles. Ce
désordre des esprils gagnait jusqu'aux formes extérieures de
la sociélé. Curbanité française , si vantée , disparaissait in-
sensiblement de nos mœurs sous l'impression desséchante de
Végolsme et de la licence (1) ; tout , jusqu'à nos habitudes do-
mestiques « se ressentait du relâchement de l'autorité et de
rinfirmité radicale du principe sur lequel elle reposait.
Cette époque parut favorable au parti légitirobte pour es-
sayer une démonstration qui ne servit qu'à réveiller rirrila-
lion révolutionnaire et è eonslater l'impopuluriié du principe
(f) Un Américain illuiire qat revojrait la Praoee après trente Aoa d'élmgae-
ment, interroge sur le chaogement qai l'avait lé plus frappé dans nos msait»
répondit Ban<< hésiter : « la disparilîoD de la polUeise. » (C. Boojour. tUUmgt*
de la SocUU philoiechnique)*
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LOI IS-1»UII.IP1'E D Ol'.LtANS. 146
auquel il s était dévoué. Le 1^» février 1831, :i la célébration
de Tanniversairc de la mort du duc de Berri, dans Téglige de
Sainl-Germain-l'Auxerrois, un jeune homme s'avança vers
le calaralque et y attacha sous une couronne d'immortelles
une lîlhograpbie représeolanl le duc de Bordeaui. Celle sim-
•ple démarche , accomplie au milieu d'une assistance nombreuse
et sympathique, détermina soudain dans la capitale une im-
mense commotion. Le peuple, excité par la jeunesse des écor
les, se rua avec fureur sur féglise de Sainl-Germain, dont
le mobilier fut dévasté et brisé au milieu d'odieuses profana-
tions. Deux expéditions, dirigées par les sociétés secrètes, me^
nacèrenl l'Archevêché et le Palais-Boyal. Faiblement ému
d'une insurrection qui ne s'adressait qu'& la dynastie déchue,
Louis-Philippe songea surtout h garantir sa demeure^ et
abandonna sans défense aux fureurs de la multitude le palais
de rArchev»"^(;liû, dont le sac fut complet. Tout ce qu'avait épar-
gné la populace, aux journées de juillet, fut brûlé, pillé ou
prccipilé dans la Seine. A la suite de ces douloureux événe-
ments qui, sans amener aucune répression, provoquèrent d'a-
méres rècriminalioiis entre les partis, la Cour effrayée lit effa-
cer ses propres armes des édifices publics de la capilaic. La
Fayette, dont les rapports avec le Palais-Royal n'avaient pas
encore entièrement cessé, bléma hautement cet acte de con-
descendance : 0 J^aurais supprimé les fleurs de lys, dit-il an
roi, tous les jours qui ont précédé, tous eeux qui ont suivi
le jour où vous les aves fait disparaître (1). »
Le même mois de février vit éclater les insurrectioiis de
Hodèoe et de Bologne. Avant de tenter cette périlleuse levée
de boucliers, les patriotes italiens avaient envoyé des députés
à Paris pour pressentir le gouvernement sur le cas probable
d'une intervention armée de la part de TAutriche. Ces envoyés
(I) U FfÊgeue m la JMÉffon tU 1880, toae S.
lO
1^6 idOuis-PHium h'wLààm.
obliorenl du minislére, et même, dil-on, da dac d'Orléans en
personne, TasBuranee qu^one telle Interf enlion délerminerail
l'irrapUon simultanée d'mie armée française en Italie. Les
insorrecllons eurent lieu ; mais les ministres de Louis-Philippe,
eédanl aux inspirations de sa timide polilique, désavouèrent
toute solidarilé avec les insurgés et rclinrenl en l-rance tous
ceux des réfugiés italiens qu'appelait dans la l*éninsule le cri
deTinsurreclion. Encouragé parcelle défection, M. d'Appony,
ambassadeur d'Autriche, annonça au Palais-lloyal l'inlerven-
lion prochaine de son gouvernemenl dans le duché de Mo-
dène, et le ministère autrichien accueillit par une notification
analogue la déclaration du maréchal Maison, alors ambassa-
deur à Vienne, qui interdisait formellement ù l'Autriche l'en-
trée des Étals romains. Le maréchal ressentit vivement celte
injure et pressa son cabinet de prendre l'Initiative delà guerre
en jetant sur le champ une armée française sur le territoire pié-
mootals. Celle dépêche, remise le 4 mars an général Sébas-*
lianî, ne fui connue que le 8 mars de M. LaiBtte, qui se plai-
gnit de ce relard, mais n'obtint qu*pne excuse frivole. Il offrit
sa démission au roi, en la motivant soil sur le mystère qui
lui avait été fait, soil sur la tendance cootro-iévoluUonnaIre
du gouvernement. Louis-PhIlIppe résista obligeamment. Une
cpnférenoe entre les ministres eut lieu le 9 mars ; mais on ne
put réussir à s'entendre, et M. Laffitle lui-même conseilla au
roi de faire appeler M. Casimir Périer. C'était aller an devant
des vœux secrets de Louis-Philippe. Le nouveau cabinet fol
formé le 13 mars* Il se eomposail de 11. Périer, minisire de
rintérieur et président dn conseil, du baron Louis, successeur
de M. LaSitte au département des finances. Le maréchal Soull
avait remplacé précédemment le général Gérard au ministère
de la guerre, où son impulsion habile et active, en rétablissant
la discipline dans l'armée, s'était déjà manifestée par les plus
heureux résultais. La simarre de Lhospital cl de d'Aguesseau
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LOUIS-PHILIPPK d'0RLÉA>S. 147
alla refètir M. Barlhe, ancien affilié do la société des carbo^
mai. MM. SélMsUaDî, de Mootalivet, d'Argont el I^amiral de
Bigny complétaient ce cabinet, pris en entier dans la nuance
doctrinaire.
La retraite de M. LalBUe, le caractère notoirement absolu de
M. Périer, son pen d'empressement à salner le triomphe ré-
volnlionnaire de 1830, tontes ces choses annonçaient asseï
un changement complet dans la pollMqoe ostensible de Lonis-
Philippe, et son Intention arréUe de substituer un régime fort
et régulier au système de tolérance et d*impnnllô qui avait si-
gna lé les premiers mois de son règne. Aussi la promotion du
nouveau ministère fht-elle accueillie comme une espèce de
dèO jeté par le trône au parti qui aspirait h faire produire h la
révolution de juillet ses conséquences les plus extrêmes. Celle
impression rejaillit jusque sur la Cour, dont le premier minis-
tre ne a)n(}uil l'assenlimenl tacile (pi avec l'assistance per-
sonnelle du roi (I). M. Périer exposa son système politique
à la Chambre avec une flpre franchise qui, dans l'état de fluc-
tuation où le dernier cabinet avait laissé les esprits, devait
réussir auprès de la majorité. A l'intérieur, répression éner-
gique de tout appel 6 rinsurreclion ; au dehors, application
rigoureuse du principe de non-intervention, point de guerre
sans un intérêt direct pour la France, tel fui dans sa bouché
le programme du nouveau ministère. Ce programme (ht mis
bientôt en action par la demande d'une loi sur les attroupo-
menls, par d'habiles et fimctnenses mesures contre la ligue
appelée ÀMtociation nationale^ et par d'énergiques attaques
contre les sociétés secrètes, ce redoutable dissolvant de tous
les pouvoirs. L'abandon des insurgés italiens et l'éclatant rap-
pel du général Guilleminot, ambassadeur à Gonstantinople,
qui avait adressé au divan une note menaçante contre la
(<) Butoir* d» ébt mm, par Loai< Blane; lomc f, pt 4S9.
148 UNnS-PBILIPPB D*0mUUR9.
Russie, achevèrent de sanclionner le manifeste de M. Périer.
Ce miiiislre jugea convenable de conslaler la popuiurilé du
roi ou d'y ajouter par un voya^^e dans les coiittV'cs les plus
florissantes de la France. Louis- Philippe consacra une par-
lie des mois de mai et de juin à parcourir les dt'parlcmcnls
de la Normandie et ceux de la Lorraine, et reçut partout le
mùme accueil que Charles X avait rcnconlré en Alsace quel-
ques mois ovanl 80D renversement. Les joornaux ministériels
firent valoir cet empressement comme ane approbation non
équivoqae da système politique inauguré par le eabinel da
13 mars. Les partis hostiles, par une allnsion asses piquante
è l'aodenDe profession du premier ministre, dirent que Louis-
Piiilippe s'était fait en cette circonstance le eommii^oyageur tfs
la maiton Pirier. Cependant ce boo accueil fut troublé par
une allocution presque sévère du conseil municipal de Mets
contre Théréditè de la pairie* et la garde nationale ayant vonlu
exprimer la même opinion, le roi interrompit l'orateur avec
vivacité, el lui arracba son discours.
La dissolution de la Chambre, que M. Périer fit suivre
d*ude circulaire énergique au sujet des élections, amena une
majorité dévouée aux intéeêts de la révolution, mais sans vues
fiics et arrêtées. Le discours de la couronne se distingua par
une certaine fermeté de langage qui signalait l'influence du
chef du conseil; mais on remarqua avec surprise que le mi-
nistre vériliuit audacieusement l'exactitude du débit royal sur
une copie de ce document ; circonstance qui caractérisait
assez ses rapports avec le monarque dont il avait acccepté
bien plus que salué l'élévation.
En réalité, M. Périer vendait cher ses services au roi dont
sa fermeté consolidait la puissance. Ce n'étaient plus le dé-
vouement atîectueux, les rapports bienveillants de M. LaflUle,
el l'obligation ou Louis-Philippe s'était trouvé de se séparer
de sou ancien ami, pesait sur lui d'autant plus vivement qu'il
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LOCIS-PBILIPPE d'oblilans. 149
s'y mêlait aux yeux du public l'apparence d'une odieuse in-
gratitude. La révolution de 1830 avait délerminé dans la si-
tuation financière de M. LaffiUe un embarras que Louis-
Philippe s'éiail eiTorcé de dissiper en lui achelanl secrètemeol
aa prix de 9»400,000 fr. la forél de Breleoil. LaffiUe reprochail
aa monarque d'avoir, par une injurieuse défiance, violé ce
secret si imporlant à son crédil eo faisant enregistrer cet acte
de vente. Ce grief, longtemps concentré dans l'Ame du premier
ministre, ne fit eiplosion qu'après sa sortie du conseil. Com-
pliqué de détails qui se dérobent à une élude historique, en-
venimé par les effbrls de l'esprit de parti et par l'Apreté des
répliques mutuelles, il amena graduellement entre ces deux
hommes une rupture irrémédiable, rupture, il faut le dire, plus
fatale an roi qu'à son ancien ami. Car Ai. Laflille, homme â*état
uuis valeur, mais citoyen irréprochable, conserva jusqu'à
sa mort (1844) celte auréole de popularité à la faveur de la-
quelle il avait Tait une révolution.
Le cabinet n'écarta qu'ù cinq voix de majorité M. Laffitte
delà présidence de la Chambre, et M. Dupont de l'Eure fui
élu vice-président ù la majorité de dix voix. Ce double échec
entraînait sa dissolution, lorsque la brusque irruption de
l'armée hollandaise en Belgique le détermina h se reconstituer
et à essayer un nouvel appel à l'opinion de la Chambre. Sans
égard pour le droit de non-intcrvenlion si hautement proclamé,
renvoi d'une armée française en Belgique fut décidé, « non
pour soutenir le principe révolutionnaire, mais pour faire res-
pecter les décisions de la conférence de Londres. » Cette dé-
monstration força les Hollandais à évacuer le territoire belge,
nais la France n'en retira point les avantages qu'elle était en
<lroit d'espérer.
La rérolnUon de juillet avait allumé en Pologne, depuis un
*n environ, le feo d*uoe vaste insurrection que le gouverne-
ISO UMiU-raiLIPPR D*OU.AAIfS.
ment français ne secondait que par des Tœox impuissants oa
équivoques. Celle insurrection se distinguiiil de celles d'Es-
pagne et d'Ilalie par celle circonslanre sjiéciale (ju elle n'avait
reçu du cabinet du Palais-Royal aucun encouragemeril préa-
lable ; l'ukase qui donnait une avanl-garde polonaise à l'armée
russe prête n envahir la France révolutionnaire, avait seul pré-
cipité l'explosion. Après avoir luUé avecune intrépide conslnnce
contre les gigantesques ressources de la Russie, ce peuple gé-
néreux épuisait ses derniers efforts. Ce fut le 15 septembre
1831 que parvint à Paris la nouvelle de la reddition de Yar->
sorie. La slapeor fit bientôt place à Teiaspération ; on cou-
rut aux armes; une voilure qui portait MM. Sébasliani et
Férier fut arrêtée par la populace sur la place Vendôme, et
ces mintotres ne durent qu*è leur courage personnel le salut
de leur vie. Cette douloureuse péripétie, qui froissait A un
si haut point les sympatliies populaires, amena de vUk déiuts
à la Chambre entre Ull. Mauguin, Thiers, La Fayette et
Périer. L^opposKion, encore eiaspérée par le mot fameux et
cruel du général Sébasliani, fonlra règne à Yanwie, ré-
clama une enquête sur la politique du ministère. Hais M. Pé-
rier obtint de la Chambre ce liimeux ordre du jour motivé,
qui, sanctionnant par une approbation catégorique et défloî-
tive la politique extérieure du cabinet, lui permit enfin d'éta-
blir un régime régulier dans radroinlstration da pays. Les
héroïques convulsions de la patrie de Sobieski cl de Kosciusko
n'aboutirenl qu au vœu stérile du malnlien de la nalionalilé
polonaise, formulé depuis lors dans loules les communic^Uons
annuelles des Chambres avec le roi.
La question de l'hérédité de la pairie préoccupait vivemeni
les esprits. L'opinion personnelle de Louis-Philippe élail on
faretir de ce privilège, el M. Périer s<' prononçait dans le même
sens. Mais la destruction de l'hérédité était la conséquence iné-
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LO0IS-PUlLll>Pt-: d'0BLÉA5S. 151
Tilable d'une révolution faile surtout en haine des sopériorilés
origineUM, et la Chambre élective, en la décrétant, n'aoeorda
pat même an ministère l'espoir d'une réTîsion fiilnre. L'oppo-
sition de la Chambre des pairs n'était pas donteoae. Il fallot la
briser par la promotion de 86 membres nooveaoï. Celte session
ftil marquée par l'adoption du projet de itti relatif an bannisse-
ment des Bourbons de la branche atnée; pra|el auquel Bflf.
Baode el Brioqueville avaient suoeesslvement attaché leur nom,
mais qui ne dut sa forme définitive qu*à la sanction de ce
même prince qui leur avait juré tant de fois amour et fi-
délilé!
Une insurrection victorieuse, celle des ouvriers lyonnais,
marqua les derniers mois de cette année commencée par une
émeute anti-Ié^ntimiste. Le gouvernement célébra , dans son im-
prévoyance, ritiiiocuité politique de ce douloureux conflit. Qne
d'enseignements, toutefois, dans celte émotion populaire contre
l'arislocralie commerciale qui avait tant contribué à la révo-
lution de juillet, rl qui leirouvail aujourd'hui dans la mollesse
ou l indiscipline de la force armée le fruit de ses propres prédi-
cations ! Quel sinistre avant-coureur de celle redoutable tem-
pête sociale que le dii-neuvième siècle recelait dans ses flancs !
La présence du duc d'Orléans et du ministre de la guerre im-
prima à la rentrée des troupes un certain appareil ; mais la
répieasionde cet attentat à l'ordre public fut à peu-près nulle
et se ressentit du désordre el du relâchement des esprits.
Ces échecs multipliés n'attiédissaient point l'énergie du
pouvoir. L'action du ministère public, confiée h H. Persil ,
magistrat d^un Apre' et sloique dévouement , espèce de Jef-
flyes modifié par la civilisation moderne , pesait avec achar-
nement sur la presse qu'elle soulevait encore par la ri-
gueur inusitée des arrestations préventives. Chaque jour ap-
portait un nouveau démenti è cette imprudente parole da doc
d'Orléans, lieulenanl-général : H n'y ovra p<ui dê prœit de
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152 LOuis*pinijrPB D'ouiAHs.
ta pnm (1). Ces rigoeon n'étaient qoe trop aaloritées d'ail-
leurs par ies complots politiques que faisait édore celle tu-
multueuse époque. La conspiration des tours de Notre-Darae,
celle de la nie des i*rou\ aires, ouverlemcnl dirigée contre la
famille royale, les troubles de Grenoble, réprimés avec une
violence sauvage, ne furent que le prélude d'agressions plus
menaçantes.
Cependant les mouvements de l'Italie s'étaient apaisés, et
les Àntriehieos avaient évacué les Etats romains, lorsque la
sunrenance de nooTcanx troubles , motivés par rinsuffi-
aaooe des concessions pontiûcales, détermina le Pape à récla-
mer de rechef l'assistance de ses alliés. Cet appel fut entendu,
et les Autrichiens rentrèrent i Bologne. Cette irrnpUon inspi-
ra k H. Périer une résolution hardie. Pénétré de la nécessité
d'étoufTer par quelques satisfactions légitimes les germes d^une
insurrection qui pouvait embrâser TEorope, il dirigea par mer
une expédition sur ÀncAne et fit occuper celte ville dans la
nuit du S3 février. Cet acte de vigueur, entrepris contre la
volonté ou du moins sans le oonsenlement formel de Louis-
Philippe, mit la diplomatie en émoi. La cour de Rome se
plaignit amèrement, et le cabinet de Vienne demanda des
explications. M. Périer opposa à ces réclamations une inalté-
rable impassibilité , et soutint la dignité française avec une
constance à laquelle parut s'associer {j^énéreusemenl le mo-
narque dont il avait entraîné le corieours. Mais le mérite de
cette entreprise, amoindri ou dénaturé par Tespril de parti,
ne fui convenablement apprécié que lorsque, six ans plus tard,
le ministère Moiè condescendit ù évacuer Ancûne malgré ies
(I) Au coflimeoceaienl de l'aanée 18S4, 1» Mmne des coodaniuaioni
pfonooeéet «n inatiùr» de (>reMe iTéleTiit à SS ant 9 rooii d'enpri«>iioe*«Bl*>
•t à 391,505 fr. d'ameades.
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L0D1S>PH1UPP£ O'ORUBANS. 153
dameon de roppodllon qui s'était montrée si indifférente à
son oecnpation. L'eipédition d'Ancône, ce trait d'énergie qui
a fait le pins d'Iionneor an gouvernement de Juillet^ fol le der-
nier acte remarquable do ministère de H. Périer. Cet homme
d'état, plus distingué sans doute par la droiture et la .fixité
que par TéléTation de ses vues , par la décision que par le
désintéressement de son caractère, quitta le pouvoir avec la
vie, dégoûté des etTorls impuissants avait prodigués au
rétablissement de l'ordre, et murmuranl jusqu'au bord de la
tombe d'améres imprécations contre la politique pusillanime
qui avait trop souvent enchaîné les élans de son patriotisme.
A la nouvelle de sa mort Louis- Philippe ne répondit que
par celte froide exclamation : « Ksi-cc un bien , esl-ce un
mal? » expression trop fidèle des inquiétudes où les léinériirs
du ministre avaient jelé celle rtme profondément machiavéli-
que, et IndilTérenle à tout, hors à la conservation du pouvoir.
Un fléau destructeur, né sur les bords du Gange et importé
en Allemagne ù la suite de la guerre de Pologne, le choléra-
morbust vint faire une diversion redoutable aux dissentimenls
politiques. Paris, surtout, fut l'objet de ses rij,'U('urs. On
évalua à plus de dix-huit mille le nombre des victimes qu'il
moissonna dans nue invasion de moins de deux-cents Jours.
En ces circonstances critiques, le roi et sa famille se montrè-
rent observateurs 6dèles de tous les devoirs du rang suprême.
Ils ne déMrtérent point, à l'exemple de tant d'antres, le poste
du péril , et contribuèrent par leur courage, leurs -exhorta-
tions et leurs secours, h adoucir les atteintes de l'épidémie.
Mais on fut généralement frappé du peu de place que Tau-
lorité publique donna aux idées religieuses, parmi les encou-
ragements ou les consolations qu'elle s'eflTorça de faire péné-
irer dans les esprits.
Cependant de vastes événements se préparaient. Depuis
son exil du territoire français, la duchesse de Berri n'avali
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15( LOUM-raiLimt D*OBt<All«.
cessé (le réver aux moyens de reconquérir le trône de son
Gis. Après de longues et ('•pineuses ni^gocialions, celle prin-
cesse avait obtenu do (îharles X. au mois de mars 1831,
une d6tlar;)li(»n qui lui coriférail le litre de régente du royau-
me pendant la minorité du duc de Bordeaux. Partie le 17
juin d'Iiolyrood, première résidence que s'était assignée Tin-
fortune de Charles X , elle se rendit par Mayencc, le Tyrol
et Milan à Gênes, où le roi de Sardaigne lui offrit la plas
libérale hospilalilé, et de là à Massa, dans les états du duc
de Modène, où se réiuiirenl aaloiir d'elle les prindpeai chefs
do eomplol légillmisle. Les dispositions des puissances étrao-
gères forent interrogées. Beancoap de bienyeillance, qoél-
ques vagnes promesses de secours éventuels, des vobux secrets,
des sympathies plus on moins décidées, voilà quel ftat le ré-
sultat de ces investigations. La duchesse deBerri n'avait donc
rien à attendre que de son courage, de la sainteté des droits
qu'elle aspirait & faire triompher, du dévouement de ses amis.
Elle se flattait d'ailleurs que la situation précaire et péril-
leuse de la France absoudrait son entreprise aux yeux de
ceux mômes qui n'en reconnaîtraient pas la légitimité.
Le 24 avril 1832, Marie-Caroline se rendit à bord dn
Carlo-Alberto, où l'allendail le petit nombre de liilèles qui
devaient partager les hasards de son expédition. Six jours
après, quelques-uns d'eux essayaient sans succès un mouve-
ment sur Marseille; tout échouait devant les dispositions de
l'autorité. La duchesse résolut sur le champ de se rendre en
Vendée, et traversa résolument la France, affrontant mille
obstacles, mille périls, mille disgrâces; rien ne put abattre
son courage maternel. Mais l'enthousiasme des Vendéens
était loin d'être universel. Le mauvais succès des derniers
complots avait glacé les dispositions des royalistes parisiens.
M. Berryer accourut pour conjurer la princesse de quitter la
Vendée. Mais la belliqueuse mére du. duc de Bordeaux avait
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ordoonè uoe prise d*arnies géDérale ponr le S4 mai. €kHn-
nent renoncer ans espèranoea qn'eHe caressait depuis si long-
temps a? ee tant de fenreur I Gomment abandonner sans coup
lérir cette terre classiqne de l'hérolgme monarehiqoe ? L*in>
sarrection prescrite fut seulement dilfêrée. L'bistoira redira les
rlsnltals de cette courte campagne, conduite sous l'impres-
sion d*on découragement presque général, mais dont les bril-
lants faits d'armes deVieille-Vigne, de Riaillé, du Chêne, de la
Pénissiëre, suffiront pour perpétuer le souvenir. Les Vendéens
furent vaincus , massacrt'S ou dispersés , el In duchesse vint
abriter audacieusemenl darjs les murs de Nantes une existence
de plus en plus menacée. De sa rctr.iile, elle écrivit ii sa
lanle, la reine des Français, une lellre pleine d'onction cl de
dignilé pour lui recommander les Vendéens tombés au pou-
voir du gouvernement. Celte lellrc fui rendue à TolTicier qui
s'en était chargé : la reine avait refusé de la recevoir ; la po-
litique étouffait la voix du sang, el les nobles inspirations de
Texil s'étaient perdues sans écho au pied du trône ! Quel-
ques mois plus tard, M. Berryer fut traduit devant la oour
d'assises de Bloto, el Iriomphalement acquitté. Les passagers
do Carh'Âlberto trouvèrent également grâce devant un jury
royaliste.
L*insorrecUon de Touesl était à peine étoolfée, que le gou-
vernement dot se préparer à de nouveaux combats. Un des ora-
teurs des plus véhéments de la gauche parlementaire, le géné-
ral Lamarque venait demourir. Ses obsèques, ûxéesau 5 juin,
développèrent dans la capitale le mouvement le plus grave qui
y eût éclaté depuis les journées de juillet. Le parti démocra-
tique, vivement impressionné par la publication récente du
Cumptê'Bendu de l'opposition, s'y trouvait rcprésenlë par de
nombreux délégués des sociétés secrètes. La vue d'un bon-
net phrygien, que La Fayette repoussa avec horreur, dé-
termina Texplosion. En un instant, Paris fut en feu. Eéeo—
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156 LOUIS-PHILIPPB o'omtÉARf*
lus ;i périr ou h renverser la monarchie , les insurgés s'em-
parùrcnl de plusieurs points imporlanls, el concenlrèrenl le
gros de leurs forces dans le quartier Sainl-Marlin. Les chefs
militaires du gouvernement éprouNcrenl un moment d'itidé-
cision cruelle, el le maréchal Soull lui-m{^me se lit remarquer
dans le principe par une mollesse d'agression qui sembla d'un
fâcheux augure. Réunis comme au 28 juillet pour arr<^tcr l'ef-
fusion du sang, les députés de Topposition résolurent d'envoyer
au roi des commissaires pour Texhorler a ne point abuser de
ia victoire qui se déclarait eu sa faveur ; ils devaient aussi re-
présenter ou roi les dangers de sa persistance dans on système
politique qui eompromeltait de plus en plus l'honneur et la
séGurilA de la France. MM. Arago, Barrot et LalBtte furent
désignés. Mais ils se présentèrent aux Tuileries au moment
où Louis-Philippe, qui venait de reconnaître en personne les
forces dé rinsurreclion, rentrait transporté des acclamations
populaires décernées à son courage. Le roi écouta sans fa-
Teur les représentations qui lui furent faites, et défendit avec
abondance et ténacité son système de gouvernement. 11 re-
poussa vivement Timputation de sympathiser avec le parti
carliste, lui, dit-il, le plus mortel ennmî des Sowrbom de la
branche ain^e, et déclara que « jamais l'émigration ne lui avait
pardonné de ne s'être pas joint h elle. Je ne suis devenu roi,
ajouta Louis-Philippe, que parce que moi seul je pouvais sau-
ver la France de l'anarchie el du despotisme. » Puis, s'eni-
vranl, pour ainsi dire, de la supériorité de position que venaient
de lui faire les derniers événements, «rélémcnl des révolu-
tions existe chez tontes les nations de l'Europe, et toutes n'ont
pas l'élo(fe d'un duc d'Orléans pour les icrminer. En résumé,
* conclut-il , mon système de gouvernement n'a contre lui que
les carlistes el les répubiicaios (1). »
(1) Procét-verbat «!« l'eolrevue de MM. LafliUe, Arago «t Odilon Barrot
avec le roi, le 6 jaiii ISSt.
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I
L0UI9-niILm*B l»*0BI.éA!l8. 1S7
Le prise du cloîlre Sainl-Méry, où une poignée dccombal-
lanls (Jéfiu pciulanl plusieurs heures les assauls d'une armée
entière, consomma la défaite de l insurreclion. La capitale
fui mise en étal de siéj,'c malgré les promesses formelles da
roi ; mais la Cour de cassation décida que ce régime était con-
traire h la charte, et le goareroemenl s'inclina sans résis-
tance devant cet arrêt*
Les prospérités s*enehatnent comme les infortunes. Vain-
qaeur à Paris et dans la Vendée, Louis-Philippe parut entrer
enfin dansune ère moins agitée, et plusieurs circonstances favo-
rables ft la consolidation de son trône se succédèrent rapidement.
Tandis que l'union de sa fille atnée avec le nouveau roi des
Belges (aoûli832) rapprochait sa dynastie de la maison royale
d'Angleterre, la mort du jeune duc de Reichsladt écartait un
prétendant auquel les dispositions de l'armée, !e mécontente-
ment des esprits cl la faveur croissaiile des souveîiirs de l'Em-
pire préparaient dans l'avenir des chances sérieuses. Cette
frêle existence s'éteignit sans bruit sur la terre d'exil, captive
de ce peuple que Napoléon avait vaincu tant de fois, el ce
fut un ministre du roi de France exilé qui répandit les der-
nières fleurs sur sa lombe. Louis-Philippe (pii, dans celle
catastrophe, ne vil peut-être qu'un obstacle de moins à l'éta-
blissement de sa dynastie, était loin de pressentir qu'il aurait
quelques années plus tard ù pleurer lui-même un jeune
prince né comme le Gis de Napoléon sur les mardies du
irOne el destiné comme lui è s*y asseoir un jour 1
Qnoiqoe le ministère eût secondé activement la couronne
dans le double et formidable choc qu'elle avait en ft soutenir, le
roi comprit l'iosofBsanoe de ses conseillen en présence des
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158 LOPU-PHIUPPB D'OILÉAMS.
Ghambrei, et pourvut à d'iodispemtbles changemeuts. Le
dac de Broglie fut appelé aux affaires étrangères, H. Guixot
à rinstmction publique, et rinlérieur fut coofé à H. Thiers,
qui avait fait preuve de courage et d'habileté dans les événe-
ments de juin. Le maréchal Soult garda le porte-feuille de
la guerre et reçut le titre de président du conseil (11 oct.].
Un des premiers embarras du nouveau ministère fut i'ar-
reslalioii de la duchesse de Berri (7 nov. livrée par la
trahison de Deulz au i)réfel Maurice Duval, un des séides les
plus abjects et les plus compromis du gouverncmenl de juil-
let. Le lendemain m<>me, un petit brick de guerre conduisit
la princesse à la citadelle de Blaye, assignée ù sa caplivilé
jusqu'à ce que le gouvernemenl eût ordonné de son sort.
L'impression de cet événemciil fut profonde et universelle.
Mille adresses partirent de tous les points de la France pour
rendre à la prisonnière de Blaye Thommage d'un dévouement
tardif et impuissant. Mille voix s'élevèrent, les unes pour ré-
clamer impérieusement la mise en jugement de la princesse,
comme une accusée ordinaire, les autres pour sommer le gou-
vernement de rendre è la liberté cette femme qui, disait le
plus éloquent de nos publicistesi « n'avait fait trembler que
des oonsdenoes surchargées et des mains enrichies de la dé-
pouille de rorphelin.... Les débites de la duchesse de Berri,
ajoutait Tillustre écrivain, sont autant de victoires è qui la
fortune a refusé ses ailes (1). »
Au milieu de ces sommations contradictoires , le gouver-
nement ne repoussait qu'un parti : celui de livrer aux tribu-
naux la duchesse de Berri, mise en dehors du droit commun
par une loi politique de bannissement ; mais sa décision se
fondait sur un motif plus spécieux que solide. La princesse
(1) Mémeireê sur la capùvim de Madame la duchettt de Berri^ par M. de
CliatMubriaiid, «8XS.
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LOUIS-PHILIPPH D OBLKANS. 159
tcqailtée, il fallail, disai^l, absoadre tous les fautears ou
eomplicei de riiMarrecCioo vendteone; eondamiite, on eipo-
iail MS juges à dlmplacaUes fengeances (f ). Il edt été plus
simple de reconnaître que la duchesse de Béni s*élait oonsti-
Inèe en élat de guerre et non de rebelUon enfeiB Louis-
PhUippe* et que, par sa mise en jugement, le caUnel des Tui-
leries craignait d*indisposer contre lui les puissanees euro-
péennes. Mais le gouvernement ne pouvait tenir ce langage.
Il attendit donc, et fit annoncer que les Chambres seraient
appelées à statuer ultérieurement sur le sort de sa cap(i?e :
responsabililé dont les Chambres elfiayées se déchargèrent à
leur tour sur le ministère.
Cependant , la santé de la princesse , qui avail icsislé aux
épreuves les plus rudes de la guerre civile , s'ollérail rapi-
dement dans l'cnceinle étroite qui lui élail mesurée. Les rap-
ports uniformes des médecins constataient I insalubrité du
séjour de Blaye, cl leurs runclusions confinaient à la libéra-
tion absolue de l'auguste prisonnière. Ces instances pressantes,
la pacilicalion définitive de la Vendée , la nature étroite des
liens de parenté qui unissaient Marie -Caroline au chef de
l'Etat, tout concourait à faire entrevoir sa mise en liberté pro-
chaibe , et déjà les journaux légitimistes commençaient à
murmurer de la durée de sa détention comme d'une barbarie
gratuite , lorsque quelques lignes insérées dans le ifonifaur
du S6 février livrèrent au public étonné le secret de ces ri-
gueurs. Marier-Caroline « pressée par les circonstances » ,
disat|p-elle , » et par les mesures ordonnées par le gouver-
nement » , déclarait s'être mariée secrètement pendant son
séjour en Italie. Quelques jours plus tard , elle compléta sa
déclaration en fahnnt connaître que son époux était te comte
Luchesi-Palli , des princes del Campo Franco , gentilhomme
de la cour du roi des Deox-Sidies.
(1) Dmui tau de règne, par M. A. Péjtio* p. 3SS.
160 LOOIS-PHIUPPB d'OALÉAHS.
En prèseooe d*aoe telle révélaliOD , rblitolre s*irr6te , ei
Dol ne se tenl en droit de profaner par an doute téméraire
une afGnnation revélne de tons les caractères extérieurs de la
vérité. Mais la déclaration de la duchesse de Berri Inspira
d'autres senlimenisan geaTemement de Louis-Philippe qui ,
par ses organes habllueb , exploita comme un grand scan-
dale la siloalion qu'elle dénonçait. Le Journal des Dibali
(riompliQ avec une joie craelle de la confusion du parli légi-
liniisle , cl le minisli-re rr.il loul en œuvre pour obtenir la
conslalaliori légale d'un (''vC'ncmcnt (|ni , dans son opinion ,
devail flôlrir la prisonnière de Bliiyed une honle ineiraçablc.
L'n ofïîcier-géni'rnl courba bon dévouemcnl jus(}u'à accepter
la garde personnelle de la princesse. (Icpcndnnl ces efl'orts
n'atteignirent qu'imj)arfaileinent leur but. L'aulhcnlicité de
la déclaration du 20 février devint évidente (1) , et la consis-
tance politique de Théroïque princesse en souiïril une atteinte
irréparable ; mais la pensée impie qui avait inspiré sa divul-
gation , souleva toutes les âmes honnêtes. Ce roi d'un jour
cherchant à venger de passagères alarmes par le déshonneur
d^une nièce qui naguère le couvrait de sa vive et puissante
affection , allaroa assez d*indignation pour dévorer bien des
incrédulités ombrageuses. Même aui esprits soupçonneux et
sévères , le scandale de la vengeance parut supérieur au scan-
dale de la faute. Marie-Caroline fut rendue libre aussitôt
qu'on crut l'avoir déshonorée. Mais ce fut en vain que le
plus constant athlète de la cause royaliste s'efforça de la
faire maintenir dans la tutelle de ses enfants. En dépit des
géDérenses instances de M. de Chateaubriand » Charles X
(1) Ccitf auilieiiticiié avait été révoquée en doute par le parti légiti-
miste, cl le |iapf? Grégoire XVI dit (•lUTgiqiictncnl A quelqu'un qui l'cn-
Ircteuail do ce documeal : «C'eM une patquioade de plus ! Euaa burla di
plàf
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LOUIS-PHILIPPE D'ORLéANS. 161
refosa obsUnémenl de voir désonnais la régente de France
dans la comtesBe Luchesi-Palli.
Louis-Philippe avait ouvert , le 19 novembre 1832 , la
session des Chambres. II entrait à cheval sur le Ponl-Boyal à
la (ôte de son cortt'ge , lorsque le bruit de la détonation d'an
pislolcl se Cl entendre ù (|uelquespas de lui. Vainqueur d'une
courte émotion , le roi salua la foule , cl parai à l'assemblée,
où l'agilalion de son débit révéla le danger auquel il ?enail
d'échapper. Ce danger arail été grave ; mais tel était lepoa-
volr de la presBQ , qu'elle parvint à faire illosion à plasienrs
esprits sur la réalité de la tentative et snr le sang-froid qne
le roi lai avait opposé. On se plat à dire que le ooap de pis*
tolet du Pont-Royal n^mait aUra^ personne. La police
se livra |i d'activés recherches» dont le résultat Ait d*ainener
devant la cour d'assises de la Seine les nommés Benott et Ber*
geron, républicains exaltés. CSomme on demandait à ce dei^
nlers*il avait réellement dit que le roi méritait d'être foslllé:
— Je ne me rappelle pas Tavolr dit , mais je le pense , ré-
pondit-il avec une audacieuse Iranquillilé. Cependant , les
charges , quoique sérieuses , parurent insulTlsantes aux jurés,
el Bergcron demeura disponible pour d'uulrcs complots. Ce
premier allenlal contre la personne du roi laissa une impres-
sion généralement favorable au gouvernement ; il accusa toul
à la fois l'impuissance et la perversité de la faction anar-
chique , el celle impression jiislilia un mol fort répandu de M.
Dupin h Louis-Philippe : « Sire , Us uni tiré sur eux\ »
Mais ce qu'il fallait surtout à la monarchie nouvelle pour la
coosolider dans Tcsprit des peuples , c'était le baplôme de la
gloire militaire. Cet avantage lui fut offert par la résistance du
to* de Hollande à se soumettre aux actes de la conférence de
H) Traiiédu 1$ novembre 183i.
11
169 I4>III8-nilLIFPB D'OBUlAin.
Londres (1), el 5 évacuer la ci ladel le d'Anvers, qui (!-taildemeu-
rt!'e au pouvoir de ce prince. Par une coiivcrilion conclue le 22
octobre colre lord Palmcrston el M. de Talleyrand , l'An-
glclcrre et la France furent cliargt''os de proct''der à rcx(^cution
de ce trailt^ el une armée française fui immédiatement dirigée
vers la frontière belge. Les trois autres puissances contrac-
lantes , partagées entre leurs sympathies déclarées en faveur
<le la Hollande et la crainte de compromettre la pai\ générale
en lui prêtant ouvertement appui, avaient pris le parti de de-
meurer speclalrices inactives de la lalle qui allait s'engager.
Ma» la France n'avait obtenu cette neutralité qu'au prix
d*une condition également humiliante pour les deui peuples :
c'est que les Belges s'abstiendraient de toate coiipéraUon aux
mouvements de rarmée fraoçaise. Tant on craignait la réu-
nion même momentanée sons an même drapean de denx
nations inspirées par le principe révolotionnaire I Tonjours
disposé à épargner à ses fragiles alliés toute espèce d'om-
brage , Louis-Philippe exigea de plus qne , dans le cas où
notre armée aurait ù repousser une attaque de la part des
Hollandais , on respectât avec soin les limites de leur ter-
ritoire.
Le siège d*Ànvers , conduit avec une infatigable activité
par le maréchal Gérard » eut la plus heureuse Issue. La gar-
nison hollandaise capitula le 23 décembre 1832 , après dix-
neuf jours d'une honorable résistance , pendant laquelle la
ville d'Anvers fui loyalement épargnée. Les ducs d'Orléans
el de Nemours prlrenl une part glorieuse aux fatigues et aux
dangers de cette entreprise. Mais la jalousie britannique n'é-
pargna rien pour en amoindrir l'honneur. Notre brave armée
eut h subir la présence d'un commissaire anglais chargé de
surveiller ses mouvements militaires el de s'assurer qu'ils se
renfermaient fidèlemenl dans le programme convenu entre
tes plénip^'lenliaires des deux nations. Cependant , ce beau
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tOms-PBILIPPB D*OILtiAirS. 163
fait d'armes panil relever la dynastie de 1830 dans l'eslime
publi(iue , et les Français lui linrenl compte de leur avoir
rouvert le chemin do la gloire. Le gouvernement sut entretenir
ce favorable tMan i)ar une sali.sfaclion éminemment populaire,
à savoir le rétablissement de la statue de Napoléon sur la co-
lonoe Vendôme , d'où elle avait été précipitée en 1814. Mais
ces impressions ne désarmèrent paa longtemps le parti répo-
blicaÎD, le seul qui menaçât sérieusement le trône, depuis que
les espérances des impérialistes et des légitimistes avaient
para s'anéantir devant la tombe da duc de Reichstadt et le
berceau de Blaye , et de nooTelles lattes devinrent im-
minentes.
Le signal fiit donné fiar la 7rl6iiiw , joamal radical , qni •
dans an article snr les fortifications de Paris , qualifiait de
pmtUuiê la Chambre des députés. Des débats dont la vivadté*
s'éleva ja8qn*à Tinjure , amenèrent à la barre de la Chambre
HM. Armand Harrast etGodefi-oy Cavaignac , rédacteurs du
journal incriminé. La défense fut agressive , pleine d*auda€e
et de révélations irritantes , et H. Marrast la termina par
une apostrophe menaçante contre les adversaireip de la presse,
à laquelle la Chambre répondit par une condamnation sévère.
Mais la Tribune répliqua dans le sens de sa première incul-
pation, par une accablante î'rmmération des députés qui par-
ticipaient aux faveurs du pouvoir ; el ce dénombrement , rap-
proché d'une sentence célèbre de M. Viennet sur les vertus de
la clé d'or , fournit en quelque sorte les premières syllabes
du mot qui devait résumer le plus lidèleraent les dernièref
années du règne de Louis-Philippe. Ce mot fui celui de
conuplion.
Un nouveau conflit ne tarda pas à s'élever à l'occasion des
crieurs publics qui oolporlaienl dans les rues de la capitale
des brochures politiques non timbrées. M. Gisquet , préfet
de police , interdit la circulation de ces brochures et or-
*
16 V Looi»-mum o'oftuUHs.
donna Tarratation des dislrilmtenn. filais oelle tentaliTe
échoua devant le refus de concoore des tribunaiit , et snrtonl
devant la coaragense résistance de M. Rodde , rédacteur do
Bon Sens ^ qui vint braver en «plein jour , sur la place de la
Bourse , Paclion de la police , pnr une dislribulion person-
nelle des libelles inlcrdils. Le pouvoir n'osa alTroiilcr les sym-
pathies populaires prùles ù s'armer pour l'inlrépidc démo-
crate , et la facullé du cri public des écrits poliliqucs fut
régularisée postérieurement par une loi dont il fallut proléger
rexécQlioD par des actes de violence.
La sitaation de rorienl , où venaient de se passer de
graves événements , commençait , à cette époque, h 6xer les
préoccupations inquiètes do gouvernement. La bataille de
Koniah avait eu lieu , et Mahmoud , menacé & la fois de
perdre la Syrie et la Turquie , tournait vers les Russes des
regards supplianls. Ceux-ci offrirent avec empressement leur
seoours , et le général Mouravieff prépara tout pour une in-
tervention énergique en faveur des vaincus.
Ces circonstances critiques avalent surpris le cabinet fran-
çais sans arobassadear aaprès de la Porte. M. de Varenncs ,
chargé d'aflaircs , déploya à la hâte toutes les ressources de
son zèle ; et , sachant le vassal disposé à traiter avec son su-
zerain , il persuada au sulliiii Mahmoud d'envoyer sur-le-
champ en K^^vp(c Ilalil-Pai ha pour enirer en néj,'ocia(ions.
Mais ses démarches se Irouvércnt paralysées par un mou-
vement progressif d'Ibrahim , et rien ne parut propre à dé-
tourner l'assistance russe que les puissances occidentales de
l'Europe avaient tant d inlérél à écarter. Cep(Midanl, le divan
inclinait ù accepter les propositions de Méhéraet-Ali , quelque
dures qu'elles fussent , lorsque l'arrivée à Conslanlinople de
l'amiral Roussio , ambassadeur de France , donna un autre
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Louis-païuppB d'orleaks. 165
coure aax négociations. H obtint qae l*on eontremanderaiC
les seeotirs rosses , s*il était temps enoore , et prit sur loi de
garantir le maintien des contre-stipolatioos proposées par la
P^rte , et dont la principale consistait à garder le pachalik
d'Adana. Mais il rencontra dans le vice-roi une résistance
inatteodoe et qoe ne porent fléchir les efforts personnels de
M. de Yarennes. Le sultan accorda à son dangereux vassal
toot ce qu'il voolut ; et les troupes rosses , qui avaient eo le
temps de débarquer èConstanlinopIe , évacuèrent cette ville,
après la signature du Irailô d'Unkiar-Skclessy. Ce traité sti-
pulail une nlliance défensive de liuil ans etilre la Porle cl la
Uussic , et ferinail le dtlruil des Dardanelles auv vaisseaux de
loules les autres nalions. On verra jilus lard quelles consé-
quences graves pour la France dé(uulc'renl de ce premier
conflit entre les deux principaux représentants de rislanilMno.
Celte époque fut Irislemenl mémorable par le Irailé iuil" le
gouvernement français conclut avec l'Anglelcrre sur le droit
de visite, traité dont les stipulations, empreintes de tout le des-
potisme britaimique, soulevèrent pendanl plusieurs années le
méconlenlenienl toujours croissant du pays. Elle vil se former
aussi, par la reconnaissance d'Isabelle, fille de Ferdinand VU,
cette alliance avec TEspagne dans laquelle Louis-Pliilîppe,
sans égard è sa protestation en faveur de la loi saliqoe, pré-
para l'agrandissement futur de sa dynastie, intérêt dominant,
fai presque dit exclusif de sa politique.
Hais de nouvelles agitations ne tardèrent pas à ramener son
attention sor rintérieor de la France.
Un fait lamentable avait vivement ému Topposition. Un
jeune dépoté, ami particulier de M. Dupont (de TEure), H. Du-
long, venait d'être tué en doel par le général Bngeand, pour
une allusion imprudente ao rôle que le général avait récem—
nient rempli auprès de la prisonnière de Blaye. L'exaspération
s'accrut, quand on rencontra le concours ploa ou moins direct
166 LOUIS-raiLirPB D*0IL<AH9.
du roi radié à quelques épisodes do ce douloureux évènemenl.
Un bal avait lieu le soir môme a la (lour; il ne lui poinl
contrematidé. L'espril de parli Hl arme de loutes ces choses,
cl rirrilaliori du parli déraocralique conlre la royaulé y puisa
de nouveaux alimeoU. Bienlûl se préseola l'occasioo d'y
donner cours.
Les sociétés secrètes, développées sous i'inducncc délélèrc
du principe insorrectioDDcl de 1830, n'avaient cessé d'être
un obstacle au rétablissemeot de Tordre public. Leur maintien
était devenu évidemment incompatible avec l'eiistence d'une
monarchie; mais le point difficile était d'en opérer la disso-
lution sans recourir à des mesures arbitraires trop ouvertement
opposées à l'esprit de la oonstit&tion. Le' ministère Tentreprit
par la présentation d'one loi qui atteignait indistinctement
tous les adhérents de ces sociétés, sans égard è leur nombre, et
qui attribuait à la joridictiou correctionnelle la connaissance
dadélltd'affiliation. Ce projetsouleva nne ardente opposition, du
seinde laquelle M. Berryer fit entendre son redoutable anathéme
contre le cynim$ dst opoilosisf . La loi passa à une faible ma-
jorité; mais son adoption même enfanta la terrible collision
qu'elle était destinée à prévenir.
Un cri de résistance partit de la Société des droits de
l'homme^ et ce cri fut répété par la plupart des sociétés secrè-
tes répandues sur la surface de la France. De lous c(Més on
se prépara au combat. Mais nulle part cet appel à la révolte
ne retentit plus fortement qu'à Lyon, ville encore enivrée
de son triomphe éphémère de 1831 , et où l irrilalion des dé-
bals politiques se compliquait de ladissidenceflagranlcdcs rap-
ports industriels. Livrés aux agilatcurs qui depuis quelque
temps avaient envahi celte métropole manufacturière, les
ouvriers prirent les armes; et, malgré la supériorité numé-
rique de la garnison et des ressources militaires, préparées de
longue main, l'insurrection, née le 8 avril, ne fut comprimée
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Loms-ranupps D'ouëAHs. 167
que le 12, au prii d'une grande efltafioil de sang el de quel-
ques actes d'iniquité el de barbarie malbeureasemenl insépa-
rables des discordes civiles. Saint-Étienne, Grenoble, Êpina\
el plusieurs aulres villes lui eiil le lliùtllre de mouvements ana-
logues. Paris eut ses barri( ades le 13 et le 1'» avril, et la rue
Transnofiain fui ensanglantée par des excès à jamais déplo-
rables, auxquels les ressentiment> de l'esprit de parti se com-
plurent lï mêler le nom du gardien de Ulaye, du fatal adver-
saire de Dulong, de ce général Bugeaud , alors investi du
principal commaudeinenl des troupes appelées à réprimer
Tinsurreclion.
Ces douloureuses victoires procurèrent un assez long calme
à la France attristée. Le ministère, dont l'élément répressif
s'était fortifié par Tappel réceol de M. Persil au départemenl
de la justice, osa avec emprestement de son triomphe
en présentant nne loi rigonreose contre les dèCenleors
d*amies de guerre , el en saisissant la Cour des pairs
do jugement des aecosés. Cette ordonnance, Injurieuse-
ment attaquée par le républicain le plus considéré de son
parti, Armand CarrcI, fnt Toccaslon d*an procès dans lequel
la Chambre ?engea par une condamnation sévère sa dignité
offensée.
Les accusés d*aviil furent traduits devant la Cour des pairs
au bout de treiie mois de captivité. Les débats de cette affaire
offrirent nne conflision sans eiemple dans tes annatei de la
Justice. Mise en présence de la plus haute juridiction du
royaume, l'émeute parut ù peine avoir changé de caractère. '
La voix des magistrats fut couverte à plusieurs re[)rises par
les accetUs tumultueux des prévenus, qui envoyèrent leurs
juges les invectives les plus outrageantes et les plus passion-
nées. Un grand nombre, répudiant le rôle d'accusés pour se
poser en ennemis vaincus, dédaignèrent fièrement de se dé-
fendre; et la plupart des coodamnalioos furent prononcées sur
168 LOCis-PBiuppK d'obléaks.
de simples pièces. THsIe effet des troables ci? Us de per? erlir
ainsi tontes tes nollons de la discipline el de ranlorilé, et d'a-
mener les sodélés humaines à ne plus reconnaître dWre
ponvoir que celai de la force, d'antre légitimité qoe celle de
la victoire !
A. BooujftB.
{La fin au piocAatn numéro)»
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I
MONOGRAPHIE HISTORIQUE
DU
BUGEY\
XI.
LES SUZERAINS DU UDGBY , ET XIV' SIÈCLES.
Après avoir décrit les fondalions monasliques dans le Bu-
gey el la part remarquable que pril celle province au mou-
vement religieux du HW siècle , les franchises subsliluanl le
droil an despotisme des seigneurs dans quelques bourgs pri-
vilégiés , nous reprenons la suito de i'élat féodal pendant la
période des XIll» et XIV siècles , réservant aa chapitre sui-
vant le récit des guerres entre les dauphins et les comtes
de Savoie dans le Bas-Bugey.
Aox laeàrs de la civilisalioo , notre province est entrée
dans aoe phase de réformes qui s'accomplissent progressive-
ment , mais avec lenteur. Aussi , n*est-elle pas an terme
de ranarchie féodale ! Tant que les fiefs suscitent des dé-
(i) Toir 1m livraisoM 194» («S» iS?, 141, i43, 144 et 146, ou t. XXI,
P' 3x9, t. XXn, p. Si, t. XXUI, p. S5S, t. XXIY, pp. iqS, SSi, *5h
XXV, p. toi et l. XXVI, p. i5.
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170 HOllOSBAraiK HUTOMQIFB
mêlés eotre les seigneurs , et qa'aa lieo d*étre réglés par mw
jmlice «ouveraîne , ces démêlés sont mus par l'épée ou ap-
paisés par des médiateurs, tant que noire province est assu-
jélie à plusieurs suzerains, cette anarchie , bien qu'ailaiblie,
sévit encore.
Le Bugey est une agglomération de fiefs mouvants des
sires de Thoire , des comtes de .Savoie et des dauphins de
Viennois. Enclavés dansées petits Etais , les évéqui'S de Bel-
le)' conservent leur indépendance , le prieur de Nantua et
l'abbé dWmbronay ont recours à des proleclions ou sool
contraints à des assujétissemcnls.
D'après les documenis de cette période , nous essayons de
reproduire dans un seul cadre et par ordre de suzeraineté
ces fiefs et les faits qui se rattachent à leur possession. De
lenrs donjons, quelques débris marquent à peine la place où
s'élevaient leurs tours orgueilleuses • là , tonlefoîlB, o& d'an-
tres châleani n*ont pas été reconstniils par la suite. Ces
ruines d'une fiére domination , en rappelant l'oppression
du passé , font apprécier le temps présent ; elles recèlent
Thistoire de cet âge de fer « enfouie en grande partie dans
leur poussière. Autour des trois suierains , nous grouppons
leurs nobles vassaui dont les familles sont presque tontes
éteintes , dont les noms , jadis illustres , sont tombés dans
Toubli UTec leurs armoiries et leurs devises. Ces signes
étaient une éclatante marque d'individualité chez ces guer-
riers couverts de fer et dont le visage était masqué par la
visière de leurs casques. Leurs noms et Téclat de leur race
étaient ainsi peints sur leurs écus et leurs pannetons. Ces
signes appartiennent à I liisloiio. Lorsqu'on les retrouve
sculptés dans les ruines des \ieu.x manoirs, ils signalent les
anciens maîtres d'une contrée, et servent h distinguer les
familles puissantes qui figurent dans les anciennes chro-
niques de la province.
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DU BUGBT. 171
L'hommage lige do feudalaire h son suzerain est la
grande affaira de telle époque. Cet acte d'aisojélissemeni a
toojonrs été aniforme dans le Bngey. Le ?a8sal y faisait
hommage à genoux , les mains dans celles de son suzerain
qui le baisait ù la bouche el lui donnait ses mains à baiser ,
et qui , parfois , lui remellail une 6pée nue , en signe liu
service auquel il s'assuièlissait. Celte cérémonie avait toujours
pour témoins des seigneurs el des personnages considérables.
Dans le Daupliiné , où les seigneurs jouissaient de privilèges
plus étendus que ceux des provinces voisines , le vassal ren-
dail hommage debout et recevait debout l'accolade et l'épée.
Les vassaux des Dauphins, dans le Bas-Bugey , parlicipaient
à ce privilège.
Les seigneurs pouvaient s'assujélir h plusieurs suzerains à
la fuis avec réserve des Gdélilés promises. Celle licence dé-
généra en abus , car celui qui se constituaii homme lige re-
cevait toujours le jSriz de sa ? assalilé et engageait ainsi à
plusieurs son indépendance , par spécnlalion. Etienne de
Goligny , qui vivait en 1280 , en est un exemple remar-
quable. Il était homme lige de huit suzerains à la fois • du
sira de Goligny , chef de sa fiimille , do comte de Savoie , du
sira de Bangé , du comte d*Anxerre , du comte de Bour-
gogne , do sira de Sainte-Groix , de l'abhé de Salnt-Oyen-
de Jeux et de Robert , doc de Bourgogne (l).
Evrard , seigneur de Homay , vassal du sire de Thoire ,
était homme lige en même temps do comte de Savoie et du
duc de Bourgogne. Le titre de cet assujétissemenl est repro-
duit en note comme un spécimen assez curieux de celle es-
pèce d'actes (2),
(I) IHiboMhet,pi|«eé.
• (IJ « Je Eurars , chetialier « aire de Mornaj , fais sauoir à looz que je suit
hotu iige (ie aoble prince Robert , duc de Burgoinc et ba repris de lui li-
fci^aot vingt lior«« d« ma (erre que ja à Saiat-Murgnien ; et de ecs not
17â wonosMàMUE msTOMora
L'ambitioo et l'orgneil des seigneurs se refimieiil sooTent
aui hommages on en exigeaieot indûment. Celte violation
de la fol jofée, ces déloyales exigences farenl , ao moyen-
âge , one cause permanente de dissensions , de guerres et de
calamités dont les populations étaient les principales Yte-
timea.
LES SIRIS DE THOIBB ET DE VILLARS.
Le XIII* siècle vit la puissance des sires de Thoire à son
apogée. Sans parler de leurs trente-deux feudataires de la
Dombes , énumérés par Guichenon , ils recevaient dans le
Bugey de nombreux et remarquables hommages. Nous avons
déjà mentionné quelques familles puissantes qui leur étalent
assujéties au XII< siècle , les La Baulme , jadis indépen-
dants , maison féconde et puissante , qui a eu la gloire de
produire la branche tollaléralc des La Baume de Montre-
vol (1) , les Bussy , seigneurs de Bussy , d'Kria , de Brion et
d'Apremont (2) , les Balmey (3) , les Moyria (4). A ces ii-
liurcs de terre je dois inoslrcr au cerlain commaiulemctit le duc monseignor
de cotdite qaanl ii li ploira cnvoier pour ce sauoir ; et li promcl foj et léallé
eerlâtoe de lut aerTir de mon poovmr eootre tonte» gens et oapecialenent
coolre le ■eigaeur de h Tour et contre ton* entre» et ee li proniet*je , aenve
k Cfiaoté qoe je dois i monaelgnor de VilUre et ma conte de Senoje. Ceit
saélé do mon klo! et don Seanl de l'efBetal de tios. t'en HCCLXXXIV . le
mardi après la S.iint Dcny«.
Recueil de l'orard , page ."57.
(1) Lca la ISaulme ctaieiil stigiicurs de la Balme-sur-Ccrdon , de Fro-
mentet , de Langes , de la BAliv-sur Cerdon , de Saiul-Juliu , de la Hccar-
derie , de la Vermqoiére , etc.
Ils portaient d*or à la bonde d'aiur. Diverse» eontidéralioofl anr rorigine
de» la Bannie de MontroTel et enlr^aalre» la eonromité do nom et de» arme»
démontre qu'ils étaient aoe branche «oUatènle de cette grande maison.
En cfTet , ceux-ci portaient au.^si d'or i la bande d*»«or, virée. Lea La
Baume du Buge; devinrent par U suite comtes de Saiot'Aawor. U est pvo-
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DO BOttBT. 173
lustres fasMQx , fidèles à la bannière des Thofre, il faut
ajouter : '
Les Aleman , i->Mi> lie In ntir^sanle famille dauphinoise de
ce nom. Pierre Aleman , alliré dans le lîuijoy par Hum-
berl V , sire de Tlioire, vint s'y (^lablir en 13:20. Celle fa-
mille reçut successivement en inféodalion les (iefs d'Arbenl,
de Mornay et du Coiselcl ; clic s'est éleinle au XY^ siècle.
Son ècu était de sable à an lion d'argent , couronné et armé
de gaeales. Parmi ses persounages distingués brille Louis
Aleman , archevêque d*Arles , cardinal de Sainte Cécile ,
vulgairement connu sons le nom de Saint Louis d'Arles ;
Les ChâtilIon-de-Micliaille , qni« après avriir été vassaux
des comtes de Genevois , s'attachèrent è la maison de Thoire
par d'étroites alliances. Leur seigneurie comprenait toute la
région entre le Rhône et ia Valserine , le mandement de
Seyssel et le prieuré de Nantua. Plusieurs sous-fiefs , entr'au-
tres IMusinens et Mussel en dépeiidaienl. Les seigneurs de
Ghâlilluii-de- Michaiile portaient d'argent ù la croix de
gueules ;
Les Matafelon • seigneurs de Montîllet el de Marlignal ,
bible que Pierre de l« Belme , qui reçaten iaKodatioo do cente de Se*
veie • Tan tSOf • ia seignenrie da Tiret • prée d*Âaiiiériea « était ina dTane
Imiiche de eette iioiBbie«ife bmille.
Ed i3S5( HonbeitT* (ire de Thoire , donna en Gef , avec haute , mo-
jenne et basse jutUoe , & Pierre de la Balme » soo filtf la (erre et la maiioo-
forte de Cocites , au nonl de Poncin , dans la paroiwe de Saiat-Albao.
(2) L't'cu tics Hu'sj lilait écarlflc d'or ol d'.iziir.
(3) Les Ualme) , si-igneurs dans (a Cuinbo-du-Val et de Dorcbes , lur
le litloral da Rhône , poriaiaiit dlieminei aa caotoa aenetlre • dutifé d*OB
deaable, esptoyée • i den t4tet.
(4) Le» Mejria * ae^oeurt do Kailb • et par la «aile baroae de ChAtilloo-
de-Gomeîlle t portaieet d'or i la baode d'aior , aoeoMpagoée dt m bUteUee
en erie ; deiiae s hula wMêH mOkt «af «to.
174 MONOGRAPHIE HISTORIQUE
ramille éleinie au XV^ siècle. Leurs armoiries étaieot d'azur
à uo taureau d'or , passant ;
Les Rogemonl , seigneurs du Val de Rogemont, de Lan-
lenay , de Corlier el de la Véliëre , vniilanls chevaliers dont
les descendants devinrent seigneurs de Yernaux dans le man-
dement de Saint'Sorlio , de la Tour de Priai et de la ba-
ronnie deChandée dans la Dombes. Leur écu était de gueules
au lion d*or , armé , lampassé et vllené d*aznr , avec cette
de?ise guerrière : à moi ! En 1336 , Pierre de Rogemont ,
surnommé le capitaine Lacome , fit horomage an sire de
Thoire du cbâteaode la Vélière , qu'il avait construit sur le
territoire d'Isenave.
Les Dortans. seigneurs de ce lien et d'Ufelle , remontent
au XI* siècle. An XIV* , Hugonin et André de Dortans
étaient , l'un écuyer » Tantre conseiller du sirè de TItoire.
En 1390 , André II de DoHans était liailti de Montréal , soit
de la Montagne. Sous Hurobert VI , Renaud de Dortans
ayant fait ajouler une tour à son cliilleau , le sire de Thoire,
son suzerain cl haut justicier , s'oppose à celte conslruction.
L'affaire est soumise à l'archevi^quc de Lyon , tissislé de deux
chanoines et de deux chevaliers ; ces arbitres ju{5'ent que le
seigneur de Dortans était dans son droit en se fortifiant
contre ses ennemis , sauf à faire l'hommage de celle leur au
sire de Thoire (1 1.
Les Du lireuil , damoiseaux , possédaient le sous-hef de
ce nom prés de Poncin. Les hommages de ces seigneurs du
Breuil aux sires de Thoire sont mentionnés par Guicbenon
4 répoque du X1U« siècle (2).
(t) .Ii'éea dm DorUnt était de gmato» à sue faiee d'argent , accompagoco
de lieif uneleto , deos eo ehefet rtelre es peinte ; deviie : JKnw/ettMdt.
(9} Les 1ht Breoil perlaieat éeartelé ans 1** et 4« d'or , a« fpVlo» d'atw j
am !• et 3« fascé d'or et de gueolet. à l*ai^ d'aior, eooronoée d'argeot ;
devise : Celare divinum optu.
Pour toute* le* familles et les géoéalogiet ci-deaiaa f yoit GaicheDoa»
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DU BUOEV. 175
En 1370 , HomberC III , sire de Thoire , recouvre dans
Naaloa le droU de garde dont 8*étaieDl afnranchi les prieurs
Booiface et Philippe • princes de la maison de Savoie. Nous
avons vu EUenne II , son père , perdre celle gardiennelé h
la suite de ses démêlés avec le prieur Bonifoce , et sa veuve
Béatrix de Faucigny , après avoir pris les armes pour se
soustraire h la sentence arbitrale de i^hS , être contrainte à
s'y soumellre par les vigoureuses repr»^sailles des habitants
de Nanlua. Yingl-deux ans après , Ilumbcrt III rt^duil
le prieur Jean , abbè do Siiiiil-Scinc, successeur lU' l'h'ilippe,
à conclure un traiN' par lequel , non-sculemeiil la ville et le
château rentrent sous sa protection , mais encore tous les
(iefs (lu prieun'?, depuis la rivière d'Ain jus(ju'.i la seigneurie
de Chrtlillon-de-Michaille , y compris le chilteau de Snint-
Germain-de-.Iout , à la condition expresse d'en reconnaître
l'abbé de Ciuny comme seigneur suzerain. Pour ce droit de
garde est accordée au sire de Thoire une somme annuelle de
cent sous genevois, concernant le château de Nantua,de
quinze livres genevoises pour la ville et le prieuré , notam-
ment pour les villages de Charix , d'Echallon et de Gonda-
mine , le tout payable le jour de la iète de saint Hilaire , 5
mai. Le droit de garde dans Brénod et Saint-Martin-dn-
Frêne continue d'appartenir au sire de Thoire comme précé-
demment ; il est formellement énoncé dans celte transaction
que la Juridiction de tous les fiefi du prieuré est au prieur,
investi de la haute , moyenne et basse justice , tnerum el
mixtum imperium , et que le MoUard du Pori , si souvent un
sujet de contestation , sera un terrain neutre sur lequel ne
pourront être élevées ni rortiflcations ^ ni fourches patibu-
laires. Cet important traité prouve que les abbés de Clony
n'ont jamais perdu leur droit de souverainelédansNantua (1).
(tj Bibthtiuea MtotioM , caput C cenlaric U.
176 MONOQBAPBIB BI8T0RIQ0B
Hiimberl 111 avait épousù Alix de Bourgogne , fille d'Eu- .
des 111 el d'Alix de Vergy. Les seigneuries d'Arbcnlclde
Marlignal , que celte princesse lui avnil apportées en dol ,
furent la cause ou le prétexte de la ruine des sires de Thoire,
el , chose remarquable , celle ruine fut consommée par la
main d'un sire de Vergy.
Humberl IV continue l'œuvre d'agrandisseincnl si bien
COndoile par son père. L'abbô de Sainl-Oyen-dc-Joux ac-
quiert sa proleclion par la cession du châleau de Sainl-Crer-
main et de la moillé de la montagne de Sainl-Sarge, à con-
dition d*7 bâtir nne maison-forte dont Tabbé ae réserve
Toccupation , pour sa sûreté. La même année 1299 , le sire
de Thoire , en témoignage de son alTection pour cette abbaye,
lui cède ses droits seigneuriaux dans le fief de Dortans à
Texception de la justice criminelle (1).
L'abbé de Chezery sollicite aussi et obtient , au prix de
quelques concessions, la protection d'Humbert lY.
Ainsi , du mont lura aux bords de la Saône , une longue
zOne de territoire est soumise h la puissance du sire de Thoire
el (le Villars , domination dont le centre est Poncin , siège
de leur chambre des comptes , el dont le beau chillcau aurail
dû être leur séjour liabilucl.
La haute considération dont jouissait Humberl IV auprès
des princes ses voisins , avait pour base son noble caractère
autant que sa puissance. Nous voyons les sires de Beaujeu
et de Montluel , après s'être fait la guerre pour des hom-
mages qu'ils se déniaient mutuellement , le prendre pour
arbitre en 1287 ; Araédée el le Dauphin de Viennois ré-
clamer sa médiation , el le porter garant de leur traité de
paix.
(1) L'abbé d«8aiDt-0]reu«de.Joi» était 6It d'Ranbert IV. CoBeunuie»
cMtnti de proteeiioa , Voir GaiditnoD, IMMal. dtë tJubrêi de LalayMo»
Bière , tome S '» pege tiT.
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DU liUGEY. 177
GesmeraiD du Haut-Bugey , décédé eo 1301 , fol inhumé
dans l'abbaye de Sainl-^en-deJoai dont il avait été le pr<H
lecteur. Le nécrologe de cette maison contenait cette modeste
mention : « £é 4 mai de la nudité amiée , eil dieidi Hum~
« 6crl , ehmUiir , tire de Thoire et de YiUars» »
. Son fils et successear , Humbert V , agrandit ses posses-
sions , mais en s'assajétissant à des hommages. De ce prince
date la décadence de ta maison de Thoire. En 1304 , il re*
connaît tenir du comte de Saroie la maison-forte de Guil-
laome du Mollard , damoiscaa , celle de Pierre-IIlion de
Rogemont , chevalier y les chûleaux de Verfoux el de Mor-
nay, tous fiefs et chilleaux mouvanls de son autorité ; il re-
çoit en échange de celle concession la seigneurie de Monldi-
dier , provenant dos seigneurs de Ghambul. l*our la posses-
sion de ce fief, il se constitue ainsi homme lige du comte de
Savoie. Furent témoins de ce premier abaissement Humbert
de Luyricu et Pierre de la Baume , seigneur de Valutin.
Humbert V reçoit encore , à charge d'hommage, du Cha-
pitre de Lyon , le château el la seigneurie de Trévoux, avec
réserve des droits de péage ; puis, il ne se borne pas h des
sujétions partielles ; en 1308, il se constitue vassal du Dau-
phin Jean ; au prix de sept mille cinq cents livres, il lut
remet Poncin et Villart • ses deux plus bell)» seigneuries ,
pour les tenir immédiatement de ce suzerain. Habitué è ces
actes de vassalité , il finit en 1383 par Tbommage lige de
llornay , de Verfey , de Ghana , de Bâlon • de Gorlier , de
Rogemont , de Saint-Martinnitt-Fréoe , de Yolognat , de
Montdidier, de Vaugrinense, à Aymon , comte de Savoie.
Parmi les témoins de cette dernière dégradation , on re-
marque Girard-la -Guêpe , seigneur de Yarax , Tillustre
Galois de la Baume , chef de la maison de Blontrevel et le
seigneur deChâtillon-de-Micbaille (1).
(Ij £a • Humbert V inféoda ie eefde Mirigoat à Huinlwri ilo Cha-
ia
178 MOMOaiAPBIB mSfOBIQUB
Humbert V et Jean , éTéqoe de Ttlence , 4MliiiiDistrateDr
dn prieuré de NanUia , conviennent , par an trailé dn S4 jnin
1331 , d'ane délimilaUon eoncernant les jaridiciions dn
baillage de Montréal el dn prieuré. Ces! an titre remar-
quable en ce qu'il nons apprend que le village de la Glase,
à Textrémité dn lae , était alors one léproserie , el que ce
titre est écrit en vieux langage da temps dont les mois et
les locutions sont restés dans le patois du Bagey avec leurs
élymologies latines [1).
Ilumbcrl cul de son «'pousc , Elèonore de Beaiijeu , un
fils qui fut son successeur sous le nom de Humbert VI. Ce-
lui-ci fut un vaillant chevalier , exclusivement adonné aux
armes , suivant It^s mœurs de son temps. En 1330 , s'étanl
rais au service du roi de France , il figure au camp de Ton-
neins , accompagné d'une foule de chevalier^ bannerets et
d'écoyers. Pierre de la Pain el Gallois de Baume , bien qu'ils
ne ftassenl pas ses vassaux , conviennent de suivre sa bannière
el de combattre à son cri de guerre ; mais cet accord est
suivi d'une dissension apaisée par l*inlervention des cbefo de
l'armée française et la médiation d*Henri de Villars» évéqae
de Valence.
Dans ces guerres , Gallois de la Baome s'élève par sa va-
leur el sa capacité au rang des plus renommés capitaines de
son temps ; il reçoit du roi de France les fonctions de grand-
maître des arbaléliers, ce qui équivalait aux fonctions de
grand-matlre d'artillerie. Chargé de la défense de Cambrai ,
il se jette dans celle place avee le sire de Thoire et la défend
contre une armée formidable d*Anglais (2).
uurdt qoi yconilraiailinichftteavdiHit MvojailanêoN les rmaet ea 1680;
Mr bor eaplacaBest eil piéMotenênt vm Baiion de CMn]Nigae.
(1) Traita dt la thnitath» dit Mitm rit Tkolnttdtllamimi pnmmé»
VHitî. du Bugey , GuichcnOD , page fSl.
(S) Eo riicompcDM dea Mrvieet que le tire de Thoire ««ait reodM M roi
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DU BCf.EV. 179
MieuiL que ses prédécesseurs , Humberl VI sut maintenir
Mdigoitéde souverain. 11 obtint du comte de Savoie une dé-
daration par laquelle ce prince reconnaît n'avoir sur lui ni
mieraineté « ni haute juridiction , sauf le simple hommage
de quelques fiefii isolés. Il eut l'honneur d*élre député du
Dauphin de Viennois , pour la réunion du Dauphlné à la
France.
Humbert VI avait épousé Béatrli de Savoie , petite-fille
du Dauphin , et en secondes noces , Béatriz de Ghâlon.
Son fils et successeur , Humbert VU , fut le dernier des
Thoire. La ruine , en quelque sorte soudaine de cette puis-
sante maison , est imputable à Timpéritie et à. Hudolence de
ce sire de Thoire » violemment déponillé de ses étals par le
due de Bourgogne. Nous ne suivrons pas Gollul dans le récit
de celle cataslrophe ; les documents d(^posd'S dans les ar-
chives de Savoie , reproduits par Guklïenon , démentent
les assenions de l'Iiislorien du comté de Bourgogne.
Nous avons dit que les liefs de Montréal , d'Arbenl et de
Marlignat furent constilués en dol h Alix de Bourgogne ,
épouse d'IIuraberl III ; on ne sait si ce fut à charge d'hom-
mage. Les annales de celle époque , pleines de transactions
entre les feudalalres et leurs suzerains , ne présentent aucune
induction sur ce fait.
' Sur la Gn du XJV* siècle, le duc Philippe-le-Hardi,
comte de Bourgogne , eiige la soumission d'Uumbert VU ,
non seulement pour les fiefs détachés de son comté en faveur
d*Aliz , mais encore pour d'autres fielà qui , depuis long-
temps , relevaient des sires de Thoire dans le Haut-Bugey.
CSette ez^Doedudoc, oonseiliée sans doute par son gon-
dana In ferres conlre les Anglais , il fut gratifié sur le trésor de Franco
d'une iotQD|0 de quatre ceols livres. ^Archives de ta Cbambie de$ complet de
Ms).
180 liONOURAPHIE HISTORIQUE
verneur da comté , avait été précédée de qaelqaes actes hos-
tiles. Déjà , H avait pris iodOmeot sons sa proleclioii les
bourgeoisies de Montréal et de Saiot-Martio-da-FréDe , et ,
chaque Jour , son juge de Montmorot empiétait snr la justice
des terres de Thoire.
A cette injuste prétention de Pliilippe-le-Hardi , Hum*
bert Vn répondit que , jusqa*à an certain point il concevait
que Montréal « ArbettI et Marlignat fbssent en discnssIoD
concernant un droit de soieraineté , mais que poor les fiefo
dont ses ancêtres lui avaient transmis la possession souveraine
dons le Bu^'cy , il était injuste de la lui conleslcr ; que le
Irailé uiilre Etienne de Thoire et Jean de Clidlon , comte de
Bourgogne , allesl.iil formellement l'iiiviolabililé de ses
droits ; qu'au surplus , par déférence pour le duc , il consen-
tait ù remettre ces questions ù l'examen de son conseil ducal,
séant à Dijon , sous la présidence du chancelier de Bour-
gogne. Ce conseil ordorme en conséquence une information
sur les réclamations élevées de pari et d'autre. Mais le duc ,
par le motif que celte alTaire concernait le comté de Bour-
gogne , en saisit son parlement de Ddie , qui , le 5 mai
1401 , condamne le sire de Ttioire à relâcher la plupart des
fie6 revendiqués , et à payer une amende de vingt-cinq mille
livres estévenantes (1).
Les magistrats et les oiBders, envoyés dans leBngey pour
Texécution de cet arrêt , ayant élé mal reçus des populations
et des châtelains, le duc ordonne au maréchal de Vergy,
gouverneur du comté , de s'emparer des Etats du sire de
Thoire. Ce maréchal fait invasioo dans le Bugey avec une
armée , munie d'artillerie, il assiège et prend aussitét les
(1) Les litres cMévcnantes et les viennoises étaient de même valeur ,
comme il résulte d'uo lilre analjsv jinr M. de LalejMOoiére , Recherche»
loae 3 I addilious au lone i , page XXIV.
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DU BUGEY. 181
châleaui de Montréal , d'Arbent et de Matafelon. Le château
de Brion , soua les ordres de fiussy , fait quelque résistance ;
celui da Bairoey , vaillamment défenda par Pierre de Roge-
mont , nommé le Capit0in$ La Corné , foreé de capituler
faute de secours , est rasé. Le maréchal s'empare ensuite des
chAteanx de la Veliére , de Yarey et de laBatie-sur-Gerdon ;
il met desgouferoeurs dans tontes ces places , reçoit le ser-
ment des vassaux , institue des juges et se retire après celte
vigoureuse eipédition dont la rapidité et le succès 8*ex*-
pliquenl parle nouvel emploi de rartillerie.
Cependant , le sire de Thoire , saisi de stupeur dans, son
château de Trévoux , au lieu de marcher contre son ennemi
avrc ses vassaux de la Dombes, cherchait à le désarmer par
la voie des rn''gocialions , en iniploriinl l'intervenlion des
princes voisins. A sa prière , le comte de Savoie députe au
maréchal de Vcrgy Jean de la Haume , seigneur de Yalufin ,
et Antoine de Chalanl , son chancelier , pour solliciter une
suspension d'armes ; mais arrives après Texpédilion du ma-
réchal, CCS députés ne peuvent rien obtenir.
Ainsi fui consommée d'un seul coup la ruine de la maison
de Thoire, dans leBugey, par des mains qui ne recueillirent
pas ses dépouilles. Peu de temps après, en effet , Louis II ,
duc de Bourbon et sire de Beaujeo , proGlanl de la conster-
nation d'Humbert Vil , acquiert ses Etals de la Dombes , et ,
quelques années ensuite , le comte de Savoie , par d*henreuses
négociations, ijoute è ses fiefs du Bugey les anciennes pos-
sessions de Thoire.
La politique, qui maintient et agrandit les maisons souve-
raines , manquait aux sires de Thoire. Ces aigles des petites
guerres féodales , qui de leur forteresse s'élancèrent en téte
de leurs rudes vassaux à la conquête des contrées voisbes
et qui fondèrent ainsi leur domination an sein de Tanarchte
seigneuriale , disparurent avee cette anarchie. En abandon-
182 MONOGRAPHIE HISTORIQUE
napl poor la Dombes les montagnes da Bogey , berceau de
leur puissance , où se rotrempail leur vigaeur « ils commirent
une faute , principale cause de leur ruine.
Homberl Vil , chargé d^annôes et d'ennuis • moonit dans
le château de Trévoux dont il s'était réservé l*iisafrait et
fat inhomé l*an 1423 , dans i'église du monastère de la
Cbassagne , dont 11 avait nommé Tabbé et les religieiix ses
héritiers* La race des Thoire ne finit pas toutefois en loi. De
sa seconde femme , Marie de Genève , il avait en on fils qui
Ibt institaé , par son oncle maternel , héritier do comté de
Genève.
URS OOIITBS DB 8AV0U.
Les possessions des comles de Savoie dans le Bugey , au
XIII* siècle , ont un périmètre qu'il est bon de constater.
Autour de la seigneurie èpiscopale de Belley , le territoire
qui leur est assujéli a ses limites de Dorches à Lhuis , dans le
bassin du Rhône ; de Lhuis ii Torcieu , dans le défilé de Sl-
fiamberl , par les cooGns de la Chartreuse de Portes ; de Tor-
cieu à l'ouverture de la Combe-du-Yal, par Brenod « j|]sqD*à
la MIcbaille.
Le comte Pierre , que la flatterie des historiens otBciels de
la maison de Savoie a surnommé le petit CharUmagM • ré-
gnait en 1S60. Septième fils dn comte Thomas , il avait sao-
cédé à son neveu Booiface , an pr^adice de son neveo Tho-
mas • comte de Maurienne. La loi saliqne était observée
dans la snecession des comtes de Savoie» mais non le prin-
cipe de primogénilare.
Pierre» étant en Angleterre auprès da roi Henri lY , son
neven , apprend que le sire de Beaojea lai déniait lliomaiage
des seignearies de Virieo et de Chéleannenf , dans le Valro-
may. Ces fieb avaient été coostitnés en dot par Amédée è
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DU BDGET. 183
Alix , sa fille , épouse da bisaïeul de Goichard VU. Le sire
de Beaiyea demandait en verta de quel litre il en derait
rhonmage an comte de Satoie. Pierre , de retour dans ses
Etals , Mi oomiater par témoins son droit de sueraineté ;
des vieillards avaient gardé le souvenir de l'hommage fait par
son prédéoesseor.
Vers la naéme époqve , Pierre reçoit la sonmission dn
comte de Genevois, dans son chAtean de Gomillon , à Sainte
Bambert , en présence de Tabbé et de lean , évéqne de
Beltey (1).
Son frère Boni face , archevêque de Gantorbéry , prieor de
Nanlua , décédé en Angleterre peu de temps après , laisse
au Bugey , dans son testament , les témoignages de son aiïec-
lueui souvenir'(2). Portes , Arviéres , Nantua , le Chapitre
métropolitain de Belley, Sainl-Sulpice prennent part à sa li-
béralité ; il lègue vingt livres fortes pour l'œuvre du pont de
Pierre-Châlel , en construction sur le Rhône. De 1250 à
1200 , il avait fait recooslruire le chAleau deRassillon dont
il était apanagislc.
Philippe, huitième ûls du comte Thomas, successeur de
son frère Booiface au prieuré de Nanlua, archevêque tilo-
laire de Lyon, jonissait de riches bénéOces ecclésiastiques,
sans être lié aoz ordres. Gomme son frère le comte de Savoie
était sans enfants, mais non sans héritiers mêles, l'ambitieni
Philippe se démet de ses dignilte religleoses pour épouser
Alix, fille du comte de Bourgogne. En Tabsencede son neveu
Thomas, prisonnier à Turin, il succède au comte Pierre dans
la principauté de Savoie. U est vrai que celui-ci l'avait fbit
son héritier universel par testament, daté du 12 mai 1S63.
Dans cet acte de dernière volonté, il lègue i sa fille Béatrii,
(1) Guichenon, Preuves de l'hi$t. de la rncùtOH de Savoie , page 283.
(S) Guicbeooii , Premie* dt ru$i. à* te im lÊ t m i» Smwic , pago 59.
184 MONOGRAPHIE lUSTORIQUE
épouse de Guy, dauphin de Viennois, les seigneuries de Saint-
Rambert et de Lompnes , avee les fiefo de Rogemonl de
Dorches el de Châlillon-de-MIchaille ; è ses neveu, les sei-
gneuries de Pierre-GbAlel, de Seyssel el de Monlfalcon ; A
l'église de Sainl-lean-Baplisle de Belley, deux cents livres
viennoises ; même somme à Bons ; A la chartreuse d*Ar-
vières, vingt livres ; autant à Heyria et h Portes ; quarante
livres pour la construction du pont de Pierre-Cbétel (I).
Astucieui et habile, le oomte Philippe se fait Tarbitre de
tontes les grandes affaires de la Bresse et du Bugey. 11 avait
pris un si grand empire sur le dernier sire de Baugé, qu*i]
s'élail fait donner par Icslament la moilié de la seigneurie
de Baugé avi'c la lulcllc de Sybille, unique hérilièrc de
celle grande maison. Pour légilimer celU; usurpation , il
marie celle riclie liérilière à son neveu el son successeur
Amédôe. Par ce mariage, le comte Philippe, en ajoulanl la
IJresse aux Éllals de Savoie, crée aux princes de sa maison une
grande prépondérance dans le Bugey. Dès-lors, le défilé de
Sainl-Kamberl, seule voie de coranuinication cnlre leurs lïlats
de Brosse el du Bugey, devienl pour eux un passage d'une
grande importance ; le châlcau de Saint-Germain d*Aml>é-
rieux, Tobjet principal de leur convoitise ; ralliancc avec
Tabbé d'Ambronay, d*une ulilité évidente. Philippe suit celle
politique d'agrandissement en poussant l'abbé d'Ambronay à
se soustraire à la domination des dauphins de Viennois, pour
se placer sous la protection des comtes de Savoie.
En^ 1272, Isabelle de Beam'eu et Renaud, comte du Fores,
son mari, demandent au comte Philippe rinveslilure de Vi-
rieu, de Ghâteauneuf et de Gordon, pour leur fils Louis dont
le mariage était projeté avec la princesse Éléonore de Savoie.
(1) Guiciiouoii . Preuve» de l'htsi. de Savoie , i>agc 75. J«aa , évéque de
Beliey , fui lémoiti de ce tcstaïucMit.
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VO BI7GBY. 185
Par lellres palenles du 29 mars 1-273, Louis de lleaujeu
prend possession de ces tiefs (1), (Juelques années après,
ces seigneuries du Vairomay, limitrophes du mandemeiil de
Lompnes, sont l'objet de la transacliori suivante :
« Nous, Philippe, comte de Savoie, et Louis, sire de Beau-
jeu, portons à la connaissance de tous ceux qui Uroot ces
présentes, qu'un différend s'étanl élevé entre noas au sujet
de la dëUmilaUon pour la juridiction des seigneuries de Lom-
pnes d*une |»arl, de Yiriea et de Ghâleauneuf d'autre part,
désirant éteindre celle contestation par amiable composition,
nous en avons nommé arbitres, nous, comte de Savoie,
Hognes Isard, et moi, sire de Beaujen, le seigneur Girard de
Langes. Ces chevaliers ont pouvoir de limiter la seigneurie
de Lompnes, appartenant au comte, et les fiefs de Virieu et
de Ghâteaunenr, au sire de Beaujeu. »
« A cet elTel, et suivant le témoignage des hommes les plus
âgés et les plus respectables de la contrée, ces arbitres ont
fixé les confins suivants : du sol de la Prosa au Golet de
Donres; delà, par Paneien chemin, à l'entrée de Matières;
de ce point, la ligne sëparalive s'«Hend directement, par le
sentier des Uermiturcs, jusqu'au Molard de Duigracos ; i>uis,
jusqu'à la fontaine du pré Cuniliias, en allant du pré Crolpans
au Pas de la Sauge. »
« Il est bon d'observer que nos seigneuries, qui d'ailleurs
aboutissent au vieux mur de Meyria, et qui ont pour confins
la fontaine de Mediopran, le rotiu-r de (iringerbia, les ro-
ches de Virieu cl la croix de Saint-Maurice, restent ainsi li-
mitées, sans que nul autre puisse se prévaloir des présentes.
Fait ù Belley, le samedi de l'oclave, après la Toussaintt
1281 (2). »
(1) GaicbAOon « fllir. mmuerUeiu Dombti , pags tlt et 273.
(S) GoiebeDO" « Pnmtt»4ttlâÊt, 4» Bttgef , pife 187.
186 MONOGRAPBIB HISTOaiQDB
Ea 1285, les aeigneuries de Ckâteanneaf, de Viriea el de
Gordon rentrant en la poflieflsion des prinees de Sevoie, per
échange entre Louis de Safoie, seigneur de Yand. et Isabelle
de Beaojea. Le comte de Savoie qni voyait d'nn cbîI ombra-
geoi s'agrandir ainsi dans le Begey les domaines d*«n prince
de sa maison, en conçoit an vif déplaisir et y reftase son as-
sentiment, l/année siiivante, Amédée Y consent à raliBer cet
échange, à condition qne le sira de Beanjen continuera de
lui faire Thommage de ces fiefs, quoiqu'il les eût aliénés.
Après les princes de Savoie, les seigneuries de ChâteaiK
neuf el de Virieu, réunies, furent possédées par Honoré
d'Urfé, Ois de Renée de Savoie, marquise de Baugé. Celle
terre, d'abord érigée en comté, reçut le lilre de marquisat
du Valromay, par lettres palenU s de 1012 (1). L'auteur de
VAstrée fui le premier marquis du Valromay. Celle seigneurie
comprenait dix-huil paroisses. Le ch<1leau , bâti par les
princes de Savoie, s'élevait sur un rocher, près de Songieu,
environné des épaisses forcHs de sapins qui ombragent les
montagnes de celle région du Bugey ; ses murailles étaient
d'une excessive solidité, et sa principale tour d'une grande
liaulear. Honoré d'Urfè se plaisait à résider au sein de ce
paysage, et à jouir de ses sauvages beautés ; c*esl là, dii-on,
qu'il écrivit une partie de ses pastorales galantes ; mais, s'il
s'inspira de ces lieui sombres et grandioses, ce tai pour pein-
dra une nature contraire (8).
(1) Ihru et prmm^ T^H. dte Bugey , page 193*
(1) OBititqae,MmlMfictioiM d« oetto pMtonde , dVifé « wkémt
mom atte Diane de ClifttMii»Morand p abeile^ar, qnidetiolparla
nile ion épouM. Les d'Urfé et les ChÂleaox-lloraod tenaient le plus haut
ranq dans le Forest , lieu de la scène dans la roman d'Astrée , ainsi qu'il
nous l'apprcud dans la préface de cet oujrage , qui a eu une grande célé-
brité et qu'on ne lit plus : n Que si quelqu'un me blasroe de l'avoir choisi
UB léatre peu reHouinù eu Europe , t'ajani esleu le Forest , petite contrée
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DU BDQBT. 187
Dans kl wignearie de Vineo, â Yirieo nâme, ^taîl no
ions-fief, appelé la Teur dg FtHeu, possédé par la bmille
des Pnrts. Des UIres du X* siéde meotionooit des seignenn
de cette maison. En 1434, Lonis des Prots, damoisean de la
Tonr de Ylrieu, était en même temps seigneur d'Arlemare ;
il obtint du corole de Savoie, à lilrc de récompense, haute,
moyenne et basse justice.
Les évéques de Belley, enclavés dans les Étais de Savoie,
maintiennent avec soin leurs droits de souveraineté, départis
par les empereurs. A diverses fois, ils avaient griiLTensement
assisté les comtes de Savoie. Dans la crainte que ceux-ci ne
se prévalussent par la suite de ces secours volontaires, pour
en exiger h litre de suzerains, un évêque, Pierre de la
Banlme, obtient du comte Philippe une déclaration authen-
tique par laquelle ce prince reconnatl riiidépeodance des
évéqnes et. s'engage à la respecter (1).
pt pea coDOM panai l« Gaole*, vé|iMdi4e«r , bovire , ^m c*m te
lien de ta naissance. »
Mais qu'outre toutes ces considérations encore , j'ai jugé qu'il valait mieux
que j'honorasse ces pays où ceux dont je suis tlesccinlu di'|Kus leur sortie de
Saobe , S<Utaudia t ont vescu si honorablement par tant Je siècles.... Car
•'«Al été Bé(iod«, Homère , Piudare et aotre» grands personnages de la
Grèce , le noat Paraaiitf «l l'caa d'Ujpocréae ae aerateat pas plas «iliaiéa
■aialeaaat qoe notre oMat dlioure oa l'oade da Ligaoa. Hous de? on* cela
•a liea de nostre miMaaM et de aoalie rfcemire de le readre plna hoaoté
el renommé qu'il nous est poMÎble. ■ ( Préfœ* dê tJmrée ).
(1) Voici cette déclaralioo :
Ko$ Pliilippm C, Sabaudie notum fadmus universis prmentea UtterOt i>»»P**'*
lurit , qnod citm vtn. in Christ, dom. Peinte , cpi^cripu'i BellicemU , ac etican
cive* et capilulum beUicetue , nobis et geiuibus notlris , ad requisitionevt nottrM
^ Çuerra nottra plmtm mutilium prœtttUriitt quotlea per noi aui uottro$ rtq^
^fturmt, Noi eoiiikmnirttrteofiuudmitt gaedlfil pmedlfcfi/eceriutl
otffBo dttito , iu< pro eo qnod wMt et wMrIs ad prœOeta/acitmdo *******
abc mAoimw HCC bdmÊdhmu gae tmprmdleiU aUfMd t k ie m in pottenait
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188 MONOGKApms mstoiiQiri
Le eomte de Savoie étaot décédé quelques mois après dans
son ehitean de Rossinoo, son neven Amédée, comte deBaugé,
lui succède, au préjudice de son frère atné, el conclut avec
ce même prélat un traité de délimitation concernant les ju-
ridictions de Bellcy el de Rossillon. D'après ce litre, daté
d'Asti, 1290, « la première liinile osl fixée au milieu du
grand ponl sur Furan, nu lieu dil île Parrigneu, en des-
cendant au pont de Bognens, vers le mandement de Cordon.
En amont du ponl de Parrigneu, la ligne île séparation
suil le chemin du Moulin de Uolluindd, el de ce moulin au
chemin deBelley, vers rexlréniilé du champ qui louche, d'un
côté, ce chemin, el de l'autre la Châtaigneraie de Holhonod.
Delà cette ligne aboutit ù une grosse pierre au-dessus de la
Chalaigneraic, et suit la crèle du côteau qui sépare la pa-
roisse de Belley de celle de Chasey, jusqu'au bac de Covernoi,
el de ce point au village de Magnieo, conformément aui
conGns de la paroisse de Belley. »
Cet ancien titre est digne d'observation, en ce qn'il ren-
ferme les anciennes dénominations des localités , et qu'il
constate que la seigneurie des évéques de Belley ne s'étendait
pas au-delà de sa banlieue, ainsi limitée.
En 1360, l'évéque Guillaume de Martel acquiert une ei-
tension de ces limites du comte Amédée YI» surnommé le
Camti «cri, par titre daté du château de Pignerol. Cet agran-
dissement de son territoire seigneurial oonsbtait seulement
en quelques terrains détachés des seigneuries de Rossillon
el de Cordon d'un côté, de Rochefort et de Plerre-Chatel, de
rentre; ils forent concédés au prii de neuf mille trois cents
florins dW, honi ponderis.
m
m
pinai» dMltm gêner etur.,..
Daium apud MottUi , die jovk mtt Jèêtm B, Mart» Êlagdklem , À,
MCCLXXXV.
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DU BU6BT. 189
Poar que l'indépendance des èvéqaes de Belley, vis-ft-vis
les comles de Savoie, ne fût pas l'objet d'un doule, Jacques
deSaint-Andrt^, élu évôque en 1312, rachète, raniice suivante,
d'Aymon, comte de Savoie, le droi7 de régale, en vertu du-
quel ce prince prétendait à l'adminislralion, h la garde el aux
revenus de la seigneurie épiscopale, en temps de vacance.
Ce droit, d'un faible avantage pour les comtes de Savoie, n*6-
lail profitable qu'aux olliciers chargés de l'administration
provisoire ; il fui délaissé pour cent dix livres de Tours, en
gros deniers d'argent, ù TO rond, lequel valait huit deniers
tournois, comme il résulte d'un litre de 1325, rapporté par
feu M. de La Teyssonniére.
Sous Tépiscopal de Nicolas de Bigues, la ville de Belley
fol presqae loule délroite par an iocendle, dont od ignore
lesdrconslaBces, el qai Ail, dans le temps, allribud à la mal-
▼eillanoe, comme en faisait foi celte inscription lapidaire,
placée à l'angle de la maison d*an particulier (1) :
l'an mgcglxxxt et lb xy m met d*oo
TABTOT AFRÉ LA SAN BAlTOLOintOU
DORMAN PIDIA, VEILLAN ÉNÉQUITA
DE BELLAY FO ARSA LA CTTA.
C est-à-dire : le 15 du mois d'août 1385, le jour qui suit la
féle de Saiul-Barthélemy, lorsque les boiiiiétes gens étaient
plongés dans le sommeil, la malveillance livra aux flammes
la ville de Belley.
Lompnes, Cordon, Rocheforl et Pierre-Châlel étaient des
fiefs du domaine privé des comles de Savoie, administrés par
on aeul gouverneur appelé bailli du Bugey , |>|eD
(!) I.a pierre qui portail cette inscription a été employée da"' ^*
consiruciioo d'une partie de I» calbédrate , en 1766. Chronique*
parumeni à$ Céin , page SO.
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190 ' MONoaiAmiB bictobiqi»
plus grande partie de cette province ne fut pas sous leur
aalorilé.
Guichcnon rapporte que le château de Lompnes a été
occupé par les comtes de Savoie jusqu'au milieu du XV«
siècle ; que le duc Louis rinféoda h Louis de noimisnrd, pour
prix de ses services. Avant celte libéralité, la fcimille de lion-
nivard résidait à Seyssel. L'illustre prisonnier de ChiUon,
François de Bonnivard, était fils du premier seigneur de Lomr
pnes. Néè Seyssel en 1496, il fui pourvUi fort jeune^da ri-
che prieuré de Saint-Victor, à GenévCt qu'un de ses ûncles
lui arail resigné. L'élévation de son esprit, son érudilioo, son
dévouement à Taffranchissenient de Genève, sa patrie adop-
tive, les persécutions aniquelles fat en butte ce généreni par-
tisan de la liberté civile et religieuse, les beaux vers surtout
' de loid Byron ont immortalisé sa mémoire et jeté un grand
éclat sur cette AuniOe du Bugey.
Les Bonnivard possédèrent Lompnes jusqn^en 1592, épo-
que où cette famille Ait éteinte ; ils portaient d*or 4 une
croix de sable, chargée de cinq coquilles d'argent.
Le château de Lompnes, construit par Urbain de Bonni-
vard, évôque de Yereeil, s^élevait sur un mamelon, au sein des
hautes montagnes du Bugey. Cette seigneurie, érigée en vl-
comlé, fut acquise, en 1655, de Bernard de Moncossut, sei-
gneur de Baleur, par Guillaume-Philibert d'Angeville, sei-
gneur de Cuioz et de Monlvéran ; elle était séparée du ter-
ritoire abbatial deSainl-Sulpice, par la croix de Saint-Maurice,
et s'étendait du côté de Brenod, jusqu'au lief de Monlaigu.
Sous Amédée V, le prieur de Nantua, possesseur de ce fief
de Montaigu, ayant relevé les fortifications du chdteau, le
♦ comte, oiïusqué de cette restauration sur la limite de ses
terres, en requit la démolition. Il fut prononcé par le comte
de Genevois et le sire de Thoire, arbitres de cet affaire, que la
citadelle serait démolie, sans pouvoir jamais être reconstruite.
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m BDflKT* 191
La seigoenrie de Cordon, après «votrété donnée en apanage
à des princes el à des princesses de Savoie, fut Inféodée à
la famille du nom de ConJoii, vers lo milieu du \1V® siècle ;
les sous-liefs d'Kvieu, de IMuvy, de Vérin el du Crozct en dé-
pendaient. Charles de Cordon, écuyer, ( onsciller el maître-
d'hôlel de Charles, duc de Savoie, oblinl la haute juslice avec
fourches palihulaires, par lellres palenles datées île Chambéry ,
6 juillet 1508. La famille dcCordon a conservé celle seigneurie
jusqu'à la ilévolulion. Le château dont Henri IV ordonna la
démolition était dans une belle situation, sur le littoral du
Rhône. Ses ruines et sa vieille tour décoaronnée, d'un effbt
pilloresqne, ont été reproduites par le crayon des paysagistes.
La famille de Cordon est Tane des familles seigneuriales
les plas anciennes de notre province. En 1200, Albert de
Gordoo était seignear des Marches, avant que le fief dont il
portait le nom appartint à ses descendants. Fidèle aux princes
de Savoie, cette maison cessa de résider dans le Bogey après la
conqtiéle d'Henri lY ; elle portait écartelé d'or et de gueules,
avec celte devise : iout sont confralnis.
Bochefort«ur-Séran a été possédé par les comtes de Savoie
jusqu'en 1870. A cette époque, où ils récompensaient les ser«
vices oiiiitaires de leurs vassaux par de nombreuses et riches ia-
iéodations, Pierre de Gerbais reçut en don la seigneurie de
Rochefort. Dans le cours du XY« siècle, Antoine de Gerbais,
sans liériliers mâles, transmit Rochefort, por alliance, aux che-
valiers de Menthon, originaires du Genevois, el dont les des-
cendants l'ont possédé jusqu'à la liévolulion. Colle terre fol
en leur faveur qualifiée de baronnie. Les de Menlhon por-
taient de gueules au lion d'argent, à la bande d'azur, bro-
chant sur le tout.
Les belles ruines du château de Rochefort au milieu d'u"®
sombre végétation de chênes, en perspective sur rocher
qui doDiioe le littoral du ftbôoe sont très^miifqiiAbleA *
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192 MONOGRAPHIE HISTORIQUE
elles induisent uoe fortiÛcalioD féodale plus imporlaote qu'elle
n*ëtail réellement.
A ces fiefs do domaine piîTé des eomles de Savoie, il fSiiil
ajouter celai d^Arlox, que la famille de ce nom n'a Jamais
possédé ; RossiUon, Tune des plus anciennes et probablement
la première de leurs seigneuries dans le Bugey; Seyssel,
ville assise sur les deux rives du Rhéne, laquelle n*A jamais
été inféodée, même è titre d*apanage. Par lettres patentes de
Philibert Emmanuel, elle fut perpétuellement unie à la cou-
ronne ducale, privilège respecté, par la suite, lorsque les
habitants réclamèrent contre une inféodation par le doc
Charles Emmanuel en faveur d*ttn Seyssel, marquis d*Aix-
les-Bains; Sainl-Ramberl, siège du juge mage des princes
de Savoie, «'•rigé en marquisat, Tan 157G, pour un prince
de Savoie, cl dont le château fui démoli par le maréchal de
Biron, sous Henri IV.
PIEBRE CHAT£L.
Dans celte revue des fiefs de la maison de Savoie dans le
Bugey, nous consacrons un chapitre spécial h Pierre-Chétel,
établissement religieux et militaire tout à la fois, sous Tan-
den régime, et qui a conservé son importance comme forte-
resse nationale.
Pierre-Châtel tai un fief médiat des comtes de Savoie,
jusqu^au temps o& Amédée YI, U F«n, y fonda une
chartreuse. La position en quelque sorte inexpugnable du
diâtean sur un immense rocher, presque de tous côtés taillé
è pic et baigné par le Rhône, 6 Tonverture de l'entrée prin*
dpale du Bugey du côté de la Savoie, n*a jamais permis qu'il
ftit au pouvoir d*nn vassal, et que, par une singulière ano-
malie, il cessât d'être diateao-fort encore qu'il fut monas-
tère. Au moyeu'âge comme sons Napoléon, cette forteresse
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bU UUGEY. 193
a Mffi dé prison d*£tal. En 1282, le marqois de Monlferral
et Béalrix de GasIUle, prisonnier» dn comte Thomas III, y
fkirenl enfermés, et ne durent lear élargissement qu'à la
généreuse sollicitation de Guillaume, évéqne de Belley. En
1792, la loi des suspects y firent incarcérer quelques hon-
nêtes citoyens, et du temps de l'Empire, de nombreuses et
illustres victimes, le cardinal espagnol d*Axara, les frères
Noues de Los Rios, grands d* Espagne, des Italiens et des
Français de distinction y furent détenus.
La chartreuse de Pierre-^hâtd eut une étrange origine.
En 1362, le comte Tert avait créé l'ordre do Collier. On
raconte qu une dame de sa cour lui ayant cédé une Ircssc de
ses cheveux en lacs d'amour, celle faveur lui avait inspiré
l'idéi" d'un ordre de chevalerie dont les insignes C'iaicnl un
collier de roses en or, émaillées de rouge el de blanc, joinles
par des nœuds d'amour dans lesquels élaienl enlrclacées
ces quatre lellres : F. E. R. T. La devise, sans doute ga-
lante, cachée sous ces initiales, est restée myslci ieuse en
dépit des recherches el des ingénieuses inti^rprélalions des
énidits. A cet élégant collier, était suspendu un médaillon
ovale, représentant la figure de Saint-Maurice, patron de
la Savoie. Le manteau des chevaliers était rouge cramoisi,
frangé et bordé de lacs d'amour en broderie d'or. D'après
les slaluts, ces chevaliers, dont le nombre ne pouvait eicéder
qnittie, avaient pour chef le comte de Savoie, pour lien de
leur réunion et de leur sépulture, Pierre-CbâteK
Sur la fin de son règne, le comte Tert voulut corriger ce
que Tinstitution de son Ordre avait de trop profane, en le
rallacbant à un ordre religieux : son testament conten&î^
les dispositions suivantes :
« L'an de la Nativité de Notre-Seigneur, 1383, indicl*
Vendredi 37 février, dans le chAteari de Sainl-lgticnne.
^océse de Besançon, le magnifique comte Amédéo, eu
194 MOfroGBAmni Hmoitom
moire des grâces el miscTicordes du Toul-Puissnnl qui Ta
rendu victorieux des ennemis de la foi, en expialion aussi
de ses pôch(''s, ordonne que dans le ch;Ueau de Pierrc-C.hàtel
sera fondé un monastère de Tordre des Chartreux, sous le
vocable de la Sainte-Vierge, où seront entretenus ù perpé-
tuité quinze religieux, en mémoire des quinze joies de la
bienheureuse Vierge. Ces chartreux prieront constamment
pour le salut de T.lme du comte et poar les chevaliers da
Collier, présents et futurs; et, aGn que ces reli'i^^ieui paisseot
y vivre convenablement suivant leur règle, il leur constilae
une renie perpélnelle de mille florins d'or, boni pondtri$t
h percevoir sor les revenus des seigneuries de Pierre-GhAld
et de Cordon, comme il sera réglé par ses exécatears testa-
mentaires. Il lègue en outre aux frères Chartreux pour dé-
penses d*établîssement| vases et ornements sacrés, quatre
cents florins d'or, une fois payés. »
« Le comte lègue d'autre pari, six mille trois cents florins
pour le Pont de pierre, en construction sur le Bhône, an
port de Pierre-Châtel , indépendamment des deux cenis
florins par lui précédemment donnés pour cet objet; en
OQlrc quinze cents florins pour construire h Ventrée do pont
une chapelle en Thonneur de la Sainte-Vierge où, tous les
jours, sera célébrée une messe pour le repos de son âme el des
âmes des comtes, ses prédécesseurs. »
Bonne de Bourbon, veuve du comte Vert, régente de
Savoie, s'ass()('ianl au mérite de celte fondation el ayant à
cœur l'exécution des volontés dernières de son illustre époux,
remet, par une charte autlieniique. au vénérable Vionin,
délégué dn révérend prieur de la grande Chartreuse, le châ-
teau de Pierre-Châtcl el ses dépendances, avec des pro-
priétés foncières, dans cette seigneurie et dans le mandement
de Gordon, propriétés dont les revenus s'élèvent à mille florins
d'or, réservant aut princes de Savoie ei aux chevaliers du
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DO BOeST. 195
Collier, les vasniii, fidélllés et hommages, tes redevanoes,
tes droits féodani, la haute, mojeone et hasse josliee.
Par le même titre, cette princesse donne encore au
Gharlreoi no cellier dans le vignoble de Talissiea, Tahutiadt
consistant en soiiante et «joinse ouvrées de vitj^es, neuf
journaux de terre eonligus. Pais, elle tes instalte elle-4Dènie
dans Pierre-Ghâlel el pose la première pierre de la chapelle
de l'Ordre, en grande solennité, en présence de son fils
Amédée VII, de Nicolas de Bignin, »'*v(}quc do Bolley, de
Marie de Bourgogne, sa belle-fille, da prince d'Achaie el
d'un grand nombre de seigneurs savoisiens, bugésiens el
bressans. Celle cérémonie oui lieu en 1393.
Par la suite, Arat'dôe VIII, premier duc do Savoie el qui
fut pape sous le nom de Félix V, fil quelques changements
anx slatuls de Tordre du Collier; puis le duc Charles III,
pour que cet ordre eut un caractère loul-ù-fait religieax,
le dénomma Ordre de V Annonciade^ el subsUlua l'image de
U Sainte-Vierge à celle de Saint-Maurice, avec la salulalion
angélique an revers du médaillon (1).
Jusqu'à la réunion du Bogey à la France, le chapitre de
Tordre de TAnnonciade s'est tenu k Pierre-Ghâlel ; les che-
valiers y assistaient aux olBces religieux en habit de diar-
ireox. Après le traité de 1601, il Iht transféré par Gharlea-
Emmanuel dans l'église de Saint-Dominique à Mootmeillan,
et en 1697, dans la chapelle de l'ermitage des Camaldulea,
près de TuîiD, Jusqi^'à la Révolution, Plerre-^iîhâlel a été
diartreuse et forteresse. Les prieurs élaieot commandants du
fort, exemple remarqoabte du relâchement religieux qui
'IVccta, au XIV siècle, même l'ordre érimitique de Saint-
Bruno.
principaux vassaux des princes de Savoie dans 1^
%ey, élaienl :
U) Gaielieooo » * et du Bwgtg , page tOO.
196 MONoamAram vistorique
Les Luyrieu, ces seigneurs imlépendanls qui se soumi-
renl en 1307 à Louis de Savoie, seigneur de Vaud el du
Valroniay. Pour cel hommage-lige, Jean de Lurieu reçut
la juridicUon de Tolissieu, de Dorches, de Gharliea, de
Gbavornay, de Champagne, de Vonvray, de Passin, d'Âmai-
siea et de Morlleu, avec une eileonoo de (erriloire à aa
aeigneorie de Luyrieo.
Les Layrien étaient anasi aeigneara de Cnles. L*ancieD
chAteaUf jadia oocopé par lea Sarrasins, ayant été détrait
dans les guerres féodales, Pierre de Lnyrlen, en construisit
an antre à Montvéran, dans une situation moins belle, mafo
pins importante, sur le chemin de Cnloi, à Belley. Justement
alarmé de voir le seigneur de Luyrlea, dont la soumission
était récente, bâtir un château dans une position redoutable,
sur la frontière de ses terres, le comte de Savoie s'opposa à
cette entreprise. Une guerre faillit à éclater entre le vassal
et son suierain. Sur les représentations du seigneur de
Layrien que Montvéran était compris dans son fief de Guloi
el que le droit d'y faire lout changeraenl convenable ne sau-
rait lui Olre contesté, un traité fut conclu contenant l'hom-
raage-Iige de ce rliiîloau.
Nous n'avons j>ii découvrir li quelle époque cl par qtiel évé-
nement fut démanfGlé le vieux cli.ltcau de Luyrieu, dont on
voit les ruines sur le chemin de Virieu à Seyssel. La grande
(our, près de la porte d'entrée, fut élevée par Jeanne, dame
de Luyrieu, en 1V50, suivant une inscription placée au-
dessus de sa principale ouveriurc.
Cette puissante maison de Luyrieu possédait d'autres
fiefs disséminés, ù savoir : dans le mandement de Lompnes,
le fief de Lacou, dont la maison forte était sur le précipice
de Gharabote, aa fond duquel bouillonnent les eaui torren-
fueuses de l'Albarine; celui de la Gueille-sur-Àîn, mouvant
des sires de Thoire, dans le mandement de Cerdon ; le châ-
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OD B06BY. 197
leau (le Thuy, près de Belley, aliéné par François de Luyrieu
en faveur d'in» seigneur de Longecombe, écuyer du (omte
Verl« qui conféra ù <x Gef, haute, moyenne et basse justice,
en 1333.
Les GramotU avaient leur manoir dans un des plus bcaui
sites du Bugey, sur un moiUicule isolé, au milieu de l'admi-
rablo vallée du Sésan, en face du Colombier. Us passèrent
avec les Luyrieu, leurs suzerains du XII* siècle, sous la do-
mioatioo des princes de Savoie. Les anciennes chartes de
notre proTÎDCe mentionnent souvent des personnages de cette
maison qui a produit t'illustre prélat, fondateur d^Vrvières.
Cette famille s'est éteinte au XIII*' siècle; elle possédait le
sous-fief de Pagieu, sur les bords de Faran. Le dernier des
GramonI, sarnommé les OsHl0-5atii(-<?eorgres , légua sa
seigneurie à Amédée VII, qai Tinféoda en 1414 à Goillaoroe
Martel, son mattre d*liOtel. L*éca des Gcamont était de gaeales
an lion d'argent.
Le chétean actael de Graoont, reconstruit sar les fonda-
tions de l^anden, appartient à la famille d*Arloi , qui vint
j résider au XYIII* siècle, après avoir aliéné son lief de la
Servette dans le Bas-Bugey (1).
Les Seyssel. La seigneurie de Sotiionod passa successive-
ment par alliance des Arthoud aux Richelin, des Richelin
BOX Seyssel qui occupent encore à ce jour le vieux manoir,
résidence, pendant huit siècles, des lu-riliers directs d'une
famille qui s'honore d'avoir produit Sainl-Arlhaud. Ce
château est le seul du Bugey qui n ail jamais été aliéné (2).
Les Nucey de Longecombe , dans le mandement de
(1) GUIet d'Ario* ajMit reça «n réeonpenie de ict aerviee» le som^fief
lie la Scrvetle de Jean de la Bauline , abbé d'Ainbroiii^ , bfttîl te cbAleeu en
151 i. Lcsd'Arloz porlaiciil de sabk- à un liun d'argenl.
[i] Les Arth.iud de Solhonnd porlaieiil de gueules au lion d'tff*!"'
de sable , à la fasce de sable brochant «m li' lotit.
Lei Seyucl de SoUionod , gironiiù d'or cl d uxur eu huit pièce**
198 MOIKMBAFIUK HinOMQUB
Lumpnes, possesseur en outre des sous-fiefs de Thuy cl du
Thésieu, reçurent en 1461, d'AmédOe Mil, haute et moyenne
justice pour Longecorabe. Cette famille, durant la période
que nous décrivons, présente dans les annales de la province,
ses preux chevaliers attachés à la bannière des souveraios de
Savoie i elle s'esl éteinte au XVIP siècle; ses armoiries
étaient d'or ;i deux bandes ondées d'azar.
Dans la seigneurie du SaiDl-Ramberl élaieol les seigneurs
de Langes, dool l'abbé Régoier s'était reteaa les Odélités ei
hommages dans son titre d'allénatloo, et les Hootferrand,
seigneurs du village de ce nom, sar les bords de l'Albariae.
On y voit sur deox monticoles oonligns les raines de deoi
anciens manoirs. L'on appartenait aui seigneurs de Hont-
ferrand, l'antre anx seigneurs de Langes. La pro&imité
de ces diâteauz Induit que ces familles étaient étroite-
ment unies par les liens dè la parenté. Les de Langes,
qui ont pris ou donné leur nom h la montagne qui domine le
village de Montferrand, sur laquelle est situé le village de
Monl«de-Langes , sont disparus de noire province dans le
cours du siècle; ils étaient seigneurs d'Arandas et
deConnant; la haute considù-ialiou dont ils jouissaient au
XI'' siècle est attestée par plusieurs chartes de celle époque.
Les Montferrand, pendant les guerres entre les comtes de
Savoie et les Dauphins de Viennois eurent sans doute leur
raanoir démantelé. li> .se n lui,ML'renl à Lagnieu dont le châ-
teau leur fut inféodé au W*= siècle. On voit encore, sur
une porte de château et sur les contreforts de l'abside de
Téglisc, par eux reconstruite, leur écusson sculpté, pallé
d'argeul cl de sable en six pièces, au chef de gueules. Claude
de Montferrand fonde, eu 1476, le chopilre de Lagnieu,
sous le vocable de Sainl-Jeaii-BaptisIe (l). Un titre de
(1) Labttlle de fuiidatiou |iar le |iu|ie Si&te , lialée de Narni , eit diDt ,
le* Prtwet h Mtm dt tkkl, d» Btigey , par Guicbooou , page 197.
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MI BOOBY. 199
par lequel Berlio de Montferraut coooède à Tabbaye
de Salnl-Salpice des droili de pâturage sur la montagne de
PtaDafey, démooire randenDeté de cette famille, dont ooe
braoche possédait le fief de Ghatean-Gaillard , non loin du
conflnenl de TAlbarlne et de la rivière d'Ain.
La bmille des Rossillon, vassale des comtes de Savoie, était
sorti de Rossillon, et en avait pris le nom, suivant un usage
assez fréquent de ce temps-là, comme les iKArloz et les Seyssel
en sont un exemple. Pour prix de leurs services militaires,
ils reçurent les seigneuries de la BAlie ol de Beauretour, et
devinrent ainsi, au commencement du XIV* siècle, l'uue des
lamiUes coosidérabies du Bugey.
LES DAOPmirs DB yniiHoia.
Goiehenon rapporte qu'en 1S69, Philippe, comte de Savoie,
ret^l l'hommage du dauphin de Viennois pour les seigneuries
de VBnig et de Saint-Sorlin (1). Cette assertion de rhistorio-
graphe de la maison de Savoie est dénuée de fondement. U
est constant qu'au XIII* siècle ces fieb n'étaient pas roouvani»
des comtes de Savoie, et que leur autorité dans la vallée da
RhOne n'avait pas dépassé les limites du mandemeot de Cor—
don. Noos avons vu, en effet, les sires de la Tour-do-Pin*
avant d'être dauphins de Viennois, posséder la seigneurie de
riluis, et opprimer le prieuré d'Innimont ; recevoir ensuH©-»
par alliance, desColigny, la gi aiido seigneurie de Saiiil-Sorllo»
octroyer a leurs bourgs du Bas-liugey des franchises reilia^*^
quables ; nous les verrons bientôt soutenir contre les condt-^*
de Savoie une lulle lon^nic et vigoureuse, pour y iuuinl«rat«'^
leur domination, saus que jamais, dans les divers traités c^iM
(1) HUt, de Savait , pife «93. Qtcon , hiilorioo de l« Bre»» , * • **
«««e raiMMi de cet hoaa»^.
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200 MONOGRAPHIE HISTORIQUE
furcnl conclus durunl ces guerres, la suzerainelé anlérieuie
des princes de Savoie sur ces deux Oefs ail élé conslalt'îc.
Les possessions des Dauphins dans le Bugey s'iMendaienl
de niais aa conflaeol du Uhûue el de rAio. Toute la plaine
d*Ambronay avec les premières montagnes leur ôlail soumise;
ils avaient le châleau de Varey el celui de Sainl-Germain-
d'Ambériett, k rentrée de la gorge de TAltiarine, l'on des
miens fortifiés el des pins importants de la proTince ; le
fief el le château de GbAtiilon-de-Corneille, dans cette chaîne
de montagnes.
Maîtres d*ane grande partie de la rive droite do Rhône dans
le Bogey, comme les Allobroges do temps de César, el de
la belle plaine des Ambarres, théétre de tant de guerres el *
d'invasions étrangères, les Daophins se font les protecteors
de Tabbaye d*Ambronay. I^es abbés acquièrent nécessaire-
ment cette protecUon, car celle qu'ils avaient achetée des sei-
gneurs d'Anthon, au prix du château et du fief de Loyeltes,
était insuflîsante, les seigneurs d'Anthon étant hommes-liges
des Dauphins.
Si le nombre des seigneurs, vassaux du Dauphin dans le
Bas-Bugey, n'csl pas considi'rablc, il contient du moins les
noms illustres de quelques maisons puissantes. Au premier
rang sont les la l*alii de Varambon, sur la rive droile de
l'Ain. Guichenon a retracé la généalogie de celle famille,
qui occupait dans la Dnmbes une situation indépendante, lors
du démembrement de la Bourgogne Iransjurane. Comme les
la Palu élaienl en même temps seigneurs de Saint-Maurice-
de-Rémens, auquel ils ont concédé des franchises, à Timila-
tion des dauphins de Viennois, nous leur devons une notice
pour ce noble libéralisme, qui n'a pas eu d'émoles parmi les
fendataires do Rogey.
Dans son recueil des chartes du duché de Rourgogne, Pé-
rard a inséré plusieurs titres et actes de dernière volonté, qui
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DO BD6BT. 301
lémoignent de la grandeur et de ropnienoe des la Palu.
Geoi qoi éaiaoent de Pierre de la Pala, général des armées
de Philippe de Valois dans le Languedoc et • la Guyenne,
sont revêtus d'un sceau où ce personnage est représenté à
cheval, tenant une épée nue d^une main, et de Tautre, son
écu armoirié, de f^iienles à la croit d^hermines, avec celte belle
devise : mourir plutôt que se souiller. »
De celte maison sont "«irlis neur chanoines tlu chapitre de
Lyon, deux abbés de Tournas, un<le Lnveuil, un d'Ainay, un
patriarche de Jérusalem, un cardinal célèbre, des gouverneurs
de province, (h^s in.iréchaux el des gc^nérauv d'armée, une
foule lie vaillanis chevaliers. Les la Palu étanl sei^'oeurs de
Varanibon el de Itichemoril, sur la rive droite de l'Ain ; de
Saint-Maurice de Remens, sur ia rive gauche ; le cours de
cette rivière leur était assujetti. Un titre de 1300, en forme
de transaction, faite avec l'abbé d'Amhronay, constate quMls
avaient seuls le droit de construire un pont, à Toricnl de
leors possessions (i). Le 5 décembre 1330, Guyonnel de la
Pala remit ft Henri de la Tour, évéque de Metz, tuteur de son
neveu Guignes, le fief et le château de Saint-If aurice-de->Re-
mens. Le régent les lui rendit anssitét en reeevant son hom-
mage, avec promesse d'îassistance contre les comtes de Sa-
voie (2).
On a vu les Briord figurer dans la nomenclature des seignears
indépendants; ils se soumettent à un suzerain dauphinois pen-
dant cette période. Le J 1 novembre 1278, leoffred de Briord,
conseignenr de Sahil-André de Briord, rend fol el hommage
k Humbert, sire delà Toor-dn-Pin, pour sa part dans la sei-
gneurie de ce nom. Le siùcle suivant, en 1327, le dauphin
Guignes VI, par suite d'échanges avec Amblard de Briord,
(1) Archives de Smnt-MaMrice'de-Rémem*
(S) ArtkhÊn de SalnhMiairiu-de-Mmem*
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909 MOirOOBAnilB ristokiocb
lui inféode en loule jusliie le chiUeau de la Serra el le village
de Seillonas qui, de lemps immémorial, «'lait compris dans la
seigneurie de Briord. Ces deux lilres fixent le terme de leur
indépendance, en les consUluanl vassaux des princes du Dau-
phiDé(l).
Les Grosk'e, ("galemenl indépendants, suivirent Texemple
des Briord. En 1S90) le châleau de Nérieu avait été donné, h
tilre d'ioféodation, par le Dauphin, à on puiDéde la maisoo de
Groilée , disposée par cette libéralilé à accepter la fueriineté.
Le 14 décembre ISSS, Anselme de Grosiée remet à Henri,
loleor dn jeune dauphin Goigues, son château et son fief de
Grosiée , pour les rece? oir imroédiateroenl de loi à charge
d'hommage. L*hahileté de ce régenl el sa bonne administra-
tion contribuèrent beaucoup k la soumission de ces seigneurs,
el firent entrer dans la mouvance du souverain 'dauphinois
ces beaux fieb dont les chAleaux s*élèvent sur le Rhdne. La
plupart dessous-fieCs du mandement deSaint-Sorlin, Lagnieu,
Vaux, Saint-Denis-de-Cliosson, Chazey-sur-Ain étaient, sui- *
vont loule apparence, du domaine privé des Dauphins ; nous
n'avons rclrouvé aucun lilre d'inféodation qui se rapporte
5 cette période du XilFsiècle, à l'exceplion de la maison-forte
de l'île de Sainl-Vulbas, concédée, en 1:>H8, par le dauphin
Ilumbert, à Péronnel de Buîmic, avec une rt iile de cinquante
sous, h percevoir sur les redevances concernant le port du
Rhône el du sous-lief de Rufieu, paroisse de Sainl-Sorlin,
donl Hunihcrt de la Fontaine, chevalier, construisit le château
dans une magniOque position sur le rivage de ce fleuve.
Dans le mandemenl de Saint-Germain-d'Ambériea était le
sous-fief de Douvres, possédé par la famille d'Oncieu, dès le
XII1« siècle. Ces vassaux des Dauphins acquirent une certaine
importance par leurs richesses et lenrs services militaires.
(1) Ànkbm de 8alm'MaMrke-de-IUmmM.
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DU lîKil.Y. 203
Les annalisles daaphinois prélendenl que les d'Oncieu étaient
d'origine anglaise* el qu'ils avaient donné ù leur château le
nom de thworei, en mémoire de leur ville natale ; mais cet i c
asBertioo eit me de cet fables qae se penneltaienl aoCrefois
les généalogistes. Gaidienon,qol a vériflé les litres de cette fa-
mille, nous apprend que Jean d'Oncieu, probablement sorti
du village de ce nom près de Saint-Rambert, était seigneur
de Hontemos en Dombes, et qu'il devint seigneur de Douvres
en épousant rhéritière de ce nom. Plusieurs personnages do
cette Ikmil'le étaient ensevelis dans l'abbaye d'Ainay, dont ils
avaient été les bienfaiteurs. Leurs lombes et leurs épitaphes
figurent parmi les antiquités de cette abbaye. Les d^Ondeu
y sont qualifiés de damoiseaux, domieelli ; ils portaient d*or
à trois chevrons de gueules (1).
Celle descriplion de Télal féodal du Bugey, sous ces trois
suzerains, jointe a l'analyse des franchises, met en lumière
l'iiisloire de celle province au XIIP siècle. Quelques Iraiis
sur les institutions el les mœurs de celle époque doivent com-
pléler ce tableau.
Le XIV'-' siècle est le terme des petites guerres féodales.
Celle amélioration s'accomplit progressivement avec toutes
les réformes d'une civilisation lente. C*esl le beau temps de
la chevalerie , issue des Croisades. Les seigneurs, dont les ar^
mes sont la passion, n'ayant plus à guerroyer entre eux, se
mettent au service des princes étrangers. Leurs sympathies
les entraînent à la délivrance de la France, déchirée par les
grands vassaux de la couronne, menacée d*étre conquise et
asservie par les Anglais. En combattant dans la Flandre et
dans la Guyenne ces implacables ennemis de la France* Us
obéissent en quelque sorte à un sentiment patriotique et iem-
(I) Ces inscrijttioiis tumulaire» oui clé re|iroduilc> d»u9 la Rewe du Lffon
natj , décembre 1847.
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90k MOTVOOIAPBn HimtfQim
blenl pressentir les fnlures desfitK'Ps du Biigpy, appelé h ùire
un jour province française. La journée île (Irùçy cul élé moins
funeste, disent les liironiiiueurs de cette époque, si l'on eut
suivi les avis des chefs saroisiem, c'est ainsi qu'ils nomment
les principaux seigneurs de la IJresse et du Bugey, soumis au
prince de Savoie. En téle de ces braves chevaliers, qui accou-
raient au secours des rois de France, sous la bannière de leurs
suzerains, brille par l'éclat de sa valeur et de son mérite,
rillnstre Gallois de la Baume, chef de la maison de BIodI-
revel.
Lorsque Jean 11, en 1355, rassemblait des troupes pour
repousser l'invasion du prince de Galles, pres(|ue tous les
seigneurs de notre proTince se rendirent au camp de Saint-
Omer. Les noms de ces guerriers nous ont été conservés dans
un compte-rendu au roi, par B. du Drack, son trésorier.
Nous copions cette liste comme un document curieux qui
complète le sujet de ce chapitre.
CHEVALIERS BANNERETS.
Galois de La Baume, venu de Bonrepos, avec trois bache-
liers et cinqnanle-trois éruyers.
Guillaume de la B;uilnie, >enu de l'Abbergement, avec trois
bacheliers et vin^'l-rinq écuyers.
Henri de Varax et dix écuyers.
Hugues de Gramont, un bachelier et dix écuyers.
Humberl, sire de Thoirc et de Villars, venu de Montréal
avec sept chevaliers bannerets et quatre vingi-seiie écuyers.
CHBTAUn» BAGBBUBUS.
Guichard de Groslée, venu de Grosiée avec un bachelier et
quatre écnyere.
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DU UDGEY.
Jean de Rogemont et deux écuyers.
Jean de Lyobard venu de Saiotf-Sorlio avec denx écayers*
Jacqnes d^Apremonl, vena de Ghambéry avec cinq écoyers.
Humbert de Luyriea, TeiA de GoroelleB avec cinq écayers.
Philippe de Baasy, veoa de Gbaoay avec ooie écuyers et
un chevalier.
Fierre de la Palu, veno de la Palo, avec trois écoyers.
Pierre de Bonnivard.
éCUTEBS:
Arthur de Jîriord. venu avec Irois «écuyers.
Jean de la Balme, le jeune, et un écuyer.
Jean de Longecombe et deux écuyers.
Robert de Meuthon et oeuf écoyers, venu de Menthon en
Genevois.
Jean du Thézieu et un écnyer.
li'Asoe de Langes et on écuyer.
Pierre de Bogemont et deui écuyers.
Hombert de la Baulme, seigneur de la Balme-snr^erdon.
Tel éUit Tétat féodal ; l'étal des populaUons, principal
objet de cette histoire provinciale, présente quelques modifica-
tions notables pendant cette période. Nous voyons, sous l'in-
fluence de la civilisation qui a dicté les franchises» les commaoes
non affranchies agrandir leor organisation municipale. Jalouses
de s'approprier ce que le mauvais vouloir des seigneurs leur
avait dénié,elles tendent fts'administrer à l'Imitatioo des bourgs
privilégiés. Ainsi, d'après un titre remarquable de 13^3, la
communauté d'Arandas élit ses syndics dans les mômes condh
lions et avec les mêmes allribulions qu'Ordonnas, bourgade
libre au seiii des mêmes montagnes.
A cette époque, des hommes d'Arandas pillèrent la Char-
treuse de Portes. Juslenieul indigné d'un brigandage dont les
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206 MONOGRAPHIE UISTORIOCE.
cas, loutefois, étaient devenus moins frt^quents, le comte de
Savoie ayant ordonné h son ciiâtelain de sévir contre les cou*
pables el de prendre des mesures pour prévenir de semblables
désordres, ce chAlelain pensa, a/ec raison que la meilleure
manière de les prévenir élail une plus forte organisation du
pouvoir municipal et il en favorisa l'essor.
ta soumission des seigneurs indépendants concentre le
pouvoir souverain , le restaure , le fortiOe et précipite vers
son terme ranarchie seigneuriale, au profit de Tordre et de
la prospérité publique. Cette soumission a pour eflét une
amélioration notable dans le gouvernement de la province,
& savoir, la création de la hiérarchie administrative résultant
de rinstitutlon des baillis. On présume que le premier bailli
institué dans le Bugcy par le comte de Savoie fut Girard de
Langes qui vivait en 1279. On a vu qu'André de Dortans
élail bailli de la Montafjne, soit des terres deThoire, en 1390.
Ces gouverneurs avaient sous leurs ordres les chillclains
des seigneuries mouvantes d'un intime suzerain : ils repré-
sentaient le prince dans rexerrice du pouvoir e\('culif; ils
étaient en même temps administrateurs du baillagc et minis-
tres de la justice ; mais, il est diflicilc de décider, à défaut de
documents, s'ils avaient dans leurs attributions une juridic-
tion d'appel. Collet el Guichenon, très-compétents sur cette
question, semblent induire la négative. Néanmoins, si l'on
considère qu'au XIll' siècle, le pouvoir exécutif el le pouvoir
judiciaire n'étaient pas précisément distincts ; que dans les
provinces voisines, notament dans le comté de Bourgogne, les
baillis, à celte même époque, étaient juges d*appel *, si Ton
considère que les révolutions, qui d^an siède à raatre changent
on modifient les institutions des peuples, ont attribué par la
suite celle juridiction d*appel au Ututenant du baUlagef il en
permis de supposer que les baillis du Bugey recevaient par
appel on par évocation certaines affaires d*ordre public
DU Bcon. 907
et qu'étant en général ce qae les châtelains étafeot en parti-
culier, ils avaient, ainsi que ceux-ci, uoe juridiction réglemeD-
taire et de haute police.
La justice des liefs du comte de Savoie et des princes apa-
nagisles était rendue par un seul juge dont le siège était à
Sainl-Rambert Pendant la période précédente, ou pour
mieux dire, durant l'anarchie féodale, la justice de chaque
ûef était sans appel, sauf dans certains cas au conseil du
suzerain. Au XIl" siècle, les juges mngcs des suzerains
sont investis d'une juridiction dont la compétence sï-largil
progressivement jusqu'à la création des lieutenants du bail-
lage. Enfin, aa-dessus de ces juridictions 8*élevait une ju-
ridiction souveraine, le parUmmt du prince^ cour ambu-
latoire, présidé par le comte, assisté de seigneurs laïques et
ecclésiastiques et des jurisconsultes de son conseil privé. En
1886, le comte Aymon, prince très appliqué fc Tadminislration
de la justice, tint son parlement & Ambronay (2).
Le serf ou le mainmortable, continuateur de l'esclave des
Romains, toujours attaché au sol pour le cultiver, avait subi
par les institutions féodales une modification qu'il est bon de
remarquer. Le serf n*était plus, comme sous les Bourguignons,
Taccessoire de la propriété foncière, il était devenu l'accessoire
du fief ondu sous-fief; il était une chose immobilière et féodale
tout-A U fois. Les communautés religieuses dont les privilèges
étaient fort étendus pouvaient avoir des mainmorfables sans
avoir (ief et justice seigneuriale. Ainsi, le prieur de Portes, qui
ne possédait ni fief, ni, conséquement , justice seignieuriale,
avait des hommes de main morte, comme il résulte de quelques
( I) Âono Don. MCCCXX , die nerearii Xfl . mentb Itiln Foemiit publi,
eatœ atteililioiM* taatinn bis annexa , coram nobb Petn» de De^ngiaeo-»
judiee Beoferii et Movaleiia , apnd Senetan Bagncbertum jnreniein « pco
illml. Tin» Ancdeo « coniln Sihnndia. Dnlnm npod 8. Ragnebortan t ele.
(S) Capré, IVaiWMM.de In CkaMtre de* CoaqMaff dsaaMfo, pige 11.
SOS MOKOUAIHIB BinOBlQDB
litres eomervés dans n<w archires (l). Nous voyons Tan de ces
prieurs mellre sous la proteclîon d'Aymon, chiUelain de St-
Rambcrt, drii\ frères maimiiorlables de la Chai Ireusc^ à con-
ditionqu'ils paierojil aimucllcment au chillclain dou\ livres de
cireel avec la rôsei \e de reprendre son droil sur ces deux hom-
mes. Cet acie, à la «lato ih* juin est r( \(Mu du sceau sei-
gnieurial porlanl reiiii)r('inU' d'une kMe de cheval.
I.e serf pouwnl Otre \endu el il était habituellement vendu
avec la propriété féodale. Un litre remarquable de 1208 nous
en présente un exemple. Guillaume de Condamine, &Jsd'Huin-
berl du Balmey, damoiseau, Mariette sa femme et leurs quatre
lils vendent aux chartreux de Meyria, Marchigay et ses enfants
avec les (erres quMIs cultivent, plus, sa maison d'habilatioOf
ao prii de dix livres viennoises. 11 esl renurqnableque, dans
cet acte de vente, le serf esl placé en premier ordre comme
objet principal de la vente, la propriété n'étant qn^accessoire.
Dans la plupart des titres de cette sorte la stipulation est
en sens inverse.
Sur la fin du XIII* siècle, les notaires sont inslitnés dans
le Bogey, sous le titre de elens de to cour de /usltce, par
les seigneurs haot justiciers. AnIérienremenI, les ecclésias-
tiques, seuls lettrés dans ces temps d'ignorance, étaient, comme
on lésait, en possession de rédiger les chartes el actes pu-
blics. Cette attribution conférée au clergé par la nécessité,
subit une modification du XIP au \IW siècle, en ce que
la rédaction des actes fut dévolue à rofficialité du diocèse de
Lyon dont la circunbtripUoii embrassait une grande partie du
Bugey.
(i) Vaprit oo intre titre» non daté» maia dont l'époque peut élre Bxée i
l'muéo Itf S t Albert de la Tour-du-Pio dooee poar la aalot de Mn Sne i
Oieo • A la bienheureme Marie et i la cbartieoie de Porte* • iomuà de
Saiiit-SorliB • «on homme , ateo lea héritimet tout ce qu'il pe«Me. Ptfl«f
de Porter » onrMm dg l'Am.
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DU mm. S09
PendaDt le XIll" siècle, la plupart des actes forent reçus '
par Tofficfal de Lyon on par un clerc, son délégué (1).
Ces actes portent le sceau de^rofficialité. Les clercs, délé-
gués Institués par Tofficial, doivent être considérés comme de
véritables notaires larques, les premiers, dans notre province,
qui sans avoir eu le tilrc de notaires, aient été vériliiblemcnl
Investis des foiiclions du notarial. La civiiisalion doiil nous
avons suivi la marche pas-à-pas, ayant propagé sur la fin
du XIIP sircle les notions lilléraires, les sei;^neurs liauls jus-
liciers instituèrent dans leur cours de juslice des ilcrcs laï-
ques pour écrire cl recevoir les conventions des particuliers,
pour leur donner la forme authentique et pour garder en dé-
pôt les actes judiciaires. Guillaume de Moreslel, bailli du
Dauphin dans la baronnic de la Tour-du-Pin qui compre-
nait la seigneurie de Saint-Sorlin dans le Bugey, nomme par
leUres-patcnles, Guillaume Pellerin, elere†la courdtfjiis-
tice dans le mandement de Salnl-Sorlin en 1290 ; en 1393,
Humberl, sire de Thoire et de Yillars, institue aussi elere de
la cour d0ju9ti€$ Ponce ou Poucet, matlie d'école. Au XIY*
siècle, le derc de la cour de juslice prend la qualification de
nataifê impifial (9).
(1) Dans UD aclc passe aux calemles de juin 1275 , conccniaiil la vente
d*aiie terw à Villeboia , rofficial ne »e donne aucun délégué , il énonça
DwM OD aalra acte foil i Lagnien an mois d'octobre ISTS , H délègue le
curé de Lagniea : « JVto magUltr Guttldnau , «urlua imett Jluti, ofBaalia
coria lufduncnsis , nolum farîmus, quod coram domno Stéphane de Villa
ncversura , Capcllano Lagniaci , coria ooiln» ad lioe i nobUdepalale..... •
Archives de l'Ain.
(2) Voir un acic de vente rvi^n par Ponce, c/erc de Montréal eu ^300 •
La(C}'88onière , tome 3 , page 129.
le* Enipcrcun d'Allemagne élrieat nmbwUmeM wnmMns do la Braaie
et do Bogey. Les comte* de Safoie , qni le aont conatanmenl ^pnandia A l*dde
d'nnn feinte aeniniarioD • ptenaient le titre de vkotm da SainbCmpire.
14
210 MONOGRAPHIE IIISTORIOUB
Il esl curieux d'observer la rédaction des nclcs cl leur forme
à ces diverses époqaes. Jusqa'aa XV* siècle, dans le Bogey, les
litres sont écrits en latin, alors que dans les provinces voisines
depuis près d'un siècle» l'usage était de les rédiger en français.
Lear rédaclioii esl en sens inverse du progrès des lumières.
En effet, les chartes el titres des siècles précédente sont dairs,
concis, d*one bonne latinité, d*ane calligraphie remarqQable;
ceux de la fin du Xill* siècle , an contraire, commen-
cent & être écrits avec cette prolixité fatigaante, avec
cette répétition ioterminable'des mêmes formules, défiiiits
qui distinguent les actes des siècles suivants et dont les notaires
ne se sont pas corrigé, même dans les siècles littéraires de
Louis XIV et de Louis XY. L^écrituro des XV* et XV1>
siècles devient presque illisible, tant les abréviations sont mul-
tipliées et les caractères difTérenls de ceux en usage avant et
après ces deux siècles dont nous retracerons les mœurs el les
institutions, sous le régime d'une civilisation à peu près sta-
tionnaire (1).
P. Guillemot.
(1) Nous avons aualysc succiiiclcmcnl l'histoire du notarial , au niojen-
àgc , dans le Dugcy. On ferait un livre Irès-curicux et très-utile , en dérc-
loppaot ce sujet cl en l'cclairaiil par b reproduction des charte* et titres les
pliM evrieo% , emprualét k loola* lit époques. Nos arcliiTetrenTeimeDtdci
documente tur tonlet lei ptiMW de eelte intiUolion , depu» la charte da
Vm« «iéde jaiqar& l'aele andieaiiqae da elero de U eoor de jutiiee et du
nelatreinpériil, Ponr fB«ifiier ce tnmil , noiu indigoone le* eoureee où
nous avons puisé -. Dom IhIxEloii i D9 rê ^moHei* Daetoge , Lnieysso-
liièrc , Re^er€ke$kiêi9rifU9 , toneiS et S. Pvpitrt di PorM » archives de
l'Ain.
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BLUETTES Kl BOUTADES.
Le plus grand châtiment d'un scélérat n'est pas d'ûtreieconnu ,
mais de se connaître.
S'il pouvait voir le vide que fina sa mort, l'orgueOleax serait
moins fier de la place qne tient sa vie.
Le traité de morale qui peint nos vices nons semble moins un
miroir qu'une fenêtre an travers de laquelle nous voyons défiler
nos voisins.
Un premier amour donne de l'esprit aux. flUes , le jeuoehomme
est moins bète au second.
L'amour se place avaiil l'hymen , comme une préface trop
courte en tôle d'un livre sans fin.
Pour trop de gons une honne alTaire ne saurait être une mau-
N aise action ; ce qui pè&e dans leur l>ourse est toi^jours léger sur
leur conscience.
Les avocats sans clients se font journalistes ; ils plaident pour
tout le monde , ne pouvant plaider pour quelqu'un.
J. PBnTSBNN.
Voici en qnels termes M. Lenorroant, rapportenr de TA-
cadémie des loscriptions et Beltei-Lettres, s*esl exprimô an
sijel de deu de nos compatriotes, MM. Monfaloon et Greppo,
auxquels ont été décernées des menlioiM honorables :
<c L'an dernier, l'Académie décernait une mention très-
honorable à Vnistoire de la ville de Lyon, par M. Monfal-
con ; l'auleur nous a envoyé cette fois le second volume, qui
forme le complément de l'ouvrage. Votre commissiOD y a
constaté ou grand progrès : à mesure que l'historien avance
dans sa tâche, sa narration s'anime et sa manière s*8graodit.
SIS
Le rt^cU de la première époque révolutionnaire, appuyé sur
des docnmenls aalhenliques, présente un intérêt da premier
ordre ; mais aussi, h proporiloo que le sujet se rapproche de
noire (époque, il s't'lolgne de Tobjel de noire concours; de
sorte que, quand l'écrivain e^t devenu tout à fait digne de la
médaille, il se trouve que nous n'avons plus le droit de la
iai décerner* C'est qti*au fond H. Monfalcon est plos histo-
rien qQ*antiqaaîre ; partout ailleurs, ce sera peut-être un
éloge : qu'il nous pardonne si notre point de vue nous oblige
à en juger diCfércmmcnt.
.« tn autre érudil, qui depuis longtemps i>'occupc des ins-
criptions antiques de Lyon avec une expérience consommée
cl une sagacité peu commune, M. l*abbé Greppo, correspon-
dant de rAcadéroie, a soumis à votre jugement des Études
archéologiques sur les eaux thermales ou minérales de la
Gaule. S'il ne s'agissait que d'uiiL' certaine sûreté de criti-
que, M. Greppo n'aurait pas de rivaux dans ce concours, et
la première médaille aurait dû lui être décernée sans con->
testation; mais plus le mérite d'un écrivain est apprécié, plus
on se montre exigeant fi son égard, et c'est pourquoi votre
commission se refuse à voir dans les Éludes sur les eau r
thermales autre chose qu'un premier essai, qui aura besoin
d'être complété et remanié. Le sujet a été judicieusement
choisi ; M. Greppo avait une connaissance trop profonde de
l'antiquité roin;iine pour no pas s'apercevoir du rang qu'as-
signaient aux localités de la Gaule, riches en sources Iher-
mates, les habitudes curatives et même hygiéniques des an-
ciens. Partout où se montrait ce bienfait de la nature^ des
villes étaient fondées, la population s'agglomérait ; une fon-
taine minérale exerçait alors la môme attraction que plus
lard, sous l'influence des idées chrétiennes, la cellule d'un
solitaire. Aussi, en déterminant les positions, en tixanl la
synonymie antique et moderne, M. Greppo tronve-t-il Toc-
casion de rectiOer les itinéraires et de jeter quelques lumières
sur les divinités topiques, auxquelles la plupart des sources
étaient dédiées. Le livre est écrit avec une clarté parfaite, cl
avec le degré d'élégance quo comporte l'érudition, et dont
nos .maîtres de Tanciennu Académie nous ont laissé des
modèles accomplis. Nous voudrions pour beaucoup que la ré»
. serve imposée à nos éloges déterminât M. Greppo à entre-D
prendre une seconde édition de son ouvrage. »
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LOUJS-PHILIPPË D'ORLÉANS,
ÉTUDBS BIOGRAPHIQUES.
Se qiM «yfpicio gntia , M qiM mmallBUi»
QUATRIËMË PARTIE (1).
L'insurrection d'avril 183V fut la dernière émotion popu-
laire qui troubla sérieusement le règne de Louis-Philippe,
avant Téclatante catastrophe qui devaiLen amener le terme.
Mais nne paii absolue o'élail guère compatible avec Tori-
gine tumultueuse de son poavoir. Momenlanément onis fona
rimpressioD do péril commno, pendant les premières an-
nées de la monarchie ehanoelanlet ses partisans lendireni à
se diviser aussitôt que riMuriion poliliqae parut reprendre
qoelqne sérénité. Dès-lors commencèrent pour l'établisse»
ment de jaillet les embarras réels» ceni qui» n*eiposant point
la société à an danger imminent, ne penTent être conjurés pa^
l'emploi de la force matérielle» on par un appel k ce besoin
de Tordre dont le sentiment survit en France i toules les
commotions civiles. Plus redonlables par leur caraclère et
(0 Voir les liTraiMo» i6i, iSactiôS, pp. 36s>4t6. p. la?.
21i
r.OUlS-PHILIPPE d'ORLKANS.
leur portée, ces embarras dérivèrent d'on défaut originel de
cohésion entre les éléments multiples qui composaient le
parti dynastique, parti d'intérêts plutôt que de priocipes. Ils
procédèrent de cette tendance h la domination, que le SQOeèi
inespéré de 1830, l'infixilé logique des bases do gouverne-
ment de Loois-Philippe, et son isolement réel an miliea de
rSarope, devaient natorellement eneonrager dans les partis
opposés. Car, ani yeux de ces aspirants an pouvoir, qu'était
après tout Lonis-Plillippe, que le cbef eouronné d*nne fèe-
tion heureuse, accepté par la France comme une néoessilé
accidentelle et temporaire I Les émeutes avaient sauvé la
monarchie de 1830, en ralliant autour du gouvernement tou-
tes les fbrces vives de la nation ; les luttes pariementaires
devaient amener sa ruine , en l'obligeant k opposer à la
constance de ses adversaires , deux armes promptes 4 s*é-
mousser: rurliCice cl la corruption.
Celle situation se traduisit d'abord, par des divisions intes-
tines dans le cabinet. Les doctrinaires et M. Thiers suppor-
taient impatiemment le joug despotique du maréchal Soull,
et le roi se Nil avec peine obligé de sacrifier ce ministre
utile et dévoué. Le maréchal Gérard lui succéda au déparle-
ment de la guerre. M. Decazes, cet ancien et discret confia
dent de Lonis-Philippe, reçut dans la charge de graod-ré-
férendaire à la Chambre des pairs le prix de ses services
passés, et ta monarchie de 1830 compta dans M* de Sémon-
ville un ennemi de plus.
Mais ce remaniement ministériel ne fut que passager. Il
s'évanouit devant la question de ramnistie politique qui de-
puis quelque.lemps occupait les esprits, et fil place à une
combinaison plus transitoire encore, h savoir celle du mi-
nistère des trois jours (10 navembre], lequel, formé sous Tin-
fluence d*ane fraction de la Chambre, nouvellement désignée
du nom de tim-parti, se composait de BIM. Maret, duc de
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U>DI9-rBILIPPB O'OBLKAMS. 215
Bamno» BreMon, H. Piny, C Dopio, le général Beroard,
Telle et Penil. Ce miDlsIère, persoooelleiiient agréable an
roi, k raison de ta dodttlé présumée de ses membres, dispa-
rut promptement à son tour de?ant la surprise publique,
et te cabinet du 11 oetobre se reconstitua sons la présidence
nominale dn dne de Trévise, ministre de la guerre, sans
antre mutation que celle de Tamiral Dnperré, qui remplaça
M. de Rigny, appelé aux aflaires étrangères. La Chambre
des députés applaudit avec dclal ii cette reconstitution, par
un ordre du jour motiv<^, qui fut comme la première déclara-
tion de guerre du parlement i\ ce système de gouvernement
personnel, auquel le roi n'était que trop porté, soit par ses pro-
pres inspirations, soil par des encouragements plus ou moins
intéressés. Ainsi reparaissait, après cinq ans d'une révolution
faite contre le principe monarchique, cet antagonisme éter-
nel entre la prérogative royale el la prérogative parlemen-
taire, entre le libre choix du trône et le contrôle des Cham-
bres ; une de ces thèses interminables qui n'ont rien à ga-
gner qn'à la eonciiiaUon des eq>rits, et qui mettraient l'uni-
vers en feu , sans amener aucune solution définitive. Dans
un écrit (1) publié à cette époque , M. Bcaderar, Tancien
procureur-syndic de la commune de Paris, le mémo qui, an
10 aoAt, conseiUa à Louis XVI sa retraite à l'Assemblée lé-
gislative, défisudit avec beaucoup d*habilelé les droits de la
royanté contre l'oligarchie ministérielle et parlementaire.
Hais sa doctrine Ait vivement combattue par tous les or-
ganes indépendants de l'opinion publique. Ce ftil avec sur-
prise qu'on remarqua dans leurs rangs le prince de la presse
départementale, M. Henri Fonfrède, un des plus habiles el des
plus vigoureux champions de l'établtsseroent de 1830. D'une
conviction mobile, mais sincère, M. Fonfrède fut conquis
•
(1) Adna* d^M«oiMinuionH9lmixe9iiiUiHiiêmieli, I8S5.
116 LOUM-PBIUPPB D*(»IJUhS.
plus lard au système qu'il avait repoafsé* et ce fui un mouve-
ment de sincérité qui lui arracha ce témoignage si remar-
quable sous sa plume, que « les hommes de juillet valaient
moins que ceux de la Restauration. »
La crise ministérielle n'avait été que suspendue parla com^
binaison qui plaçait le maréchal Mortier h la léle du cabinet,
et la Chambre eut bientôt l'occasion de compléter sa victoire,
▲prés quelques tâtonnements, la majorité se déclara en fa-
veur du duc de Broglie, doctrinaire raide, dogmatique, opi-
Diâlne, et que le roi ne voyait qu*avec déplaisir. Il fut appelé
& 1« présidcDoe da conseil avec le porle-feiiiUe des affaira
élrangères, el le miféehal Maison pril cehil de la gurne.
Le premier soin de M. de Broglie fut de presser Tadop-
tiOQ d*aD Irailé par lequel, en 1831 « la Freooe s*élaU reooih-
noe débitrice envers les Etats-Unis d*Qne sorane de vingW
cinq millions , pour indemniser celle république des préten-'
dus dommages que lui avaient ùûl éprouver les décrois de
Napoléon sur le blocus continental. La Chambre des députés
avait, en 1834, refteé de sanctionner cette prétention, qui
paraissait faiblement motivée. Mais elle triompha à la faveur
surtout des instances personnelles du roi qui, par des négo-
ciations secrètes avec le président du congrès américain ,
s'était efforcé de calmer le inéconlenlement de cette assem-
blée, prêt à se traduire en hostilités déclarées. La cn'ance des
Étals-Unis fut reconnue, moins par conviclion que par poli-
tique, malgré les éloquentes et énergiques protestations du
duc de Noailles, el de M. Berryer, qui, l'un à la Chambre des
pairs , l'autre à la Chambre des dépotés , personniûèrcnl en
quelque sorte la dédaigneux accueil que le gouvernement de
laAeilauration avait cooslamment opposé aux réclamations du
gouvernement américain.
La célébration du cinquième anniversaire de la révolution
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LODIS-PIlILIPPfi d'oELKANS. 217
d« joillel fui marquée h Paris par une catastrophe sanglaole
el («rrible, et qui témoigna de la profondeor des rckMïiiii^
menla qoe eertaina esprits noarrisitieDt eontre le chef de
l'État. Le S8 jaillet 1885 , Loois-Phllippe, oocompagoé de
ses trois fils atnés et d*an nombreux cortège, passait & cbeval«
vers midi, sur les boulevards, la revue de la garde nationale,
lorsque, à la baulenrdu laniin-Tnfe,une effiroyaUe décharge
d'armes & feu joncha le sol de moris el de mourants. Le
maréchal Mortier, le général Lâchasse de Vérigny, le colo-
nel BaiTé, quelques gardes natlonani* et diverses autres per-
sonnes Airent frappés mortellement. Le roi et le due d'Or-
léans n'éprouvèrent que de légères contosioDS, el poursui-
virent leur marche avec un inaUérablc sang-froid, au milieu
des marques non équivoques de la sympathie publique.
Louis-Philippe n'avail dû la vie qu'au hasard le plus ines»
péré ! Le principal auteur de cet attentat, Fieschi, fui arrêté
sur le champ, el traduit quelques mois plus tard devant la
Gourdes pairs, fi la suite d'une instruction approfondie, qui
procura la décotiverle de deux de ses complices, les nommés
Pépin et Morey. Mais les informations de la justice, dirigées
avec une habileté siogulière par le chancelier Pasquier, ne
purent pénétrer plus avanL Ces trois scélérats expièrent sur
récbafnod leur épouvantable forfait.
Tous trois appartenaient à cette faction anarchiqne qui
avait juré haine irréconciliable à toute royauté. La Cour et le
mfaiistère comprirent facilement quel parti ils pourraient tirer
de la stopeur el de rindignalion publiques , pour obtenir des
Chambres une législation plus répressive de la licence eflMnée
de la presse. La machine infernale de FleschI fuirorigioe des
lois de septembre qui, entre autres dtopositions, placèrent la
personne du roi et le principe monarchique au-dessus de
toute controverse, déftrèreni è la Cour des pairs la connais-
tance de tout attentat contre la sûreté de PEtal, abrégèrent
S18 LOOIS-PilIUPPB B*OBliAMS.
Tnclion de la justice, rendirent i'instlliUiun du jury moins
indulgenlc nux accusés, cl circunscrivirenl dans dVîlrolles li-
mites la publicilé des procès politiques. Côs dispositions,
dont la sévt'rilé contint pendant quelque temps l'cxailalion
des partis, furent complétées quelques années plus lard par l'in-
sidieuse loi sur les annonces judiciaires, qui porta un coup
mortel ;\ la presse indépendante des départements. Le principal
promoteur de la législation exceptionnelle de septembre fui, à
la Chambre élective, M. Sauzet, orateur facile et disert, par-
lementaire intègre et conciliant, maia déoué de convictions
politiques, et qui, plus lard, dans une occupation décennale
do faolenil de la Chambra , fil praove d'une coodeseen^
dance soavenl cxceuive au volonléa de la Goor. M. Persil,
garde-des-aceaux, formiila» dani le cours de la diaconloD,
oel aven remarquable que sU pour aaaver la monaithie, il
fallait iorlir des limites de la eonstitiilion, les mloisties n'faé-
siteraienl point à le faire. Dédaration fort légitime sansdoote,
mais qoi impliquait, dans la bouche m£me de leur principal
aecusaleor, l'absolution légale des ordonnances de joiilei ,
préleste de l^expolsion de trois générations de rois. Tant il
est vrai que les mêmes conditions imposent ft tous les pou-
voirs les mêmes exigences, et que l'habileté gouverncroen'
laie consiste surtout à légitimer par la forme d'indispensables
nécessités ! Les funérailles des victimes du 28 juillet furent
touchantes et solennelles. M. de Ouélen, archevêque de Paris,
qui s'adressait pour la première fols au roi» depuis la révo-
lution de 1830, fil entendre à celle occasion quelques paroles
dignes et sévères.
Le ministère qui avait affermi la monarchie par les lois de
septembrOt tomba devant un vote de la Chambre sur la con*
version des renies. Le bruit s'accrédita que le roi n'était pas
étranger à sa dissolution, par les divisions qu'il avait fo-
meotées dans son sein, et qui devinrent le germe de l'anti-
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LOUIS- PUILIPPfi DORLEA^S. 21 9
palhio profonde qui ne cessa do régner depuis lors entre
M. Guizot et H. Tliiers. Quoiqu'il en soU, ce dernier resta
moltre do terrain, et, le S2 lévrier 1896, un noDveaii con-
seil se compoM, gooa sa prteidence , de MM. Saozet , de
MonlaiiTet, Pftssy, Palett d*Aigoat, le maréchal Maison et
l*amiral Doperré. M. Thiers eut le |N>rte-feaille des aOTalres
«tfangères.
Ce ministère, dans lequel le roi se flattait de rencontrer
pins de docilité, se trouva dés son début en face de compli-
cations eitérlenres assez graves. Les trois puissances du nord
avaient feit brusquement occuper, au mépris des traités, la
fépuUiqne indépendante de Cracovlc. Mais leur diplomatie
mit tant d'adresse à pallier ccl oclc de brutalilé, que I^uls—
Philippe el ses ministres ftrmèrenl les yeux, et l'Angleterre,
privée du concours de la rraiicc, se vil réduite h une im-
puissanle el slériie improbalion. L'alliance ongloisc (éprouva
bienlrtl un échec plus sérieux encore. Lord Palmerslon, mi-
nistre des affoires étrangères, aspirait avec ardeur à faire ex-
pulser de l'Espagne don Carlos, frère de Ferdinand VII, dont
l'avènemenlau trône eût compromis gravement l'influence bri-
tannique dans ce malheureux pays, il pressa avec chaleur le
gouvernement français de coopérer 6 rextinclioo de la guerre
dviie, en vertu du traité de la quadruple alliance, par l'oc-
cupation du Passage de Footarabie cl de la vallée deBastan.
Mais les conséquences européennes d'une démonstration aussi
directe no pouvaient échapper à la clairvoyance de Louis-
Philippe, et le général Sébasiiani, qui avait remplacé M. de
Tallejrrand dans l'ambassade de Londres, eut ordre de ré-
pondra par un refus formel. L'irritation personnelle de lord
Pslmenfon contre la Cour des Tuileries s*aocnit de cette ré-
rislance, et le cabinet français commença à prêter une oreille
«complaisante aux agaceries périlleuses des Cours du nord,
^"'> dans es^i de commune inimitié, n'aspiraient qu'à
I
220 Loms-niiLim u'orliIaiis.
détacher la France de l'alliance anglaise, ceUe inexoiabie
fatalité de la monarchie révolutionnaire.
Ce fut un intérêt purement dynastique qui profita de la
condescendance du gouvernement dan« l'affaire de Cracovie,
cl de son refus d'intervention contre don Carlos. A la faveur
de cette double inaction, il s'établit entre le Cabioel des Tui-
leries et les Cours d'Autriclie et de Prusse an rapproeheneoi
dODl Louis-Philippe crut devoir tirer parti poor donner l'enor
h nn projet qn'ane partie de sa famille caressait avec amoar :
celui de marier le duc d^Orléans , son fils atné, à une prin-
cesse de la maison d'Autriche. Les amhassadeurs allemands
ftorent pressentis sur on voyage du prince dans le nord de
l'Allemagne, et» d*aprëB les réponses favorables de leurs ca-
binetr, les ducs d*Orléans el de Nemours parurent immé-
diatement.
Ils foreiit accueillis avec un vif et sincère empressement '
k la Cour de Berlin, où le vieui roi Frangols-Guillaume n'a-
vait point encore fait place à son fils. Ixi m6me accueil prit
h Vienne un caractère moins politique et plus personnel, et
.s'odrcssa surtout à l'esprit insinuant el fiicile, 5 la taille élé-
gante, In ligure régulière, bien qu'un peu elléminée du
duc d'Orléans. Mais ces hommages n'excédérenl pas les li-
mites d'une gracieuse courtoisie. L'origine révolutionnaire
du prince s éleva contre le succès de prétentions plus am-
bitieuses. En faisant écarter poliment el contre rasscnlimenl
de son propre père, la demande que le fils aîné de Louis-
Philippe avait faite de la princesse Thérèse, lille de l'archiduc
Charles, M. de Mellernich dit avec tout l'aplomb d'un mi-
nistre indispensable : n J'aurais volontiers donné l'archidu-
ehesae au duc de Chartres ; je ne pois l'accorder au duc d'Or-
léans. » Le jeune prince alla dévorer son humiliation À la
cour de Naples ; mais son frère et loi ftirent rappelés en
Franco par Tavls d'un noQvol attentat commis sorla personne
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fie leur père, le S5 Juio 1886, an moDenl où il toriail des
Taileriei, pour m rendra au cbâleaa de Neollly.
L'attaMin, oonmié Alibaud, arall déchargé dans la voi-
ture royale un losU-eanne dont le roi o*évlta Tatlelnle qne
par le hasard d*an salai adressé an gardes nationaux de ser-
vice. Interrogé s*il avait des complices : « le chef de la cons-
piration, répondit Alibaud* c'est ma léle ; les complices, ce
sont mes bras^ • Tout annonce, en elTel, que ce fonatiqoe
n*avait été poussé an crime que por la misère et par en
sentiment exalté des actes de rigueur auxquels le gouver-
nement avail eu recours contre les partis qui menaçaient son
existence. L& Cour des pairs prononça une condamnation
capitale, qu'Alibaud subit avec fermeté.
Un journaliste destiné à faire plus tard quelque bruit dans
le mundc politique, M. Emile de Girardin, fut à celle épo-
que le promoteur d'une sorte de révolution dans la presse
périodique. Il abaissa le prix courant des journaux, et cher-
cha une compensation à ce sacrilîce, dans l'élévation du (aux
des annonces mercantiles et surtout dans l'intérêt qu'il es-
pérait donner à sa feuille, par la publication successire des
productions de nos meillenrs romanciers. Cette idée« secrè-
tement encouragée par le gonvemeoDent, qneH. de Girardin
servait avec intelligence et avec lèle, codta la vie è H. Ar«
mand Garrel, écrivain estimé, républicain modéré, en qui le
parti démocratique avait placé depuis longtemps ses plus
chères espérances. Blessé de quelques suppositions équivo-
ques, que la Prme avait hasardées sur son compte, il provo-
qua de M. Girardin une eiplication, dont le résullat fût un
duel. Le rédacteur du NaHonal succomba, vivement regretté
de son parti, et même d*un grand nombre de conservateurs,
qui prcsseiiluient quels services Tordre public était en droit
d'attendre de cet esprit lumineux et sage, si lu France était
22d Locia^raium o*oitÉAii8.
desUnée quelque jour nbir ane nouvelle épreuve du ré-
^ime (J^mocrDlique.
Mais l'idée pcriurbalrice de M. de Giranlin devait coùler
à la France plus que la perte d'un homme honorable. Elle
activa puissamment la production et la propagation de ces
œuvres impies où, docile aux tendances dominantes de notre
siècle, l'imagination des romanciers, par un hideux étalage
des difformités du corps social, s'appliquait incessamment à
entretenir dans la classe populaire l'esprit de soulèvement et
d'hoslililé contre les conditions supérieures, et ù épuiser sa
résignation. La spéculation de M. de Girardin enfanta le ro-
man systématique, œuvre informe, où les notions morales
el historiques furent IflchemenI faussées au profit des passions
de la multitude. Et le théAlre, en exploitant à son tour ces
fictions coupables, accrut laidement no désordre dont la com-
plicité sembla remonter au gouTemement lui-même, par
rhospllalité que son principal organe ne dédaigna pas d'ac-
corder à ces conceptions subversives* Tandb que, sons la
, forme frivole du feuilleton, le roman battait ainsi en brèche
les fondements de la constitution sociale, Tordre politique que
représentait la royauté de juillet, n'était pas plus ménagé par
la presse sérieuse. L'imprudente publication de Deux ans de
Règne, inspirée par la Cour, avait attiré dans le livre intitulé
Louis- Philippe et la Contre-révolution, la diatribe la plus
audacieuse peut-être qui ait jamais été écrite contre aucun
chef d'état. Plus dangereux encore par un style plein de verve
et de couleur, el par une impitoyable dissection des hommes
et des événements, V Histoire de Dix ans dénonçait hautement
à des milliers de lecteurs l'élu de 1830 , comme le grand
coupable auquel devaient s'adresser tous les ressentiments
des classes populaires, et « sapait comme un bélier les rem-
parts de la monarchie (I). » Gomment s'élonnOr que des
fl) R«niy>ssioiis «le lo«ii*-PI:ilii<fc.
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Loois-nuum h^oujUss. S23
vcBOx anarcliiqaes el dea attenlato r^giddes iorliaieni in^
cessanment d*one «ociétô atMindoonée 6 de telles eiella-
UoimI
M. Tliiers s'élail montré plus vivemenl blessi*; que Luuïh-
l'iiilippe lui-môme, de TalTronl que le cabinet aulrichicn
avait fait éprouver ù sa dynastie ; et, pénétré de celle idée
que la monarchie de 1830 ne pouvait espérer aucun appui
réel en dehors de I nlliaiice anglaise, il s'occupait a regagner*
insensiblement les bonnes grîlces <Ic lord Palmerslon, on re-
prenant, sur les instances de M. Mcndizabal, alors ministre
dirigeant en Espagne , les projets d'iotervenlion auiquela il
avait naguère refusé son appui. Une partie de la Cour abon-
dait dans ce sens, el le doc d'Orléans y voyait roccasion de
satisfaire un ressenlimeiit personnel. Encouragé par une es*
pèce d'adhésion tacite de Lools-PhlUppe, M, Thiers réonil
plnsieniB mlUien de volontaires snr la frontière espagnole* et
le général Bogeaod se préparait ft en prendre le comman-
dementt lorsque tontes ces dispositions échonèreot devant
la volonté formelle du roi , qui n'osa affronter le mécon-
tentement des puissances continentales. Les ministres ddrent
se retirer devant cet ohstade, et, le G septembre 1886, an
nonvean cabinet, composé de MM. Molé, président et mi-
nistre des afbires étrangères. Persil, de Gasparin, Tamirat
Rosamel, le général Bernard, Duchâtel el Martin du Nord,
avait pris possession des affaires.
La Suisse était depuis quelque temps l'asile de réfugiés de
diverses nations, dont la ()résenccel les menées inquiélaienl
le gouvernement autrichien. Le cabinet de Meiiiie a>ail
pressé avec instance celui de Paris de solliciter leur expulsion,
el la police secréle de Louis-Philippe n'avait pas ci ainl d'en-
voyer à Berne un agent provocateur appelé Conseil, pour
motiver par des tnsligalioos coupables l'emploi des mesures
tovM-miLimi D'mulâm.
auxquelles ce prince avoil promis son concours. Celte dé-
marci>e rt^ussit, el M. MoI(>, trompé par les apparences, frappa
rancicnne terre bospiloliôre du duc de Chartres, d'un blocus
diplomatique qui amena de la part de la Diète helvétique les
satisfaclioM exigée». Mais ce résultai aiïaiblil beauctnip
rinfloence que le gouvernement de 1830 avail acqaise en
Suisse, en protégeant lef révolalions cantonnales qui s'y
i6laieiil déclarées à la solle do monrement de jnillel, et
l*Aalridie en lira plni de profit que la Franoe.
Tendit que le caMnel da 6 septembre obtenait ainil d*nn
gonremement faPile une réparation facile, on prétendant
dangereni par le nom qu'il portait et par les idées aoiqnelles
ce nom serrait d*embléme, menaçait le trône mal atlSmi de
Lonis-Piiilippe. Le prince Louis Bonaparte, fils de la gra-
dense Hortense de Beanliamais et de cet ancien roi de
Hollande qui avait fbl son peuple pour ne pas Toppri-
mer, enayait à Strad>ourg, sur l'esprit des tronpes ( 90
pet.) Teffét dn costume historique de son oncle et des aigles
impériales. Ce spectacle, que complétait la bravoure d'un
prince jeune, entreprenant, et prodiguant pour ainsi dire sa
vie dans l'inlérél de son ambition , produisit quelque sen-
sation parmi les militaires. Mais l'incertitude el la concep-
tion vicieuse des dispositions prises par le prince, tirent
avorter celle courte émotion ; et Louis Bonaparte, tombé au
pouvoir de l'autorité militaire, fui dirigé sur Paris par la
même roule qui, trente-deux ans auparavant, avail conduit
à lu mort le malheureut duc d'Enghien. Accablé peut-être
du sentiment de celte terrible analogie, le neveu de Napoléon
manifesta dans ce trajet une ailliction profonde. Mais le roi
des Français se montra plus clément à son égaid que le pre-
mier consul n'avait été juste envers le petllp-neveo de Louis
XIV. Louto Bonaparte, soustrait à Taction des lois, Ait em-
barqué pour TAmérique, ne laissant de son cipédition que
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LODIfl-PBlUPPB D'ouéAHS. 225
Vidée d*DDe entreprise habilemeni coD{»e, mal condoile el
destituée de toote chaoce sérieuse de sooeès.
Mais les eonséqaenoes politiques de cette expédition fti-
rent importantes. Le jury de Strasbourg acquitta les com-
plices de Louis Bonaparte. Cette décision indisposa viTement
le ministère et lui inspira on projet de loi en vertu duquel
les militaires prévenus de crimes contre la sdreté de TÉlal
seraient soostralls désormais à la juridiction civile, alors
même qu'ils auraient des complices passibles de celte juri-
diction. Ces siHôrités semblaient trop justiflôes par un nou-
vel allontal commis sur la j)ersonne du roi, le jour (27 déc.)
où il s\''(ail rendu au Palais Bourbon pour ouvrir la session
législative. Mais la Chambre des députés, à la majorité de
deux voix, rejeta ce projet de loi, et celle résolution, dont le
ministère aggrava iVlTel par la demande inlempeslive d'une
dotation en faveur du duc de Nemours, amena sa dislocation.
Une guerre sourde el couverte existait depuis quelque temps
entre M. Molé el M. Gui/oi. L'avantage demeura celle fois
an premier, el le 15 avril 1837, un nouveau cabinet, sous la
présidence de M. Alolé, qui conservait les aflaires étran-
gères se composait de MM. Barlhe, Montalivet, Lacave-
Laplagne et Salvandy. MM. Rosamel el Martin du Nord,
gardaient les porte-feuilles de la marine et des travaui pu-
blies.
Trois jours après, le ministère annnonçait aux Chambres
la conclusion longtemps attendue du mariage du ducd*Orléans
avec la princesse Hélène de Mecklembonrg-Schverin, luthé-
rienne d*nn esprit ferme et distingué. Cette alliance , si
modeste pour l'héritier futur du royaume de Louis XIV et
de Napoléon, avait failH échouer par rimplacable animosité
que le czar Nicolas portait à la fàmlUe d'Orléans, et son
'oceès n'était dû qu'à l'intervention personnelle du roi de
15
226 LOLIS-PHILIPPE b'ORLÉANS.
Prusse (1). Ce mariage indisposa vivement la France catho-
lique. Un illustre pair, M. de Dreux-Brezô , se rendit, au
Lnxembourg, Torgane de ces impressions, et demanda com-
ineoC on prince français se voyait réduit à aller chercher one
épouse dans ane contrée qui figurait à peine sur la carte de
l*Barope, et dans une religion étrangère à la majorité des
Français. Cependant les Chambres aocueillirenl avec satisfac-
tion la communication ministérielle. Elles volèrent en favear
do prince une dotation annuelle de deni millions, allonèrent
un million pour les lirais de célébration de son mariage, filè-
rent à 800 mille francs le dooaire de la princesse, et accor-
dèrent un million de dot à la reine des Belges. Le roi el te
ministère répondirent à ces libéralités par l'octroi d'une
amnistie qui comprit tous les individus détenus dans les
prisons de TÉtat par suite des dernières condamnalions poli-
tiques. Mesure habile par son extrême opportunité, honorable
pour le ministère de M. Molé, et dont l'eifet fot de calmer
'sensiblement rirritatîon des esprits. Le dernier assassin do
roi, nommé Meunier, condamné à mort par lu cour des
pairs, fut dt'porlé aux Elats-Unis. Les ministres de Charles X,
détenus au fort de llam, avaient été mis successivement en
liberté dans les derniers jours de 183C ; leurs anciens collè-
gues rentrèrent en France à la faveur de Tamnislie.
Le mariage du prince royal fut célébré avec beaucoup de
pompe à Fontainebleau et h Paris. Le roi saisit avec un
heureux à-propos celte occasion pour faire ouvrir au public
les galeries de l'immense palais de Versailles, non plus vides
et solitaires comme aux temps de l'Empire et de la Restaura-
tion, mais peuplées des plus nobles images de notre histoire,
depuis les temps les plus reculés de la monarchie française
(1) Ot lo PolfUgw êaUrtttm dt la Fnmeê dspuU 1830 , par M. iHtM-
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Loms-raiLiFVB n'oBLÉAin. 89T
jusqu'à nos jours. Celte belle conception , exclusivement
propre à Louis-Philippe, fut la gloire la plus pure, la plus
iaconlestée de son règne, dont elle défendra longtemps le
souvenir. Ces généreuses, j'ai presque dit ces courageuses
évocations d'un passé qu'une partie de la France nou-
velle s'efforçait de vouer à l'oubli, furent attristées par le
Irépas lamentable de plusieurs personnes qui périrent étouf-
ftes derant THcole Militaire, oà le spectacle d'one atta-
que simulée de la prise d'Anvers avait amoneelé nne im-
prodente mulUtnde. Chacun se rappela avec un presseo-
timent iovolonlaire les fêles du mariage de i'inforlnné
Lmito XVI.
Quelques mois plus lard (17 od.), le roi nnll sa seconde
fille, la princesse Marie, an duc Àleiandre de Wurtembery.
Hais celte union ftit de courte durée. Une affection de poi-
trine, dont le beau del de Pise n'avait pu conjurer les progrès,
ravit è Tige de vingl-siz ans, an mois de |anvier 18S9, cette
intéressante princesse à sa famille éplorée et auz beani-aris
qu'elle cultivait avec éclat.
Notre domination en Algérie, longtemps contrariée par les
menaces et les sourdes hoslllilés de l'Angleterre, et par les
abus de Tadministration intérieure, marchait enGn à une
consolidation sérieuse. Le traité de laTafna avait fortifié la
puissance de l'émir Abd-el-Kader, mais en assurant quel-
ques années de sécurité h la France du côlé de ce redoutable
ennemi. Le ministère proflla de celte trêve pour tenter une
nouvelle expédition contre la ville de Conslanline, dont la résis-
tance avait fait éprouver a nos armes, l'année précédente, un
douloureux échec. Celte périlleuse entreprise , à laquelle
le dac de Nemours prit une part personnelle, et qui coûta
la vie au général Damremont, réussit complètement, e( noire
établissement sur le sol africain, désormais affermi, n'inspira
plus d'antre controverse sérieuse que celle des divers syslè-
228 LOUIS-PUI LIPPE D OBLÉANS.
met proposés pour tirer de celle oolooie le parti le plus mile
à elle-mAme el à la France.
LaChambredes dèpolès, donl l'esprit dMndépendanoe s*élall
fortifié par les élections générales de 1837, jugea ce momeot fa-
forablepoar reprendre la discoasion do projet de conversion des
rentes sur l'État. Les avis se partagèrent entre deux systèmes
également avanlagetti, égalemenlreprochables: Tan, celui de
M. Gamier-Pagès, consistait dans la oonf eision an pair par
rémission du quatre pour cent; rantre^proposé par 81. LaflBtte,
dans rémission do 3 et demi pour cent au-dessous du pair. La
Chambre, sur la proposition de H. lacaTO-Laplagne, ministre
des Onances, accorda au gouvernement la faculté d*user se-
lon sa convenance de l'un ou de Taulre mode de conTersion,
el suspendit l'exercice du droil de reraboursemenl, pour les
renies t-minos au pair , pendant 12 ans, h compler du jour de
leur émission. JUais son hoslililô sccrôle conlre la Cour
se révéla par la condilion imposée aux minisires de rendre
un compte détaillé de I "exéculion de la loi dans un délai dé-
terminé. Celle disposition, vainemenl combattue par le ca-
binet, servit à merveille la résistance de Louis-Philippe, qui
fil rejeter par la Chambre des pairs le projet de conversion ,
dont il était l'adversaire le plus opiniâtre, sinon le plus
déclaré, et cette proposition se reproduisit quelques années
plus lard (iSkk), sans plus de succès. La Chambre élec-
tive enira mieui dans les vues secrètes du roi en attribuant
m compagnies particulières Teiécution des chemins de
fer, par préférence à rÉtal. Celte résolution, sanctionnée
par Taulre CShambre, ne tarda pas à devenir entre les mains
du pouvoir une arme puissante, un instrument de oorrup-
Uon i Taide duquel il disciplina les éléments les plus rebelles
de la milice électorale, et le gouvernement la fit compléler
postérieurement par la loi des fronpons , qui préparait de
dangerem appâts aux pasntmi de eloefter. Ainsi Oit organisée
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LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS. 229
par un texte législatif cette puissance de Tagiotage qui devail
coûter à tant de familles leur honneur et leur sécurité, l\ la
morale publique ses larmes les plus amëres, el propager parmi
nous ce culte effréné de l*or par lequel se dëpraveot et s'é-
teignent insensiblemeol les eroyaoces les plus respectables
et les plus salutaires.
L'orgoeil national éproQva à cette époque une satisfaction
légitime dans réclalant aceneil qui fdt fait par toutes les
classes du peuple britannique au maréchal Soult, enrobé par
le roi des français comme ambassadeur eitraordinaire an
couronnement de la reine Yicloria. A la vue de ces démons-
trations enthousiastes, la France parut oublier la rivalité
séculaire des deui nations, et la poignante agonie du captif
de Sainte-Hélène, et les hostilités sourdes et incessan-
tes de nos implacables ennemis. Louis-Philippe se ré-
jouit de voir rallianee anglaise un moment populaire en
France. De nouvelles démonstrations de Louis Bonaparte
vinrent obscurcir ce rayon d'allégresse. Revenu de l'Amé-
rique pour embrasser une mère mourante, le jeune prince
s'était fixé à Arcnenberg, d\)n il menaçait par sa présence le
gouvernement auquel il avait attenté. Loui8-Philip|)e lit som-
mer la Suisse d'expulser ce dangereux banni, el 25,000 hom-
mes furent mis en mouvement pour trancher les indécisions de
la Diète. Une proclamation véhémente qualiûa de lurbulent
voisin un peuple dont le plus grand tort était de n'avoir que
des considérations de droit public à opposer anx menaces
et aoi démonstrations de la France. Louis Bonaparle mit
fin lui-même à ce périlleux conflit en quittant Arenenberg
pour se rendre à Londres, d'où devail bienlél le ramener
une nouvelle tentative plus malheureuse encore que la pre-
mière.
Mais cette modeste victoire fut plus que balancée par un
échec parlementaire qui, au point de vue de la domination
'230 LODis-PHiLipPE d'Orléans.
personnelle à la quelle il aspirait depuis quelques années,
dût retentir douloureusement dans le cœur du roi.
Il s'était formé au sein de la Chambre, dès l'année pré-
cédente, sous le nom de eoMion, un parti composé de mé->
GOOleoU de toutes les nuances, dont M. Dufergier de Haii-
raDiie se montrait l'inspirateur le plus passionné. Là, se
Iroavaienl unis, sons la bannière commane d*nne antipathie
profonde contre le ministère et contre le principe du gon-
veroement penonnel, HU. Tbiers, Saniet, Persil, ces uj^
tembriseun de la presse politique ; des doctrinaires» tels que
MM. Guiiot, Rémusat, Dachâtel, etc. ; quelques membres de
la gauche dynastique, MM. Barrot, Ghambolle, Léon Fau-
cher, etcVaiocue en 1838, dans la discussion de la loi sur les
fonds secrets, la coalition avait retrempé ses armes dans deox
événements récents qui avaient vivement ému Topinion publi-
que, à savoir Tabandon d'AncAne et le procès de M. Gisquel,
ancien préfet de police, procès dont les révélations avaient jeté,
sur la vie administrative d'un des fonctionnaires les plot consi-
dérables du gouvernement de Louis-Philippe, le discrédit le
plus scandaleux.
L'Adresse à la couronne fut le champ de balaill»' sur lequel
la coalition engagea le combat. Le projet, inspiré par
M. Guizot, se distinguait par une rédaction agressive qui
touchait à la plupart des points sur lesquels la politique duc-
tile des précédents cabinets avait complaisamment capitulé.
Jamais moins de bonne foi ne s'était fait remarquer dans un
document sérieux et oHîciel ; jamais l'ambition personnelle
n'avait éclaté avec moins de pudeur et de retenue. M. Molé
se défendit avec beaucoup d'habileté. 11 fql heureusement
secondé par un orateur dont le nom, marqué d'une célébrité
précoce dans la carrière poétique, grandissait rapidement
à la chaleur des luttes parlementaires. M. de Lamartine
prêta de généreui accents au ministé^ menacé par des
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LOI»8*raiLIPPB D*OEUUllB. 881
compétileurs avides. La vicloin', presque indécise, se résolut
en une dissolution de la Chambre. Les élections présenlèrenl
le spectacle d'une arène où Tautorilé royale, ses préten-
tions , sa tactique et ses espérances furent mises à nu sans
ménagement. Elles tournèreni en définitive à l'avaniaf^o
du parti coalitionnislc. Le ministère Molè se retira au mo-
ment où, par une funeste coïncidence, l'abandon à la Hollande
du grand-duché de Luxembourg et de la rive droite de la
Meuse découvrait nos frontières, humiliait dans la Belgique
la seule alliée sÎDcèro qui restât à la France de 1830, et
fortifiait d'un nouveau grief cette accosalion proverbiale
d'abaissemmi eondnti, que M. Villemaio avait inQlgée à la
politique des successeurs de C. Périer.
Ainsi qu'il était ficile de le prévoir, rimpossibilité de s*en-
lendresnr le partage des porte^feuilles qu'avait rendus libres
le succès de la coalition, amena la dissolution de cette ligue
ambitieuse. Après un interrègne minislériel de vingt-deui jours,
pendant lequel diverses combinaisons furent essayées par la
Cour avec une sincérité quelque peu suspecte, le Jfontfstir
du 1*^ avril 1839 annonça un cabinet composé de HH. de
Monlebello, Gasparin, Girod de l'Ain, le général Gubières,
Tupinier, Parant et Gauthier. Mais cet étrange amalgame de
noms propres ne fut pris au sérieux par aucun parti, et
M. Passy ayant été porté h la présidence de la Chambre, le
roi s'adressa h lui pour la formation d'un ministère définitif.
Rien n'annonçait la Icmiinaison de cette nouvelle crise, lors-
qu'une courte mais violente insurrection populaire viril préci-
piter le dénouement. Le signal partit de la Société des Saisoiu^
précédemment connue sous le nom de Société des Familles (1).
Trois conjurés républicains d une énergie peu commune,
Barbés, filanqui, Marlin-Bernard, dirigèrent le mouvement
(I) tevw rétroêpeetive , publiée par H. TaiebeNau , n* I.
332 Lons-raiLtm i»*obléa»8.
qui dèlala le i% mai par la priae momentanée de rHdleMe-
Ville de Paris, ei par le meurtre da Ilealenani Droalnean.
Quelques heures après, les insurgés étaient entre les mafns de
la justice, cl, quelques mois plus tard, la Cour des pairs pro-
nonçait la peine de inorl contre Barbès et contre Blanqui. et
celle de la déportation contre .Marlin-BernanJ. Mais, soit poli-
tique, soit répugnance innée pour TelTusion du san;?, soit peut-
être insufTisance de conviction personnelle, le roi cominua le
supplice qui menaçait Blanqui et Barbès en une détention
<]ans la prison du Monl-Sainl-Michel , laquelle ne prit fin
qu'il la révolution de 1848.
Le jour même de l'insurreclion, un nouveau conseil se for-
mait, sous la présidence du maréchal Soull, ministre des
affaires étrangères, de MM. Teste, Duchâlel , le général
Schneider, l'amiral Daperré, Gunin-Gridaine t Dnfaare,
Villemain ei Passy.
Tandis qoe ces événements se passaient à Paris, rEurope
entière était à la veille des complications les pins graves. La
guerre venait de se ralinmer entre le vice-roi d'Egypte et
Hahmond eipirant, et la victoire de Nésib (24 juin 1839),
ouvrait à Ibrahim les défilés du Taums, lorsqu'un envoyé du
cabinet français lui apporta une lettre de son père qui loi en-
joignait de ne pas poursuivre ses succès. La même influence
eiigea bientM du vice-roi la restitution de la flotte torque
que lui avait livrée l*amiral ottoman Achmet-Pacha, favo-
ri de Hahmond, lequel s*étail cm dégagé de ses serments
envers l'empire par la mort récente de son bienfaiteur. Ibra-
him se résigna, et des conférences diplomatiques s'ouvrirent
aussitôt h Vienne entre les ministres des cinq puissances qui
avaient pris part aux premières nt"j,'ocialions entre rEgyteel la
Turquie. L'Angleterre, qui ne partageait puinl les sympa-
thies du gouvernement français pour le vice-roi y mais qui re-
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LOUIS-PIIILIPPE D'ORLéANS. 233
doutait par dessus loul la prcsi'iice des vaisseaux russes dans
les eaux du Bosphore, offril au minislère français de s'en-
tendre avec lui avant de soumettre aux autres Cours les ditlé-
rends à régler (1). La politique méliculeiue qoi présidait aux
conseils du goavcrnemenl lui fît repoatser oelle proposition.
Première faute d'où dérivèreol les fuoestes conséqaences qoe
je vato avoir 6 exposer. Le mioblère qui , en entretenant ha-
bileroenl les alarmes qve le trailé d'Dokiar-Skelessy inspirait
è TEarope occidentale, eût rallié k ses mes TAutrlche, la
Prasse et l'Angleterre, préféra transporter è Alexandrie le
débat de la question en litige ; il diangea le caractère da
dilEftrend en mettant en canse la sitnation do vice-roit que les
puissances dn Nord répudiaient comme allié de la France ré-
▼olutlonnalre, que les Anglais voyaient avec défaveur à cause
des entraves incessantes qu'il apportait ft leur commerce. Cette
maladresse fut activement exploitée par le cabinet russe qui
crut Toccasion favorable pour dissoudre cette alliance anglo-
française, objet perpétuel de son ombrage. M. de Brunnow
faX envoyé h Londres, cl proposa à lord Palmerslon d'aban»
donner à la Russie le protectorat de Conslanlinople en cas
d'agression tutuvelie de la part d'Ibrahim , en s'engageant
au nom du czar à laisser aux escadres combinées leur libre
action sur les côtes d Egyplc et de Syrie. Mais celte auda-
cieuse proposition , qui tendait ouvertement h placer le
traité d'IInkiar-Skelessy sons la protection du droit euro-
péen, souleva le cabinet français, lequel rencontra celte foi.s
d'utiles auxiliaires dans les ministres d'Autriche et de Prusse ;
el lord Palmerslon la modifia en demandant que si, par
suite des événements de la guerre; les vaisseaux russes pé-
nétraient dans le Bosphore, ceux des autres puissances fus-
sent admis à franchir le détroit des Dardanelles. Le cabinet
(I) Wêtoirt diphwutiqut dt la quenion ^(MtM, par L. Fatieher» 1841 ;
234 LOUlS-PHlLiPPK D'ORLÉANS.
aoglais prépara en même lemps le succès de ses desseins en
fomentant, de concert avec ia Perle, une iosurreclion en
Syrie (1) contre la domination égyptienne. Le ministère
français, de son côté, présenta an plan qai eonsislait à con-
céder héréditairement k Héhémet-AU l'Egypte, la Syrie et
l'Arabie, et viagèrement lUIe de Candie, Des conditions pins
timides enoore forent secrètement proposées par le général
SébasUanl à lord Palraerston qoi reconnnt sans peine la
source d'où elles émanaient, et s'écria, avec an dédain long-
temps conleno, qu'il ferait paner Utoi én fVon^is pair U
ffou d'iNM aii§uiiUê. Les propositions de M. de Brannov,
amendées par le cabinet anglais, farent acceptées par les deni
autres ooars, et la France ayant reftasé de prendre part aa trai-
té, le sort de son illoslre allié fût réglé sans elle et contreelle
(16 juillet 1840), à l'instant même où, par le succès de sa
médiation enlre l'Angielerre el le roi de Naples, le gouver-
nent français venait de rendre à la Grande-Bretagne el ù
l'Europe entière le service le plus signalé. Méhèmel reçut
l'Egyple à lilre héréditaire, et la partie méridionale de la
Syrie , y compris Acre , à litre viager ; les détroils furent
partagés enlre T Angleterre el la Russie, el les forces navales
anglaises et autrichiennes furent chargées du blocus de la
Syrie. Des dispositions coercitives d'une grande rigueur ser-
vaient de sanction à ce traité, dont elles déterminaient ie vé-
ritable esprit.
Lorsque la nouvelle du traité du 15 juillet parvint en
France, il y avait dnq mois environ que le ministère du 13
mai n'était plus aux affaires. Il avait succombé devant le
njet d'une malencontreuse demande de 500,000 francs de
dotation pour le duc de^ Nemours à Toccasion de son pro-
(f ) Utttoire dipUmatiçtie ée la giieiKm ^OrtuU» par L. Faaeher.
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toins-niiLivpB d'omléans. 235
chaîn mariage avec la princesse Victoire de Saxe-Cobourg,
sœur du roi de Portugal. Le nouveau cabinet mars 1840),
pris en majorité dans le centre gauche, ae composait de
MM. Thiers , président du conseil et minislre des aflaires
étrangères, Vivien, le général Cubières, le baron Roussin,
Kémusal, Goain, Jaobert, Cousin el Pelei delà U»ëre. Qae(-
ques-iiQs de ces eooteilters froissaient ooTerlemeiil les sym-
pathies personnelles de la Cour; mais Louis-Philippe avait
compris la nécessité d'une condescendance au moins passagère
envers l'opinion dominante, en présence des éTénemenis qui
se préparaient an-dehors. On rapporte qn'après la signature
de l'ordonnance de constitution, il s'écria dans un sentiment
d'amertume : a M. Thiers va demander à la Chambre sa
liste civile, el sa dotation ne lui sera pas refhsée comme l*a
été celle du duc de Nemours. » Cet échec avait profbndé-
ment Messé le roi , el Hdée malheureuse de fiiire alléger
les chaiges de sa liste civile par des dotations nationales en
faveur de sa famille, bt une de celles que oc prince cultiva
avec le plus de persévérance. Il la reproduisit à plusieurs re-
prises au aein de son conseil, et il ne fallut rien moins que la
résistance de la Chambre des députés, toujours intraitable à
cet égard, pour la lui faire dùtinitiveraent abandonner (1).
A part la fraction légitimiste, peu nombreuse au parle-
ment, le nouveau < .ibinul ne c<)t))i)tail guères d'adversaires
sérieux que dans rcMn^ne gauche de la Chambre. M. Guizol,
successeur récent du général Sébasliaiii dans l'ambassade de
Londres, lui avait garanti son loyal concours el celui de ses
(t) baot an pamphlet cétébra , publié eo laiOwvttt litre de QuêUiom
««MAiImMf d'an /neeMi, «K. M. de Cormeaie élablianii qae les chaiget
peiéee ft la liile civile de Lodt-PbiKppe eieédateni i peine ente miUhm , et
portait i 571 millioatU rortunc capîiale de la aaiaon d'OrUnna. Uaniten
<l^oatré combien cet eslimations étaient ei^réea.
236 LOUIS-POILIPPB D'ORLéAHS.
amis. Le c6lé gaaehe s*èlail promis de garder envers lui une
atUtode « eipectante el bienveillante ; »et, quoique le chef de
ce cabinet inspirât personnellement pea de conâance, le parti
parlementaire réformiste se flattait que les circonstances an
sein desquelles il avait pris la direction do poovoir, l*entrat-
nerafent à des satisfactions que Topinion progresrive avait
jusqu alors vainement demandées & faoteor de la fameuse
maxime, le roi régne et ne gouverne pas. Une imposaiile ma-
jorité de 103 voix sur la question des fonds secrets conslala
la sincérité du concours qui lui avait été promis.
Ces illusions ne lardèrent pas à se dissiper. La transaction
du ministère avec le c(M<'' gauche se borna à quelques con-
cessions d'emplois publics ; la place de conseiller à la Cour
de cassation fut offerte -a M. Dupont de i'Kure, qui la refusa
noblement. Une ordonnance compléta, à l'occasion du ma-
riage du duc de Nemours, l'amnistie proclamée troî«i ans au-
paravant, et le ministère obtint une sorte de réparation de la
lente et craelle agonie qu'Hudson Lowe avait fait subir an
glorieni captif de Sainte-Hélène, par la translation de ses
restes sur le sol français* Enfin, 11* Tbiers se prononça avec
pins d*énergie que le gouvernement n'avait fait jusqu'alors
sur la stabilité de notre domination en Algérie. Hais tout
projet de réforme des -institutions fondamentales rencontra
dans le ministère du 1* mars la même résistance que dans
ceux qui Tavaient précédé. Ce fut lui qui enverra la proposi-
tion Rumilly, dont l'objet était de mettre obstacle à Tenva-
hissement de la Chambre des députés par les fonctionnaires
publics. L^opposition d*inertie de la Cour avait osé ragitalion
fébrile do présomptueux ministre qui s'était si souvent écrié
qu'il fallait mâter U roi.
Ce fbt dans ces circonstances que la nouvelle du traité du
1.5 juillet se répandit dans Paris. L'irritation contre les puis-
sances contractantes fut universelle, et ce sentiment se pro-
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LODis-païupPE d'orlbans. 237
l»agea rapidemeol d'noe eUrémilé d« la France à ruire, «vee
toos les ciraclères d'oo élan belliqoeax. Poor la pramîèra fofi
depuis 1830, le cri de guerre poussé par la popolation eoC
des échoit dans le sein dn gonfememeni, et jamais eeile paii
européenne achetée par tant de sacrifices ne pamt pins pr6a
d*élre sérieusement troublée. Le roi lui-même sembla s'asso-
cier à ces impressions vengeresses, et ses lèvres murmurèrent
la Jtfamillajss comme une menace contre la coaHlion ré-
formée.
Cette situation si agitée reçut une complication passagère
du débarqucmenl du prince I^ouis Bonaparte sur la côle de
Boulogne (7 aoùl ) à la léle d'une soixanlaine d'oflîciers-
généraux ou supérieurs el d'hommes armés. Mais celle nou-
velle lenlalive, accomplie, dit-on, au mépris des engagemenls
formels du prince envers le gouvernemenl de Louis- Plii lippe,
échoua plus misérablement encore que la précédente. Vaincu
el enveloppé, le prince diri|j;ea contre un capilaine du 42°
régimenl de ligne un coup de feu qui atteignit un grenadier
de ce régimenl, sans ralentir la poursuite dont il était l'objet.
Louis Bonaparte ne put rejoindre son embarcation ; il tut
fait prisonnier et Iradnit devont la Cour des pairs qui le con-
damna à une détention perpétuelle. Le prince fut enfermé au
château de Ham, d'où il s'échappa au bout de six ans de cap-
livité, et ne reparut sur la scène politique qu'après la révo-
lution de 1848.
En dépit des excitations passionnées de la presse, des
manifestations de la garde nationale de Paris, et des provo-
cations insultantes du cabinet anglais, la guerre né répondit
point au traité du 15 juillet, ni même an bombardement de
Beyrouth, qui retentit comme un coup de foudre dans la
France entière. M. Thiers lui-même fit fléchir sous une
Volonté supérieure rostentation de son zèle pour Thonneur
national, et, cédant aux susceptibilités presque Ironiques de
238 LOUIS-PHII.IPPI DOni.KANS.
lord Palmerslon, il donna prudemmenl l'ordre de ramener h
Toulon la llollc française destinée à protéger les côies de
Syrie. Il se borna à déclarer, par une noie eo date du 8 oc-
tobre, que la France s'opposait de toat son pouvoir à la dé-
diéance de Méhémetp-Ali : noie à laquelle la conférence en-
ropéeDDe répondit en termes fort dédaigoeoi. Mais il s*eP
força de câliner le mteontentemenl poblic en annonçant q'ne
la France se trouverait avant six mois en mesnre de frire
hod à tontes les éventualités d*nne guerre générale ; el cette
déclaration, affectée ou sincère, ftat le signal de sa chute.
Le 19 octobre 1840, quinte jours après une nouvelle ten-
tative d'assassinat commise sur la personne du roi par un
firottenr appelé Darmès (1), le Jfonilsur annonça la forma-
tion du dernier cabinet de la monarchie de juillet. Il se com-
posait du maréchal Soult, ministre de la guerre, président
du conseil, et de Bm. Guiiot, Dnchâlel, Teste, YiUemain,
Martin du Nord , Hamann , l'amiral Daperré et Cunin-
Gridaine.
Ce ministère, salué dès son avènemenl de la qualification
flétrissante de ministère de l'étranger, était l'inconlestable
expression de la penj^ce pacifique de Louis-Philippe. En ré-
pudiant en M. Thiers le seul homme d élai qui eiU fait en-
tendre autour de lui le langage d'uite dignité blessée, le
roi annofiçait ouvertement à la France qu'elle devait dévorer
en silence Taffront que les stipulations de Londres lui avaient
infligé, accepter les faits accomplis sans elle et contre elle,
et abandonner le pacha d'Egypte aux vengeances des coalisés.
On «it, en effet, que le mioislére du mars s'était retiré de-
(1) Loui'-Pliilippe , qui ne perdait jamais de vue les intérêts de sa poli-
tique , apostropha co ce» termes M. Jauberl , lor» de la visite que Un fit
ceMÎaitinapiitraQmlat de Damé* : « £b! bieo , voilà , j'eB(>cre , uac
réjpMM MllMDte à cem qui vonlaieDt od diMounbelliqoeiuil m Dtmit fttt
utdflil denat la Covr dw pafir* , condamié à mort «I eséealé.
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LODIS-PHILIPPK D ORLÉANS. 989
f wt le rofitt (|a*avAil fail le roi d'aoeoeillir dans soo diiconn
dWvertnre qodqiief expresiioiiâ plus fières eocore qoe bel-
Hqaenief sur les érénemeiils d'Orient. Une irrilalion pro-
fonde, accnie par rimpopnlarilA pecMnnelIe de H. Guiiolf
M manifesta aa sein de la capitale et dans tous les organes
Indépendants de la presse, et le discours du tr6ne lui Impri-
nia un nouvel élan par la tiédeur anti-francaise avec laquelle
il se prononça sur les événements qui venaient d*avoir lien,
L'indignalion des esprits fut portée ik son comble par le pro-
jet d* Adresse des députés, qui énonçait la menace d*ooe vio-
lation de noire territoire parmi les conditions auxquelles la
paix ne pourrait plus ôtre maintenue. Ce malencontreux ui-
timatum disparut au milieu de la rt'prohntion publique. Mais
h France en conserva une impression d autant plus fâcheuse
que la rédaction de ce document appartenait h M. Dupin
atné, un des confidents de relie pensée immuable qui sem-
blait s'être allribu('' comme une mission absolue le maintien
à tout prix de la paix européenne. La discussion de l'Adresse
se poursuivit sous l'influence d une irrilalion extrême. Inti-
midé par les démonstrations hostiles de la garde nationale
de Paris, M. Gaizol s'abstint de Ggnrer aa cortège qui ac-
compagna aux Invalides (15 nov.) les restes de Napoléon.
Celle imposan(e cérémonie eut poor témoin ce même prince,
ao|ourd'hui roi, dont la jeunesse s'était épuisée en anathémes
contre le vainqueur de Marengo et d'Àusierlits. Le prince de
loinville, qui venait d'arracber cet illustre tropbée au sol
homicide de Sainte-Hélène, avait été surpris dans sa traversée
par la nouvelle du traité du 15 julUet. Ne doutant pas qn*uae
conflagration enro]Mtenne n'en Mt la conséquence Immédiate,
il avait pris devant soo équipage rengagement de faire sauter
ton vaisseau plutôt que de le laisser tomber avec son pvè-
cleoi dépôt entre les mains des Anglais.
Cependant des armementi Ibmidables se préparaient en
24U LODIS-PIIILIPPK d'oRLKANS.
deçà et au-delà du Rhin, e( l'aspecl de l'Europe devenait
de plus en plus belliqueux. De telles apparences oe pouvaient
M résoudre en réalités sérieuses avec un ministère qui expri-
mait une idée exclusivement paeifiqne, et Louis^Philippe
s'abimit moins que personne sur leur véritable portée. Mais
il jugea ces dtoonslaDces livoraUes pour donner l'essor à un
projelcapilal et d^i ancien dans son esprit, et les fortifications
de Paris prirent le jour au sein des démonstrations menaçantes
des puissances, de même que les lois coflrcitives de septembre
étaient sorties de l'attentat de Fieschi. Soit entraînement
sincère, soit désir de rentrer en faveur auprès de la Cour, soit
dépendance d'engagements antérieurs, H. Thiers se fit à ta
Chambre des députés le propagateur actif de la pensée du roi,
et ce fut sur son rapport que le projet de fortifier la capitale,
rejeté par la Restauration sous le ministère de M. de Tlllèle,
repoussé en 1833, sur les réclamations menaçantes de la garde
nationale, subit l'épreuve d'une discussion parlementaire.
Deux systèmes principaux élaieni en présence : celui
d'une eiucinle continue , idée fiénéralonicnl admise par les
partisans d un plan de tléfcnse spécial h l'invasion étrangère,
et celui des forts avancés , mode de résislanre parliculière—
ment applicable aux ennemis intérieurs du gouvernement ,
et l'objet (les prédilections nuinifesles du roi cl île ses mi-
nistres. Ln grand nombre de dépu lés rejetaient l'un et l'aiilre
système , et repoussaient l'idée d'isoler Paris du reste de la
France et d'attirer ainsi l'ennemi sous ses murs , tandis que
l'intérêt réel du pajfs commandait de l'éloigner des frontières.
M. Thiers se prononça pour la double exécution des forts
détachés et de Tenceinte continue , et son opinion , partagée
en principe par une partie de la presse révolutionnaire,
triompha dans les deux Chambres à la suite de déliais appro-
fondis , et dont la Cour prépara le succès par un tmit inouï
de séductions et de démarehes. Au premier rang dea orateurs
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LUUIS-PHILIPPB DORLÉAirS. 241
opposés ao projet de loi , TopiDion publique ratronfe avec
Inlérèi ud illosire èerifain , H. de Laroartioe , qui démontra
éloqueuMBODl tous les périb doot Paris forlilié meDaçall i*în-
dépeodanee constilttUonnelle , et s*éloDna que l'opposition
tout entière ne se fût pas soulevée contre cette idée parricide.
Heureux cet orateur , si Tamour de la liberté , si le soin
d'une légitime popularité lui edt fourni toujours des inspw
rations aussi droites et aussi pures, et s'il n*edt point profané
plus tard au contact falal des passions démagogiques une
âme éminemment Taite pour concevoir el pour rendre les plus
nobles sentiments de l'iiumanilé !
La Cour s'applaudit d'une loi qui, dans son opinion , ren-
dait désormais inii)ossible le succès de I insiirreclion dans la
capitale. Mais cefle loi , expression pcrmanenle des défiances
el des menaces du pouvoir » souleva de vives et urûverselles
clameurs, el le gouvernement de juillet perdit en afteclion
plus qu'il ne gagnait en puissance matérielle par remploi des
ressources dangereuses que lui avait attribuées la condescen-
dance des Chambres. Etrange illusion de la domination ho—
maine! Les rorlifications de Paris, dont Louis-Philippe at-
tendait le salut de sa couronne et le maintien de sa dynastie,
ont été une des causes les plus directes et les plus elBcaces de
la réTolution qui a emporté Tune et Tautre !
Ce prince éprouva» à celle époque » une mortlGcalion per>
sonnelle qui lui fut sensible , paroe qu'elle mettait à nu le
mensonge de sa constance dans les sentiments patriotiques
qu*ll avait manifestés au début de la première révolution. Un
journal légilimiste , la Frimee , publia quelques-unes des
lettres que le duc d'Oriéans émigré avait écrites h l'époque
où il sollicitait du service en Espagne dans les rangs de Tar-
toée anglaise (1) , et d'autres plus récentes où Louls-Phi-
(t) Tojes» p*S* *^ ^ Nolîee» <!es cxtraiu de ces Letire« , qui
lonbéiCBi «n*** ^ ^* gonvemeneiii M|^ai» «prés l'ainMinat eon-
2V2
I.OUIS-PUILIPPE d'oHLKANS.
lippe, devenu roi , dévoilail au prince de Talleyrand , alors
ambassadeur |à Londres, dans un stjle peo diplomatique,
Tetpril de sa poUUqoe lecrèle. Oo remarqoail dans celle
correspondance la mention d'un engagement formei d^aban-
donner rA4gérfe ; et ce fait était d'anlanC ploa grafe qae ,
par lereIbsdeiORMMftiafiir an conssi britannique, l*Àn-
gletecre n*avait cessé de protester contre l'occupation fran-
çaise de cette colonie. Le ministère public dirigea des pour-
suites contre le rédacteur en chef de la Fronce, qui fiit mis
en étal d'arrestation. Des recherches sévères eurent lieu dans
les bureaui d'autres feuilles légitimistes , et II fut sérieuse-
ment question de saisir la Cour des pairs , en donnani h la
publicaiion de la fhmes les proportions arbitraires d'un at*
tentai contre la sûreté de TEtal. Cependant on se contenta
de traduire le rtnlaclcur et le gérant de ce journal devant la
cour d'assises de la Seine. Le jury prononça leur acquille-
menl. Les originaux des lellres écrites par Louis-Philippe
durant l'émigralioM furent produits aux ^débats ; mais on ne
cooNBuniqua que de simples fac-similé des iellres posté-
mb tur la eomle d'EainigiMi» en 181 1, à Ban» ptèi de Londres. La dèeou-
vertedcs lettres poMériearet fat expliquée de la manière aviinnle. Lorsqoete
prince ile Tallevraiid trt rendit i Loodrcs, en 1830, il fut convenu entre Louii-
Pliiii|>pe et lui que des corrc.<pondnncc$ intimes et conndenliclles seraient
ctablies du roi à l'ambassadeur, indc]>endammenl des iniaiftres du jour. Pour
qu'aucane trace de ces communications ne fût visible , une dame trés-veriée
dana lea intrigues pulitiqucs , fat déaignde eonraw U tiefee pefaonne far le*
mnina de laquelle imsenil la comapendanee. Celle dame était ebaifée de
Inoamettre an prince de Tallqpnmd la tnlirianee dei lellvea da rai , copKea
deaanaln, aprtaafoir délmtIleaerigiMinB. Ifanaelle iMfol qn*à MÎtié fi-
dèle à ses engagements. Le leerel fut exactement gardé , mais les origioanc
ne Turent point détruits ; et , à la mort de la détentrice , Madame Ida Saint-
Edme , si «candalcusement célèbre soui le nom de la Contemporaine , on de-
vint dépositaire. Cette dame attendit vainement du gouvcrnemeol français des
{toursuitea judiciaires, qui ite furent point csercc< s.
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LOUU-raiLIPPB D ORLÉàriS. 243
riemw attribuées ft ce prince ; et quoique l'esprit de ces
docomeols n'eût rien que de conforme à le politique person-
nelle du chef de l'Etal, de grands doutes subsistèrent sur leur
authenticité. Mais les détails et l'issue de ce procès n*en eau*
sèrenl pas moins une sensation très-rire. Les légitimistes se
réjouirent avec éclat d'un acquittement qui humiliait la ro-
yauté de juillet , L'I les organes de l'opinion révolutionnaire
s'armèrent de ce résultat pour reprocher au pouvoir ses mé-
iiagemenls et ses avances cn\ers les partisans de la dynastie
déchue. Le rainislére exhala son dépit et sa confusion en un
emportement ridicule contre le parti légitimisic ; puis il ob-
tint une condamnation sévère de la Gazelle de France pour
infidélité dans le compte-rendu des débats du procès. Mais
Louis-Philippe ne s'abusa pas sur la valeur de ces repré-
sailles , et il saisit l'occasion des harangues officielles qui loi
furent adressées le 1<^^ mai , jour de sa féte , pour rendre
à la susceptibilité publique par une allusion dédaigneuse aux
manœufres de ses ennemis.
Le retentissement qu'avait causé le procès de la Franc»,
s'accrut bientôt parla publication d*une lettre de Simon Di-
dier , flts du conspirateur de Grenoble , qui tendait à impli-
quer personnellement Louis-Philippe dans le complot de
1816. CSe nouvel éclat parut épuiser la longanimité du roi.
il ne fallut rien moins que les représeolatlous pressantes du
maréchal Gérard , commandant de la garde nationale de Pa*
ris , pour détourner ce prince d'un coup-d'élat violent contre
la presse périodique de la capitale et des départements. Peut-
être aussi Louis-Philippe craignit-il que la Chambre des
pairs, à laquelle un rôle important avait été assigné dans
celle croisade aventureuse contre la plus indomptable des li-
herlés .publiques , ne se lassât d'un dévoûmenl dont l'excès
sltérail de plus en plus sa considération.
i.ouis-piiii.ippK d'orléans.
Telle élail la «iluatton des esprits, lorsque , parla conven-
liondu 13 juillet 1841 • la France fol admise h rentrer dans
le concert européen. Cet événement n^émiit que faiblement
Topinion publique. Le sort de Méhémel*Ali avait été réglé
dans deni hatti-schérifii qui le dépouillaient delà plupart des
prérogatives par lui conquises depuis dix ans , et le rédui-
saient , selon l^énerglque expression de Fonfrède , ft « l'héré-
dité du néant, s En adhérant à la convention de 1841 , la
France consacrait en quelque sorte cette honteuse spoliation ,
sans autre compensation que l^abandon du traité d^Unkiar-
Skelessy , qui n'avail jamais pris place dans le droit public
européen. Le principe immémorial de la clôture des détrolli
dii Bosphore cl des Dardanelles y élail reconnu dans des
termes plus propres l'afTaiblir qu'à le forlifier. La conduite
du gouvernement français en celte circonslance ne parut que
l'expression inanifeslc de son désir de sortir à tout prix de la
politique d'i>i;o!cmenl que la défiance ombrajîeuse des puis-
sances du Nord lui avait faite. Le cabinet espéra un moroenî
que les Cours d'Autriche el de Prusse , qui avaient insisté
sur la renlri c de la France dans le conseil européen , s'uni-
raient avec elle par une alliance plus intime ; mais celte illu-
sion ne tarda pas à s'évanouir, et le mauvais vouloir de la
Russie reprit tout son ascendant sur les dispositions de l'Eu-
rope occidentale. La monarchie de 1830 paraissait condamnée
à flotter entre une solitude absolue et des alliances intéres-
sées. Le nouveau roi de Prusse, qui se rendit vers cette époque
en Angleterre pour y tenir sur les fonts baptismaux le jeune
prinoe Albert-Edouard , fils de la reine, mit une sorte d*af-
fedation h éviter le territoire français , et les ducs d'Orléans
et de Nemours ne furent point conviés aux filâtes de la Cour
britannique. Pour prix de son éqni\()que médiation , le ca-
binet anglais aggrava les stipulations des traités sur le droit
de visite , et exigea une forte réduction dans nos armées de
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LOUlS-PillLlt>PE DonuiANS. 2(5
lerre eldc nier. Mais le ininisière franvaiii ne souscrivit qu'à
la seconde de ces exigences. Les modifications au droit de
sile , acceptées par M. Guizot, furent repoussées par iaCbam-
bre des députés , et le minialère de lord Palmerston ayant
fait place quelque temps après à celui de lord Aberdeen , il
ne fut donné aucune suite ans conventions additionnelles.
De grands éTénemenls«*élaienl accomplis en Espagne do-
pois qoe la France avait pris part au traité de la quadruple
alUance , dont Tobjet était l'eipulsion de don Carlos et le
renversement du parti apostolique. Après une lutte sanglante
et opinlAIre entre la régenle Harle-Christine et son beau-
frère , ce dernier , affaibli par la mort de Zumalacarreguy ,
et vaincu par la trahison de Maroto , s'était vu forcé de cher-
cher un asile sur le territoire français où il n'avait rencontré
que des fers. Vainement Invoqua-l-il à plusieurs reprises la
générosité de Louis-Philippe (1) : Tinflexible politique du mo-
narque fronçais subordonna sa délivrance à une abdication
que lui arrachùrenl (ardivemenl les rigueurs de la captivité.
La rclraile de Cabrera , le plus vaillant de ses généraux »
avait laissé le champ libre ù Esparlero , dont la périlleuse
influence s'était substituée sans effort au pouvoir naissant et
mal affermi de la jeune reine. Contrainte à déserter devant
ce soldat allier la tutelle de sa fille el le gouvernement de
l'Espagne , Marie-Christine était venue réclamer h son tour
Tbospilalilé du roi des Français. Son départ avait signalé la
ruine absolue de l'influence française dans la Péninsule • où
l'ascendant britannique régnait sans partage sons les noms
d*Argoelles]^et^d*E8partero. Cet élat de choses , amené en
grande partie par les oscillations de notre politique anli'-car*
liste sans étre^franchement révolutionnaire , fîit & peine trou-
blé par la tentative malheureuse d*0*DoDDell ( oct. 1841 \
( I] Ultra k Loim-Pbilippe t S et IS sopleabra liSS.
246 LODif-raium D*oiLiA9rs.
qu'avaient presqu'ostcnsiblcmenl préparée les intrigues de
l'ex-régcnte. Le minislùre espagnol demanda en termes très-
vifs l'expulsion de celle princesse au gouvernemenl français,
complice ou confident de ses ambitieux projets (I). Elle lui fut
impérieusement refusée (2\ Le retour de Marie-Christine t'i
Madrid après la chute d'Espartero (fév. 1844) rétablit sur un
pied d'intimité les relations de la France avec la Péninsule.
Celle situation se prolongea sans modifications importantes,
jusqu'à la fameuse péripétie da double mariage de la reine et
de Tinfante, dool il sera qoettion plus tard.
LMntèrieor de la France , depuis la dernière senion dei
Cliambres , n*aTal( ceaié d*é(re en proie à nne vive agitation.
Les opérations dn recensement quinquennal de Timpôt ^ ac-
complies par les agents du fisc , à Texclosion des représen*
tants de l'autorité municipale, a?aient occasionné des troubles
sérieux h Montpellier, à Limoges , h Bordeaax , ù Agcn , a
Lille , et surtout à Clermont et h Toulouse , ou le sang a?ait
conlé. Sot divers points , les municipalités organisaient une
résistance qui pouvait, d'un instant à Tautre , changer le ca-
ractère de la lutte et l'élever aux proportions d'une véritable
guerre civile. L'émotion publique s'accrut de la tentative d'as-
sassinat commise par un nommé Qurnissel , scieur de long,
sur le quatrième fils du roi , le jeune duc d'Aumale , qui ren-
trait ^ Vims le 13 septembre 18 VI , à la tête de son régiment
décimé par les balles arabes. Une effervescence de mauvais
augure régna plusieurs jours dans la capitale , ù la suite de
cet odieux attentat. De violentes mesures contre la presse
furent agitées au sein dn cabinet, dont le roi ne prévenait la
dislocation qa'au prix des plus grands efforts. Les comités
(I) LeUrede U. OloMga M. Gditut , fl «et. 1841.
(S) LetindeN. GotMl è M. Oiwaga , l8oet«lirc 1841.
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I.ODIS-PIIILIPPE D ORLKANS.
247
réCtM'imsies , menacés de poursuite!» judiciaires , se prenaient
à regretter les garanties dool ils jouissaient sous le régime de
la Restauration , et' tout annonçait qu'une loUe sériease s'é-
tablirait dans il prochaine session législative sur les questions
irritantes que ces conilés s'étaient chargés de Induire h la
Iribune par voie de pétilion.
Le ministère s'abstiol de donner cours h ces violeooes.
Mais il saisil l'oceasion du procès qui s'insimisail à la Govr
des pÉfrs contre Quéniaiel et ses complices , pour porter & la
presse démocratique une atteinte d*autant plus dangereuse
qu'elle tendait à établir une tradition en dehors de tons les
principes du droit criminel. Les magistrats instructeurs avaient
saisi dkez H. Dnpoty, rédacleor du Jounmi du Peuple , nue
lettre signée de l'un des inculpés , qui tendait à présenter cet
écrivain comme adiiiéau complot. Arraé de ce faible indice ,
qu'il prit i<oin de fortifier par la production d'un certain
nombre d'articles exlrails de la feuille que dirigeait M. Du-
poty , le procureur général Hébert , un de ces magistrats qui
ne, reculent devant aucun procédé d'intimidation , conclut k
la culpabilité du prévenu, et le ministère, s'associant haulc-
raent à celle odieuse jurisprudence , alla jusqu'à faire de la
condamnation] de Dupoty une question de cabinet. La Cour
des pairs eut; la faiblesse de prononcer une sentence de cinq
ans de détention i^peine absurde, si Dopoty était convaincu
de participation [b J'attentat du 13 septembre • peine inique ,
•*il n'était coupable que de vagues eicitaUons. Ainsi rep»-
raisrait , sons le titre de eomplieitê morale , ce délit de (an-
danee tant reproché au gouvernement de la Restauration , et-
toute parole d'opposition qui se rencontrerait désormais avec
une émeute , un complot ou un attentat , pouvait constituer
une complicité de ces actes , et expoeer Técrivain aui peines
qui y étaient attachées. Cet arrêt , contre lequel toute ta press»
indépendante^ éleva unej énergique protestation , porta ua
848 LOUIS-MlILVra D'OlLtfAMg.
coup mortel à la ooDSidération déjà si coropromiie de la
Chambre des pairs , et ropinion publique ne vil plus en elle ,
comme l'avail pn^dil M. Royer-Collard , lors de la discussion
des lois de septembre , que la Cour prévolale de la presse. La
peine de mort prononcée contre Quénisset et deui de ses
corapiires , fui commuée en une déportation.
Celle mesure ne désarma point rirrilation populaire, elle
chef de TKtal , incessaramcnl menacé par les balles des anar-
chistes , dut pourvoir h sa sûreté personnelle par des précau-
tions de plus en plus rigoureuses. La route de Paris à Neuilly
était parcourue sans interruption par des escouades d'agents
de police chargés d^eo éclairer tous les abords et de dissiper tout
rassemblement suspect. L'approche du roi se manifestait à
Paris par une sorte de vigilance inqoisitoriale qui fatiguait
tontes les dasies de dtoyens. Une escorte nomlMense tenait
les eurieni à distance , et le monarque que le suffrage popu-
laire avait élevé sur le pavois , était privé plus qu'aufSun sou-
verain absolu de rEuropedeoe contact de la multitude qui
faisait les délices de Lonis XII et de Henri IV. Plus de ces
communications bienveillantes de peuple à roi , plus de ces
Cumlliarités' affectueuses qui avaient embelli l'aurore de la
royauté citoyenne ; rien qu'un morne silence souvent inter-
rompu par d'hostiles ou sévères réclamations* Les alarmes
incessantes de la 'reine se traduisaient en exigences inquiètes
et Iracassières pour fous les officiers appelés à veiller sur la
\ie de son époux. La réparation même la plus momentanée
glaçait d'effroi cette âme tendre el vouée aui plus funestes
pressenlimenls. A quel prix , grand Dieu , la fortune avait
vendu au duc d'Orléans la faveur amère de s'asseoir sur le
trOne des descendants de Louis XIV !
A. fiOULLlMl.
{La fin au prochain numéro).
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LETTRES SUR LA SARDAIGNE.'
LETTRË.
A MADAMB ***.
Ah ! ça , mon révérend, je ne vous comprends j)as! vous
gémissez sur la dureté de cœur des Sardes, qui refusent l'au-
mône à leurs iDoioes , e( pourtant voire besace est suifisam-
meDl arrondie ; vous déplorez Pespril d'irréligion, qoi envahit
votre pays , et je vols vos églises pleines de Bdèles , vos aat«li
ridiement ornés ; el maintenant , vous me contez les aven-
lorea amoureoset de votre frère en aaint François ! Est*ce
que par hasard les moines sardes seraient alTranchis du vœa
de clMslelé ? — Mon cher Honsienr, si vonsétiès venn dans le
pays il y a vingt ans , vous compreodriet mes regrets et mon
aflUclion. Alors les prêtres étaient puissants et respeetèi ; la
Madone et les saints recevaient de riches offrandes , et les
frères n'étaient pas obligés d'Interrompre lenrs travaux et
leurs prières , pour aller mendier des aumônes, i|ui leur ve-
(t) Voir Ici IMM XXV, p. 34(; toow XKVl,p. 56; lome XXVII,
S50 LBTTBIS SDK LA flABUAliaB.
naienl en abondanee. Hais, hétas 1 anjoard^hoi » llndifférence
et l'impiété envahissent aussi notre pays , et la cause da mal.
Monsieur , notre saint archevi^quc de Cagliarî Ta très bien in-
diquée dans son dernier mandement :. ce sont les bateaux .'i
vapeur. Quant nos serments religieux , nous faisons vœu de
pauvreté et d'obéissance , mais de chasteté, tanto che lo com-
portera la nalura. Et mon compagnon de roule accompagna
cette plaisanterie d'un d-clat rie rire vermeil. C'était un bon
moine: un moine, la béatitude fait homme, et dont la ro*
londilé prévenait en faveur de soo caraclëre. Car , c'est un
privilège dont jouissent les hommes gras ; on est disposé à
croire à leur boolô el à leur franchise, tandis que les maigres,
aa contraire , sont tonjours soupçonnés des inclinations les
plus noires. Loi , dn moins , ne faisait pas menlir le pro*
verbe , et les poignées de main , les saints amicaoi qu'il
échangeait avec Ions les passants , bisalent fol de la sympathie
générale , qui lui était acquise. An reste , n'en déplaise ma .
libéraux Intolérants , c*est une chose positive et qui semble
toute nainftile, que cette affection du peuple pour ces moines-
mendiants qui vivent avec lui , s'assodant à toutes ses joies ,
partageant tmiles ses misères.
Mon moine était, en outre, nn compagnon distrayant ; il
avait parcouru la Sardaigne dans tous les sens , Taimait ,
comme tout cœur bien-né doit aimer sa patrie , et voulait ab-
solumcnl me faire partager son admiration. Il s'extasiait sur
la beauté de la route, qui déroulait devant nous son ruban
dépoussière; il poussait des exclamations , ù la vue d'une
pouvre rivière ensevelie sous les joncs de ses bords , et me
forçait , de temps h autre , ù boire quelques gorgées de vin
de xMonica qu'il portail avec lui , terminant toutes ses re-
marques par ces mots : En avez-voQS en France de pareil ?
et sa figure s'épanouissait dans un sourire dédaigneux el
triomphant. Aux portes de Paoli-Latino , il me fit admirer la
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LBmU sut LA âAlllAI6irK. S51
richesse coroparalive de ces campagnes , empestées aulrefolj
par d'immenses paludes , qui donnèrent leur nom au pays.
A chaque instant il s'arrêtait pour cueillir , au bord du che-
min, quelques épis de froment, dont il me fallait compter les
grains , ou quelque laitue sauvage, dont il me vantail la sa-
veur en les croquant à belles dents. Un troupeau de brebis
Iraversail-il la route? il descendait aussildl de cheval pour
s'enquérir auprès du i>erger de la santé de ses bétes et do
nom de leor propriétaire, dont il m'énumérait aiors le mmilire
de tronpeani. Les troopeaax , en eflèt , de diaqne oonsmone
appartiennent à deoi on trois propriélaires an plos* et, traités
avec pins de soins , deviendraient une des riâiesses les plus
prodacUves de Ttle.
^ Si les sons d*an oometè boni|imi venaient à retentir, ah !
disait-il , voilà on âoier qui appelle les moknii (les Aoes
qu'on appelle meoniers , parce qoe, la tête cachée dans le
f0$eHi , ils font loomer les menles ft blé) ; et alors II fallait
avec lui galoper dans la prairie , pour aller contempler ces
bétes lilliputiennes , mais pleines d'intelligence dans leur
petit corps. Voyez donc ces porcs, qui ressemblent h des san-
gliers , porlcnl la queue loutTue , et ont un sabot au lieu
d'ongles.... Oh ! les beaux chevaux ! vigoureux et rapides, ce
n*esl qu'ici qu'on en voit de pareils ! Et ces bœufs ! leurs
cornes ont bien trois pieds de haut.... Ah! les jolies femmes !...
Décidément la Sardnignc est le premier pays du monde 1!....
Toute contradiction eût été inulile,et je craignis de Taflliger,
en attaquant son enthousiasme patriotique. Cependant, comme
Il me parlait du climat de la Sardaigne, de la sérénité inal-
térable de ce ciel , où les jours pluvieux sont des esceplions ,
le tonnerre et Toragedes accidents , il est malheorem, osai-
je loi dire, que rintempérie, que de» fièvres tontes locales,
désolent an aonî beau pays 1 — Comment , la Sardaigne est
un pays fiévreut ? mais . Monsienr , c*est une calomnie in-
252 LBTTB18 SUft LA SABDAUilIft.
veolée |>ar quelques piéraonlais , qui éiaient veiuM «• fixer
aux environs desencieos marais deSao-Gavtoo. U , passant
. leur vie boire el h manger ; le soir, se promeoanl an serein ;
la nuit, ne daignant pas se couvrir ; oommellant enfin toutes
sortes d'excès , ils y moururent bientôt , victimes de leur in-
tempérance , ôonune Os aéraient morts en tout antre pays.
Les Sardes ne connaissenl pas la Gëvre , eux ; mais ce sont
des hommes sobres , sages , religieux , des travailleurs infa-
tigables, des amis généreux, etc., etc.... Et il commença , en
l'honneur de ses compalrioles , une litanie, qui menaçait de
devenir interminable, si je ne l'avais interrompu, en pronon-
çant le mol de bandil. — Mais les bandits, reprit-il, ce sont des
gens honnêtes el respectables comme vous el moi. ils onleux-
raûmes frappé leur ennemi , sans vouloir s'en remettre au
gouvernement du soin de leur vengeance. Au fait, de quoi se
mêle le gouvernemeul ? à moi seul l'injure a été faite , à moi
seulà la venger! Oui, dans mon pays, il y a des bandits ; on
assassine son ennemi , mais on ne le dépouille pas : il n'y a
point de voleurs. Cependant , répondis-je , on m*a conté à
l'auberge de Paoli-Lalino , l'histoire d'un homme qui a élé
roué vif , pour avoir tué une femme, après avoir préalable
ment pillé sa maison. — Ce n*est pas ça , Monsieur , votre
hételier vous a trompé ; moi je sais l*histoirede luancho Ro-
merî , et je vais vous la raconter.
Encore une hisloire I allei-vous dire? Oui , madame , et
d*antant mieux que cette lettre vous est adressée. D'autres
me reprocheront sans doute de n'écrire sur la Sardaigne,
trop peu connue , que des rêveries incolores , dépourvues
d'observations scientifiques, politiques ou morales, mais qu'y
faire? la faute en est à la nature, qui a pris si peu de peine à
composer mon individu. Inditlérenl aux grandes questions
sociales , je suis amoureux du monde visible ; les objets ex-
térieurs frappent seuls mon imagination : le désir de tout
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LETTRRS SlJIl I.A SARDAI6NB. S53
Mfoir , ce grand vice de l'espèce bomaine , ne me dévore en
•acQiie fiiçon. Aimi • je eorople sur voire indolgence ; car ,
eo ce point , je vous reswrable, à vom , meidamet, qai ne
caeiiei sons vos frools ni poliliqne , ni malhëniati(|oe , ni
phikMophie , el qoi ne tenez pour agréable qoe ce qni n'a
aocone prétention métaphysique on homanilaire. An reste ,
une histoire indigène pent être ornée d'observations pleines
d'intérêt , de détails pleins de cooleors et de vérilé ; celle de
mon moine anra peut-être ce mérite ; déjà le héros rempHI ,
ce me semble • toutes les conditions de l'emploi : on scapu-
laire au cou , un teint de cigarre et un nom en o ; un moine
y joue un rôle important , el la >ic(ime est une femme Inno-
cente e( persécutée. Tel fui donc le récit du Tranciscain :
« Je suivais un soir la roule (orlueuse , qui va de la ville
ëpiscopale d'Alais au village de Sanluri ; c'était pendant
l'hiver ; le venl était froid el humide ; de gros nuages élendns
sur l'azur du ciel augmentaient l'obscurilé Je la nuit. Je hâlai
le pas , égrainant mon rosaire et marmollanl mille pale-
nôtres, pour conjurer le démon de la nuit et les rencontres
nocturnes. Toul^-coup je m'arrêtai , saisi de frayeur. Une
ombre menaçante se dressait au milieu du chemin el me
barrait le passage. Malgré l'obscurité^dont la nuit et la frayeur
voilaient mon regard, je reconnus peu-ft-peu que le spectre
éiait un homme comme un autre , embossé dans un grand
manteau de couleur foncée , qui , s*enroidant autour de son
non , ne laissait voir de son visage que deui regards éUnce-
lanls. Qui es-tu ? me cria-t-il , où vas*tu ? Je m'empressai de
lui décliner d'une vois tremblante mes nom, prénoms et qua- j
lités , sans oublier le but de mon voyage. Anseimo habite ce
pays , repril-^il; tu vas me conduire à sa maison. £l il ajouta
d'une vois sombre : Si tu me trompes , je me vengerai. Je |
loi répondis en tremblant , qu'il m'était impomible de lui j
t
i
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254 LBTTm m la sabbaicnr.
rendre ce service, ignoranl complètement l'endroit, où était
située la maison d Ansoimo , dont le nom même m'était in-
connu. Alors, sans ajouter la moindre interrogation, s'en-
fbnçant dans les buissons du chemin , il disparut à mes yeux.
Quand je me retrouvai seul , la frayeur me rendit mes forces,
et je me mùà courir à toutes jnmbcs du côté de Sanlari,
n'oMnl loorner la téte ni à droite ni & gauche, Mits même
m'apercevoir qoe la pluie tombait par torrents.
Enfla , arrivé aux pieds de la dernière ooUlDe , Tainco par
la fatigoe et le froid , je m'arrêtai , le désespoir ao cœur.
Toul-fc-coiip , une darlé Intélaire, qui selollllait aoi vitres
• d'une chaaroière Isolée , frappa mon regard; je repris eoa-
rage • et je vins firapper h la porte , en rédamant i*liOBpiUililé.
La porte, d*alN>rd, 8*oavrlt avec timidité, pais tonte grande
devant la robe da eapncin , et j'entrai. Antonr d*nn fea de
genévrier , qui remplissait la chambre d'one lumière pélH-
lanle et se perdait dans le toit en odorante famée ; avec une
indolence d'altitude foute séduisante , une jeune fille était
assise à côté de son père , grand vieillard à cheveux blancs ,
tandis qu'une servante accroupie dans la cendre préparait
quelque modique souper. Ces deux jeunes filles , ce vieux
père , et, de plus, on petit âne couché au pied de sa meule ,
composaient toute la population de la chaumière.
La double chaleur du foyer, et du vin musent de Q"'irln ,
dans lequel je trempai quelques morceaux do ce pain mal et
serré , d'une blancheur éblouissante , particulier à la Sar-
daigne , réparèrent mes forces , et me rendirenl la parole et
la vie. Mon cher hôte, lui dis-je alors , connaissez-vous dans
ce pays un homme , qui habite une chaumière isolée et qni
s'appelle Anselme ? assurément , mon révérend père , et
très intimement encore; car c*est loinnéme qoi a le bonheur
de voos parier en ce moment. — Ah I vraiment ; eh bien 1 je
peux vous annoncer une visite pour ce soir pent-èlre ; car
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LEirnES SOR LA SARDAIGXE. 255
J'ai raoeoiilrè en chemio oo individo d'une tonrniire aneinis-
peele, qui voaUii absolimwat que je le oendQisine chei tous.
El je me mil à .loi faire le rédi de rapperilien noclnnie qoi
m^avait caa«6 laal d'effroi. Mais, à mesure que je lui pariais ,
je via s'assombrir le Umi du vieillard, et une pâleur morlelle
se r^andilsur son visage.— Avei>vous vu ses traits?... il a
les yeux lileus et brillants la barbe épaisse et noire?.... il
porte un bonnet èearlale brodé d'or?... grand Dieu ! e*esi
Juancbo Romero I ! I— Gomme il n'a pas pris la peine de me
dire son nom , j'ignore sHl se nomme luaneho ; quant à son
visage , la naît el les plis de son manteau m'ont empôché de
les reconnaître. Mais qui esl donc ce Juancho , aJou(ai-je y
dont le nom vous cause une terreur si profonde? — C'est un
homme méchant, que j'ai eu le malheur d'offenser sans le
connaître.... C'est un homme de cœur, que mon père a mor-
tellement outragé, reprit la jeune (ille , el qui vengera sur
nous l'honneur de sa famille. A celle étrange interrup-
tion , je levai les yeux sur la jeune tille el la contemplai
avec oltenlion. Elle était admirablement belle, mais d'uoe
beauté atlrayanle el sévère à la Tois : avec d'épais cheveux
couleur^'ébéne, et, sur un front dUvoire , des sourcils noirs,
déliés eomme un trait de plume, elle avait de grands yeux,
bleus eomme feau de la mer,et frangés de dis longs et soyeux.
Ces yeux bleus, profondément enfoncés dans leur orbite, et
cernés par une teinte nacrée , donnaient à sa physionomie un
caractère étrange, etrespiratent une tendresse et une ardeur«
que le monde et les plaisirs n'avaient point terl dans son cœur.
« Le regard de la jeune lille, en rencontrant le mieii , me
causa une émotion si profonde , que je restai muet. Je n'osai
plus interroger mon héte; il rompit le premier le silence et
me raconta que , l'aolomne dernière , cédant aux sollicita^
lions de sa fille , qui désirait assister à une belle féte, avec
toute l'ardeur que mettent les jeunes filles à raccomplisse-
256 r.KTTRES SDR LA SARDAIGNR.
menl de leur désir , il l'avail condaile à Gabros , le jour où
Ton célébrail la féleda patron. Pour la belle Anlla,qai n*élall
jamais sortie de soo Tillage, une eérftnonie pareille était on
plaisir , qni afait encore TirrésisUble attrait de linoonno.
Aveeson corsage de feloors cramoisi , brodé d*or aox entoor-
nares, et serré am poignets par de petits grelots d'argent •
avec sa Jope violette , bordée d*écarlate , et ses souliers de
satin , relevés en pointe , Anita était si Jolie, qu'elle devint
la reine delà féte. Et pourtant, ajouta mon ftvneiscain entre
deux parenibëses , les femmes de Cabrai sont les plus belles
de la terre , si belles , que la grande reine Marie-Thérèse ,
femme d'Emmanuel passant un jour h Cabras, fui lelle-
menl ravie de leur bcaulô , qu'elle donna comme prix un
baiser au fronl de l'une d'elles.
« Pendant toute la féte , les jeunes gens firent la cour à
Anita; tous voulaient avoir Thonneur de lui donner la main
pour la conduire à la danse , et lui venaient oITrir des bou-
quets de fraises cl d'oranges , et des colombes enchaînées.
Un surtout, nommé Joseph Romero, beau garçon de Ma-
comer,qui, le malin, avait remporté avec son frère le prix
de la course , poursuivait Anita de ses soins empressls ; il
la suivit partout , et le soir il dansa souvent avec elle. La nuit
venue , au moment du départ , son frère s'avança vers moi ;
d'une voIk émue , il me demanda pour Joseph la main de ma
fille , et s'éloigna sans attendre une réponse qui m'eût fort
embarrassé. En revenant ches moi , je m'informai auprès
des voyageurs de Macomer de ce qu'était Joseph , et j'appris
que c^était un brave garçon , mais ne possédant pour tonte
fortune qu'un petit terrain qu'il cultivait avec soo frère Juan-
cho. En conséquence, je lui fis dire qu'il devait renoncer à
l'espérance de devenir mon gendre. Mais il était amoureux ;
et , n'écoulant qoe sa passion , il quitta son fièra , et vint
halûter le pays , passant des journées entières aotoor de ma
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LETTRES SUR LA SAR0A1<UIJI« 257
luifoo • pour a|iercovoir AoUa , qui poartanl n*av«il poor lai
que de rindlfféreiioe.
« B1160 , obiédé par mw «ipioDnage Jooraalter , craignant
anisi ponr ma fille l'eiote de son amour dédaigné • je ftis me
plaindre an Jnge , el le loi dénonçai comme un malfaileor qui,
la noit, rOdail antoarde ma maison. Le jnge le fil donc ar-
rêter , et il passa qaelqaes joors en prison. J*espérais bien que
son amoor ne réiislerait pas à celle épreave ; mais ce fiit
ponr Ini nn affront si sensible , qu'il a qailté le pays poor
tonjours. loancho jura qD*îl vengerait son frère et Thonneor
deleor nom outragé. Depuis ce jour.... Mais nn coup violent
ébranla la porte , qui s'ouvrit: et le vieillard poussa un cri
terrible, el Juancho , le regard enflammé , d'une main tenant
sa carabine , de Tanlre relevant les plis de son manteau , se
précipita dans la chaumière. A la vue de la jeune Glle , il
s'arrêta d'abord avec hésitation; puis la saisissant par les deux
mains , il l'entratna dehors el poussa In porte sur elle. Alors
venant à moi : Moine , me dit-il , confesse ce vieillard qui va
mourir. LepanvreAoselmon'éleva même pas la voix ponr im-
plorer son ennemi ; mais, se prosternant à mes pieds, il se pré-
para h la mort. Il régnait alors dans la chaumière un silence
mortel, qoe trooblaienl .seuls les sanglots étouffés de la jeune
fille , mêlés aux plaintes de Pouragan. Juancho était adossé
à la muraille; la flamme do foyer, agitée par le vent, on-
doyait ça et 1& , et les caprices de la clarté mouvante qui il-
Inminait par moment sa tétq , semblaient les images symbo-
liques dee débals effrayants qai torturaient son éme. Un
moment après , sur nn geste ' impératif de Joancho , je sortit
delà chaumière. l'essayai d*enlrahier Anita, assise immobile
aor le seoil de la porte ; mais elle ne me répondit paa, et
oomme les instants élalent précieux, je ooaros vers San-Lnri»
poor avertir les cheTao-légers, et prévenir an malheur, 8*11
était (em|)s encore.
258 LETTBES SDR LA SARDAIGITI.
« Vous trouverez peut-élre, mon cher cavalier, que j'au-
rais dû tenter quelques efforU poar saa? er et défendra lei
jours. Je vous avoue que cette pensée ne me vtnt tudme pia.
Juanebo élail dam ton droit. C'était au reste une aSaira
toute personnelle entre lui ei Aoseimo; il avait à venger
rhoooenr de ton Dom ; et Tusnra est permise en veogeanee.
ie courais donc du c6té de San-Luri, quand une darlé sou-
daine illumina la campagne et dessina mon ombre devant
moi : je me retournai ; ta cabane était en fieu et les Romeri
étaient vengés.
« Les chevau-légeis partirent au galop à la poursuite de
inancho, qui s'enfuyait vers les montagnes; et le ftigilif allait
être atteint, lorsque la Providence voulut qu'il rencontra sur
son chemin une chapelle de refuge dons laquelle il entra. —
O divine Providence ! raurmurai-je entre mes dents. — Oui,
cher cavalier, Juancho l'assassin rencontra sur son chemin
une chapelle de refuge. Que la Providence s'arrange comme
elle voudra : c'est lù le fait. Il y a quelques années encore,
en Sardaigne. ça et là disséminées dans les campagnes, s'é-
levaient de peliles chapelles solKaires el toujours ouvertes,
dans lesquelles les coupables fugitifs trouvaient un osile in-
violable. Ils pouvaient y rester renfermés jusqu'à ce que la
îàim les obligeât à se livrer à la justice ; et souvent des amis
fidèles leur venaient apporter quelque nourrilore dans ces
asiles» dont quelquefois ils ne pouvaient plus franchir le seuil,
sous peine de mort. Mais hélas, ces chapelles sont tombées
en ruines ; car ai^urd'hui il n'y a pins rien de sacré pour
la justice, et les gendarmes viennent saisir les coupables jus-
qu'aux pieds de l'autel.
« Deux jours après, Juancho était encore lenfermé dans
l'asile sacré. Les chevau-légers, le fbsll sur l'épaule, comp-
tant sur la Ibim pour leur livrer le prisonniert rôdaient à
l'entour, quand, vers le soir, ils aperçurent, se dirigeant vers
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LBTTABS «!■ LA SABDAIGHE* 259
la cbipelle, Qne jenoe fille voilée, qui portait sur sa léCe une
corbeille pleine 4e fmils, el retenait snr ta hanche one am-
phore alongée. QDeiqiiesiDOiiienUapiè8,noaslaTtines sortir
do relbge el marcher vers nous ; car pour moi, préroyanl
bien qne Inancho ne se rendrait pas sans vendre chèremeni
sa vie, j'étais venu vers sa retraite dans la pensée qu'on ponr-
rall avoir besoin de mes pieoi offices. La Jeone fiiie semUail
une apparition céleste ; les rayons du soleil couchant l'enve-
loppaient comme d'une caresse el dessinait sa silouhette élé-
gante sur l'azur empourpré du soir. Un de ses bras, gracieu-
sement arrondi, retenait sur sa tôtc sa cruche encore pleine,
tandis que l'autre reli>nihait le lonç de sa hanche avec
un mouvement plein de mélancolie lI d'abandon. Son
pezzaro blanc flottait au vent, formant autour do sa figure
comme une auréole capricieuse ; elle était charmante ainsi.
Quand elle fui près des soldais, elle retint son voile sur son vi-
sage, el, comme pour se débarasserdeleorsgalanles obsessions,
elle leur abandonna la cruche, pleine encore d'un vin géné-
reni. Mais, dans sa fuite, son voile un instant s'enlronvrit, et
je pus reconnatlre les cheveux noirs el le regard d'asnr de
la fille d*Ansehno, c'était Anila, Anila amoureuse de Jnan-
cho, l'aasassin desoo père 1 1 1
« Qne vonla-vons? les femmes sont ainsi Mies. La fai-
blesse lenr fait horreur ; et ce sonl les qualités qui leur man-
quent le plus : une volonté inilezible, nne énergie quelque
peu féroce, qui, cfaei Thomme , les passionnent au suprême
degré. Aussi, assassinai votre fbmiile, lues père el mère,
ajes Time enfin aussi noire qu'une soutane de Jésuite, et
vous poQves être sûr que toutes les femmes vont vous ad<h-
rer , et sacrifier pour vous , s*il le but, leur bonheur et
leur vie. »
Que pensez-vous, Madame, de celle loi morale, décou-
verte par mon saint franciscain? Il me semble difficile d'en nier
960 tBTTBBS SOI LA SAtMIOfl.
la justesse. Sans avoir eu l'occasion d en constater la vérité
dans toute sa rigueur, j'ai toujours vu les mniivais sujets être
auprès des femmes l'objet d'une préférence scandaleuse , et leurs
faveurs d'aulanl plus assurées que la réputation de scélératesse
était plus incontestable. Mais c'est un peu, je crois, afTaire
de vaoilé ; c'est un spectacle si touchant que celui du vice
vaincu par la beaulé, «l puis il est si flallear d'enchaloer à
sa aaîte an cœor ardemment disputé.
« La nuit venue, les soldais à moitié ivres s'éparpillèrent
ça et là autour de la chapelle, et les deux sentinelles couchées
<!n travers de la porte s'endormirent d'un profond sommeil.
Le matin, quand Toflicier pénétra dans le refoge, pour re-
ronnaltre son prisonnier, il ne le troava plus; luaneho s*était
sauvé dans la montagne.
« Un mois s*était écoulé depuis cet événement, et per-
sonne n*avait plus entendu parler de luaneho. Réiligié sur les
sommets les pins écartés, caché sons les foiéts immenses et
dans les grottes inaccessibles, il vivait sans doute du fruit de
sa chasse et du lait des brebis des pasteurs. Pour Anila, elle
habitait h San-luri une petite maison, que lui avaient donnée
les Barracelli, pour l'indemniser de la perte de sa chaumière
incendiée. Les Barracelli sont un corps de compagnie d'assu-
rances armée. Moyennant une rétribution annuelle et propor-
tionnée à la valeur des biens déclarés, les Barracelli s'engagent
à réparer immédiatement les vols el les dégâts de toute espèce,
quand ils n'ont su les prévenir. Anila menait une vie labo-
rieuse et retirée, ne quittant sa maison que pour aller à l'é-
glise, el, chaque jour, elle offrait h l'autel de saint Lucifer
no cierge béniel les fleurs de son jardin. C'était on vœu qu'elle
avait fait pour obtenir la vie et le bonheur de Juancho.
^ Et le grand saint Lucifer, demandal-je, lui accorda-l-ll
la vie de son amant, bandit et assassin? — Eh mon Dieu 1
pouvait-il résister aux prières d*une fille aussi jolie ! » Heu-
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LETTBES SCR l A SARDAI6NB. 261
reui pays, pensai-je, où les sainte sont seosibles aux char-
mes de la beaulé,el comptent encore comme influence réelle,
tandis que chei nous» hélas, ils sont réduits simplement à
joaird^uae bonne reofMnmée philosophique. Et poarlanl il y a
quelque chose de respectable et de toochant, dans celte foi
nal^e et profonde, dans ces soperstitions saintes, qui font la
consolation de la fie.
« Une orpheline, riche et jolie conme l'était Anila, ne
pouvait manquer d'adorateurs; aussi tous ceui qui avalent
encore quelque jeunesse dans le ccbut, h San-luri, en devin-
renl^ils blentdl amoureui, et chaque soir une foule de sou-
pirants se réonissaient auz alentours de sa maison. Lb, ca-
chés sous Tombre d'un balcon, où derrière le (ronc d*un
palmier, ils guettaient la belle fille, h son retour de l'église,
pour lui décocher au passage une œillade assassine ou quel-
que galant madrigal. La nuit venue, on en voyait quelques-
uns rôder sous ses fenêtres, attendant que l'ombre adorée
se dessinât sur les murs, tandis que d'autres, plus hardis,
par conséquent moins amoureux, improvisaient en chœur,
au son de la laoneda, quelques couplets en son honneur. Le
jour, sans doute, ils allaient soupirer dans les bois, écorchanl
le Irouc des orangers, effeuillant les Oeurs de grenade, se li-
vrant enfln à toutes cet innocentes et sentimentales béUses,
en usage chez les amoureux de tous les pays, depuis la nais-
sance du monde. Mais la belle orpheline demeurait insensible
à leur peine, fière et distraite, elle n'avait pas même un sou-
rira à donner en consolation à ces pauvres amants. Aussi,
découragés perses rigueurs, leur nombre diminuait sensible-
ment, et la beUe devenait de plus en plus sauvage. D'abord,
huit jours durant, sa porte demeura dose ; puis, un soir, un
galant endurci crut voir, derrière ses vitres, passer une om-
bre masculine, enfin,par un beau dimanche, sa place à l'église
demeura vide, et, de ce jour, on ne la vil plus è San-luri.
S6S LVITRBS SUK LA SAKDAieirB.
« Vous pensez sans doute qu'Anita était allé dans les foréto
retrouver celui qu'elle aimait, et partager la vie errante du
bandit? eh bien ! c'est ce qui était arrivé. La pauvre enfant,
h jamais vouée à la fortune de Junncho, parcourait avec lui
les montagnes de la Gollura et de In Harbagia, errant, tantôt
au milieu des pasteurs, tantôt avec les autres bandits, qui, tra-
qués de toutes paris par les chevau-légers , se réuaiasaieal
sons les ordres de Jnancho pour repousser leurs attaques : car
ses compagnons enthousiasmés par sa force, soo adresse el
son audace, les trois qualités suprêmes aoi jeoi desSarda,
aviienl choisi Juaocho pour leur chef. La réputation do ca-
pitaine s'était répandue dans l*tle entière ; il était derenu le
roi de la montagne, et Ànita, sa compagne inséparable, par-
tageait sa puissance et sa renommée. Elle était heureuse en-
fin : l'amour et la gloire de ce qn^elle aimait lui faisaient oublier
sa réputation perdue, et Yoilaient de trop doolonrens souyo-
nirs ; el puis elle trourait dans cette vie, vagabonde et tour-
mentée, des attraits inconnus. Et alors mon brave franciscain
commença une apologie de cette eiisteooe aventureuse, qu'il
accompagna de détails attendrissants sur les vertus des bandits,
avec nne complaisance qui cachait de secrètes sympathies.
Pauvre saint homme ! la monotonie monastique lui pesait sans
doute; comme nous, il s'ennuyait de cette existence incolore
que nous a faite la civilisation; commet nous, il gémissait sur
ce manque d'imprévu, qui fait le malheur de la vie moderne.
« Mais il arriva que le Vice-roi, voulant rt^primer d'une
façon énergique les entreprises des bandits dont le nombre
et Taudace augmentaient chaque jour, lança à leur pousuite
une armée de cbevau-légers , de soldats et d'espions. Anita
comprit alors qu'elle ne pouvait plus rester avec son amant,
sans l'esposer à tomber entre les mains de ses enuemis, elle
se résigna à l'abandonner et vint se réfugier à Paoli-latino, o&
elle était complèlement inconnue. Elle habitait cette belle
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LETTRES SUR LA SARDAIGNR. M8
maifon , qu'un seigneur espagnol fit construire pour une
de ses maîtresses, et qui aujourd'hui sert de locanda. Là,
ÎDieiiMble eux peraécations des curieux comme aux pré-
venaoees amoureuses , elle vivait dau le mystère et
robscnrité, allendanl les jours pins heureux, où elle ponr-
nil rejoindre Jaancho , à Pamonr duquel elle avait con»
Moré sa vie : Juancho qni rainait, qui dorait l'aimer lon-
Jonrs ! Le oœor anssi a ses soperstilions.
« Un jour, k l*lienre où l'Iioriion oommence h s'emponr-
preranx rayons do soleil oondiant, assise an seoil do sa
maison, elle filait silencieuse, abandonnant son Ame ani
Irisles rftveries du passA , ces rêveries, dont la donleor est eni-
vrante. Mais, quand elle releva sa léle longtemps inclinée,
elle vit venir sor la route an moine, 'le capadion baissé, dont
l*aspoet loi causa un trouble Indicible ; son (bsean s*échappa
de ses doigts et roula par terre; son sein se gonfla ; ses lèvres
tremblaient ; ses tempes battaient avoc violence; cl, malgré
le nuage humide qui voilait son regard, elle crut voir, quand
le moine passa devant elle, un anneau briller à son doigt.
Cette démarche, c*t''tait celle du bandit ; c'était sa taille, c'était
sa tournure. Cet anneau, c'était celui qu'elle avait passé au
doigt de son amant, le jour où elle devint sa compagne; ce
moine, c'était Juancho ; elle l'avait bien reconnu aux batte»
ments de son cœur ! — Mais que vieolpil faire au village, ou la
mort l'aUend peut-être? pour qui expose- t-il ainsi sa vie?
pour moi, sans doule.... mais il n'a pas Tait semblant de me
voir 1 1 El alors, ane pâleur mortelle couvrit son visage, son
front se contracta, ses yeux brillèrent d*nn éclat humide, ol
un sanglot étoofTé jiillit en6n de sa gorge. Hais je peu me
tromper, se dii-elle, qnand Texcès de sa donleor fbt an peo
calmé, pourquoi me désespérer? peol^tre n'est-ce pas Juan-
cho? Pote, soudain, se levant avec violence : < C'est lui t s'il
vient ici pour me Irahir, je vais le savoir. » Et , jelani sor sa
M4 unmi» m la saedaignk.
téte son voile de Itine, elle aorlil, et aiilfil le moine josqn'à It
porte de l'église.
Le jour baissait; de petits nuages, que faisaient étinceler
les clartés du couchanl, pommelaient le ciel; l'air était tiède
et ennbaumé; sur la place, des groupes de danseuses faisaient
frissonner leurs jupes ondoyantes ; les laonedas nazillaient
au vent, et, plus loin, la voix des chanteurs ronilait comme
des tuyaux d'orgue. Anila s'arréla quelques instants pour
contempler ce spectacle, l'espérance rentrait dans son cœur;
puis elle Gl le sigae de la croii et s'eafonça sons les fodlet
de l'église.
« Quelques fidèles, éparpillés çà et là, priaient avec fer-
venr. Aoita, a'approehant alors do moine : Mon përa, lui
dilrelle, mon père, voolei-voos entendre ma oonrei8ion?Le
moine ne laissa paraître ni émotion ni sorprise, et vint s'as-
aeoirdans la chapelle la pins obscure. Anita reprit courage...
et, se prosternant à ses pieds, elle lui dit : Pardonnei-moi, mon
père; car mon crime est bien grand. Hon cœur paijure s*est
laissé prendre aux séductions de la grandeur et des richesses;
Tabsence m'a fait oobliercelui au(iuel j'avalsdonné mon amour
et ma vie ; j'ai trahi mes serments.... D'un bond le moine se
dressa sur ses pieds, son capuchon tomba snr ses épaules;
c'était Juancho, les yeux flamboyanls, les lèvres tremblantes,
elt soudain, saisissant son poignard, il le plongea dans le
cœur d'Anila. La pauvre femme tomba le visage contre terre;
puis, se relevant à moitié, elle se crampontiail aux mains du
meurtrier qu'elle inondait de baisers et de larmes. Enfin,
d'une voix éteinte : — Merci, lui dit-elle, Juancho î Tu m'ai-
mes encore, je meurs heureuse. — £l, retombant à ses pieds ,
elle expira ! !
« Juancho se précipita sur le cadavre et le tint longtemps
embrassé, dans un désespoir roorne et terrible. El quand il
se r«leva, des larmes brdlantei ruisselaient le long de ses
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LrrrREs suk la sardaigm:. S65
joaes amaigries, el de^ rides soudaines sillonnaient sou froiil;
la Jalousie et In désespoir d'un inslanl, TagODie de son cœur,
r«?ai€Ol vieilli dedii ans. Alors, se loarnaot vert la foule
Iranblantequi renlourail: — JesuisJuancho, diU-il, dont la
vie est mise à prii ; condaises-moi ani commandants de la
ville , et qne les pins pauvres se partagent le prii de mon
sang.
« Pauvre Anita I s*écria d*un ton attendri mon gros fran-
ciscain, la curiosité Ta rendue sacrilège, et Ta perdue comme
Bve sa m6re, comme elle perd tons les liommes. La curio-
sité, ce besoin de tout savoir, qui 8*est emparé de limmanité,
est la cause des vices qui rinondenl , et la conduiront i sa
perle. Dieu nous a mis dans ce monde pour faire notre salut;
il veul que nous jouissions des biens qu'il nous donne , el
nous défend de rechercher la cause des phénomènes qui nous
enloureiil. Le démon esl le père de la science , c'est lui qui
pousse les hommes ;i ces inventions monstrueuses ol diabo-
liques dont la terre est déjà couverte, el qui flnironl par la
rendre inhabitable. Aussi , de tous les hommes, les plus par-
faits, ce sont les moines mendiants. Heureux et tranquilles,
ils n'ont d'autres soucis que celui de manger et de boire le
mieux possible, de chanter les louanges du Seigneur, et le
prier de les recevoir à leur mort dans son divin paradis : c'est
la grâce que je vous souhaite, ainsi-soit-il 1 »
Le digne homme pourrait bien avoir raison. Ces bons
moines, qui vivent sans savoir ce qu'ils font, saintement oc-
cupés à manger, à boire et h louer le Seigneur, et meurent,
sans avoir rempli en ce monde de mission plus importante
que celle d'une béle ou d*une plante, sont peol^tre beau-
coup pins sages que nous. A coup sûr, ils sont plus heu-
reux, ei^ pour moi, je me sens capable de suivre un jour les
^^^n-'ieiis de mon franciscain et de me réfugier dans un cou-
vent s/ Jans quelques années, il en existe encore sur la tene.
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266 LETTRBS SDR LA SAROAIGNE.
« En M <|oali(é de bandil el d'assasrin , Juancho dépen-
dail de la jnsllce civile-, el , comme tel , il foi condamné à la
potence. Mais, sacrilège , il élail justiciable de la coar eoclA-
siastiqne, qui ordonna qo*ll fûl roué vif jnsqn'ft *ee qne mort
s'en8nlvtl.<— De là grande conteslallon : laquelle défait céder
à Taotre, de la jostice civile on de TeeclésIasIiqoeT Celle
importante question fol vivement controversée; mais enân
rSgltse remporta , el Jnancho ftit roué vif snr la place de
Paoli-Lalino; quelques tours de roue encore, et II expirait,
quand un courrier, porleur de sa gréce , arriva au pied de
réchafaad. — G'élait le comte de*** qui, séduit par les hauts-
faits do coupable , avait sollicité et obtenu cette grâce du
vice-roi, el l'ovail aussitôt expédiée à Paoli-Lalino pour pré-
venir le supplice ; mais le porteur sN'lail amusé en roule, et
n'était arrivé qu'au moment le plus inléressanl du speclacle.
Le beau Juaiuho, célèbre autrefois dans la Sardaigne entière,
les bras el les jambes rompus, la raison égarée, se traîne au-
jourd'hui sur les ^'randes roules en mendiant ! ! ! »
Tel fut , à peu prés, le récit de mon franciscain. El re-
marquez bien, madame, que je ne vous dis pas le récit exact,
car vous pourries alors me faire des réflexions, fort embar-
rassantes pour ma modestie, sur le style fleuri et les aperça
philosophiques de mon humble compagnon , et vous exlasier
peut-être sur l'étonnante mémoire dont je fais preuve , en
vous rapportant fidèlement ses propres expressions. Au reste,
cette mémoire merveilleuse est un précieux privilège, dont
Jouissent tons les narrateurs.
Intéressante ou non, comme vous le décideres, cette his-
toire charma les ennuis d'une route monotone, h travers les
steppes sauvages d*on pays poudreux et crevassé, et, à -midi,
nous atteignîmes llacomer. Des prairies marécageuses éten-
daient au loin leur verdure ardente el étoilée. Des troupeaux
de cavales el de poulina cabriolaient sur le velours des gâtons,
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LETTRES SUR LA SARDAIGirB. 2G7
accouraieDl aux bords de la roule, homant l'air avec inquiè-
Iode, now regardant avec de grands yeux effarés, et dispa-
raissaient au galop à Iravert les loufl'es d'arbualea, qui ae-
eoaaieni à l'air leurs grappes de fleurs jaunes comme des
grelots d'or. Sur nos lèles, an sommet d'noe montagne pelée,
se dressaient les murailles calcinées et les rochers lépreni de
Mneomer.
Hacomer, suspendue sur une erêle brûlante, d'oà l'ceil do-
mine au loin les campagnes inférieures, est une ville misé-
rable, aui mes biscornues, aui maiaons caverneuses. Son ca-
ractère sauvage et mystérieux pourrait la faire soupçonner
d*étre un repaire, où les pirates se réfugient, après avoir d^
vasté les contrées environnantes. L'aspect farouche de ses
habitants, et surtout une aventure, dont je fus témoin, don-
neiit quelque valeur^ mes soupçons.
Sur une place de la ville , ombragée d'un plalane gigan—
lesque, s'agitail, cmpressiM' el curieuse, une foule compacte
d'hommes, de femmes ut d'enfants. I.es hommes, ces grands
hommes basanés el barinis du cap supérieur, causaient et ges-
ticulaient avec véhénience, tandis que les femmes, au con-
traire, parlaient bas, et soupiraient; quelques-unes même
essuyaient leurs yeux baignés de larmes; les enfants criaient.
Je fendis la fouie, et je parvins aui pieds du plalane. Là,
étendu , j'aperçus un ours , un bel ours gris des Alpes, et un
homme jeune encore. Ils étaient morts tous deux, et l'histoire
de leur lin tragique faisait l'objet de toutes les conversations.
Depuis quelques jours, un Savoyard était arrivé h Macomer,
conduisant un ours dressé, dont les gentillesses disaient la
joie des speclaleurs et la fortune de son maître. Maia, la veille
de mon arrivée, par Teffet d'une distraction , qu'eipllquaient
des libations trop prolongées, l^ours trouva la porte de sa
cabane entr'ouverte et se sauva dans la campaipie. Un
froupg^Li de montons, paissait sur son passage; la Mm, Tocca-
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S68 IBffMBS 8IJB LA 8AUIAI8IIB.
fion ou qaelque démoD le premol, il m jett sur celle proie et
commeDça qd affireoi carnege. Les pasleon de Maoomer ac-
eonroreol in aecoim de leurs brebis, et mlreot fin an repas de
Tours eo le toant sans miséricorde. En ce moment, le sa-
voyard arrivait armé d'un bâton, à la poursuite de son élève
fugitif; mais les bergers nN'ïcoulanI que leur fureur, le sai-
sirent et lui campèrent impiloyablemciit deux balles dans la
téle. Au malin, un bouvier les ayant aperçus, avait placé
sur son char le savoyard et l'ours, et les avait ramenés à la
ville.
Maoomer n'oflfre rien d'allrayanl à l'oisiveté des voyai^curs.
Aussi, après quelques heures de halte, je quittai ce village
qu'eût aimé Salvator Rose, el m'enfonçai résolument dans
les collines supérieures. De grands rochers fauves dressaient
dans le ciel leurs pitons, aigus commodes aiguilles gothiques,
on parfois la silhouette biaarre d*ttn ca? aller solitaire se dé-
coupait sur l'atur du ciel. Des torrenli de pierres roulantes
traçalenl aux flancs de la monlague des lignes plus blanches,
.et se précipitaient au fond du ravin, à travers les lauriers
roaes et les lentisques renversés. Il me fallut grimper, pendant
une heure on deus, contre ces parois de granit, embrasées par
un soleil implacable, pour avoir ensuite le plaisir de redes-
cendre dans la plaine, mais dans une plaine verdoyante et
fleurie, se relevant un peu i ses extrémités en gracieuses oo^
lines, couronnées d'arbres immenses. Une fois sorti des gor-
ges de Macomer, la roule jusqu'il Sassari ne traverse plus
que de vastes forêts d'arbres verls , des campagnes heu-
reuses, des solitudes altrayanles ou des vallées fraîches el hu-
mides. Mais ces forèls S(''( nlaires sonl [)rofiinêes, exploitées
sans règle ni mesure , indignement dévastées . au nom
du Gouvernement pièmontais, par la maison Rianchi. Les
squelettes géanls de ces arbres mutilés, gisent le long de la
route allendaDl que les hœufe les charrient jusqu'au rivage pro*
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LETTRES SOB LA SARDAI6NE. 269
chaiiit pour franchir les mers el eorichir les cbanUers de la
Méditerranée.
Mon moine m*avail qoiUé, et j*a?ai8, poor le remplaeerel
me gaider dans ma route, on marchand deHaeomer, qoi allait
à Templo. Solvani l'asage dn pays, il avait chargé sa marchan-
dise sur le dos d*nn bcenf, bâté comme le sont chei nous les
malels et les ânes, et «ini trottait à nos célés. Toot marchand
de firomago et d'huile qn'H était , cet homme n*était ni plus
ni moins que le poète de Macomer. Chaque Tillage, en Sar-
daignc, a le sien, qa'il honore et dont il est fier. JMgnore si
le sujet l'avait inspiré, ou s'il cédait à rinfloencc d'un ma~
gnitique foulard orange que j'avais passé à son cou, mais il
improvisa en mon honneur une complainle en soixante cou-
plets. C'élail une poésie orientale el soporifique, el la modestie
ne me permet pas de vous en donner la traduction.
Au sortir de la forél, dont l'improvisation de mon poète
avait fait relentir les échos, la roule tout-à-coup se dérobe
aax yeux du voyageur, la plaine s'abîme sous ses pas, et se
creose en une vallée immense, dont les magnificences in»
connues me tinrent longtemps plongé dans un profond en«>
chantement. Je restai muet d'admiration : c'est la manière
classique et suprême de témoigner son entliousiasme admi-
ratif ; et c'est aussi la pins commode. Le soleil commençait
à disparaître derrière les télés verdoyantes des grands arbres,
qui laissaient fillrer encore et là sur le gason quelques
rayons ofibliés : la lumière adoude permettait de distinguer
les détails ravissants et coquets de ce panorama splendide.
L*immenèe vallée, encadrée dans on horison de montagnes,
ételait ses campagnes diaprées comme une robe de sole
changeante, semées de bosquels d*oliviers, du milieu des quels
les sveltes peupiters élançaient leur palme toujours agitée.
Les soiti^^^^* éclairés par les rayons du soleil couchant,
rayonnaient au-dessus des vallées sombres, tendis que d'autres
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S70 Limn sut Lâ tAKAAMun.
plans de monlagnes s'eiïaçaienl au loin dans de poéliques el
rayslérieuses profondeurs.
Arrivas au fond de la vallée, nous nous dirigeâmes vers la
canlonnière du petit hameau de Bonorve, dont le toit en
coupole laissait échapper une colonne de fumée blanche, qui
se perdait îi travers les branches d'un bouquet d'acc^cias. La
maîtresse du logis était dcvanl sa porte, el, venant à notre
rencontre, elle m'accueillit par ces gracieuses paroles : se la
eoia 9 iptccoto, il cuore è granàê» La cota élail en ellel bien
petite, et encombrée déjà de voyageurs, dont les chevaux
enchaînés aox boucles de la muraille, hennissaient à l'entour.
Isolée dant celle solitude, qui s'élend de Macoiner à Sassari,
et d'AIgher à Tempio, la cantonnière de Bonorve eat le
rendei-voQS des voyageurs qui traversent le pays. Mais si
la casa était petite, la bonté complaisante de notre hAleaie
était charmante. Sa beauté, quoique altérée par les années
et les diagrins, et ses manières pleines d*nne distinction na-
tive, faisaient naître pour elle une sympathie respectueuse
et irrésistible. La signora Anionia était née a Ssssari ; elle
avait passé son enfance dans une de ces jolies maisons ita-
liennes, qui cachent derrière leurs morailles enluminées,
de petits bosquets d^orangers, animés par le murmure d*nne*
fontaine, dont les eaux entretiennent le velours épais du
gazon. Purcsseuse à ravir, la belle Antonia passait sa vie
à dormir, n rêver et h chanter, à chanter surtout : car elle
avait une voii magnifique , et dont la beauté causa le mal-
heur de sa vie. Un jeune ollicier piémonlais, assistant un
jour par hazard aux offices de l'église, fui tellement st'duit
de la splendeur sympathique de cette voie, qu'il voulut voir
Anionia. Il la vil, cl la beauté de la jeune fille comphHa les
séductions de son chant. L'officier devint passionnément
amoureux, et par un beau jour il enleva Antonia, et les deux
amanis se sauvèrent è Gènes. Après quelques années de bon-
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LETTRBS SUR LA SARDAMUS. 971
. htnr, Toflicier «Uapanit ei \mm la pao? re femme devemie
mère d*ao petil garçon, dana an dénâment complet. Alors,
poar échapper à la misère, elle entra au théâtre. La double
rojanté da talent et de la beauté hii 6rent avoir an sacoèa
prodigieux, et longtempa elle fat l'idole des HUtUmUt èa
Garlofelioe de Gènes. Mais peu à pea sa voix s'aflUblit; sa
beaalè souveraine s*alléra; et les Italiens, entboosiastes, mais
ingrats et sans pitié pour leurs eomédiens, comme leurs ên-
cétres de Rome, ne voulurent plus entendre I*arll8le qui les
charmait autrefois. La maladie survint, et l'idole tombée,
pauvre et délaissée, revint en Sardaigne avec son fils devenu
jeune homme. Mais, ne voulant pas vivre à Sassari, qui au-
trefois l'avait vue heureuse, elle se réfugia au village de
Bonorve. Là, installée dans une chélive maison, elle reçut
les voyageurs qu'elle nourrissait et logeait pour un modi-
que salaire, tandis que son tils chassait dans les monta-
gnes, ou dressait les chevaux sauvages pour les olïiciers de
Sassari. Elle vivait ainsi oubliée, et cette vie monotone, mais
paisible, se faisait peu à peu pour elle une vie heureuse. Lors-
qu'un soir de l'automne dernière, qu'assise devant la porte,
elle attendait son chasseur absent depuis la veille, un ooap
de fusil retentit à ses côtés. Elle se lève, et aperpoiC son fils
qui accourait à elle, ponrsuivi par deux cavaliers : nu second
eoop partit, et le pauvre jeune homme vint tomber sanglant
ans pieds de sa mère.
Il mourut, et, comme Antonla était un personnage sans
importance, et que surtout elle était incapable de payer les
frais de la justice, les Juges mentionnèrent le crime, mait n'en
recherchèrent ni la canse ni les auteurs.
L^intérienr de la canlonnière était encombrée de voyageurs»
de pionniers et de chiens, qui s'arrangeaient le mieux possible
autour d'un grand feu, pour dormir le plus eoovenablemenl.
Pour moi, malgré les instances de Biadame Antonia, qui toq-
m LITTAn SUR LA SARDAMHB.
lail me foire acoe|>ler sa chambre, je préférai rester deiMm.
« Le dd constellé Talail bieo le plafond fitmeox de la loeande,
et la terre un parquet éqaivoqoe. Ao reste, eelte campagne,
qai s'épanouissait, heureuse et fertile, aux rayons ardents
du soleil. Liait bien plus allrayanle encore pendant les ombres
de la nuit.
Ln vent lit'^dc traversait l'espace, tout chargé des senteurs
des orangers et des tubéreuses ; des gerbes de lumière pieu- •
vaienl des étoiles, illuminaient la ciuie des arbres, et fai-
saient luire devant moi les mufles lustrés des bœufs, qui,
plongés dans leur somnolence rêveuse, ruminaient, age-
nouillés dans les herbes humides. Les lucciolcs embrasées
voltigeaient en tous sens ; les tourterelles, cachées sous les
rameau, roocoulaient un hymne aux amours noclornes;
les insectes bourdoooaienl sur lotis les Ions, et une cascade
lointeine mêlait ses accords monotones aux mille brails de la
nature. La sérénité profonde, la Irislene majestueuse de celle
mil splendide, me plongèrent dans nn doui recueillemenl.
Toutes fibres religieuses de mon coeur furent puissamment
excitées, et mon éme, trop pleine, s'éleva instindiTement
vers fauteur de ces merveilles.
La foi est 6lle de la nuit. Pour moi, te soteil couché, nn
saint reeneîUement s*empare de mes esprits, et mes iiastincis
reHgieox s'évdllent d^autant plus puissants que la nuit est
plus noire. Hais les premiers rayons du Jour dissipent le
charme pieux et réveillent ma raison. Le doute est fils do
jour. J'admire la créature, sans plus guère songer au créa-
teur. J ai i)eine i\ comprendre alors, l'attrait que certains esprits
malades trouvent dans le mysticisme, et je ne m'occupe que
du monde visible qui seul peut-être n mes alfeclions. Aussi
parfois, contemplant les chefs-d'œusres mutilt's de larl
païen, il me vient la tentation de me révolter contre cet ascé-
tisme absurde, qui s'est déclaré Teonemi de la beauté phy-
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LETrBES SCft LA SAKOAIGHE. 273
tiqae, image riaible, pourlanl, de la divioilé. Je déplore les
doctrines de ces disciples d'nne religion mal comprise, qnî
ont prédié le mépris de la forme, le jeûne et les macéra-
tions eiagérées, ont inventé la Tertu de pruderie, les sou-
tanes noires et huileuses, et les figures béates.
Aa matin, je fus agréablement sarpris en voyanl sortir
de la canloiiniêru cl venir à moi, un Jeune homme que je
n'y avait pas vu la veille , cl qui m'adressa la parole en
français. Ancien élève de l'École polytechnique, iiii^unieur <'i
Bastia , il se rendait ù Cagliari pour une miï'sion quel-
conque. C'étail un beau el aimable garçon, el quand je vous
le dis, Madame, vous me pouvez croire ; car je professe pour
tout ce qui lient ù celle esliraablc ccole une aversion ré-
iléchic. Je les trouve souverainement ridicules, ces bons
jeunes gens, si contents d'abord de leur petite personne,
couronnée de travers d'un chapeau à claque , el attachée
h une épée irmocenle: parcourant les rues de Paris, avee
une dignité réjouissante : fiers de leurs anciens, qui crurent
avoir Tait la révolution de Juillet, comme eux aussi sont per-
suadés d'avoir sauvé la France en Février : et plus tard, im-
périeux et capables, estunant la société trop heureuse, quand
ils daignent s*en faire les mentors. Comme ce charmant
compatriote ne devait repartir que le soir, el que j'étais en-
chanté de profiter de sa compagnie, nous résolûmes d*aller
ensemble visiter les grottes situées à une petite heure de la
cantonniére de Bonorve.
Après avoir traversé des bois d'oliviers el de myrthes clair-
semés aux flancs des collines, nous entrâmes dans un ravin
sauvage, comme on doit en rencontrer dans les montagnes
de TAllas, ou, mieux encore, de la Judée. De grandes roches
perpendiculaires s'alongeaienl devant nous el sur nos léles,
comme une double muraille, drcoupanl leurs créneaux gi-
gantesque sur l'azur incandescent du ciel. Une lumière écla-
18
27( LSTTAKS son ftAKDAiaNfi.
lante faisait éUneeier leon flancs dorés et polis, feînés gà et
là de rayures bleues on amaranthe. À leurs pieds, des
cactus, aui palettes énormes, tordaient leurs tronçons dif-
formes, semblables à des boas monstrueui, et plus baut,
accrochés au basard, les aloés ouvraient leurs grands éven-
tails de lames azurées. Dans le fond, une pelile rivière rou-
lait ses eaux profondes et endormies • du milieu desquelles
' les nénuphars élevaient leurt docbes d'or. Des libellules aux
ailes d'éroeraude voltigeaient au-dessus, tandis qu'une ci-
gogne solitaire baignait plus loin ses ailes blanches. C'était
la reproduction réelle ii"ui»e de ces toiles merveilleuses,
chauflTées d'une couleur Iransparenlc, pleines d'une profonde
nu luiicolie, cl dont Marytlial, hélas! a sans doute emporté le
secret dans sa tombe.
C'est, au flanc de ce rii\ '\u, ;i l'exlrémilé d'une muraille, qui,
dressant au milieu des eau\ une pyramide renversée , in-
dique la place ou s'élevait jadis un pont de pierre , qu'est
percée la grotte de Bonorve. Quelques ouvertures arrondies
donnent accès dans d'étroits corridors et conduisent à une
salle spacieuse , voûtée en forme de coquille. Une lumière
fncerlaine. qtii se fauGle à travers les crevasses du rocher,
éclaire faiblement les parois polies et le soi de la caverne. A
quelle époque fut creusée celte grotte évidemment agrandie
et façonnée par la main des hommes? dans quel but? que
signifient ces caractères inconnus et altérés, qui s*eflhoentsur
le rocher , an-dessus de rentrée principale? le Tignore;
mais, pour un antiquaire • quelle source d*études et de jouis-
sances cachées sous ces rochers de feu I Moi , je suis un bar-
bare , et j'aurais rapporté de ces grottes de Bonorve un sou-
venir assez maussade , sans la conversation spirituelle de mon
compagnon ,-une rencontre Inattendue , et un déjeûuer es-
4^lenl.
La chaleur était devenue morne et élouiranic ; de gros
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LBTTRB9 SOI LA SAlDAKHfB. 976
nuages floconneux s'amoncelaient ù l'horizon et s'étendaient
peu-à-peu sur le ciel. Le tonnerre faisait entendre des gron>
déments de plus en plus rapprochés ; et bientôt les célestes
réservoirs s'ouvrirent , et des cataractes de pluie inondèrent
la vallée. Aussitôt nous attachâmes nos chevaui sous la cor-
niche avancée que formait le rocher au-dessus de la grotte»
où nous nous précipitâmes , entraînant avec noas notre pa-
nier de provisions. Mollement étendus sur noseopotouf, nous
contemplions avec admiration les effets de l'orage , les bais-
sons et les arbostes déracinés par le vent , précipités an fond
do ravin , la plaie tombant en cascades par les crevasses des
rochers , tandis ipie , è nos oéléa , notre guide étalait un dé-
jeûner complet — Qwm /uval immitu vmUos OMâin eu-
éonism f / «^C'était bien la pins charmante manière de jouir
de Torage. D^à les tranches de jambon s'amoindrissaient
sensiblement ; déjà les boateilles gisaient déboocbées » qnand
tont-à-coop... mais permettes-moi de m*interrompre pour
TOUS rassncer contre les inqniétndes que poorraient vous
causer celte caverne et la forme dramatique de mon récit.
11 y a une influence secrète exercée par les lieux sur les évé*
nemenls de la vie * et la réputstion anacréontique des grottes
est faite depuis longues années. Les grottes ont ûlé de tout
temps les témoins discrets d'aventures semblables à celle
d'Enée et de Didon, etTorage, qui grondait alors sur nos tê-
tes, est on rapprochement aggravant. Mais, soyez sans inquié-
tude , celles de Bonorve n'ont rien encore à se reprocher en
ce genre , du moins à ma connaissance. Donc , la téte légè-
rement échaufl^ée par de copieuses libations , le verre à la
main , le cigarre aux dents , nous entonnâmes une joyeuse
chanson , souvenir de notre vie d'étudiants retrouvé au fond
de notre verre. Au moment où nous nous arrêtions pour re-
prendre ensemble le couplet , une voix relenlimnle venant
dehors entonna le refrain connu : las éons omis na soiU
S76 LBmKS SOI LA SABDAIGHE.
pof ti fous , — qu$ âê §9 quUîer mnm boire un eoupl Un
ériair étincela , le tonnerre gronda , e( après s>(rc fait ainsi
annonrer , un jeune homme entra dans la caverne. C'était
nn compatriote qui nous tombait du ciel. Alors nous nous
mîmes à causer et ù rire tous truis, comme d'anciens amis qui
se retrouveraient après une longue absence. Trois Français,
ft-peu-près du même âge , venant de pajs opposés , se ren-
contrer, si loin du sol natal , dans ces roches inaccessibles !
c'éiail un hasard incompréhensible , une galanterie de la
Providence, que nous célébrâmes par un second déjeilner»
par de noaveaax flacons , par des chansons et des folies.
Peu-à-pea l'orage se dissipa. Nous reprîmes tous trois le
cbenrin de Bonorve , traversant les ravins inondés, lesprai-'
ries plus ardentes ,.où cooraienl encore de grandes ombres
projetées par an noage transparent , et respirant ces parfoms
pénétrants, qne le soleil fait Jaillir de la terre après la ploie.
A moitié chemin , le dernier venu nons quitta ; il allait
acheter des armes arabes h la fabrique de Tempio. Je passai
quelques heures encore avec le jeune ingénieur, et le soir,
je lai dis adieu , sans doute pour toujours. Ce sont ces ren-
contres qui font le bonheur et la tristesse de la vie voyageuse.
Le hasard tous jette sur la même roule , quelques paroles
échangées éveillent de mutuelles sympathies : un jour entier
l'on ?it comme de vieux amis , et le lendemain Ton se quitte
pour ne plus jamais se revoir ; c'est là une image frappante
de l'inslabililé de la vie de l'homme sur la terre. Au reste ,
il vaut peul-ôtrc mieui que les choses se passent ainsi : car,
dans cette vie, il ne faudrait jamais , je crois , revoiries
hommes comme les lieux qu^on a vus avec plaisir une pre-
mière fois.
Madame Antonia m'avait préparé une chambre pour la
nuit avec un soin tout maternel ; le_soir nous causdmes long-
temps ensemble de sa vie passée, l'avenir n'existait plus pour
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LITTIBS m LA SAKDAIGRB. STT
elle , et de ses beaux jours de gloire artisUqae, dont les^
échos loiolains fiiisaleol encore battre son cœur. Le tende-
main, an moment du départ , elle m'apporta des cédrals et
des oranges, dont elle remplit mes poches. Son visage était
triste, et des larmes germaient péniblement au coin de ses
paupières. Je l'embrassai , cl m'élançai sur mon cheval, pour
échapper par le mouvement à la contagion de la sensibilité ,
qui commençait à me gagner. Aujourd'hui encore , souvent
je rêve h la pauvre Anlonia , et soo souvenir conserve pour
moi un charme indescriptible :
« C'ot du Sigrais tout pur ; «*«•! de !• Bergerie.
M* H* M*
DU
DROIT DË PROPRIÉTÉ.
La propriélé individuelle a été jusqu'ici une des bases de
la société ; personne ne le conteste ; mais en esl-ellc one
base nécessaire cl surtout légitime, c est ce que nient énei^i-
quemcnl tous nos réformateurs modernes qai, pour difers
motifs, Iravaillenl à ooe réoovation sociale. La question est
trop grare poar les en croire sur parotet et fill-eUe de li^plus
mince importance, ce serait toujours une folie que de cou-
danmer vu principe sur de simples assertions et sans eiamioer
les preofes à l'appui.
Que la propriété soil on non ou préjugé loique et ahsnrde,
ce ifu'on est obligé de retonnattre, c*est qn^elle remonte aui
premiers temps du monde. El, en effet, dès que Thomme
s*e8t fu foroé de firre par son IraTail, son premier sentiment
a été de s'approprier les richesses quMl eréait et les instru-
ments naturels ou artiliclèls qui raidalent dans son mum.
Il ne fàt pas, comme on Ta dit, guidé par un instinct pervers,
par un égobme étroit ; ce lut l'instinct même de sa conserrs-
tion qui le poussa à revendiquer un droit sans lequel toute
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DO DBOiT DE PSOPRléTâ. 271^-
exi^lcucc, digne de sa nature, lui devient impossible. La pro-
priété coraraença avec le capital, c'est-à-dire avec le travail
qui en est l'origine, et depuis lors, c'est-à-dire depuis que
l'horame est sorti de l'étal de barbarie, le iléveioppement du
capital et l'affermissement de la propriété ont toujours mar-
ché parallèlement ; non pas que les hommes aient, dès l'ori-
gine, compris les avantages de la propriété individuelle ou
établi scienliBquemeotleurdroil; mais ils défendirent spontané-
ment le froU de leur travail. lissenlirentplutôtqu'ils ne compri-
rent, qoe leur liberté, leur dignité morale étaient intirae-
menl liées aa sort de la propriété et que toute attaque
au eapital qu'ils avaient amassé était en même temps une
* attaque à leur exlslence physique et au déTeloppement de
toalea leurs facultés.
Malgré son origine antique, la prepriété a élé en bulle aux
plus Tiolenles attaques. De tout temps ses adversaires ont
formé deux classes distinctes ; les uns ont attaqué le fait
même de la propriété» les choses possédées; les autres le
principe Indépendamment de toute application. Nous n'avons
pas à nous occuper des premiera ; la force est leur seul droit
et leur seule raison ; c'est donc la force qui doit leur répondre.
Pour ceax qui ont dans l'antiqQité combattu sclentifiquemeDl
le principe de la propriété et nié son existence légale, ce (tarent
00 des extravagants ou des gens qui, par dégoût des vices de
ce monde, avaient tourné leurs yeux vers un monde plus pur
et avaierit imaginé une société idéale. Rien d'étonnant alors,
rien môme d'illogique dans la suppression de la propriété,
puisque la nature physique, intellectuelle et morale de l'homme
subissait en passant a travers le cerveau de ces r<>veur3 une
triple transformation; ainsi ce n'est pas en parlant d'Athènos
maisdesa république imaginaire que Platon disait : <> quelque
part que cela se réalise il faut que les richesses soient com-
rounes entre les citoyens et qu'on apporte le plus grand suiik
I
280 MJ DftOlT DE PKOPAIÉTIÉ.
h relraDdier da'commerce de lu vie jusqu'au nom de la pro^
priété (1). » Qaoiqoeen disenlcerlainsémditoooniniiiDiatesqiii
ont la préteoUon de foire remonter leor origine jiiM|Q'i Platon
par ane filialion de grands hommes, ce ik'élail pas lé des at-
taques directes contre la propriété. Aussi le monde ne s'en
effrajait-il pas beaucoup ; il s'appuyait , plein de confiance
snr le concours unanime des peuples, ne pensant pas que le
raisonnement pâl renverser une si imposante autorité. Per^
sonne ne jugeait utile de dissiper les illusions généreuses d'es-
prits souvent fort nobles, précisément parce qu'on les voyait
dans des s()hèrcs bien au-dessus de la nôtre. Mais, depuis le
moyen-clgre el surtout de nos jours, le communisme est des-
cendu de ces splières élevées -, le communisme, pour ainsi
parler, s'est fait homme ; dès lors, il est devenu dangereux.
Les ennemis de la propriété divisés auparavant en deux classes,
se sont réunis et l'on a vu de nos jours le sophisme anti-social
diriger le bras pour piller, el ie bras prêter Tappui de la force
à une argumentation qni nVn a pas par elle-même. De tout
temps on a foit des réves^ dans notre siècle on les veut tous
réaliser ; on donne un corps h toutes les fictions, et c'est arec
une témérité incroyable qu^on francbit la barrière qui sépare
les faits des idées.
Beaucoup de personnes persistent h n*in?oquer pour défen-
dre la propriété que son ancienneté et son utilité ; certaine-
ment on pourra prouver l'une el Tautre ; mais c'est mécon-
naître la saine logique que de répondre par des faits quand
on attaque an nom du droit. Ce que les sectes communistes
combattent avec tant d'acharnement c'est le droit de propriété ;
elles sont persuadées, et h juste titre, qu'elles auront porté
le coup le plus terrible A la propriété îndividndie si elles par-
viennent à persuader qu'elle ne repose pas sur un droit; car
(i) Platon. Livre tilt Loti,
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' bù bioiT DB PBOPKimi. S81
les droits seuls, comme les devoirs donl ils dérivent, sont
immuables, landisque les lois, les inslilulions, les convenlions
sonl sujelles aux modificalions el aux chnngemenls. Voilà le
point principal de Tallaque ; ce doit élre «UMi le poial prin-
cipal de la dércnse.
Placé sur celle terre par une puissance supérieure, l'homme
a M loi el ses conditions d'existence; comme créature, il ne
peut prétendre à one indépendance complète ; sa vie et ses
actions ont on bot aa-dessos de lui-même et si la liberté donl
• Il jouit loi permet dans de certaines limites d'obéir à tel ou
tel motif, il est néanmoins comptable detant son créatear de
rusagequ*il a fait de ses facultés. En un mot, Phommeades de-
voirs absolus et la responsabilité qui pèse sur lui est par consé-
quent absolue. Mais tout devoir entratnanl une responsabilité
suppose aussi des droits imprescripiiblcs qui en garantissent
raccomplissement ; sans quoi la responsabilité devient une in-
justice on plutôt une absurdité. L'homme étant responsable
de ses actes et le corps en élanl l'inslrumeTil nécessaire, le
prenriier droit de l'homme est de disposer libreinenl el comme
bon lui semble de son organisme; or le droit d'user d'une
eliose en toute liberté, c'est ce que j'appelle la propriété de
celle chose; nos organes sont donc noire première propriété. H
ne faudrait cependant pas donner h cette définition de la
propriélé une extension qui en fausserait le sens. Sans doule
le droit de propriélé esl absolu en ce sens qu'il est indépen-
dant des hommes et des temps, que nulle loi, nulle violence
humaine ne peut l'enlever à ceux qui le possèdent; mais cela
ne veut pas dire que chacun puisse faire de sa propriélé, de
la chose qui loi est propre. Ici usage qu'il lui plaira, sans autre
règle que ses caprices. Ainsi Tbommc est propriétaire de ses
ofganes, on ce sens que nul autre n*est responsable de Tusage
qu'il en fait ; mais cette propriété est soumise à des lois mo-
itiés. Il ne peut rciercer que dans les limites fixées par la
S8S DD OBOIT DB PBOPIléTI^,
justice el de manière à ne pai entrefer le développeoMnl de
ses semblables. Son droit est illimité et hors de rattelnle de
la société; mais c'est h la société è en régler l'usage, la pos-
session, et à en prévenir les abus. Ce droit que chaque individu
exerce sur ses organes est (etlemenl évident que beaucoup des
adversaires, rnCme les plus acharnés du principe, l'ont reconnu
el l'onl excepté dans leurs atloqiies conlre loule appropriolion
d'une chose à un individu. « Le corps de l'homme, a dil l un
d'eux, fisl une chose, une véritable profiriélé, relalivemenl à
hi force qu'il manifeste, el celle force ne pouvant supprimer •
ni agir indépendamment de lui, supprimer la propriété serait
supprimer celle force. » Un lel aveu devient une arme puis-
sante contre le système qui Ta laissé échapper ; car si Ton
considère attentivement sons ses différentes formes ce qu'on
appelle richesse, capital, c'est-à-dire tout ce qui est suscep-
tible d'appropriation individuelle, on découvre que ce.n'esl
là réellement qu'un organisme artiflciel ajouté par Tindustrie
de Thomme ft ses oiiganes naturels et suppléant è lenr InsafB-
aanee. Il est è propos de se rappeler ici quel est le véritable
sens du mot richesse et par quels moyens elle s'acquiert. Toute
création de richesse est une conquête sur le monde phy-
sique, conquête que Thomme doit & son travail dont les pre-
miers instruments sont ses organes ; è mesure qu'il a senti le
besoin d^augmenter les produits de son travail, Tbomme a
aussi reconnu la nécessité d'augmenter et de fortifier les ins-
truments de production. Or, les forces de son corps rencon-
trent des limites naturelles el assez bornées, il a dû s'adresser
aut forces môme de la nature pour la vaincre en se les assi-
milant. Ainsi sou bras était trop faible pour soulever des
blocs de pierre ; il s'osl armé d'un second bras qu'on appelle
levier cl qui a doublé ses forces ; ses yeux n'étaient pas assez
perçants pour observer les astres, il 1rs a modifiés au moyen
de certains verres et la limite de sa vue a été indéfiniment
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DU OKOIT DB MOPBlÉiTë. 283
reculée ; sans parler du resle des inveiilions mécnniques pour
lesquelles loul re que nous venons de dire csl plus tacilement
admis, on peut en dire autant de tout ce qui est richesse ; car
loole richesse n'es^l jamais qu'un capital, soit fixe, soit circu-
lant. Or, en considérant l'origine du capital, sa nature et ses
effets, il est facile de reconnaître quo ce n'est autre chose qu un
travail accumulé et destiné h la reproduction; c'est comme
une provision de forces faite par de longues épargnes afin de
produire à an moment donné de plus puisaaoU effets. Le ca-
pital est quelque chose de rbomme qui Ta amassé ; c'est son
travail, ce soot ses meurs, Il est pour ainsi dire incorporé h
lui et porte sou empielnte; tant eit intime le rapport qui lie
rhomme qui crée ft l'objet créé. Ainsi le capital, la rieheaie,
fait aussi partie de l*liotniiie physique, elle entre dans son
indlTidualité, Il en devient par conséquent rèsponsabie ; toute
atteinte à la propriété est done une atteinte k sa propre per-
sonne ; et cela est eiaclement mi ; car llnfluence du capitel
sur les déreteppemenls d'un individu est immense, une eiis-
teoee assurée est la condition sans laquelle il lui est presque
impossible d*étendre son inidiigence, de fortifier sa volonté
et d'élever son eoenr; et comme chacun de nous doit compte
è Dieu de sa vie, du degré de moralité et de science qu'il a
atteint, chacun aussi a droit à l'inviolabilité qui lui permet de
remplir ses devoirs et de suivre librement la route qu'il s'est
tracée à lui-même, telle est l'origine de la propriété, comme
droit; elle ne dérive pas, comme on le dit souvent, d'une
convention primitivement formée et depuis lors reconnue
universellement. Sa raison d'être n'est pas dans les lois posi-
tives, dans les codes qui Ja reconnaissent; car si elle ne
s'appuyait sur des lois purement absolues et morales, elle
aurait beau trouver place dans les constitutions, ce serait un
simple fait, une sorte de concession révocable par la société
4Qi l'aurait accordée. Elle ne provient pas non plus de l'occu-
S84 DO DBOIT D£ nOPMiTÉ.
pation ; ear Toccopation ne coosliUie aussi qa'an fait, une
drconstance et noD an droit ; on la confond alors aTec la pos-
session qai n*est qa*an accidenl et n*enlratne ni lldée de de-
voir, ni l'idée de responsabilité.
En réramé, rhomme nafl propriétaire de ses organes cl de
sa vie physique par ce qu'il en est responsable*, le corollaire
naturel de celle proposilion c'csl que loules les condilions
de la vie physique lombenl aussi dans la propriélé. Le droil
que l'homme a sur lui-môme, sur ses urganes n'est pas plus
înconleslablc que le droil qu'il possède sur la richesse acquise
par son travail. Attaquer l'une de ces propriétés c'est attaquer
l'autre, par ce qu'elles reposent toutes deux sur le même prin-
cipe. Ceux qui regardent la propriété du capital comme une
usurpation que rien ne légitime doivent aussi, pour être logi-
ques, contester k chacun le droit sur son eiistence pliysiqoc.
Les conséquences d'une pareille doctrine sont, d'une part, la
spoliation et de Tautre l'asservissement ; pousses ces dens mots
h leurs termes extrêmes; c'est le vol et l'assassinat ; et id la
théorie s'accorde parfaitemént avec les faits en nous montrant
quelle relation intime unit Je voleur et l'assassin. Et, en effet,
. qu^est-ce au fopd qu'un voleur, sinon un homme qui regarde
la propriété de son voisin comme un fait? Quest-ce qu'un as-
sassin, sinon celui qui considère la vie de son semblable comme
un accidenl qu'il peut modifier, s'il y trouve le moindre avan-
tage? Sans déduire du principe communiste des conséquences
aussi rigoureuses, il est exactement vrai de dire qu'une so-
ciétéou le droit de propriété est regardé comme nul aboulil
inévitablement à l'esclavage personnel et au ilespolisme. Et
comment en scrail-il aulrement, puisqu'on ne peut admeUre
la responsabilité absolue de Thomnif sans lui accorder la pro-
priété des conditions de sa vie physique. Nie-l-on la respon-
sabilité humaine? on esl alors conduit au fatalisme en morale.
L'homme est entraîné malgré lui par un destin aveugle soit
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M won w FHOraiM. S85
an bien, wU an mal ; el, dans ce cat , paisqu*il est mm la
dâpendanee de la oalnre, en rerta de quel principe prdlen-
draiMI être libre vii-à-fls de la sodèlé? L'hialoire vient h
l'appui de ce raisonnement, dn reste trfes-simple, et elle nous
montre resclavage établi et justifié parlout où onl manqué
les notions de liberté et Je droit personnel. Jusqu'au christia-
nisme quelques hommes avaient à peine entrevu la respon-
sabilité absolue qui les liail h leurs devoirs ; presque toutes
les sociétés s'étaient constituées avec la croyance au destin
' souverain, au Fatum ; aussi tous les peuples avaient-ils des
esclaves, el l'inviolabilité personnelle élait réservée chez
chacun d'eux ù une classe privilégiée qui faisait reposer ses
prérogatives non sur le droit» mais sur la force qui résidait
eolre ses mains.
Ainsi , la propriété est un droit réel qui.résulle de la res-
ponsabilité absolue decbaque individu. Si chacun de nous peut
posséder une chose en propre , c'est qu'il a un but qui lui est
propre , une individnaiité el une destinée qui lui sont pro-
pres. Le capital fait la lilierté ; Tesclavage suit toiyours la
misère.
Que la propriété individuelle ait été la source de quelques
maux , on ne peut le nier ; sans donteelfe n*a servi que trop
souvent à consacrer Toppression du faible par le fort , du
pauvre par le riche , et 6 perpétuer des inégalités fâcheuses.
Mais , la faute en est aux hommes et non au principe. Si le
droit de propriété est inattaquable , la société peut et doit,
comme nous l'avons dit , intervenir dans Tusage qui en est
fait , pour réprimer toute usurpation sur les droits de ses
membres ; le droit le plus personnel tombe dans le domaine
public, en tant qu'il s'eîierce à l'avantage ou au préjudice de
société ; ce n'est pas \h une conlrndiclion avec ce que nous
tenons de dire , pas plus que le CoJe pénal n'est une négation
de Ja liberté individuelle. I..a plupart des accusations qu'on a
S86 DD OIOIT DE nOPftliTÉ.
porléei cooire la propriété , s^adreaseol , cofflme nom l'afons
dit , à l*otage qui en est bit , et non aa principe. La pro-
priété • a-t-on dit , partage la société en deni classea : les
rentiers et les prolétaires , les uns travaillant pour vivre , les
antres vivant sans travailler , les ans condamnés h une exis-
tence toute de privalions , les autres ne connaissant que les
plaisirs. D'abord , le reproche est mal fondé ; car il semble
supposer que le travail manuel est le seul travail à la fois
utile et pénible ; ce qui est une grande erreur, puisque l'âme
peut aussi déployer une grande aclivilô. Or , celle activité
intellecliieile au-delù de certaines limites , n'a-t-elle pas
ses fatigues et ses dangers? Le travail des champs use-t-il
pins d'hommes que ie (ravali du savant plongé pendant des
journées entières dans les observations les plus minalieases«
les calculs les plus compliqués el la lecture d'énormes in-
Colios. Quant à la division impie qoe la propriété établit
parmi les hommes aux dépens de Pégalité natarelle , est-
elle donc aussi tranchée qu'on vent bien le dire? Gonstîtne-t-
elle réellement des maîtres et des esclaves ? N*y a-l-il pas
entre eux plotétDivmiléqu^lnégalllé? Voyeiten effet, où se
trouve le bonbenr , ce niveau auquel les hommes mesurent
leur condition et quMIs aspirent tous h atteindre. Est-il donc
exclusivement attaché & la propriété du capital ? Et n'est-ce
pas, au contrairCi parmi le peuple le plus riche du monde que
le tpUen a pris naissance et a ensuite étendu ses ravages? La
richesse ne suffit pas au bonheur ; c'est là une vérité bien
souvent répétée , mais par cela môme plus solide ; car elle a
reçu la consccralioii de tous les siècles. Tanlôl c'est Horace
chantant Vaurea mediocri(as ; lanlAl c'est Lafontaine tradui-
sant, dans sa fable du Savetier et du Financier , le dicton
populaire : Contentement passe fortune. Or , en fait de bon
sens , quelles autorités peut-on mettre au-dessus de Lafon-
iainc el d'Horace ? Il est vrai que, pour le bon sens, lesécri-
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ou OMIT DB PBOPftlÉTÉ. 287
Taios oommiuiistes ne prétendent relever de personne. Ce
serait, da reste, s'abuser étrangement de croire que la pro-
priété n*e8tqa*nn instroment d*oisiveté , nn moyen de satis-
faire ses passions et de se gorger de plaisirs. La propriété
modi6e les devoirs de l'Iiomme , mais elle ne les supprime
pas ; elle loi impose d'autres obligalions dont Taccoinplisse-
menl demande des loisirs , mais qui concourent égalemcnl au
bonlieur delà société tout entière. L'homme que In juuissanctî
de la propriété met à l'abri des alleinles de la faim , peut
agrandir son âme et développer ses facultés inlellcctuelles ; il
répand ensuite parmi ses semblables les fruits de ses travaux.
4insi l'artiste les moralise ; ainsi le savant réagit sur Tin-
duslrie par la découverte de machines et de procédés propres
à soulager le travailleur. Si jusqu'ici chaque homme eût passé
sa vie h travailler manucllemeiU sans songer à son âme , si
l'absurde niveau des égalitaires quand même eût été passé sur
le monde, qu'y aurions-nons gagné? L'esclavage et Tabais^
sèment de notre nalnre spirituelle à côté da développement
exagéré de notre nature physique. Et nous en serions encore
maintenant à vivre sous des huttes, ou tout an moins à écrire
sur le papyrus et & écraser le blé dans des mortiers.
Nous ftous sommes attaché jusqu'ici à démontrer que la
propriété individuelle est un droit absolu , aussi incontestable
et aussi sacré que celui de la liberté personnelle. Nous allons
faire voir piainlenant que, lors même que l'appropriation des
instruments de richesse ne serait qu*un fait , on devrait le
tolérer et même l'entourer de la plus grande protection , dans
l'intérêt de la société tout entière. Eiaminons d'abord le point
de vue politique.
Supposons qu'on parvienne à réaliser celte bienheureuse
communauté des biens , autrement dit , que la propriété col-
lective remplace la propriété parliculière , je dis que vous
aboutirez à un despotisme eflrajanl, et cela, quelles que soient
988 liV DROIT m: PROPRIÉTÉ.
Torigiiie el les allributions de la classe gouvcrnanle. Vous
auras beiu la Urer du milieu de la nation , le pouvoir qoe
vont lui remellrei entre mains la rendra bienlèl violente et
impérieme ; car la tonte-pnitsance monte i la téte et donqe
le vertige ; eussiex-vooa limité son poovoir par les lois tes
plus sages , vous ne pourrez point faire qa'elle ne dispose de
tontes les charges et de toutes les richesses du pays , et alors
vos précautions sont complèleincnt illusoires. L*état aura
alors le pouvoir el le droit de flser à chaque individu la fonc- '
lion qu*il doit remplir , la rétribution qu^il recevra pour prii
de ses services et par conséquent le degré de bien-être auquel
il peut prétendre. L'homme laborieux qui a fécondé son
champ au prix de ses sueurs , se le verra enlevé pour devenir
le loi d'un misérable qui n'aura rien fail pour le niériler. On
s'esl plaint bien souvent des inconvénienls de noire centrali-
sation ; quelle diiït'rerice ccp( ndanl avec une pareille orga-
nisation ! L'cxptîrience n montré combien les gouvernements
surveillés vl contenus dans les plus étroites limites par\enaienl
facilement a aflermir et à étendre leur pouvoir. On a éprouvé
quelle force ils Uraicnl de la faculté d'élire aux charges pu-
bliques. Que serait-ce quand chaque individu serait forcé-
ment un fonctionnaire du gouvernement? Qu'on juge à quels
excès pourrait se porter ce gouvernement matlre de toutes
les ressources du pays, de Ions ses Instruments de production
eomme de tous ses produits • exerçant toutes le; branches
d'industrie nationale et en recueillant les proRis. Il est im-
possible d'imaginer quelque chose de plus eiorbitant qu'un
pareil despotisme. L'état fait tout , l'état c'est tout , l'individu
n*est rien , voilà la formule qui traduit re nouveau régime.
Cestune sorte de panthéisme social ou TabsorpUon de l'indi-
vidu est complète. Il ptfusepour l'état , il invente pour l'étal,
il produit pour l'état. En revandie , il est admis à l'Immense
laUe d*h6te servie par Télat , qui te met à la portion congrue.
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DU DBOrr DR VROPRIltTlS. 289
Dans one soriél^» on les forces physiques et !os r.-ipntîlt's
individuelles sont ainsi confisquées au profil d'une classe qui
lenr donne la direclion qui lui plaîl , on nepeul plus mùme se
figurer un semblant de libcrt(^ cl de personnalilt^ : avec elles
disparaissent la moralité et la responsabilité qui seraient alors
des contre-sens. Avec un assujétissemenl semblable , s'il se
prolongeait quelque temps , toute initiative , tool élan indi-
vidnel cessant , rindividu finirait par ooblier sa nature , son
origine , sa destinée, et aboutirait par une dégradation in-
semibleè TidioUsme. Rien ne peut donner une plos juste idée
de eeUe sodélé qn'nn atelier de nègres. En effet , ees grands
réformalenn sans le savoir ont le bon esprit de ne pas épar-
piller lears forces , comme nons , tnfantt eorromptu d^une
iocUté âhripU$, Ils ne connaissent aucun de ces fractionne-
menls impies qu'on f oit cbes les peuples modernes. Chez
eux , pas de familles, pas de propriétaires. Tous ensemble ils
iraTBiilent sur un terrain qui ne leur appartient pas ; à eôUs
d'eux te tient le commandeur , son Ibuet h la main , emblème
roNeteni du pouToir régolatear et de rautorltè paternelle qui
régit ce phalanstère en miniature. Chez eux , grdce aux pro-
grès de la moralité , Tégoïsmc des parents a fait place h des
sentiments plus éclairés ; les enfanL« ne reviennent plus à la
famille ; ils appartiennent h Thabitation comme les petits des
nniroani qu'on y élève. Sans doute nous trouvons 15 réalisées
plusieurs des maximes communistes; mais est-ce à un pareil
idéal que nous devons aspirer?
Il n'y a pas, du reste , une bien grande puissance dans les
objections faites à la propriété ; on s'est attaqué surtout h In
propriété territoriale » et Ton a allégué contre elle qu'elle est
le phlf souvent non pas le fruit du travail . mais le résultat
d'UBê spoliation violente on frauduleuse , et que si l'on veut
bien considérer les choses , il n'est pas une pièce de terrain
qui n'ait one semblable origine. Sans doute , il n'est pas pins
10
290 DU UROIT UE PROPRIKTK.
posnble de jaslifier le \o\ par In ruse que le vol à main ar-
mée ; mais une pareille accosalion ne prouve rien conlre le
principe ; elle lignale des abus qui deviennent de plus en
plu» rares dans une société bien organisée. Il y a de pins
noe chose que les eommiuilstes oublient on ignorent • e'cst
que la prise de possession dn sol n'en eonslitoe pas la pro-
priété ; ce qa*ils oublient encore , c'est que le sol n'est pss
une richesse proprement dite , osais senlemenl no instra-
menl et an instrument qui doit être modifié et amélioré par
le travail. C'est réellement lé travail qui crée le sol ; et c'est
lui qui surmonte les obstacles qui a opposent à la production ;
dès qu'il cesse , ces Ohslades reparaissent ; il en est de la
propriété , qui est une création humaine-, comme de la créa-
lion universelle ; elle n'est conservée que par la répélilion
perpéluelie de Tacle qui lui a donné naissance. L^occupation
n'est pas plus la {propriété que le fait n'est la science, sol
qui n\\si pas fécondé par le travail, n'est pas une richesse
pour son possesseur et ne peut constituer un priviU'ge bien
exorbitanl ; car , mettez un homme paresseux ou négligent
devant ua terrain eo.frîcbe ; il y mourra d'impuissance et de
misère.
Un autre principe également attaqué , c'est celui de la
transmission de la propriété par hérilage. Pour le défendre ,
il faudrait considérer l'origine et la nature de la famille,
ainsi que la solidarité qui unit le père à ses enfaots. Ce serait
entrer dans an tout autre ordre d'idées qui comporterait de
longs développements. Dn reste, Théritago ne pût-il pas se
justifier , il est reoonoa qœ » sous Tempire de notre loi dvile
actoelle , les Ibrtones ne se Iransmdlenl presqae Jamais aO-
delà de la troisième génération.
En général ceux qui ont eombatili rappropriatioii da ca-
pital et sarloat da sol, l'ont représentée comme la cause oni-
qne des dissensions» des procès et de tous les hmoi qui aflli-
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0B BIOIT DB PBOVBlM. 291
g«fiC les tociélé» civiMo>* ^ ^ <^ l« ^ I^Br
afb, on premier |»8S vers la dégradation ; ils ont rompn la*
fralenihé naturelle entre les honmes* Ainsi» Eonssean s'est
écrié en parlant do premier qoi s'avisa d'enclore an terrain :
« Qoe de crimes, que de meortres, de misère et d'horreor
n'eût point épargnés ao genre humain celoi qol, arrachant
les pieax soas comblant le fossé eût crié h ses semblablaes :
Gardez- vous d'écouler cel imposteur ! Vous éles perdus si
vous oubliez que les fruits sont h tous et que la (erre n'est ù
personne (1). » Say lui a répondu : « Lorsque les fruits sont ù
tous et que la terre n'est ù personne, la terre ne proiiuit que
des bruyères comme on le voit au pays des Esquimaux. Si
vous voulez manquer de tout, vous n'avez qu'à nommer im-
posteur le premier qui enclora son champ ; après quoi vous
arracherez les pieux qu'il aura plantés, et si à la suite de ce
jodicieoz exploit, votre pays ne prodnil presque rien qui
poisse adoucir votre existence ni augmenter votre popula-
tion, vons n*en aores pas moins tons les vices des nations les
plos civilisées : Tavidilè, la perfidie, les Jaloosies, les haines,
les meurtres, et voos mangerei vos prisonniers de guerre,
comme cela se pratique dans les pays o& il n'y a ni proprié-
tés ni indostrie (S). »
Ao lieu de cette réponse si claire et si décisive, il tiilBsaU
de mettre Rousseau en contradiction avec lui-même en dtanl
le passage 06 H laisse échapper cette phrase : Le premier
qui s'avisa de dire : ceci est à moi, fut l.e véritable fbndalear
de la société.
Passons maintenant nu point do vue économique ; les atta-
ques dirigées contre la propriété comme diminuant la somme
de la richesse nationale sont dénuées de fondement. On a rc—
(a) J..B, Say, Ceiir4 dVroiiom/e |f»lfilif Mf, »* |Mirrie.
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292 I>1 UUOIT DE ^HOPBIËTÉ.
proché î) l'cxploilalioo parlicaliére d'éparpiller les capiUni
el d*eolever des forces à la producUoo. Le morceUemeol de
la propriété poussé à ses limites eilrémes, peut élre daas
quelques cas regrellable ; mais ce n'est oerlainemeol pas le
Iravail sons le régime communiste qu'il ùiul lui opposer.
C*esl un fait constant que la production croît en raison di-
recte du respect qu'on témoigne pour la propriété. £t, en dSr
reU la clé du problème économique est dans le régime qvi
assure au travail le stimulant le plus énergique et le nfais
direct. Or, quel encouragemenl plus grand peut-on donner
h l'homme que de lui garantir la libre jouissance des pro-
duits qu il a créés. Dès que vous loucherez ù la propriété, la
production décroîtra rapidement ; car il csl dans la iinlure de
l'homme de travailler pour lui-même. A tort ou à raison il
n'a en vue que son bicn-élrc el celui de ses enfaub; c'est
pour ces motifs qu'il s'eipose aux plus {grandes fatigues et '
qu'il redouble d'efTorls. Le dévouement à la société entre
pour fort peu do chose dans son assiduité et son économie \
el si les fruits de son Iravail passent à la masse commune son
zèle se ralentira, surtout s'il est sûr que la société, quoi qu'il
fasse, le mettra toujours k l'abri àfi la misère. Alors les meil-
leurs ouvriers, ceux mémo qui auparavant montraieol l'ardeur
la plus soutenue ne travailleront que le moins possible ; car
on aura supprimé le levier le plus puissant de la productiotti
Tintérét personnel. Avec le système du travail en commun et
de la propriété oolleclive les déperditions de capital sont énor-
mes ; les essais tentés dernièrement en sont une preuve aussi
malheureuse qu'éclatante; sous prétexte de taire disparaître
l'inégalité dans la richesse, on a créé l'égaillé dans la misère.
Et l'on voit cependant des hommes qui prétendent que la socié-
té ne pourra se régénérer que dans la communauté, que le mor*
cellemenl, la division des forces, des capitaux du sol, sont des
restes de barbarie qui doivent disparatlre, et faire place aux
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DU uaOlT OB F10PE1É1É. âOCf
splciideon de l'âge iioi|Teai|. 11 Q*y a là, à noire avis, qu'une
erreur de date ; ImIs àxmiÉioiiii^i'sç reportent malgré eux au
temps où lliôiiÉmiè n'avait que la vodiè du ciel pour abri et pour
nourriture <|éé t^jgltfnds du <^e ; alors, Il est vr^i le sol
n*etait couplé ûi de barrières, ni deliaies. Éab te iQémé état m
peut être à ïa fbis le prediièr et le dérniW l^e de révolu-
tion de Tespèee humaine ; les société ne tournent pas àém
un cercle ticieax. Aussi, quoi qu'en puissent dire les par-
tisans de ta communaul<!>, nous retournerons leur assertion
contre euv-mémes el nous dirons que la propriélé individuelle
rCalise un immense progrès, tandis que la propriété collective
esl un pas i^n anirrc, un relour à la barbarie.
La propriôlé a rlé appelée juslomcnl la mrre de la civili—
salion, car, eu stimulant l'activité industrielle de eliacun, elle
augmente la somme de la richesse nationale el permet à un
peuple de s'occuper d'arts el de sciences sans craindre les at-
teintes de la faim ; elle favorise du reste directement le déve-
loppement de chaque personnalité; elle suppose à la fois de
la moralité cbex celui qui l'amasse, et Taocroît en réagissant
sur lui. Aussi voyons-nous que le plus on moins de respect
pour la propriélé est le thermomètre de la prospérité des na-
UODS.
Entre la France par exemple où vivent trente-^cinq mil-
lions d'hommes et les pays de TOrient où végètent quelques
tribus nomades, il n*y a que la distance qui sépare une pro-
priélé respectée d^one propriété sans garantie. Avec la pro-
priété individuelle disparaîtrait le capital qui s'est accumulé
sons sa bienfaisante influence ; c'est • la poule aux œufii d*or,»
il ne bat pas porter sur elle une main téméraire sons peine
de voir tarir les richesses dont elle est la source.
Que dire maintenant du trop fameux syllogisme invoqué
contre la propriété : La propriélé esl un monopole; or, loul
monopojQ esl un vui ; donc la propriélé eat un vol. C'est la
S94 DU DftOIT DB PKOmM.
un de ces raisonnements qu'il faut laisser sans réponse ou
combotlre par rabsuide. Pour nous, nous n'en dirons qu'un
mol. Si tout monopole esl un vol, la liberté individuelle esl donc
un vol! loule di.slin<:lion de beuulL', de lulenl, de verlu qui
rompt l'égalité sociale esl donc un vol ! A ce compte-là, il
restera peu de chose sur la terre qu'on puisse légitimer. Tout
ce qu'il y a de grand ici-bas, tout ce qui est le produit de
l'élan des plus nobles natures ne trouvera pas grûce devant
nos niveleura modernes. Car la science, la moralité, le génie,
le courage, qu'esl-ce aulre chose au fond que de véritables
monopoles?
Apre» une I«{m de U* Tabbé Noirol,
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BLUËTTËS ET BOUTADES
Il est des esprits qui ne se développent qo*ea seio de
grandes choses, comme il est des plantes qui ne prospèrent
que sur les hautes montagnes.
L*orgiieil apprécie rimporlance d*on service par celle da
personnage qui le rend : le dévouement d*Qn petit le louche
moins que la politesse d'un grand.
Qnand un fripon arrlTeiiit à pennader chacon de sa pro-
bité, il lai sera lonjonrs fort désagréable de ne pouvoir s^en
convaincre lai-méme.
Une seconde passion n'est pour Icccenr que la reprodaciion
de la première t or, en peinture comme en arooar, la meil-
leore copie ne saurait valoir Toriginal.
A mesure que notre raison s'él<^ve, les grandeurs sociales
s'abaissent devant elles ; on dirait que ia vie est une monta-
gne, plus on la gravit, plus les sommités de la plaine s'elfa-
oentft l'iioriaon.
296
BLUeTTBS BT BOUTAOBS.
Les résolulioos magnanimes sonl spontanées, la raison ne
les modiOc qu'en diminuant leur prix ; c'esl l'or pur sorli
de la mine, qui acquierl son titre légal par un alliage qui
ïallére,
La pudeur dans le grand monde, comme la rosée an so-
leil, brille en s'évanooistianl.
L^absence el la distradion servent moins de remèdes eontre
l'amour qae de prëteiles i l*inoons(ance.
Grâce aai chemins de fer, on prend la posle aujonrd'lini
iorsqa*on n*esl pas presié.
Il est peut-être des arlisles dont la modestie égale le la-
leni, mais c'esl qu'ils ne sont grands ni Ton ni l'antre.
J. P amsimw .
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LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS,
ÉTUDES BIOGKAPIUQUES.
V» %itm MUflcio (rallie , ne qna liniMlIkrii.
GINQCIÈME PARTUi;.
La session de ièhi s'était écoolée stérile entre les Intrigues
da pouvoir et les doléances de ropposition. Tonte proposition
de réforme électorale, tonte tentative pour améliorer la con-
dition de la presse , avait édioaé devant rimpassibililé systé-
matique de ces conservaleors auxquels Tbistoire gardera la
piquante qualiGcalion de bornes , que H. de Lamartine leur
avait iofligée. De cette double impuissance dans ractioa
comme dans l'inaction , était résultée une langueur d'esprit
public que le mouvement électoral de 18^2, généralement
favorable à ropposilion , avait eu peine à surmonter, lorsque,
le 13 juillet, aux portes de la capitale , un accident aussi ex-
traordinaire que déplorable coûta la vie au duc d'Orléans,
à l'iuslanl où, prél à partir pour Sainl-Omer, ce prince allait
prendre congé de sa famille. Le roi , averti aussitôt , se ren-
dit inuDédialemenl auprès de son bis expirant. La reioe ,
•
Voir le» livraifOM i6r, x6at iSSel sM^pp. SSa-f t6. f»7-9t3.
19»
S98 Louis-Huum o'oblAahs.
Madame Adélaïde et le dne d'Aniiiale oomplétèrent , par
lenr présence, te plos déehiranl dei apeeladea. Le nalheo-
reux prince , projeté par une aecomae hora de sa Tollare
rapidement entraînée , s'était brisé dans sa chote les os do
crâne, el n'avait pu reprendre connaissance. Il expira au
bout de quelques heures , sans avoir proféré une parole. Du
sein de sa douleur, en apparence calme et résignée, le roi
laissa échapper ce peu de mois : « Quel malheur pour noire
famille , mais quel malheur nlfreux aussi pour la France ! »
Deux princesses porlèrenl à la duchesse d'Orléans , qui se
trouvait alors à IMombiùres , la nouvelle de Thorrible catas-
trophe qui privait elle el ses deux (ils, le comte de Paris el le
• doc de Gbarlres, de leur protecteur naturel.
Ceux même que la dissidence de leurs sentiments politiques
éloignait de la maison d'Orléans, De purent refuser le tribut
de leur inlérél à ce prince qu'une morl ai misérable frappait,
al jeune et ai beau , an aeln dea grandeurs et des illnaiona du
rang suprême. D'une bravoure peraonnelle à peine déparée
par un caractère profondément politique , le duc d*Ûrléani
a*élai( distingué en Afrique aux Portes-de-Fer, i la prise de
Médéab , el surtout à celle du Teolah de MonsaTa. Il proté-
geait les arts et a'était rendu cher à Tarmée , dont rorganiaa-
tien constituait sa préoccupation la plus constante. Les fur-
néraillea de cet infortuné prince eurent lien i l'église Notre- »
Dame de Parts, dans un édatant appareil, et la capitale tout
entière parut s'associer aux douleora de la famille royale.
Louis-Philippe, chez qui l'intérêt de sa race dominait joS'
qu'aux aiïeclions les plus sincères , convoqua immédiatement
les Chambres , se mil en rapport avec les sommités des di-
verses nuances de l'opinion dynastique el ouvrit la session
(26 juillet) par un discours où, à travers les marques d'une
affliction profonde, il invita les pairs el les députés h assurer,
par de promptes résolutions , a le repos el la sécurité de la
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Louis-PUILIPPE d'orléans. 299
pairie.» Le miDistëre Guizot , dont la calaslrophe du 13
juillet avait ranimé l'exislence chancelante, présenta à la
Chambre électire un projet de loi qui fixait à dix-huit ans
la majorité do roi , el conférait la régeooe an prince le phia
proche do trône, dans Tordre de raecenlon élabli |»ar la.
Ghertodel880.
Ce pnjet de loi ftit combatto sons im double poiol de vue.
. Qaelqiies orateurs de.la droite' el de TextrCme gaoehe , tels
^e MM. Berryer , de La Bocbc|jaoi|iieleiD el Ledra-RoHin •
conCeslèraDt aox Chambres le droit d'ajouter, sans la sanction
du peuple , aix claoses constltoUonnelles de TÉlat; d'antres,
comme MM. de Lamartine el Manguin , se prononcèrent en
fliTenr de la régence matemélle. Mais le miobtére , sonlenn
par une fraction notable de ropposition dynastique , trionapha
sans peine de ces obstacles, el le projet fut adopté ù une forte
majorité dans les deux Chambres , qui se séparèrent immé-
diatement.
La princesse Hélène se montra , dit-on, vivement blessée
des déterminations de la Cour, el Louis-Philippe lui ayant
fait proposer de céder au régent futur l'appartement qu'elle
occupait au château des Tuileries, elle résista avec chaleur ù
celle proposition, el répondit que trop de souvenirs de son
époux l'attachaient au pavillon Marsan, pour qu'elle pûl
consentir à s'en séparer. Louis-Philippe n'insista pas ; mais
jamais, depuis la mort du duc d'Orléans , une iniimilé com-
plète ne s'établit entre le roi et sa belle fille. La mère du
comte de Paris se plaignait du despotisme intérieur de Louis-
Philippe , el le chef de la maison d'Orléans , qui afait espéré
que sôn alliance avec la maison de Mecklemboorg rapproche-
rait sa dynastie des familles souTcraines derSurope, dissimu-
lait mal, de son côté , les déceptions dont cette espérance
atait été la source. La princene Ait tenue è l'écart ; el, comme
on hii supposait généralement des opinions phn Ittiéndw qi»
800 L0D19-PB1UPPB ]>*OIL^58.
eelletdu ràietdadac de Nernonn, on noyau d'oppoiilion
politiqne oommençt h se former antonr d*elle. Qoelqoes nota*
biHtésda perlemenC el de Tarniée panèrent pour mettre à m
disposition leurs serriees, leurs inspirations et leurs conseils ,
et Ton dtait entr'autresle général Pajol , objet d'une récente
disgrâce , H. de Lamartine , que quelques mécontenlemenls
personnels avaient violemment séparé do parti consenratenr,
et H. Tliiers lai-méme, devenu Tenneini direct et presque
déclaré du roi , depuis son expulsion du ministère. Ainsi , la
division s'était introduite avec la mort au sein de la famille
royale , el l'impopularité fâcheuse du prince que quelques
années seulement semblaient séparer de la régence , n'était
guère de nature à en conjurer les effels. catastrophe du 13
juillet avait frappé au cœur la dynastie de 1830.
La session des Chambres , qui se rouvrit au mois de janvier
1843, rendit une certaine agitation aux esprits. Le ministère
éprouva quelques éctiecs peu Importants. La Gliambre des
députés se prononça pour une protection plus marquée en
faveur des chrétiens du Ulian, et renouvela ses représenta-
tions contre Tabus du droit de visite. Une enquête parlemen-
taire , ordonnée sur les instances pressantes de ropposition ,
amena Tannulation de deux* élections entachées des fraudes
les plus condamnables. Hais le ministère réussit k faire écarter
toutes les propositions de réforme électorale et parlementaire,
et H. Barrot lui-même qnalifla ces fientatives de révolution-
naires. Ce député , spirituellement surnommé le minUtrê dê
roppotiKofi, à raison de ses intelligences supposées avec le
parti de la Cour , entreprit de faire restituer au jury les
procès en diiïamation, qu'une jurisprudence récenle , iiiau-
gurée sous les auspices de M. IJourdcau, tendait à lui sous-
traire; mais ses elForls n'aboulirenl point. Le gomernement
personnel , plus puissant que jamais, avait profilé avec une
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LOUIS-PUILIPPE d'oBLIUMS. 301
adresse renarqoable du défaut d'ensemMeét do décourage-
ment qui se manifestait de plus en plus dans les rangs de ses
adversaires. Les résultats des élections de 1839 et de 1842 , si
fOTorables au parti constitutionnel , s'étaient évanouis devant
Inaction dissolvante de l'ambition et de la faveur. Et sous
quelle bannière triomphait ainsi la domination de la Cour?
sous celle même des deux chelk de la coalition.
Deux événements vinrent ajouter aux satisfactions du châ-
teau et tempérer les douleurs de la famille royale. La prin-
cesse Clémentine d'Orléans épousa le prince Auguste de
Sate-Cobour£» Golha , frère de la duchesse de Nemours , et
le prince de Joiiiville s'unit, à Rio-Janeiro , à ta princesse
Françoise-Garolioe-GoQzague , Tune des sœurs de l'empe-
reur du Brésil.
Ainsi parvenu à l'apogée de sa puissance, Louis-Philippe
voulut inaugurer , par une démonstration éclatante et en
(pidqne sorte européenne, son rapprochement avec ce gou-
vernemenl britannique dont ralliance avait secondé si eOi'
cacement la politique pacifique à laquelle il s'était dévoué.
Le prince de ioioville et le duc d'Aumale portèrent h la
jeune reine Victoria, è Windsor, une lettre par laquelle le
roi des Français finvitait è se rendre au chfllean d'Eu , et
cette princesse répondit par une gracieuse acceptation. Le 2
septembre, & six heures du soir , le yacht qui portait la reine
d'Angleterre fut en vue du Trépqrt, et le roi monta eu voi-
ture avec toute la famille royale • pour se porter à sa rencon"
tre. Les ministres, l'ambassadeur lord Gowley , et un nom-
breux cortège accompagnaient Louis-Philippe , qui était en
uniforme de licutenant-générul. Ce prince mit pied h terre
cl s'avan^'a , dans un caiiol, h la rencontre du yacht royal,
qui se mil en panne pour le recevoir. La reine accueillit
affectueusement Louis-Philippe , qui l'embrassa avec eflu—
^ioa Qi serra la main au prince Albert. Viiloria monta dans
SOS tOOlfl-PHIUPPB D*ORUiAllS.
le canol du rui , qui conduisit les deux souverains el leurs
escortes vers une tente où les pavillons des deux nation»
avaient élù arborés. La jeune reine prit terre, appuyée sur
le bras du roi , et fit quelques pas au-devanl de la famille
royale de France , dont elle embrassa toutes les princesses.
Après les présentalions d'usage, la reine monta dans la
voiture royale avec Louis-Philippe cl sa famille , et se rendit
à £a où , à bail heures, eUe prit place à no banquet de 60
couverts.
La reine d'Angleterre passa cinq joors auebâteau d'Eu,
el ne fini point à Paris, oà on i'altendail généralement. Sa
présence au sein de la fomille royale fiit marquée par iné
suite de divertissements plus intimes que fastueux, eu
égard an rang éleré des augustes hôtes. Louis-Philippe lui
lit présent de deux magnifiques tapisseries de la manufacture
des Gobellns el d'un fort beau coffre en porcelaine de
Très, comme un souvenir de son séjour sur le sol français.
Rien de positif ne transpira des conférences particulières de
ce prince aToe la Jeune reine , el les événements postérieurs
n*onl répandu aucune lumière sur celte première entrevue,
qui avait mis en un grand ômoi la diplomatie étrangère.
Victoria repartit le 7 septembre pour Brighton , d'où elle se
rendit en Belgique.
Les orgueilleuses joies du château d'E!u devaient avoir leur
revers, et ce fut à un prince exilé, sans appui, dernier débris
d'une race auguste cl proscrite, qu'il était réservé d'en trou-
bler le cours , en rappelant à la royauté de 1830 rinûrroité
de son principe originel.
La mort de Charles X (ocl. 183G) n'avait apporté aucun
diangement notable dans les habitudes de la famille eiUée j
mais le duc d'Angooléme avait compris la nécessité de com-
pléter , par la connaissance des choses pratiques (1) , par la
(0 JTflirt 4» IVmee, par M. A. NeUeoient, l. t.
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LOUIS-PHILIPPE d'oRLÉANS 903
conversalioo des hommes distingués des Coors européennes,
l'éducation si solide et si cultivée du jeune prince que lui
avail légué un père expirant. Le comte de Ghambord se sé-
para sor la fin de 1838 , à dix-oeaf ans , dn vénérable prélat
dont il arait nçjn iei compila, et, aoeompagné da duc de
Léfis et da comte de Locmaria , il parconrat une partie de
l'Italie » la Hongrie , la Transflvanie et rAtitriche; il étodia
avec intérêt les champs des vicloirei impëriales, explora
les c6tes de la Dalmalle, la Saxe et la Pnme. Il séjooma
qœlqae temps à Rome, visita Naples et Florence et revint à
Gorilx où on accident affirenx QQillel 1841) faillil trancher,
dans sa fleur, une 4eslinée h laquelle se rattachaient tant de
vœnx et de souvenirs. Des soins habiles et la vigueur de Tâge
dissipèrent les espéranew indécentes , les joies homicides qui
éclataient déjà en France dans les plus hautes régions du
pouvoir, et les derniers jours de 1843 virent le rejeton de tant
de rois débarquer sur les côtes d'Écosse, d'où il se rendit
bientôt h Londres, appelant à son hôlel de Belgravc-Square
tous les Français demeurés fidèles au culte du malheur et des
véritables traditions monarchiques.
Près de deux mille Français accoururent, ayant ti leur
tête ce patriarche des lettres françaises, dont le génie rendait
à la cause monarchique tout l'éclat qne lui empruntait sa
pieuse fidélité, el des communications assidues, cordiales
s'établirent , à la face de l'Europe attentive , entre les nobles
visiteurs et Taugusle proscrit.
Celte épreuve solennelle fut favorable au jeune prince*
Le comte de Ghambord fit admirer dans ces entretiens
une instniction solide, nue raison précoce, un grand esprit
d*à-propos , nne appréciation judicieuse des vrais besoins de
son siècle , et, par dessus tout , on doit le reconnaître , nn
sentiment éminemment français. Ces avantages exallérent
les espérances du parti légitimiste , et inspirèrent nn vif dépit
304 LOUlS-raiLIPPB 0*OtLÉANS.
aux partiniifl do nouveau pouvoir. Dans Tardeur irréOéehie
de son ambîtion dynastique, Louis-Philippe constata lui-niéaw
l'importance politique du voyage du comte de Ghambord , en
envoyant en Angleterre le duc et la duchesse de Nemours
pour en neutraliser Teffel. Hais que pouvaient peser aux
yeux de la France les démonstrations firoidemenl ofBcielles
du gouvernement anglais, en regard des hommages spon-
tanés cl désintéressés de deux mille Français d'élile,
venus de tous les points du royaume pour saluer» dans le
petil'fils de Charles X, le représentant du principe séculaire
de la légitimité !
La santé chancelante du duc d'Angoulémc rappela à Go-
rilz l'auguslc voyageur. 11 quiKa l' Angleterre le 13 janvier
1844, au moment où la Chambre des députés se préparait à
réprouver, par une éclatante manifestation , la conduite de
cinq de ses membres , qui avaient pris part au pélérinage de
Belgrave-Square. Ces députés élaienl MM. Berryer , de
Larcy, Blin de Bourdon, le duc de Yalmy et de La Rocbejac-
quelein. La discussion , née d'un paragraphe de T Adresse, fut
irritante et passionnée. Aux explications des députés incul-
pés, MM.Guisol, Duchâtel, Dupin, Hébert, d*Angeville,
Besmoosseaux de Givré répondirent avec une aigreur mal
dissimulée; d*améres récriminations furent échangées de
part et d'autre, et, dans la chaleur du débat, un des minis-
tres même de Louls^Philippe s*onblia jnsqu'k dire que « si
jamais Louis-Philippe violait la Charte et trahissait le ser-
ment qo*iI lui avait prêté, la France araU iégagie vli-d-vts
de lui. » La Chambre parut indécise. Mais la majorité , qui
connaissait Textréme importance que le roi attachait au
mainlien textuel de la manifestation proposée , prononça la
flétrissure des députés incriminés, et cette résolution amena
leur démission immédiate. Louis-Philippe reçut avec solen-
nité la commission chargée de lui présenter l'Adresse de la
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Chambre, et fit, dans sa réponse, une allusion raeoactole
aux coupables espérances des ennemis de la royauté noQYelle :
langage au moins hasardé dans la bouche de l'ancien obligô
de Charles X, cl qui rappelait involontairement le défi cé^
lèbre de Xarlufie à son bienfaiteur :
La maiim m'ap|Mftical, je le ferai connailfe.
M. de Salvapdy , nommé récemment ambassadeur en
Sardaigne, qui assistait à celle conférence, avait voté contre
la flétriinire. Après avoir congédié les députés, le roi Tin*
vila à pasaer dana son cabinett el loi reprocha en termes
/Irès-Tlfii rittgratitnde de sa conduite. M. de Salvandy ré-
pondit avec noblesse et se démit aussItAI de ses fonctions.
MaiSv provoqué quelques jours après à donner à la tribune
des eipUcations sur cet incident, qui avait èmv profondé-
ment la Qiambret son langage fiit obscur, embarrassé, et ne
répondit point à ce mouvement d'indépendance et de dignité.
Le corps électoral réforma la sentence portée contre les
eouftisans de l'eiil par une assemblée composée en majeure
partie de renégats politiques. Les cinq flétris Turent réélus
avec le concours de Topposilion de gauche , dont les
représenlanls û la Chambre n'avaienl point volé pour
l'Adresse, et celle défaite, qui avait quelque chose de per-
sonnel, porla ù son comble rexaspéralion de Louis-Philippe.
Mais un funèbre évènemenl qui eut lieu vers celle époque
montra jusqu'à quel point ce prince savait dominer ses im-
pressions extérieures. Le ducd'Angouléme rendit, le r"" juin,
dans les bras de son héroïque épouse, une vie moins éclatante
que pure el irréprochable. Louis-Philippe, qui n'avait ac-
cordé à la perle de Charles X aucun lémoignage ostensible de
sympathie, prit le deuil à Toccasiou de la mort de l'ex-dan—
phio , et il endura dans un froid silence la déclaration pro—
to
306 LODIS-PBILIPPK D UBLKANS.
leaUtif e qoe le Gomle de GtiaDibord fil notifier en celle ctr-
oonslance aax odub européennei.
Les deroien dèbals a? aienl lainé ime impresBioo fécheue
dans les esprits, et le ministère traversa laboriensemenl la
session de 184(. Le projel de loi sur renseignement public
soûlera dans tons les rangs da clergé de tItos résistances,
dont U. de Monfalemberl, chef d*nn parti qui ré?ail la sé-
paration de l'église catholique d'aTec le dogme conservateor
de la légillmilô. se fil l'éloquent organe h la Chambre des
pairs. Mais ce fui surloul par un acte ûc sa politique exlô-
rieare que le gouvcrneraenl de Louis-IMiilippe blessa pro-
fondëmenl ce senlimenl fran^'ais donl les divisions poliliques
et les séductions du pouvoir n'avaient pu altérer rintégritè.
Deux ans à peine étaient écoulés depuis qu'une expédition
commandée par l'amiral Dupclit-Thouars avait pris posses-
sion dans l'Océan pacifique, au nom de la France, des deux
Iles les plus importantes des archipels des Marquises et de
la Société , Nouka-Hiva et Taïti. Pomaré , Ariki ( souve*
raine ) de Taïti et les chefs de cette Ile avaient eux-mêmes
réclamé le protectorat du roi des Français, et le ministère
s*était empressé de signaler celle oecapation spontanée (1)
«oome un événement d*an banl intérêt ponr notre commerce
et notre navigation. Mais cette modeste conquête n'avait pas
lardé à faire ombrage A nos étemels antagonistes, et les
usurpateurs impunis de laNonvelle-Zélande s'étalent mis en
devoir de ruiner notre domination par des réclamations non
écoutées ansqnelles ib snlistituérent bienlôl d'odieuses in-
trigues. Le négociant Prilchard, missionnaire protestant, Ail
envoyé h Taitt avec le titre de consul, et oe fiil à Tumbre de ce
caraclère ofllclel qu'il travailla sans reMcfae h entraver les
10 VoyeK k Mevu réiroipeeiive, n« 3o, i>. lyy.
ijOin»-nuuppB D*o«LÉAiis. 307
opérations de nos marins et à détruire an prolecloral solen-
nellement accepté par Pomaré et par le cabinet français, et
reconnu par le gouvernement anglais lai-môme (f). Ces in-
trigues, neutralisées un instant par la supériorité de nos
forces maritimes, oblinrenl bienl(jl un succès complet. Pomaré,
cédant aux instigations du consul Pritchard et du capitaine
Nicbolas, qui avaient eu soin d'exagérer ridiculement sa
puissance (2), déchira le traité qu'elle avait conclu et fil
abattre le drapeau français. Cet état de cbose subsista juf-
qa*au retour de l'amiral DapeliU-Thonars , qui obligea
riftiln à rexécation itérative des coovenliaof esislaulei. Maif ,
lor les reprèienlatioiu de rAngleterre, le miiUsIère français*
par une note insérée an Monilmr da S6 féTrier 1844* dé-
.saTona la prise de possession de Talli et rappela, sans Tafoir
entendu (8), ramiral Dnpelit-Thooars, dont la eondnitet en
oes circonstances difficiles, avait été aussi mesurée que
ferme et patriotique.
Ce double désaveu avait trop vivement ému les esprits
pour ne pas donner lieu à des interpellations pariemenlaires.
En présence de la blessure fsite à l'honneur national , la
défense de M. Gafzot fut incomplète , vague et embar-
rassée. A l'insigne condescendance qui lui était reprochée*
il opposa vainement la promesse du rappel de Pritchard 2
l'opinion publique ne tint ancun compte à lord Aberdecn
de cette légère satisfaction, et lorsque l'ofiicier précurseur
de M. Dupetit-Thouars se rendit par une exclamation éner-
gique , à son débarquement en France , l'organe fidèle du
mécontentement de la marine, la France entière parai s'aS'
socier à ce mouvement de réprobation*
J'ai hâte d'en finir sur ce honteux sqjet. Lns des in-
(0 UnradeM. Diip«lil'11io«n k M. de Madum, 6 joillet i844.
(a) Md, (3)
308 LOOIS-PHILIPPr. d\»ri,kans.
trigaes et des eiciiaiions homicides de Prilchard, no maria
plein de cœor, M. d^Aubigny, fil saisir ce missioanaire de
trool>le et de diseoide, et le capilaine'Braat, gourernear
de IHe, le força de s'embarqaer peu de Joors après pour sa
noavelle destination. Cette oooduilet éfidemmenl tracée par
l^bolineor et par Tinlérét de la colome, fat qoaiiflée dans les
termes les plos iojnrienx par le eabinet anglais, et le mi-
nistère da 29 octobre se vit eontraint k loi infliger on
bidme publie. Ce n*est pas tout encore. Pritchard ayant
allégné qne sa courte détention lot avait causé on pré-
judice de plusieurs milliers de francs, è raison de son
commerce, le gouvernement français s'obligea à lui solder
une indemnité équivnlenle, el cet engagement sans nom
fol ratifié par des Chambres françaises, à l'instant même où
le sang français coulait à Papefti par.saile de l'iosurrecUon
que Pritchard y avait fomentée.
L'amour-propre national avait trouvé d'honorables com-
pensations à ces échecs dans les derniers succès de l'armée
française en Algérie. Le maréchal Bugeaad, gouverneur de
celte colonie depuis 1842, avait imprimé à la guerre une
impulsion puissante, et les princes de la famille royale
s^élaient montrés avec éclat dans plusieurs rencontres, aos
Onerenseris, à Ain-Taguin, h Mechouniab, aut Ouled-
Sultanes, etc. L'hérolvie défense de Masagran avait pris
place parmi les plus beau faits d'armes de nos bstes mi-
litaires. Le théétre de la guerre venait de s*agrandir par
la retraite de notre infiitigable ennemi Abd-el-Kader sur le
territoire du Maroc, d'où 11 appelait è grands cris aux
combats les populalioos fiinatlsées. L*emperear Mnley Abder-
rabroan, secrètement encouragé peut-être par le cabinet
anglais, résista à toutes les sommations de la France. H fallut
agir. Une escadre fut mise sous les ordres du jeune com-
battant de Saiiil-Jcan-d'tJlloa, de ce prince de Joinviile dont
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LOUIS-PUILIPPK D'ORLÉA^S. 309
le patriotisme venait de déplorer dans une Note célèbre
l'abaissement de noire puissance maritime. Conduite avec
vigueur et habileté, celte division navale bombarda la ville
de Tanger et l'Ile de Mogador, et la victoire décisive rem-
portée sur l'armée roaroGalne par le maréchal Bageaud, aux
bonladeri8ly(14 todl) rédolsllàrimpoiaiance le npûvel allié
d'AM-el-Kader et converlil définitlTement notre conquête
eo une vérilè. Ces brillaiits expldla causèreut eu France nne
salishclion générale, et la pensée publique applaudit i la
disUnelion accordée an maréchal Bageaud dans le litre
commémoratirde 'due d'My (1). Soit générosité, soit ména-
gement pour notre ombrageuse alliée, soit surtout appréhen-
sion de I*insulBsance des ressources de l'empire (2), le gou-
vemement ne crut pas devoir contraindre les ?aincus au paie-
ment des frais de la guerre, cl le Journal des Débats pro-
clama flèremenl que la France était assez riche pour payer sa
gloire. Le ministère eut le lorl plus grand encore de n'eiiger
aucune garanlie conlre le relour des hoslililés d'Abderrab-
nian. Ce prince s'engagea seulement à expulser ou ù inlcrner
Abd-el-Kader, et la France, par une clause 5 jamais hon-
teuse dans les annales de sa diplomatie, promit de Irailer
avec égards et générosité ce barbare, s'il lomball entre ses
mains. Ainsi qu'on devail raisonnablement s'y attendre « 1^^
promesses d'Abderrahman demeurèrent sans résultat, et le
redoutable émir, è qui l'Angleterre prélait une proleclîo n
(i) ht eoMMtioo éb ce titra fot in acte de là voloalé p«famianlN
do LoaU-Hiilipp*. Le maréclMl Soolt, p«ii porté povr 1« v«iiM|uoar àm
VUlj, cenlMtlit l'oppottwnté do b réconpooM on faîtant oliMfver au
rai mipfil eODTonaitdo lainor fRoIqno chose à désirer aux personnes qui
occupent de hautes positions et sont iovaities d'attributions considérable». -
(Lettre au roi, 4 sept. i844). Son opposition ne HécLit qu« devant la
volonté poliment mais iicUemciit exprimée de Louli-Pliil'l'l»*-
(a) LeUre du roi au prince de Joiuville, a6 sept. i844..
810 Looi*-Mumi b'orijUim*
ft peine dissimiilée, ddfia pendent prèi de trois ans «aeore
les efforts de l'armée ft«ncaise. 8a sonmissioo précéda de
pea de jours la diûte de Loais-Philippe , eomme le dé-
trdnemeot de Charles X avait snivi de près celai du dey
d'Alger.
Eo présence dti méGonlentement universel qu'excitait en
France la conduile insidieuse el arrogante du gouverne-
ment britannique, ce fut h Louis-Philippe une faute capitale
d'entreprendre le voyage d'Angleterre, pompcusemenlannoncé
depuis longtemps par les organes de la Cour. Mais ce voyage
était, dans l'opinion du roi, trop étroitement lié à ses in-
lérêls dynastiques, pour qu'il pûl se résoudre à le sacriOer.
Le brillant accueil fait au mois de juin par la reine Victoria
à l'empereur de Russie, avait êmu la susceptibilité du mo-
narque français, qui redoutait Tinimilié personnelle el la
puissance da csar. Les deux Cours n'entretenaient pins depuis
longtemps que des rapports diplomatiques d'un ordre secon-
daire, et riagénieux historien des Ducs de Bourgogne avsit
dû quitter on poste dont la défavear politique ne pouvait être
eompensée par les égards personnels de rauloeraîe. Il im-
portail Il Louis-Philippe de détruire par sa présence les Im-
pressions désavantageuses qu'avait pu semer son redoutable
antagoniste, et de liiire, à la face de l'Europe, un nouvel appel
h cette entente cordiale dont le maintien intéressait si vive-
ment la monarchie de 1890. CependanI, cette eieunion d'un
roi septuagénaire hors de son royaume, dans la situation
agitée des esprits, eicita au sein même du cabinet quelque
opposition dont Louis-Philippe ne tint pas de compte. Il
partit du Tréport le 7 octobre tSkk, accompagné du jeune
duc de Montpensier, de MM. Guizol et de Mackau et d'ane
suite nombreuse, et arriva le lendemain à Windsor, où la
reine Victoria \int le recevoir au bas du grand escalier
du château. ÏJi prince Albert et le duc de Wellington s'é-
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LODJS-PillLIPPË U'OBLÉANS.
311
talent rendus à la rencimtreda roi des Français josqu'è Porte-
moulh, lieu de sou débarquement.
De brillantes fêles célébrèrent le séjour de Louis-Pliilippc
à Windsor, où il reçut pendant plusieurs Jours, avec l'affa-
bilité qui lui était propre, les hommages d'une nombreuse
population. Il fut décoré, te 11 octobre, de Tordro de la
Jarretière, dans un splendide appardl, dont les formes quel*
que peu féodales provoquèrent en France des rapproche-
ments assez piquants avec rorigine populaire du trône au-
quel était décerné cet honneur. Le lendemain, la corporation
de Londres, composée de quarante-cinq personnes, ayant &
sa tète le lord-maire, vint saluer Louis-Philippe, qui ré-
pondit en anglais PAdresse du chef de la cité. Le roi quitta
Windsor le 15 octobre, an milieu des témoignages de sym-
palhic de toutes les classes du peuple brilannique. Un bal
somptueux avait été oflfert par la ville de Portsmouth, pen-
dant son séjour à Windsor, au\ olïiciers de noire marine,
dans riiôtel de Royal-Naval-CoUcgc, et la reine Victoria
Tint en personne recevoir à bord de noire escadre les liora-
magos des marins qui la montaient. Ces démonstrations flal-
teiues, dont la suite n'a qne trop prouvé la fragilité, firent
en France peu d'illusion à Topinion publique. Le parti lé-
gitimiste, comparant le voyage de Louis-Philippe A Windsor
avec celai du comte de Ghambord k Londres, remarqua que
le jeune prince n'était allé chercher en Angleterre que des
J^nmçaitSt et l'opposition libérale compléta le parallèle en
énumérant avee une amère complaisance les témoignages de
sympathie qne le roi-citoyen avait reçus des étemels enne-
mis de la grandeur et de la prospérité de la France. De ce
côté du détroit, l*alllanoe anglaise ne fut pas plus populaire
après qu'avant le voyage de Windsor, et ce fut envahi qne
la France attendit de ce rapprochement entre les deux sou-
verains quelque modification ft hi politique égoiite et ma-
312 LODIS-PHILIPPK d'OBLIÎANS.
cbiavéllqae qui joaqâ'à ce jonr n*avail Ml de celle allieoce
qo'nn pacte lâonin.
La session législalive s*0Qvril par ua disooon discrel et
réservé sor les qaeslIoDS qui agitaient les esprits. Hais la dis-
CBSsieR du projet d'Adresse n'en Ait pas moins flrès-orageose
dans les deux Chambres. M. Molé combattit sévèrement an
Luxembourg la politique à outrance de l'ancien chef de la
coalition, et celle politique essuya au palais Bourbon les vives
attaques de MM. Billaull, Dupin et Barrot. L'indemnité Pril-
chard ne fut volée qu'à huit voix de majorité. Il ne fallut
rien moins que les instances du parli conservateur el les
encouragements pressants du roi lui-même, pour que le
ministère, récemment modifié par l'adjonction de M. de Sal-
vandy, qui avait succédé à M. Villemain, se décidât à faire
léte ù la situation (1). Il n'obtint à la Chambre élective qu'un
avantage imperceptible sur la plupart des questions politiques,
el succomba dans plusieurs questions d'alTaires. Son projet
de loi sur Tarnienient des fortifications de Paris ne réussit
qn*à la faveur d*nn aroendemenl ministériel portant que les
booches à fen destinées ft cet armement seraient déposées
(i) Dans «M lettre de LouifPhilippe à son gendre le roi des Belges
(9 Dtai 1846), on trouve une apprécialioii familière mais fort piquante
de la situation à lac]uelle menaçait incessamment de le livrer le décou-
ragement presque général des membres de son cabinet : » Ce qui gâte
toolM DM allkii«s,éerivait-U, c'est qu'en géninl tout aot hoauMt poUliqae»
Ml m maboiiduiM da ooaf^ el d'mdae» quant ib août dam Poppo*
ailioo, tandia qne daw la ainiatèra ila aaat tMjMia fvêla à liwl Ikhcr,
ab diaaal n iw : nrW«a, Pkrr», w»m mti, eoaaaia daw la dhaaaoa. Il
iiDt trouver uo Guiiot pour ubvier i ces matu « m hoaoM qm aadie
euir tète à ses adversaires et qui sache aussi secouer ses amis quand
ils n'efTraient , et c'est parce que Guizot a eu le nerf de rciister à tous ces
ébraolemeats, qu'il a déjà iix ans de ministère passés et une jolie pen-
pMtlve d*«vMiir.... <•
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LOUIS-mUPPB D'OALÉAfS. 3i3
à Bourges, et ne poorraienl ôtre Iraïuférâeg II Paris qo*en
cas de gaerre. La volonté prononcée de Lonis-Philippe, et
la crainte de voir arrtrer an pouvoir ane opposition belli-
qaeuse, qni remettrait en problème tons les fruits d'une paii
chèrement acquise, préservèrent seules la France d'une nou-
velle crise ministérielle. Ces échecs fhrent toutefois balancés
par d'importants succès, et le ministère^ grâce au dévoue-
ment de samaforité, surmonta heureusement une épreuve pé-
rilleuse. Une proposition dirigée en général contre le parti
légilimisle, et particulièremenl contre M. dn Genoudc, direc-
teur de la Gazelle de France, l'anlagonislc le plus habile, le
plus opiniâtre et le plus puissant du monopole élcctornl, pré-
venait un grave abus, en assujélissant au paiement d'un cens
déterminé toute mutation de domicile politique. Mais il était
n craindre que celle première brèche faite à la loi dVleclion ,
ce palladium du régime actuel, nVncouragcdt d'aulrcs Icnla-
tives. Cette appréhension ne fut point justifiée, et la modi-
fication proposée demeura rigoureusement restreinte dans le
cercle étroit qu'avait tracé la politique méticuleuse du 29 oc-
tobre. Un succès non moins essentiel fut la suspension des
traités de 1831 et de 1833, sur le droit de visite des bâti-
ments de l'Etat», objet des réclamations réitérées du pays et
des Chambres. Ce droit fit place à des mesures de surveil-
lance exercées concurremment par la France et par l'An-
gteterre, sur les vaisseaux des autres nations qui avaient
contracté avec ces deux puissances. Le nouveau traité consa-
crait comme un principe IrréDragable de droit public, Tabo-
lition de la traite des nègres ; mais ses dispositions pratiques
étaient susceptibles de modifications au bout de cinq ans.
Ce résultat mémorable, dû à l'entremise active de H. deBro-
glie, fut suivi 4'one aolre conclusion qu'une portion consi-
dérable (le I opinion publique aiïeclait de poursuivre avec
chaleur. C ^'^^'^ dissolution de TOrdre des Jésuites, qui de-
314 LOUIS-PHILIPPE D'OBLiAirS.
puis quelques années avait repris en France une existence
régulière, el dont la présence ne cessait d'exciler les clameurs
de la presse cl de la Iribune. Celte mesure fui prise par le
général de l'Ordre, sur les longues (1) el instanles réclama-
lions de M. Rossi, que le cabinel français avait envoyé à
Rome à cet eflel. L*opposition prétendit que cette concession
avait été achelée par la clôlure des cours de MM. Michelel
el ÛQinel, donl les prédicaliont Mli-caUioliqiies avaient jw*
lement alanné les soscepUbiUlés da clergé. Qaoiqa*il en soit,
la suspension du droit de visîle et la dispersion des Jésoiles
tarirent denx des principales soorces da mécontentement pn-
blic, rendirent quelque popularité au gouTemement de Louis-
Philippe, et ne furent pas sans inOuence sur le sort des élec-
tions de 1846, les dernières qui devaient s'accomplir sops la
monarchie de juillet*
En unissant, sur la fin de 1 844, son quatrième fils, le duc
d'Auniale, ce riche héritier des Condé, à Marie-Caroline de
Salerne, fille de son beau-frère, princesse dépourvue de for-
tune personnelle, mais t»ièce, par sa mère, de l'impératrice
d'Aulriche, Louis-Philippe avait sacrifié au désir de rappro-
cher sa dynastie d'une des plus hautes familles souveraines
de l'Europe. Il lui reslail à pourvoir le duc de [.lonlpensicr,
le dernier de ses fils, auquel sa pensée intime destinait de-
puis longtemps l'infanle Luiaa , sœur de la reine Isabelle
d'Espagne. Ce fut dans une courte et dernière entrevue qu'il
eut avec la reine Victoria au château d'Eu (8 septembre 1845),
que Louis-Philippe agita sérieusement Tidée de cette union (2),
qui passa pour le chef-d'œuvre de sa politique, à laquelle elle
devait porter le coup le plus funeste. L*entente cordiale était
(i) Leurs d« M. Guixot à LoaU-Philippe, t3 aoél t84S.
(s) Lettre de Loiris-Philippe à la reine de» Belges, 14 eept, iS4<I*
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L0DI8-PU1LIPPE D ORLKASS. 315
alors a son apogée, et celle silualion favorable fui bienlôl
allcstée par un fait sans exemple assurément dans les fastes
parlementaires de la Grande-Bretagne. Une révolution mi-
oisiérielle venait de rappeler à la secréUirerie d'Étal des af-
fkires étrangères lord Palmerslon, ce promoteur hostile du
traité de 1840, cet antagoniste constant et presque persoo-
net de Louis-Philippe. Les instances on les eiliortations de
la reine Victoria déterminèrent l'arrogant mintoire à venir
chercher en quelque sorte à la Cour des Tuileries Tinves-
titnre de ses fonctions. Louis-Philippe aocuelHit lord Palmers-
ton avec courtoisie, mais sans aucun abandon (1). Le nou-
veau secr6taire-d*Élat ne fut installé au foreign-offiee, qll*après
avoir conclu une sorte de paix laeite avec te roi des Francis,
auquel il ne tarda pas à birc expier cette satisfàcUon pas-
sagère.
I^as des airs dindépendance et de Tattilude orgueilleuse
qn'affiBClait le vainqueur de l*Is1y, le maréchal Soalt quitta
peu de jours avant la session des Chambres le ministère
de la guerre, qu'il ne conservait depuis longtemps que sur
les vives instances du roi. II fut romplacé par lu général
Molîne de Sainl-Yon, el garda iaprî^sidencc nominale du Con-
seil. La session s^écoula sans orages graves ; mais l'opposition
signala avec une nouvelle énergie la corruption croissante
pratiquée par le ministère, el d'accablantes révélations jus-
tifièrent ce sanglant analhème lancé contre le tarif des cons^
ctencfs, du haut de la tribune parlementaire, par M. de
Malleville. Ces débats scandaleux furent interrompus par un
attentat commis sur la personne du roi (16 avril), au mo-
ment où il se promenait en voilure dans la forêt de Fon-
tainebleau, avec une partie de la famille royale. Cn déran-
gement accidentel dans la disposition des augustes prome-
(') l«(lre Loais Pliilipp* à M. Guisol, i5 juillet x84S«
316 tooii^MUEim tffmuiàHê.
nean afaU miracoleaMiiiciii saofé eette firis encore la vie
de Louis-Philippe. L'amnin, nommé Lecomte, ancien garde-
général de la forél, tirenr eieroé, prétendit qae ion crime
n'était que le produit d'un ressentiment privé : version peu
probable, mais qu'il ne démentit ni dans son interrogatoire
devant In Cour dus pairs, ni môme en présence de l'échafaud.
Son châtiment ne contint point la malveillance. Le 29 juillet,
deux jours avant les élections géni-rales, un mécanicien, nom-
mé Joseph Henry, tira un coup de pistolet sur le roi, au mo-
raenl où ce prince, place"; sur le balcon des Tuileries, se dis-
posait à entendre le concert qui avait lieu pour l'anniver-
saire de la révolution. Quoique dénué d'importance réelle,
ce nouvel attentat eierça sur les dispositions des électeurs
une infloence marquée, et la majorité ministérielle s'accrut
dans une proportion notable. Ce succès inespéré devança de
peu de jours une intéressante nouvelle : celle du double
mariage de la reine d'Espagne avec son cousin Lonia-Fran-
çois d'Assise, dnc de Cadix, fils de rinfbnt don François de
Panle, el de sa sœnr, Vinfanle toisa-Femanda, avec le doc
de Monipensier.
Presque exctosivenent préoccupée des avantages matériels
de ce dernier mariage (1), la France ne parut pas d'abord
en comprendre toute rimporlance poUdqne. Cette impor^
tance lui (bl révélée par les injures de la presse anglaise, et
par tes protestations réitérées de lord Palmerston, qui reprit
en l'apprenant tous ses sentiments d'hostilité contre Louis-
Philippe. Les reproches d'ambilion, de duplicité el de per-
fidie ne lui furent pas épargnés, el ce grand événement
alimenta sans interruption pendant plusieurs mois toutes les
(i) L^ofant* appofflaii 3* nûUioni, 769,470 wéâim ▼•lion , provautat
de la succcsaioti paternelle, pins 3 nillioni de rcao» en rente anMidlo
décrétée par le« Cortèi.
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LOuis-PBaim d'obl^hs. 317
sources de l'opinfoo poUique dans les deai royaumes. Le
ParleinenI brilanniqQe et les Chambres françaises releolireni
leur à tour des incriminalions passionnées de lord PaUliers»
loti, el des subtiles apologies de M. Guizol. Un exposé som-
maire mais fidèle des circonslances qui précédcrcnl celle
conclusion mémorable, permellra d'apprécier lu valeur des
accusalions poriées conlre la conduile de Louis-Philippe par
le cabinet anglais.
Pressé depuis quel(iuus années par la régenle Marie-Chris-
line , d'unir ses deux derniers fils aux filles de celle princesse,
Loais-Philippe avoil toujours repoussé Tidée de marier le duc
d*Âumale avec In reine Isabelle, et ne s'était arrélé au projet
de donner le duc de Monipensier pour époux à Tinfanle,
qu'avec la probabilité qae celte princesse n'hérilerail jamais
de la coaronne d*£spagne. Le roi désirait ardemment cette
union à cause de Téclat que, par sa fortune et sa position,
rinfonte Luisa devait répandre sur sa dynastie naissante; mais
rintérét même de son ambition le portait & fuir, dans Tai-
Uance proposée pour le duc d'Aumale, le motif assuré d'une
collision européenne. Louis-Philippe manifestait en même
temps cet avis que le mari de la jeune reine devait être choisi
parmi les descendants de Philippe Y, dans la ligne masculine.
Il excluait ainsi le prince Léopold de Saxe-Gobourg, neveu
du roi des Belges, objet des préférences secrètes du gouver««
nement anglais. Ces idées parurent raisonnables h lord A-
berdeen, alors minisire des aiïaires étrangères, qui, dans one
conférence qu'il eul au châleau d'Eu, en 1845, avec le roi
des Français, n'imposa à leur accomplissemenl qu'une con—
dilion : celle du mariage el de la grossesse préalables de la
reine Isabelle. Elles furent goûtées surtout par Marie-Chris-
tine, qui se prononça vivement, ainsi que sa liilc, en faveur du
comte de Trapani, frère du roi de Napics el oncle d'Isabelle.
Mais ces projets reoconlrérenl un dangereux advenaire dans
318 LOUlS-raiLIPPB D^OBLiAHS.
M. Bulwer, ambassadenr anglais à Madrid, parlisan passioimô
(lu prince de Cobourg. M. fiulwer, cédant ù des instigations
dont la source est demeurée secrète (1), obtint de Marie-
Christine, à force d'inlrigues, une lettre par laquelle celle
princesse demandait au duc do Cobourg la main de son cousin
pour la reine Isabelle , et lord Palmerston ayant succédé à
lord Aberdecn au foreign-oflice, cette candidature fut ou-
vertement posée par le cabinet anglais. Toutes les instances
Goolraires de la diplomatie française ne purent faire fléchir
sa délermioalion. Eo même temps, lord Palmerston fil as-
Nrer, dît-on, du conooars de son goofemement, le parti
proffvisiKa espagnol (2), parti de tout lempa antipathique à
rinflaence française. Cette conduite, directement contraire à
la polilique de Marie-Ghrtotine, modifia complètement ses
premières rèsolotions, et la prétendance du prince de Co-
bourg fàt écartée sans retour par elle et par la jeune reine.
Louis-Philippe, de son côté, se regarda comme dégagé delà
double condition que lord Aberdeen avaitatlachée au mariage
de rinfante avec le duo de Uonlpensier. U estima que la
France n'était nullement condamnée par le traité d*Ulrecht è
frustrer un prince français d'un élabtistonent aTantageux à sa
dynastie, et fit .agir auprès de Marie-Christine dans le sens
d'nnc conclosion prochaioe. Le candidat personnellement
préféré par Isabelle (3), le comte de Trapani, fut sacrifié aox
répabions de i'Augielerre, el le duc de Cadii, auquel on
(i) Daiiï uiif lettre écrite à M. Guizot, le ti septembre 1846, lont
Aberdeen nie en termes formels avoir euroiiraf;é M. Biihver à ccllo dé-
marche Joui il avait pris soin d'avertir an contraire le gouvcrocmeiil
françaU.
(a) Lttife du roi de» FrançaU au roi dm Belges, aS juillet >S4S>
(3) QtiUro 1V<vflRf, il veux Tn^md, rip^tait-dle «ans eesae à ms nU
«Ulfee (Lettfc de Leaî»'Pliili|ipe à la reine de* 10110», 14 scpteoibre
>
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LOUIS-PHILIPPE d'ORLBAHS. 3i9
prit soio d*accoalamer pea è pensa jeane cousine (1), ftat dé-
flnilivement agréé. L'union de ce prince avec la reine parut à
Loois-Pliilippe» selon qudques informations plus ou moins
rigoureuses, offrir des diances probables de fécondité (2), et
il fut résolu entre le roi des Français et la Cour de Madrid
que les deui mariages auraient lieu rimnltanément. Cette
précipîlatioo, tant reprochée ft Louis-Philippe, parait suiB-
sammenl justifiée, soil par la conduite versatile du cabinet
anglais, soit par la crainte plausible que le refus d'unir ins-
lanlanément le duc île Monlpensier k l'infante, ne fit échouer
le projet d'union de la reine avec son cousin , et n'entraînât
Marie-Clirisline dans toute autre combinaison matrimoniale
contraire ù la politique française.
Toutefois, il paraît difficile, au point de vue français,
d'affranchir d'un sentiment de personnalité coupable la con-
duite de Louis-Philippe en celte occasion. L'intérêt dynastique
peat seul expliquer , à mon avis , l'esprit de résolution re—
man|uable avec lequel il affronta les chances d'une guerre
européenne par la rupture de cette entente cordiale qui avait
résisté jusqu*alors à tous les procédés hostiles du gouverne»
ment anglais. En présence des mécontentements inévitables
de notre ombrageuse et puissante alliée, la question du main-
lien de rinfluence française en Espagne ne Tenait, en effet,
que dans un ordre secondaire. Il est vraisemblable, d'ailleurs,
que ta répugnance de TAnglelerre pour le comte de TrapanI
eût cédé devant une appréhension sérieuse du mariage de
Tinfanle avec le duc de Uontpensier. Quant au prince Léo-
pold de Sazc-€obourg, en admettant que son aflinilé avec le
mari de la reine Yicloria dût alarmer le cabinet français sur
le sort de cette influence, le cabinet ne pouvait perdre de vue
(0 LcUre particnlirie de M. liiesson à M. Giiizot, i3 juillet iHQ.
(a) Lettre de Louis-Philippe à la reine de» Belges.
3S0 LOVis-miLim o*ôii.tfAii«.
que œ prince était auni le propre De?ea da gendre de Louîs-
Philippe : circonslanoe propre à allénuer lescoosèqaeoces de
son union avec la fille aînée de Ferdinand Vil, si cette union,
ce qui esl fort douleux , fiil devenue une irrémissible néces-
sité. Poliliqueracnl parlant, le mariage du duc de Monlpen-
sier, ce prétendu chef-d'œuvre d'habileté diplomatique, était
un événement nul ou dangereux pour la France. Nul , si la
reine Isabelle avait des héritiers ; dangereux , si , par la slé-
rililé de son hymen avec François d'Assise , la duchesse de
Monlpensier ou ses enfants étaient appelés quelque jour à lui
succéder sur le trône d Ëspagne.
Quoi qu'il en soit, Louis-Philippe ne tint* cette fois, aucun
compte des protestations ni des menaces du ministère an-
glais, et repoussa hautement Fineonvenanle proposition qol
lui fut faite d'une renonciation évenlnelle de l'infante et de
' ton mari à leurs droits au Ir6ne : renonciation absnrde d'ail-
leurs, car le droit incontestable des descendants de Philippe V
ne pouvait périr parleur alliance à une famille qui avait ab-
diqué les siens (1). Le roi se borna à prescrire an prince de
loinville, qui commandait alors une escadre dans la Méditer-
ranée, d^obierver la plus grande circonspecMon et d'éviter
toute démonstration et même toute allure capabte d'offiisqner
le gouvernement britannique (s). Les deux mariages fhrent
célébrés à Madrid le 10 octobre 1846. M. Bulwer n^asslsta
point è cette cérémonie , et lord Normanby , ambassadeur
anglais à Paris, ne prit aucune part aux fêles qui eurent lieu
à Sl-Cloud, lors de l'arrivée des nouveaux époux. L'entente
cordiale ne put se remettre de cette prétendue violation des
engagements pris par Louis-Philippe. La reine Victoria, par-
ticulièrement , en témoigna un courroux très-vif , et lord
(i) Mémorandum de M. Gui/ot, du ti OCt. iS4e»
Lellre du ii Mpt. 1846.
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JLdou-PBiLm d'oiléaiis. 321
Aberdeeo, malgré ton dévouement penoonel pour le roi des
Fraoçaii, écrivit à M. Guiiot qali n'aperoevaiC dans la
dnile de l'Angleterre aucun mon/ plausible (1) an ehange-
menlqoi availea lien. Le cabinet anglais pamt dès-lors encou-
rager ostensiblemeot lesprétenlions da comte de Monlcmolin
qni, par l'abdicalion de don Carlos, son père (mai 1844 ) , se
regardait comme légilimcmenl appelé à recueillir l'hérilage
de Ferdinand VII. Ce prince avait ("ni sur le sol hospitalier
de la Grande-lirelagne la captivité où le retenait le gouver-
nement de Louis-Philippe. M. Bulwer, de son côté, ne cessa
de combattre par ses intrigues les efforts du ministère français
pour acquérir de l'influence sur les affaires de la Péninsule, et
son action ne fut que trop secondée par les actes scandaleux
de mésintelligence qui éclatèrent bientôt au sein du ménage
royal. Cet état de choses subsista jusqu'au retour à Madrid
(oct. 1847) du général Narvacz, ambassadeur près la cour de
France, ministre entièrement dévoué h la politique de Louis-
Philippe et de Harie-Cbrisline. Ce général, aidé de la reine-
mère , réussit é rapprocher les deux époux , et à conquérir
dans le gonvemement de l*£lat un ascendant qu'il devait
conserver mémo après la chéle de Louis-Philippe. Enfin ,
lorsqn'eut lien cette grande 'catastrophe , les inimitiés des
deux gouvernements, graduellement envenimées par les dé*
clamations de la prene , semblaient prêtes & se traduire en
iwatililés ouvertes. On se mesurait d*un regard menaçant, on
se traitait avec aigreur sur tous les points du globe ob l'on
se rencontrait (s), et de vastes armements témoignaient com-
bien était aérieuse et profonde , de l'un et de l'autre côté du
détroit, l'irrilatlon des esprits. Dans une lettre adressée ft sir
John Burgoyne , le duc de Wellington, ce premier prolecteur
(f) Ifo adtqitoÊ» frmauU (Lettre du 14 teptenbre 1846).
(a) Dei Bapporu ét te fWnet et 4e féii^eierreâ laflm àe tS47» per
H. Michel Chevalier.
ai
322 LOUIS-PHILIPPE O'OBU&ANS.
européen de la monarchie de 1830, conjorait hantemenl lei
compalriotes de le préparer à combattre lei projets de débar-
qoement et d'inyarion qu'il «opposait à la France, et, dans an
autre document, inséré an Tiam , Lord EUesmere enchéris-
sait encore sur les appréhensions patriotiques du vieux guer-
rier.
La rupture de l'entente cordiale eut des fruits amers pour
la république de Gracovie, dont Tindépendance avait été so-
lennellement reconnue par le congrès de 1815. Les puissances
du Nord, prenant pour prétexte l'insurrection qui venait d'é-
clater au sein de CCI Elat, se hiUèrcnt d'incorporer son terri-
toire ii Tempire autrichien, bien sûres que l'isoleraenl actuel
de la Franct' ne lui permettrait point de punir cette violation
scandaleuse des Irailùs. Le ministère du 29 octobre proposa
vainement , en effet, au cabinet anglais de s'unir à lui pour
protester : Lord Palmerslon refusa d'apposer sp signature au
bas de l'acte dressé par M. Guizot, et protesta par un acte sé-
paré. Ce refus n'empêcha pas le ministère français de prêter son
concours à l'Angleterre poursoulenir la reine de Portugal, dona
Maria, contre une insurrection formidable, provoquée par des
actes bien autrement arbitraires que ceux qui avaient amené
la chute de Charles X: inconséquence d'autant moins excu-
sable, que l'Angleterre seule avait un intérêt direct au main-
tien du régime établi dans cette partie de la Péninsule. Mais
la nouvelle politique du gouvernement français eut un ré-
sultat plus fâcheux encore dans la longanimité forcée avec
laquelle il supporta Tirruption des troupes autrichiennes an
sein des Etats romains, lorsque les idées d'émancipation pro-
clamées du haut de la chaire pontificale par ruiustre suo-
fesseur de Grégoire XVI , s'y réalisèrent sons la forme d'une
Insurrection. Il ne lUlut rien moins que les rédamalions me-
naçantes de i'Anglelerre et l'énergique opposition du nou-
veau pontife pour mettre un terme à cette dangereuse inler- .
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uMn^-poium i>*oBiÉAiis. 333
▼ention. La politique fiëre et nationale de Casimir Férier avait
honleusemeril llôclii devant un intérêt dynastique, et l'inac-
lion de M. Guizol répondait à celle que M. de Melternich
avait gardée en présence des mariages espagnols.
Dans cet étal d'impuissance et d'isolement, ce fut une nou-
velle d'un haut intérêt pour la France et pour l'Europe en-
tière que celle de l'union du comte de Chambord avec la
princesse Marie-Thérèse de Modèoe , nièce de l'impératrice
d'Autriche* Louis-Philippe, personnellement, en conçut ao
dépit trè»HiMUiqaé. Cet événement, préparé daus le plus pro-
foad mystère , rainait le laborieux échafaudage coostniit de
kwgae main par le chef de la maisoa d'Orléans ponr voner
à un oèlibat perpèmet, s'il était possible, rhéritier légitime dn
iiùne de CSharles X. Le mariage dn comte de. Chambord fat
eélébré à Brack, le 16 novembre 1846 , en présence des au-
gustes débris de la Iluniile royale , dont l'exil brilla tonl-à-
conp d*an de ces rayons d'allégreise pnre qoi ne visitent pins
guère les palais des rois. .
Lorsque Lonis-Philippe oavrit, le 11 janrier 18(7, la der-
nière session législative qu'il devait conduire à son terme, la
puissance intérieure de son gouvernement, affermie par les
épreuves même qu'il avait traversées, offrait toutes les appa-
rences de la force et de la dorée. Une majorité compacte et
dévouée dans les deux Chambrés était acquise à son système
d'administration. Les partis , usés par sa patience, ou décou-
ragés par son incontestable dextérité, semblaient réduits à
Tiropuissance. L'arislocralie nobiliaire , appauvrie par quel-
ques défections nolables , ou neutralisée par la préoccupa-
tion de ses intérOls iniilériels, avait cessé toute ho^lililé active
contre la monarchie de 1830. L'esprit politique du clergé s'é-
tait insensiblement modifié par suite du recrutement succès-
<if de ee corps, et la religion elle-même, subissant l'influence
824 LOUIS-PHILIPPE D'oaLÉAHS.
de la dynastie oooveUe • était defeone un imtruuMiu dt
régne. Quelques évèqnes indApendants poursuiraieut, il est
vrai , avec une vive persistaoce , cette liberlé d'enseigne-
ment qui n était ni dans la pensée, ni dans la politique étroite
du chef de l'Etat. Hais cette opposition , qu'il savait iiabile-
ment endormir ou calmer par quelques concessions de détail ,
n'était pas de celles qui renversent les trônes , e(, par la réor-
ganisation prochaine du Chapitre d^Saint-Denis, la Cour se
préparait un point d'appui solide et puissant contre les at-
taques de Tépiscopal. Rien, d'ailleurs , dans les idées vollai-
rieniies de Louis-IMiilippo , n'eût éveillé de scrupule à une
lutte ouverte conlrc le pouvoir ecclésiastique ; et lorsque, dans
une suprême entrevue, h la menace impétueuse de briser sa
niîlre ôpiscopale , le digne successeur de M. de Quélen répli-
quait par roppréhension menaçante du renversement du
trône (1), il employait le seul argument propre à fléchir une
indomptable volonté. Le zèle des fonctionnaires publics, sti-
mulé par Tindéfectible appui du gouvernement et par des
avantages matériels peu conformes à l'élévation progressive
des charges de l'Etal (2), ne reculait devant aucun obstacle ,
et servait sans scrupule toutes les conséquences d'un système
(1) Annota de phitoiophief pu H. Bonnely, 1848.
(2) T,c seul builgel de la guerre, de i838 à 1847, présentait un excé-
dant de luftS millions, inndis que cet excédant n'avait été, pour l'An-
gleterre, durant le même laps de temps, que de 436 millions. L'clévatioo
profrartÎMiiene dct dépenses mariliiiMt était plus exorbit«Dle cocon.
M. Portai , ministfo de la nanm loas Looii XTIII, resardait la loauM
de 65 nûllioi» oonine le budget nomal de ce défartenent • et dédaia
trois ans de aeile à la tribirae, qv'aTee cette «oimm il «e dwrgeait de
créer, dans im espace de dix années, une flotte de 40 vaisseaux de ligne,
5o frégates, avcr un nomhrc proportionné de bâtiments inférieurs, de
maintenir la r< serve des arsenaux au niveau des exigences, et de porlfr au
plus baul degré de porfecliou nos divers établissements maritimes. Plusieurs
hommes d'État qui ont vu le porle-feuillc de la marine oui présen*^ des
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prt^l l(3Ul avouer, hormis l'insuccès. A Icules les forces de
son gouvernement, Louis-Philippe ajoutait les ressources per-
sonnelles d'un esprit actif, laborieux, plein de finesse et d'ex-
périence, assidu à tous les intérêts de sa politique, ;'i tous les
devoirs de la royaul<^. Lne coniplexion robuste , enlrelenue
par sa tempérance et l'exlr^'me régularité de ses mœurs , pro-
mettait ù Tambitieux imitateur de Guillaume d'Orange les
jours nécessaires pour asseoir le système qu'il avait fondé , et
dool ses fils deviendraient d'intelligents conlinoalears , après
en avoir été les brillants auxiliaires. Affaiblie par une répres-
sion constante et sévère, la liberté de la presse, ce dissolvant
presque irrésistible des sociétés modernes, avait usé dans ses
propres excès une partie de8apaissaDce,et la torbalence fa-
mélique des plus dangereux libellistes s'était tne devant les
séductions du pouvoir. La masse de la nation, liée à Texistence
do gouvernement par tous ses Intéréls matériels , semblait
soustraite à jamais i la sphère des influences révolutionnaires.
Une armée nombreuse et bien entretenue* offrait l'image de
la fidélité sous Taspecl de la discipline. Paris fortifié, Paris
défendu dans son enceinte intérieure par mille savantes com-
binaisons stratégiques, défiait en apparence le génie de la s6*
dition : or , dans le système de centralisation que noua avait
légué Tabsoltttisme impérial , Paris, c*était la France elle-
même. Les transactions industrielles et commerciales, frap-
pro^rMUMs aiuiogiws. Eo tS40, ce Imdgel n'a pas éié noiodre de 1 34
millions.
Au mois lie fi vrier 1848, lo dégreviiiiciil ilc lu propriété foncière en
France dcpiii.<> la paix tic iS(4, n'e&céJail pas i 5o miilions, dool 9»
étaient l'œuvre de la Restauration. Le même gouvernement avait réduit,
en outra, de i9 nillieiu la charge réanltant des rente* proprameat dites.
De iSiS à 1S4S, lei réduetiem opérées par l'Angleterra dans lea chargea
pnbliqttas, « font élevées luen au-delà d'un miUhrd. (fia Rapports de
fa IWnm et ^ râ^fhttnt, par M. Midiel Chevalier).
826 Lovn-nifLim v*obiéaiis.
pt';cs de langueur par la rôvolulioii de 1830 , s i-laienl insen-
siblement ranimées au souflle puissant de Id confiance publi-
que, el une prospérité irrécusable recommençai l à vivifier le
soi raffermi (1). Par rinsUlalioD des caisses d'épargne et l'im-
portation des salles d'asile , par les développements donnés à
rinslructioD primaire el la conqnéle aarorëe de la liberté do
travail, le gouvernemeDi avait fait preave d*ane sage sollici-
tude pour les ÎDléréts popolaires. Les encouragements litté-
raires étaient généralement distribués dans une judicieuse
mesure, et M. Guisot avait jugé le gouvernement asaei fort
pour rétablir cette Académie des sciences morales et politi-
ques dont TEmpire et la Restauration a?aient craint de braver
les abstractions démocratiques. De nobles monuments s'éle-
vaient ou s'embellissaient sous Timpuision fastueuse du chef
de TElat , et toutes les grandes dtés de France , à Texemple
de la capitale, attestaient par l'agrandissement et la décora-
tion de leurs fbyers l'augmentatioD de la richesse publique et
privée. L'ordre matériel s'affermissait sous une législation gé-
néraleraent obéie. A défaut de cette considération publique
qui ne pouvait s^adresser qu'à une administration pure el dé-
sintéressée, à d'irréprochables anlécédenLs, les dépositaires
du pouvoir avaiiMit conquis une influence salutaire sur les po-
pulations. Sans entraînement , sans sympathie personnelle,
Louis-Philippe s'était fait accepter en France el à Télranger,
el l'habileté du gouvernement de 1830 avait l>eureusemenl
effacé les traces malérielles du grand calaclysmc dont il était
issu.
Mais cette position, en apparence inexpugnable, ne repo-
sait en réalité sur aucun fondement sérieux. Egalement dé-
(0 Dt iSSSà iS4«»«t*«t4-diiedwaoltiDe période de »ept ans, le oeabre
des eotes fonctène t'étail wen, dani des praportimM vaiMbles, de S i et
pear c«at : réniluit qui iapliqne ane iiiva«ieo aoteble du prolfiariet dm It
propriété inuBobtlière.
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«
LOCIS-PUILIPPE D ORLEANS.
nuée du principe imposant d'une consécration nalionale, et du
priDcipe luUlaire de la légitimité qui aurait pu ralfermir le
•ol 80Q8 les pas lumultoeux de la démocratie , la monarchie
citoyenne n'avait pas d*exislenee qni loi fût propre. Elle éiaii
condamnée par son origine à se mouvoir, sous peine *Ae mort,
dans le cercle étroit où la contenait, depuis dix-sept ans« nn
régime d'expédients et d'artifices. Son inaction forcée la per-
dit* Quand la France M lasse de ce système corrupteur et
stérile, le fragile édifice de juillet s^écroula rapidement , et
Louis-Philippe tomba victime non de sa mauvaise volonté ,
mais de son impuissance. La situation fiit plus forte que
rbomme auquel elle était imposée. La France de 1830 ne
pouvait échapper à l^anarchie que par l'abaissement et la oor^
mption.
Le ministère du 29 octobre, mutilé par la mort de M. Mar-
tin du Nord , et par la retraite de MM. Moline de Sl-Yon,
de Mackau et Locavc-Laplagne, se compléta « le 9 mai , par
l'adjonction de MM. le général Trézel , Monlebello el Jayr.
Celle combinaison, (lui sous-entendail bien des refus, ii appor-
tait aucune forre au pouvoir. La session de 1847 ne se fil giu'TC
remarquer que par la négalion de ses résultats. La désalTec—
lion publique s'acrrul rapidemenl sous riinpression de colle
incurable slérililé , el la voix de cel ancien niinislre, procla-
mant que le gouvernement était dam des mains avides et
corrompueSy pesa comme un redoutable analhéme sur un ré-
gime voué désormais au mépris par l'impuissance. L'n député
connu pour son infatigable antagonisme contre les abus de
toute espèce, M. LherbeUe dénonça avec force le régime ma-
cbiavélique cl dilapidaleur appliqué ii l'exploitation des for(:^ls
delà liste civile, el ses accusations, faiblement réfulées . con-
tribuèrent encore è aigrir les esprits. La majorité ministé-
rielle , jusque-là si compacte, commença à s'ébranler sous
l'impulsion du mécontentement public, et une fraction nom-
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398 LOUM-nnum i»*obi.éaii8.
brt'usf et puissante de membres de l'ancien centre » sous le
nom de conservateurs progressifs^ vin! fortifier graduellement
l'opposition de son concours actif ou de sa menaçante neu-
tralitt^.
Les scandales de celle dernière p(^riode de la monarchie ré-
voluUonoaire sont connus. Unacienn chef de la justice ouverte-
ment convainco de concussion, les plus hautes dignités comme
les plus modestes emplois de l'Etal avilis par un honteux tra-
fic, an duc et pair de race illustre fuyant dans le suicide le
supplice d'un lâche assassinat , It cormpCioo, Tescroquerie,
l'oubli des tradiUons les plus vulgaires de rhonueur, pratiquées
autour des représenlauls du pouvoir suprémOt et Jusques dans
le palais des rois : tel Ait le speelade qu'une contrée qui se
flattait de marcher à la téte de la civilisation moderne, ollKt à
rEurope, durant les derniers mois de 1847. Et c^est en pré-
sence de cette société en dissolution , que M. de Lamartine
essayait la réhabilitation de Bobespierre et l'apologie du
crime le plus odieui qui ait souillé les annales de la nation
française I
Les passions démocratiquesri'pondirent h ce coupable appel,
etdes banquets réformistes s'organisèrent, sous les auspices des
députés du côté gauche, h Paris, :'i Colmar, i\ Strasbourg, à
Sainl-Quentin, à Orléans, :i Lyon : rodoulables assises où le
système politique de la royaulc de 1830 fut impitoyablement
traîné sur la sellette , et dénonfè à la France entière comme
indigne de présider plus longtemps ;'i ses deslitiées.
A ces démonstrations, encouragées au dehors par la dé-
faite du Sonderbund helvétique, par les cris d'insurrection qui
commençaient à reli nlir sur tous les points de la péninsule
italique , le roi n'opposail qu'une aveugle cl inllexible persis-
tance dans le maintien de ses funestes conseillers. Il récom-
pensait, dans l'élévation de M. Guizot à la présidence du Con-
seil, riolerpréle le plus éloquent , le plus intrépide et le plus
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LOUIS-PHILIPPE D ORLÉANS. 320
ambitieux de la pensée immuable , et faisait expier au prince
de Joinviile la liberté de ses représentalioDS par un eiU en
Algérie, dont son frère, le duc d'Aumale, venait d'être nommé
gouverneur-général. Chacun pliait devant cet abaolotisme
sénile* qui se complaisait dans roslenlalion de sa propre puis-
sance (t). Le dernier joar de celte auDée d'agitation et de
scandale pri?a Loni»-Pliilippe dans sa sœnr et l'inséparable
compagne de presque tonte sa fie, la princesse Adélaïde,
âgée de 70 ans, dn senl être ({ni , par son dévouement, son
expérience et la mâle sagesse de ses conseils , eAt conservé
qodqu'ascendant sur son esprit. Ce fut le sceau de sa fotalité.
LooiS'PbUippe ouvrit la Mssion législative par un dis-
cours oA il crut devoir répondre h la préoccapalion publique
en signalant Tagitation fomentée par du pmUm oicêugln
ou ennmin. Ces paroles , qui ne rappelaient que trop Tin-
discrète provocation reprochée à Charles X, dans des (Ar-
constances analogues, furent le signe d'une tempête vîb-
lenle à la Cliainbre des députés. Mais les elTorls de la mi-
norité ne purent écarter de l'Adresse une phrase correspon-
dante à la llètrissure descendue du trône, et le minislt're,
encouragé par cet imprudent succès, déclara l'inlerilion de
déférer dorénavant aux tribunaux tout banquet ou réunion
politique. C'était, comme on le dit alors, « mettre In main
de la police sur la bouche de la France. » L'opposition ré-
sista, et cent députés appartenant à ses diverses nuances,
décidèrent qu'une manifestation solennelle en faveur du droit
de réunion et de la réforme, aurait lieu à Paris le fk-
Trier, sous la protection de la garde nationale et des jeunes
gens des écoles. Cet appel menaçant provoqua une défense
formelle du préfet de police, M. G. Delesserl, magistrat
justement considéré , mau dont la voit était impuissante à
(() Lettre du prime de MoTille an doc de Nenran, 7 nov. 1S47.
330 LOOis-PHiLippE d'orléans.
calmer la fermentation des esprits. Toutefois , la résistance
du gouvernement , reproduite à la tribune par le ministre
de rintérieur , ébranla les dispositions du parti réformiste.
A l'emploi de la force ooverte , il résolut de subsUlaer Gelai
des voies parlementaires, et M. Barrot, régulateur suprême
de ces manifestations démocraliqoes, déposa, lè 22 février,
sur le bureau de la Chambre , une propoailioa de mise en ,
accuflation du ministère.
Cependant, en présence d'une collision plus on moins Im-
minente, les che6 du gouyemement ne demeuraient pas
inaetib. Un grand mouvement de troupes s*opérBil autour
de Paris : vingt-sept mille hommes étaient casemés dans
rencelnle de la ville, quarante mille attendaient à ses portes ;
des forces imposantes occupaient Yincennes et le Monl^Ta^
lérien, et tous les corps-de-garde de l'intérieur étaient for-
tifiés et crénelés. De nombreux piquets d^infiraterle et de ca-
valerie défendaient les abords de la Chambre des députés.
Le 29 février, une forte colonne d'étudiants et d'hommes
du peuple, partie de la place du Panthéon, sillonne les rues
qui aboulissenl au Pont-Neuf et pénètre sur la place de la
Concorde, lieu fixé originairement pour le rendez-vous des
réformistes. La force armée respecte leur passage, et les
dragons les dispersent sans les maltraiter. Mais le peuple,
exaspéré par les charges réitérées des gardes municipaux,
attaque et désarme leurs postes, et forme, sans les défendre,
des relraïuhcments sur divers points de la capitale. Le len-
demain, l'émeute prend des proportions plus menaçantes.
De vils engagements éclatent dans le quartier du Temple,
sous la protection de redoutables barricades. Vers onze heures,
le gouvernement se décide à regret à convoquer la garde
nationale. Mais la première apparition de ce corps, depuis
si longtemps hostile à la politique de Louis-Philippe, mo-
difie le cours des événements ; les légions s'assemblent aux
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LOUIS-PHILIPPE D ORLÉANS. 331
cris de : vive la réforme ! et leur inlerTention paciûque dé-
termine bientôt l'inaction des troupes, qui afflaont sur tous
les poiDis de la capittle. A la porte Saiot-Deois, sur les
places des Petils-Pftres, des Ykloires, da Panthéon, la mi-
lioe citoyenne s'interpose entre les militaires et les insurgés,
que protège le pavillon trompeur de la réforme» et partout
les militaires battent en retraite. La résistance se concentre
presque eiclusîTement dans la garde municipale, corps In-
trépide, dévoué, mais numériquement faible. L'insurrection
triomphe. A la suite d'une conférence trés-agitée , le mi-
nistère donne sa démission en masse, et H. Holéest mandé
aux Tttileries. Mais c'est en vain qu'il cberche ft bire com-
prendre à Louis-Philippe la gravité de la situation. La sé-
curité de ravcugic monarque, secrètement entretenue par
M. Guizol, résiste encore aux avis les plos menaçants, aux
exhorlalions les plus pressanles. Les alarmes des princesses
de la famille royale sont Irailées de (erreurs ridicules, dont
on ne lardera pas à rougir , et les instances m(^me de la
duchesse d'Orléans, qui conjure avec larmes le roi de mé-
nager le trône do son petit-fils, n'ont rien pu obtenir au-
delà d'un changement de cabinet. N'a-t-il pas dit, la veille
à un ambassadeur, dans un acc^s de belle humeur sur l'a-
vorlemenl de la réforme, qu'il élait à califourchon sur son
gouvernementl M. Molé se retire sans avoir obtenu aucune
concession. Cependant le bruil de la retraite du minis(èr(>
éclate au dehors; Paris entier se livre à la joie, et tout annon-
çait on dénouement pacifique à celte grande crise, lorsque,
dans la soirée, une décharge meurtrière, partie du bataillon
de la ligne qui garde l'hôtel des affaires étrangères, et pro-
voquée par je ne sais quelle mystérieuse et criminelle agres-
sion, rallume partout le feu de rinsurrection. On court aux
armes, les barricades se relèvent, le tocsin sonne, et son glas
ugubre remplit d'effroi les pâles hôtes des Tuileries. A une
332
LOuis-nnuFPB d'oruUi».
nnit d'aogoissef ra snccéder on jour plus formidable encore,
le dernier jour de la mooarcliie I
Lonia-Philippe atait signé, à minait, l'a?ènemen( minia-
tériel de H. Thiere et la nomination da roaiédial Bageaod
au oommandemeot général dea tronpea. Il s'était endormi
plein de confiance dans le soccès de ces disposilicns, qui se
lempéraienl l'une par l'autre. Quel réveil ! la cilé entière
est sous les armes ; rinsurreclion, encouragée sur tous les
points par des défections ou des victoires, se propage dans
d'effrayantes proportions; les Tuileries sont cernées, et, de-
vant l'insulTisance trop certaine des dernières concessions
royales, on commence à murmurer autour du roi les mots
d'abdication et de départ. Les dispositions les plus conlradic-
loires se croisent dans un inexprimable désordre. Comme
Marie-Anloinelle, aux mêmes lieux, à un demi-siècle de dis-
tance, Marie-Amélie exhorte l'inrorluné monarque à mourir
à la téle de ses troupes. Louis-Piiilippe, indécia, monte à
cheval, passe sur la place du Carrousel une revue où les
cria de vive la rifortM ! se mêlent à ceux de vive U roi t
reçoit M. Tliien, qui détmil sea demlèrea eapéraneea, et
alidtque enfin en favenr du comte de Paris, an brnit de la
ftiailladeqai feit frémir les Titrea de son palais. Bestait à
fuir. Les troupes se replient, les voitures de départ s'avan-
cent, Louia-Philippe dépouille lentement les insignes du rang
suprême, pendant que son altiére compagne reproche à
H. Thiers, avec un foudroyant éclat, ringratitude et Taven-
glemeot de son opposition. Par on suprême et vain élan
de cette volonté si longtemps souveraine, le monarque fil*
gilif recommande solennellement h tout son entourage la
régence du duc de Nemours (1) ; puis il prend le hras
de Marie-Amélie, et traverse avec elle le jardin des Tuileries
(i) But. ctet Troh Jownte» de Février, par Eug. Peileuo, p. 9**
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Loms-pmupPB u'oBiiAiffl. 333
el la place de la Concorde , onblianl , dans le désordre de
lear relraile , la Jeune dochesse de MoDlpeosier, qu'on re-
cueille plni tard errante , éperdoe. Arri? és , non wna obs-
tacle , an Pont-tonmant , tons deu montent à la bâte dans
«ne modeste foltnre de place, attelée d'on sent cheval ; les
insurgés avaient dispersé lenn équipages à oonps de ftoill
La dochesse de Nemoors les soit dans une seconde voi-
tore : un escadron de dragons prolége lear fuite. A la hau-
teur des Champs-Elysées, le cortège royal essuyé une vive
Tusillade, dernier adieu du peuple de Paris, qui, par une
sévère dispensation de la Providence, reprenait violemment
au prince fugitif le pouvoir qu'il avait usurpé moins de dix-
huit ans auparavant !
A son arrivée à Saint -Cloud, le roi s'aperçut pour la
première fois qu'il était parti dans un état complet de dé-
nûment. Il fallut que les ofliciers de son escorte se cotisas-
sent pour favoriser la fuite de celui qui occupait quelques
instants avant le plus beau trône de Tunivers. €e fut à
Dreux, dans la nuit du 2V , quMl apprit avec consterna-
tion, de la bouche du duc de Montpensier, le mauvais suc-
cès des efforts tentés à la Chambre des députés, pour la
reconnaissance des droits de son petit^ls. Louis-Philippe
n'avait vu dans rinsurrection de Paris qu*un orage passa-
ger, qu'il s*était Oatté de dissiper par une retraite mo-
mentanée. Tonte illusion devenait désormais impossible. Les
augustes prosrits arrivèrent le 27 à Trouville, où les soins
du docteur Biard et de H. de Pertuis, aide-de-camp du
roi» leur procurèrent les moyens de passer en Angleterre.
Hais une misérable concurrence entre deux patrons de bar-
que faillit devenir fatale è leur sûreté. Il fallut éviter, par
an prompt départ pour Honfleur, les investigations de la
police. EnQn, après trois jours d^lncertitudes et d'alarmes,
les débris de la famille royale se réunirent le 2 mars devant
334
LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS.
le Hâvre, à bord de VExpress^ paquebot anglais destiné ù
embarquer ceux des sujets de la reioe Victoria qui fui-
raient le sol agité de la France. Le successeur de Charles X
•▼ait arboré la livrée du plus modeste fugitif. Américain par
le nom et par l'accent, ii portail des lunettes vertes, et sa
flgnre, dépouillée des favoris épais qui l'ombrageaient, était
à moitié recouverte d*un cache-nei. La traversée l^t pénible,
mais couronnée le 8 par un heureux débarquement ft New-
Haven, d'o& le couple royal se rendit au cbélean de Clare-
mont, propriété particulière du roi des Belges. Là, se retrou-
vèrent snccessivement les membres de la famille déchue, ek-
ceplé la duchesse d'Orléans, qui.se relira avec' ses enfants
dans les Étais de MecUemboorg.
Ici doit se terminer celle incomplète esquisse d'une des
existences les plus pleines et les plus agitées que mentionne
l'histoire. Rendu à la vie privc^e par l'explosion formidable
que ses habiles efforts el son courage personnel avaient con-
tenue pendant dix-sept ans, Louis-Philippe expie aujourd'hui
dans un dernier exil les torts d'une politique à laquelle les
circonstances eurent plus de part que ses propres inspira-
tions. La condamnation la plus éclatante de son règne sera
sans doute d'avoir rendu possible en France le retour de ce
régime républicain, que tant de fhnestes souvenirs, tant de
sinistres Images semblaient devoir écarter è jamais de notre
sol. Hais l'histoire et la logique absoudront difficilement les
réformateurs de iShS d'avoir opposé à une situation vicieuse
le remède extrême d'une révolution, et proscrit le principe
même de l'institotion monarchique, en vue de l'adroinbtra^
tion impopulaire qu'il avait enfantée. Car, les révolutions,
qui corrigent certains abus, rendent rarement aux peuples les
biens dont elles les privent, el, comme Ta écrit notre plus
iilostre publiciste , à la lueur de soixante ans d'une expé-
LOmS-PBlLlF» D'oUUiAl». 335
rience chèrement acqabe, « la société ne 8*élablit point en
changeant à chaque instant de maîtres, de formes, de prin-
cipes et de malheurs {i)* •
Ainsi qu'il arrive aux hommes d'Étal de tous les sit'^cles,
Louis-Philippe d'Orléans a été tour h lour loué avec excès,
et dénigré sans mesure. Tandis que les uns ont marqué sa
place parmi les dominateurs les plus renommés des nations,
d'autres, lui déniant jusqu'à rintelllgeoce politique, ont af-
fecté de ne voir en lui qu'un instrument elpresqu'une erreur
de la fortune» nn ambitieux vulgaire et sans portée. D'égales
contradictions ont déSgoré le caractère personnel de ce
prince» et la postérité aura peine k discerner ses vérita-
bles traits an milien des hommages entrés et des injustes
accnsations qa*il a snocessivement inspirés. Cest dans les
actes mêmes el dans les écrits de Loais^ilippe, c'est dans
l^eqsemble de sa carrière politique qu'il convient de chercher
ses vrais sentfanents et la portée réelle de son esprit.
Tonl homme recoltcommnnément,desonorigineondeson
éducation, le germe d* nn ordre de conduite auquel il ne se mon-
tre jamafo complètemnnt infidèle durant le cours de sa vie. Au-
cune destinée peut-élre ne vérifie mieux l'exactitude de cette
observation que celle dont |e viens d'esquisser les principaux
événements. Né avec nn fonds incontestable de droiture et
d'humanité, le duc de Charlres eut à lutter, dès ses premières
annôs, contre la disgr.lci; d'un nom odieux h la Cour el plus
tard, ù l'émigration. Ce rôle équivoque dut enfanter chez lui
avec riiabitude d'une étroite circonspection, celle souplesse
d'espril, ou, pour mieux dire, celle alléralion prématurée
du sens moral, qui jetèrent longtemps dans d'étranges con-
[t) Delà PrV9iltlmrdéih9Mbamd$immit€UuitU$X,jfwM. deClM-
tenubriwid.
336 LODis-PiiiLippE d'orléans.
tradiclions cette âme avide d'action et de bruit. Tour à toar
exalté révolutionnaire et fanatique émigré, d'une baine tb-
mlae de la royaaié passant à un culte presque superstitieux
pour les traditions monarchiques, ici, patriote ardeDt,ià,
imploraot avec instanoe da service contre son pays, tantAt
prêt à accepter le sceptre constitutionnel des mains de Dn-
noortes, tantôt impatient de coopérer dans les bocages de
la Vendée an saint de la France royaliste, Lonîs-Pbiiippe
n'offre à notre observation, pendant la première moitié de ss
vte, que le apectade assez vulgaire d'une ambition brûlant
de se satisfaire à tout prii, et tenant peu de oomple de la
banm'ère destinée à ombrager ses succès. Tout système loi
est bon qui favorise son besoin de distinction et de renom-
mée , toute opinion est sienne qui lui promet dans la so-
ciété une place dont la mémoire de son père Ta trop long-
temps déshérité. Hais le succès manque à tous ses efforts,
et la fortune lui est rebelle sous quelque forme qu'il pour-
suive ses faveurs. Son allachemenl aux opinions révolution-
naires l'a voué à la misère et aux proscrip lions : sa con-
version aux idées monarchiques ne peul l'arracher à l inaclion
et h l'obscurité. Cependant TEmpire s'écroule, un gouv»Mne-
menl pacifique et tempéré succède au joug doré qui pe-
sait sur la France: la Reslnuralion, qui en ouvre les portes
au duc d'Orléans, agrandît la sphère de ses aspirations am-
bitieuses ; il devient insensiblement le point de mire de tous
les mécontents d*un régime qui froisse tant d'intérêts, brise
tant d'espérances. Plus habile à exploiter qu'à préparer ou
è diriger les événements, il comprend et accepte sans hési-
tation le nouveau rôle qu'ils lui tracent ; et, des sentimenls,
des souvenirs de rémigration, il ne garde plus que ce qu'il
lui faut pour endormir la prudence ombrageuse deLonisXVUI
et les susceptibilités Inquiètes des anciens compagnons de son
exil. Partout ailleurs, le duc d'Orléans n'est phis que le pa-
«
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LOins-PHiuppE d'oblsahs. 337
Iriote dè 1789, et le soldat de iemmipes. Gar« à Iraters les
adoralioDS mooaichiqiies, il pénèlre la poissaDce des idées
râvololiomiaires, et sait parfidlement que, dans les soeiélès a-
gitées, la victoire o*est poiot an parti le plus hoonéle et le
plos sage, mais an plos eoIrepranaDt. Le socoës, eette fois,
coaroDoe sa tacliqoe. Il rèossit h maioleDir, k encourager
l'opposition libérale, sans compromettre par encan écart de
eondnile, par ancone trahison matérielle, les doncenrsdesa
position secondaire ; et c'est quand Louis XYIII le croit pins
sensible aux avanlages réels du pouvoir, qu'au pouvoir
lai-méme (1), que loul se prépare pour lui faire passer
(f ) Vtappé d« direkfpeneBtt de e«tl« cmipi«ati«n du libéralinM qui, de
l*«ppoiilioii oonititatioaiMUe deB. Conitent, devut, périme peptecontime,
eboiiUr «D wrint de trente tm, «u socialisme armé de Prondhon et de Barbée.
on diinroyint miDisire de Louis XVIII entretenait un jour ee monarque de te*
appréhensions ; il exprimait la crainte que le duc d'Orléans ne prît part à ces
machinations : « Le duc d'Orléans, s'écria Louis XVIII, conspirer pour usurper
la couronne!.. Àh ! s'il s'agissait de la liste civile, je ne dis pas.., »
M. Cipefigue recoete dan son flibioipe (fe la Jteaftwirlfoe, one anecdote
amet piqoante et trè»-caracl£iûtique rar la «oUidlade que Loois-Ffailippe,
alon dM d'Oriéant, apportait i k directioa de tes iatérèlt pécnnairee. BIn
f 8a8, la coinûaiioD do budget rédanait instamment de M. de Caaz, oùoiatM
de U guerre, une rédaction sur les étal»>major8 de l'amée, et particalière-
roenf 5iir les nombreux oidci-Jc-rnmp attachés à la personne des princes. Le
roi raya lui-même de la lisir d'arlivité plusieurs île ses ofRciers et quelques-uns
de ceux du duc d'Augoul^me et du duc d'Orléans. Le dauphin approuva ce
travail d'asses bonne grâce ; mai» à peine M. de Canz eot41 informé le doc
dHMéana de k mewe qm aallait à sa âaife penoBseUe me partie de ton
étatan^ov* V* ^ priaca aeeounit daaa «on cabinet et UÉaw virenent eetle
MOMtre, tant 4gard an» réclamations ittceasantef da cdté ganebe qui l*avait
provoquée. Tainement le ministre se prévalut de cette circonstance : rien ne
put toucher le duc d'Orléans. M. de Taux, prévoyant que le prince irait im-
plorer la protection du roi en faveur de ses aides-de camp, coïinit au château
et prévint Charles X de ce qui venait desepas.«er. « Ah ! ah ! dit en riant
te roi, voilà bien les libéraux ; failw des économies, poun u que ç.! ne les
3S
338 LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉAHg.
sans secousse le sceptre prêt à choir des mains da sncces-
seur loyal roab ioexpériroenlé de ce princo. La politique do
dac d'Orléans, pendant la Reilanrallon, lia Ail ni oonspi-
ralrice, ni agretrite, comme on l'a tant de fois prétendu :
ce fat une politique d'observation, el, si l'on peut le dire,
une embuscade drenée avec art par un prince patient et
prévoyant, contre un gouvernement généralement lumnéte,
mais faible, tiraillé entre les eiigenoes de rémigration et
les nécessités de la France nouvelle, et pardessus tout mal
éclairé sur les vœui et le véritable esprit do pays.
Cependant, en présence de la grande épreuve de f 8M,
le duc d'Orléans hésite, et sérieusement, je crois, à recueillir
le sanglant héritage de la victoire du peuple parisien. Il
s'alarme do succès de ses propres encouragements, li
calcole avec effroi le poids du fardeau el le désavantage
- des circonstances au sein desquelles il lui est imposé. Mais
les puissantes instigations de sa sœur, les excitations de ses
partisans, l'appréhension d'un nouvel exil, et, ledirai-je, l'in-
térêt de sa propre foi tune triomphent de son indécision, et
dès lors sa politique, jusqu'ici timide et flottante, se dévoile
sans réserve, liégncr el faire à tout prix régner sa dynastie,
telle semble être la devise invariable de ce nooveaa Sixte-
Quint, passé toul-à-coup de i'hamble attitude de premier
sujet de Charles X aux espérances les plus démesurément
ambitieuses. L(> système. gouvernemental de Louls>PhiUppe
est tout entier dans ce programme, gros d'un régime mo-
déré, mais corrupteur, d'une diplomatie généraiementloyale
et conciliante, mai» dépourvue dinitiative et de grandeur (1).
touche pas.» M. de Caux venait de sortir des Tuileriej, lorsque le duc d'Or-
léao* y arriva } mats ses iostaocea rureot vaine», et Cbaties X nainlint la lé-
duelîoD.
(0 • Après dùt^ttitaM de règne et d'une diplomatie que l'on croyait
bdrfle pnte «pi'elle était iméranée, la djnMtie nmettut U France à la
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UNn«-nniim »*oi£iAm. • 839
Car il fallait, h force de concessions el de garanties, tl«^chir
le maavais vouloir des puissances européennes el désarmer
leurs ombrageases susceptibilités. El c'est ainsi que les ré-
volutions abaissent les empires en déplaçant les conditions
de leor force el de leur liberté.
La modération était chez Louis-Philippe une qualité du
tempérainmii autant qu'un calcul de la politiqoe. Quoiqu'é-
nlDenuiieiii brave, il répàgnail à l'effosion do sang, el tout le
iBoode sait avec quelle sempaleoaeiolliâliMle il niait de la lii*
collé qa*il l'élall penonneHemenl réservée de réviser |.oale
l»rocédare lermioéeparane semence capitale, lors mène qoe
le condamné n*avait pas en recours à la clémence royale. L'Idée
de l'échafirad sur leqoel avait péri son pére révoltait son
imagination, et le sang des Boorbons n'avait rien perdu de
sa mansuétude originelle en drcolant dans ses veines (l). Sou
régne n'a point été marqué par ces eipialions politiques
qui ont tani contribué à dépopulariser la restauration de
Louis XVIII. Mais il est juste de remarquer que sa clémence
ne fut pas mise à l'épreuve par une tempête comparable à
celle du 20 mars, el que son gouvernement, bien qu'avare
d'exécutions capitales, est loin d'être demeuré sans reproche
à l'égard des condamnés politiques. Le trailemeiil inhumain
auquel étaient assujétis les détenus du Munt-Saint-Michel
provoqua plusieurs fois les justes réclamations de la presse
indépendante, el un biographe anglais fil remarquer combien
ce régime homicide était en opposition avec les sentiments de
EépaUkpn plm rcmée, plus gaiottés d« traités et de limites, plui incapable
de laouTeiseal, pluf dénuée d'influence et de négoctatioat oliricam, plus
entourée de piépc* et d'impossibilités (|u*ello ne le fut à aiirnne époqtie
de la monarchie. » (Discourii du minislre des aifaires étrangères a la Cbambre
des représentants, 8 mai 184S].
(t) Tkt Bourbon ii by no M«m« u emel race.... There U u mitéiuêt
la ifcefr Wcotf, (SieriM).
340 • LOOU-PBIUWB D^OKLAAHS.
philanthropie que Lonis-Phtlippe, alors doc de Gharlrei,
avait manifiBstôs dans une visite faite avec sa sœur à ce lognbre
étahlissement. Tant il est vrai qne nous sommes portés à
considérer d*on antre œil les offenses commises contre nous
et les nôtres , et celles qai s'adressent à des étrangers on à
des indilTérents.
Les qualités privées de Louis-Philippe, développées par
les rudes leçons de Tadversilé, répandirent sur son exis-
tence un légitime éclat , cl ( onslituèretil, si Ton peut le
dire, la raison morale de son élévaliofi. Il éinil bon frère,
père tendre, époux lidéle, maître indulgent. Mais sos qualités
de famille n'étaient point à l'épreuve de cet intérêt dynas-
tique qui, devenu roi, domina tous les sentiments, tontes
les actions de sa vie. En dépit des raisons d'État ou des
nécessités conslilutionnelles, l'ingratitude de ce prince à l'é-
gard de Cliarles Xcl sa conduite envers la captive de Blayc
marqueront sa mémoire d'une lâche ineffaçable, et la posté-
rité ne l'absoudra pas d'avoir maintenu son usurpation par
un acte de basse persécution. L*intrépide mère du duc de
Bordeaux venant revendiquer les armes à la main rhérilage
de son fils, avait droit d*élre combattue autrement qne eonune
une faible femme. De même que la vieillesse, rhéroEune n'a
point de sexe, et c'est avilir sa propre victoire que de cons-
pirer à l'abaissement des vaincus.
L'histoire réduira à leur véritable valeur les imputations
d'avarice et de parcimonie que l'injustice contemporahie
s'est plue à accumuler sur Louis-Philippe. La bienfiiisance
notoire de la maison d'Orléans , la belle création du Musée
de Versailles et de nombreuses resiauraiions royales répon-
dent à ces inculpations passionnées. Mais elle lui reprochera
sévèrement d'avoir favorisé le développement d'un système
de corruption politique auquel la Restauration n'était pas de-
meuré sans doute étrangère, mais qui, ù aucune époque du régi-
LOUIS-PHILIPPF; n'OBL^ANS. 3il
me conslilulionnel , môme sous l'adminislration si dôcrlf^e
de Walpole, ne s'était produit avec plus de liaison et d'éclat.
Ce système machiavélique n*eolj>a5 seulement pour objet de
vicier dans réiection les sonrces mêmes de la vie politique :
il tendit à rendre tout pouvoir poar longtemps impossible en
France, par le discrédit qu'il versa sur tes fonctionnaires
publics chargés de te mettre en œQ?re. La France assista
pendant quelques années an spectacle étrange d'an gau-
vemement dont la confiance était en quelque sorte un brevet
de suspicion publique, et qui rabaissait ses propres agents
dans Teslime de leurs concitoyens à mesure qu'il les élevait
en puissance et en dignité. Toute faveur semblait suspecte
de la part d*nn régime corrompu. Prodiguées à de lâches dé-
fections ou à d'indignes complaisances, les distinctions créées
pour le véritable mérite perdirent tout leur prix ; un dé-
vouement absolu à la politique dynastique tint lieu de tout
autre titre , et l'homme qui garda rindëpendanoe de ses
convictions personnelles , perdit jusqu'au droit de servir
son pays, également coupable et dans son but et dans
ses moyens, ce système immoral ne dédaigna pas des mobiles
moins délicats encore; la vénalité sous toutes ses formes
répondit aux sollicilalions du pouvoir , et le conûdenl le
plus austère de la pensée du rèyne adressa sans lionle à ses
électeurs cette exhortation qui résumait le siècle : Enri-
chissez-voufi ! La Franco ronserva tout juste assez de mo-
ralité pour rougir d'elle-même et pour faire justice de ce régi-
mequi blessait les plus nobles instincts delà dignité humaine.
Il faut tenir compte sans doute des dilîicultés de la si-
tuation. Le gouvernement de Louis-Philippe était en butte à
l'hostilité de deux partis puissants, dont l'un demandait^
ouvertement « pardon à Dieu et aui hommes » de l'avoir
placé sur le li^ne , dont l'autre lui refusait Gèrement
son coQcoors en proclamant que « rien ne le forcerait
342 LOUU-PfllUPPB D'OlLiAllS.
à saluer ce qu'il ne voulait pas lelner, ni è etlimer ce qn'il
ne devait pas ettimer. » La lactique de ce prince avait con-
aislé jusqu'à ce jour à contenir l*ane par l'antre ces fae- •
tions ennemies , en exploitant avec adresse les antipathies
originelles qui les divisaient. En dépit de plusieurs dëraites
parlielles qu'avait essuyées celle lactique, le succès lui était
généralement demeuré. Toutefois, il ëtail raisonnable de
prévoir que ce système d'isolement échouerait tôt ou lard
devant la désaffection croissante des esprits, et que rétablis-
sement de juillet, si fortement éprouvé déjà par la coalition
parlementaire de 1839, aurait bientôt ù subir les dangereux
assauts d'une alliance aussi compacte , aussi monstrueuse,
aussi formidable que celle qui avait renversé le gpurerae-
ment de la Restauration.
Mais s'il est vrai que, dans Tétat des esprits, l'ordre po-
litique représenté par la monarchie de 1830 , ne pût être
sauvé par les voies régulières, an régime délétère que je viens
de caractériser, à d'humiliantes et vaines concessions, j*ensie
préféré, pour l'honneor de la France, Teitrémité même
d'an conp-d*étal, dont le succès, comme parle Tadte, au-
rait attiré à Un la conticration pubUque, La France, pays
d'ordre et de loyanté, supportera toujours un gouvernement
fbrt plutél qu'un gouvernement corrompu. Car il n'y a dans
la force ni erceur ni illusion : c'est le vrai mis h nu. J'aime
mien la Restauration disparaissant dans l'impuissance de son
coup -d'état, que le gouvernement de juillet s'affaissani
légalement avec lenteur sous le poids acealilantde la contemp-
tlon publique.
Servie, comme on l'a vu, par de puissantes facultés, la
politique de Louis-Philippe manquait Essentiellement de
ces qualités cordiales et chevaleresques qui avaient donné
tant de relief à Thabileté diplomatique de Henri IV. La chro-
nique contemporaine a cité de lui un grand nombre de mots
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L0D18-PBIL1FPB D'OBLÉANS. 343
heureux, de senteDces piquantes et spirituelles, mais rien qui
parte da ccaor. Le mépris de l*espdce humaine perdait dans
ses paroleSf comme dans ses actipns et ses écrits. De-Ié, cette
absence de distinction dans son gouvernement dont lui-
même, ditH»n, ne poutait s'empêcher d*étre frappé. Par-IA,
surtout, s*eipiiqne le peu de regrets que sa châle a person-
nellement laissés. Le machiavélisme de son système a fait
taire le sentiment de ses services, et la France lui a tenu
peu de compte d'un dévouement dans lequel elle a entrevu
plus d'amhition dynastique que de véritable patriotisme.
L'histoire saura s'affranchir de cette vaine préoccupation
pour tirer de la grande, calaslrophc de fi vrier une leçon
utile ; cl Louis-Philippe, dôlrAn(^ par le iniViie peuple dont
il tenait sa couronne, ollrira un exemple de plus de l'im-
puissance d'un chef d'Étal h réagir contre le principe qui
l'a élevé, et à luller contre les exigences populaires, après
les avoir encouragées ou consacrées.
A. BOOLLfo.
FIN.
LETTRES SUR LASARDAIGNE/
I n —
Yie LETTBE.
Messiears, éliez-voos hier au théâtre ? Jamais la Robotlini
n'a M bien chanté ; c'est une artiste adorable, et je me sens
capable de faire pour elle des folies, foi de Bersagliero ; et, ce
disant , un jeune oflicier frisa sa moustache, en se rengor-
geanl dans son joli costume d'opôra-comique. — Vous n'ôles
pasdégoûlô, mon cher; mais il faut bien avouer que nous
avons , pour cette saison , une des meilleures troupes de l'I-
talie ; et puis , celle musique A'Uernani est si belle ! Jamais
Rossini n'a rien fait de comparable! et vraiment, Meyerbeer,
dont les Français sont si enthousiastes , ne pourrait soutenir
la comparaison avec notre Verdi. — Voulez-vous avoir la
boulé de me faire passer ce vin de Monica ? décidément, voilà
qui Tant mieoi qoe loos les vins de France et d'Italie! —
Mais je crois que nous avons un nouveau convive? Monsieur
( I ) yair 1« tome XXV, p. 344 ; tome XXVI, pp. 56 et 405 ; toni«
XXV II , pp. 143 •! s(9 > tone XXVIII, p. *4g.
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LBTIBBS 8VB LA SABDA16RB. 345
est étranger?... Ah ! vons arrivei de Gagliari? et vous élea
Français?... Monsieur vient sans doute dans notre pays pour
faire quelques aclials? Les élofîes de laine cl le corail d'AIghélr
sont si beaux ! les armes do Tempio ont une n pulalion uni-
verselle, et les chevaux de la Sardaigne sonl reconnus aujour-
d'hui pour les meilleurs de l'Europe.
Je ne m'occupe pas de commerce, réporidis-je, en m'in-
clinanl vers mon voisin de gain lie , estimable négociant de
Sassari. — « Monsieur a peul-^tre une mission scienliGquede
son gouvernement ? il vient pour étudier nos institutions et
nos réformes gouvernementales , et recueillir nos dernières
décOBTcrles dans le domaine de la science? On doit, en effet,
se préoccuper, à Paris, des travaux importants de notre Uni—
▼ersilA ? J'ai rhoBoeur d'eo faire partie, el je serais tropheu-
wa de poBvoir mellre à la disposilloB de MoBsieur mes
faibles lamières... » le me retotirBai, «b le remerdaBt , vers
moA voiaÎB de droite : c*éUil ub petit vieillard ft Tceil ardeBl,
aoi flianières juvéBlles, qsi , saBS doBte, avait retroBvé bbc
ieeoBdejesBesae daBs la poussière de ses livres, comme Faust
daBS les rayoBS de sa bibliothèque. — Alors, Mousieur, vons
èles veua dsBS uotretle, seulemeBt pour la visiler?.vous avei
été séduit, je le gage, par les réélis euchaBlés des voyageurs.
C'est I OB effet I uu beau pays que Botre SardaigBe! rioB Be
pent.se eomparer aux liaules campagnes de TOgliasIro, ii la
richesse des plaines du Campidano, à la grandeur majestueuse
de la Barbagia ; Millis est un véritable paradis terrestre, et
les environs de Sassari sonl une suite de bos(iiiets délicieux.
Gagliari est une grande ville, dont le port, bientôt, deviendra
le plus important de la Méditerranée ; et Sassari, par l'éten-
due de son commerce, par ses richesses artistiques, par la
beauté de ses monuments , peut lutter , dès aujourd'hui, avec
les villes les plus renommées de l'Italie. Je recommande sur-
tout à voire attention notre belle cathédrale , les tableaux de
346 LETTRES SDR LA SARDAlAMB.
notre célèbre Deida, le peinlre le plus habile de la Jeune-Ila-
lie « c'est tout dire , e( les œuvres d'un statuaire de Sassari,
dont la gloire éclipsera {teul-étre un jour celle de Canova.
Telle était à peu près l'iriléressante conversation de la table
d'hôte de Vosleria délia Croce , où j'étais descendu depuis
quelques heures. C'était, comme toujours ^ une succession de
paroles absurdes ou insignifiantes , comme il s'en débite en
toutes réuniODSf où les sols, eo majorité , font le bonheur de
quelques gens d'espril. Toujours ces mêmes facéties renou-
velées à perpétuité, cet propos qui font bouillir le saogel
saisir avec empressement son chapeau; toujours ce même sys-
tème d'éloges octroyés aui dépens d'une gloire rifale ou in-
contestable : effet ordinaire de la paresse de notre esprit, qui
adopte eielusivement un homme, ses idées et ses systèmes,
pour s'ériter la peine d'en étudier d*autres : Injustice honteuse
que peut eiouser à peine un ridicule patriotisme 1 Mais il fal-
lait manger à la table d'hdte de l'hôtel d»Ua Croes : c'était
l'unique manière de vivre offerte aux étrangers, à Sassari ;
elle était, en outre , copieusement servie, et l'hôtesse qui en
faisait les honneurs , était une brune fort jolie , pleine de
grâces et de chatteries. Oiaqne soir, son mari la rossait sans
pitié : façon toute préventive, j'aime à te croire, de veiller sur
sa fidélité conjugale.
Parmi les convives, se trouvait un jeune homme d'un es-
prit aimable et sérieux , avec lequel je fis connaissance ; c'était
un rnédecir). Il avait déjà la tournure doctorale; la sévérité
de ses principes, la gravité de sa position se lisaient jusque
dans le collet huileux de sa lévite, et dans les plis de sa cravate.
Comme tous ses confrères, il aimait à parsemer la conversa-
tion de fleurs classiques : heureux, surtout, quand il pouvait
se servir de termes techniques et inusités. En sa qualité de
docteur , il se croyait les plus profondes connaissances en
matière artistique ; mais, comme d'ordinaire, c'était une pré-
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LVmW m LA SAKBAÏQNB. S47
leDlioD peu justifiée. La peintare esl pealpètre on peu comme
la moaique : pour la juger et la comprendre, pour percevoir
lei tentalioDa inflBies qu'elle procura , l'esprit doit être pré-
paré el ouvert par une étude et un eiercice préalaMea. Blon
jeune docteur devint mon guide fidèle, el ce fat, en sa com-
pagnie, que je visitai Sa5sari cl ses environs.
Après avoir traversé le village de Toralba , el franchi les
derniers sommets des montagnes du nord, on entre dans les
jardins d'oliviers et d'amandiers , dont le feuillage , pâle el
chenu, abrite le voyageur jusqu aux portes de Sassari. Sur la
pente onduleuse d'une colline, qui vient (épancher ses ombra-
ges dans une plaine , semblable A une mer de verdure, s'élè-
vent les maisons enluminées el les clochers trapus de la capi-
tale da cap supérieur. Au loin, l'œil aperçoit la ligne bleue
el inflexible de la mer, quelques ilols épars sur leseaui, et,
parfois visible, dit-on, aui tiords du ciel, UDecAlebmmease et
incertaine : e'est la Corse.
En entrant dans la ville, on rencontre d'atKwd une place
spadeiise , rendei-f bus matinal de tous les approvisionneurs
venus des envirooa. Lfc, à travers des montagnes d*oranges ,
d^berbages et de venaisons , fonrmilleni , se heurtent et se
croisent les corsages écarlates, les vestes en peau de mouflon,
les manteaui superbement déguenillés , les tournures cam-
brées , les figures mâles et bituminées par le soleil et la mi-
sère , les barbes en broussailles, et les cheveux dénoués, ruis-
salant en noires ondes sur des épaules d*ivoire : c*est un spec-
tacle étrange el pittoresque.
Au sortir de la place, on descend une rue rapide el d'une
largeur suflisanle, qui traverse la ville dans toute sa longueur,
el aboutit à une porte de pierres, antique el pantelante, s' ou-
vrant sur la route de l*orlo-Torres. Cette rue, c'est le Corso
de Sassari, c'est la ville tout entière ; quelques ruelles ouvrent
bien çà et là leur» entrées désertes , quelques maisons éga-
348 LETTKBS SUR LA SARDAIGNB.
rèes s^éparpiUeiit bien un peu h droite et ft gauche, mais la
vie, le mouvement, le commerce, ne sortent pas do Cono.
Lè, snr des dalles en losange, et polies comme celles de Gè-
nes , passent et repassent sans cesse , et les beani Catalans
d'AIglier , et les marchands de Tempio , avec des oeintores
hérissées d'armes éclatantes, et les froilières, les bras nus, Is
jupe galamment retroussée , la tête encadrée dans des au-
réoles de firuits et de flenrs, et les porteurs d*eau , poussant
devant eux des minialores d'ânes , et des soldats piômonlais,
et des élodiaols enfonis sous les plis d'un pe(it collet cou-
ronné d'un tricorne, e( les citadins, en habit bleu, en chapeau
rond ; eiiliri , une foule incessante , courant des marchés aux
églises, des églises aux caft's , des cafés ù rUniversilé , au
théâtre. Mais c'est le dimanche , surtout , quand les oflices
religieux sont terminés , que le Corso offre un coup-d'œil
charmant et animé. C'est alors une confusion , une raéléc
châtoyantc de chapeaux empennés, de rubans incarnats , de
bonnets rouges, de mantilles de taffetas changeant , de cas-
ques éUncelants , d'aigrettes diamanlées, un véritable ruis*
seau de velours, d'or, de perles ei de bijoux, roolaot entre
deux rangs de chaises. I.es conversations bourdonnent et se
mêlent ; les saints, las oeillades se croisent en tous sens ; les
évenlails espagnols s'ouvrent et palpitenl sons les doigts des
promeneoses, comme les ailes d'un pigeon; les balcons, cou-
verts de grands tapis qui flottent an vent, se garnissent de
curieuses, et ressemblent à des corbeilles de fleurs ; les airs se
parfliment des senteurs féminines , des tnbéreoses et des
violettes, tandis qo*à l'extrémité de la promenade, la musique
militaire fait entendre ses bruyants accords.
Sassari a l'aspect d*une ville continentale ; les monuments
anciens tombent en ruine; les édifices modernes qui les rem-
placent, sont mesquins et vulgaires ; les nombreuses cons-
tructions qui s'élèvent, n'ont ni tournure ni caractère; et déjà
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LETTRES SUR LA SARDAIGNE. 349
les enluminages naïfs elles reliefs allégoriques, qui décoraient
lesCaçades des maisons» s'effacent pen-à-peu sous le badigeon
piémonUis et les fumées do charbon de terre. Aussi, lorsqu'il
parcourt ces rues proprettes el dallées , lorsqu'il visite ces
églises blaochies a la chaux» ces maisons européennes, ces
cafés ornés de glaces encadrées dans le cuivre , si ce n'étaient
ce langage bisarre, italien et catalan, qui ronfle el siffle à son
oreille, ces costumes éllncelanls et variés, et snrloul la beauté
des femmes, beauté grave et puissante, maiso& la passion en-
noblit la matière , le voyageur pourrait se croire dans une
ville florissante des côtes de rilalie.
Les habilanis de Sassarl , 8en de Timporlance IndustrieUe
de leur dlé et de leur civilisation plus avancée , convaincus
de leur supériorité intellectuelle , et surtout pleins d'un mé-
pris jaloux pour les rues montueuses , les toits en coupole ,
Taspect barbaresque et sauvage, le palais et le golfe immense
de Gagliari, réclaroent, pour leur ville, le siège du gouverne-
ment el (le la vice-royaulù ; mais c'est une prétention que rien
ne justifie. La magnilicencc el rimporlance unique d»; la po-
sition de Gagliari, sa population plus nombreuse, ses richesses
el son antiquité en ont fait , pour toujours, la capil;ile de la
Sardaigne. Sassari ne possède pas un seul monuniciil d une
valeur arlislique réelle ; son hôlel-de-villc est d'une insii^'ni—
fiance complète ; sa salle de spectacle , brillante et coquette,
est encagée entre quatre murs ennuyés , percés de fenêtres
monotones; et, malgré l'enthousiasme du docteur, malgré ma
bonne volonté, je n'ai pas éprouvé la moindre extase devant
la cathédrale.— Celte église, célèbre en Sardaigne, est située
sur une petite place, h cùié du Corso. Quelques marches con-
duisent à une galerie extérieure , formée de trois pilastres
réunis entre eux par une voûte et couverts d'ornements ro-
coco: aa-desaus de Tarcade du milieu , jaillit Técnsson épis-
copal. Une corniche arrondie, hérissée de baiustres , soutient
350 LRTEES SUR LA SAHDAIOIIB.
oneieeoiidegtlerie, semblable à la première , mail dans des
proportions amoindries. Un fronton cintré , percé d'une
niche, asile du saint palroo, et antonr de laquelle s'allongent,
dans la pierre , deux asgas taillés m relief, couronne la Ah
çade. L*inléri6ar se conpose d'nnesMle nef en eroix, grande
et asseï belle dans ses proportions , el dont les mors , dénoés
d*onienienl, sont soignenseinent revéUis de eette inlilBie eoQ-
loor potiron, aisée des sacrislaios.
0aM une des diapelles qoi fmiieni la eroix , an-dessos de
l'anlel , est appenda an tableaa d'ooe menreilleose beauté.
Assise sur an trône élevé, sainle Anne soatienC, debout devant
elle, la Vierge-enftint ; à sa gauche, Philippe Cinq, prosterné,
caché sous les plis de son manteau royal , offre sa couronne à
la sainte bambine ; à sa droite , esl placée une figure allégo-
rique , un guerrier, couvert d'une armure splendide ; des
saints et des anges , noyés dans la demi-leintc , occupent le
fond de la scène, au-dessus de laquelle plane la figure pater-
nelle du vieux Jéhova. La beauté chevaleresque de ces [ùles,
ces élofifes souples el chatoyantes, ce grand lévrier au profil
busqué comme un genêt d'Espai^iie , celle armure d'acier sur
laquelle la lumière glisse en lames blanches, et puis ce parfum
d'aristocratie féodale répandue sur la toile , et surtout cette
cooieur blonde et ambrée, font reconnaître l'œuvre du Titien
espagnol, du chevalier Velasqaes, l'ami de Philippe IV.
le peintre ordinaire des rois , des enfiinls «t des reines. 'C'est
ane chose naïve et grave à la fois, qoi poorrail se soaleoirà
cMé des osnvres les plos célèbres des maîtres Vénitiens. POfB^
tant , mon gnldo connaisseur ne me la faisait même pas re-
marquer , pM phu qa*ane jolie petite Sainte (àmille,
rose blanche et poopoonée, qae Ton croirait sortie des ateliets
de Boucher « école sédulsanto, qui avait voué l'art au eulte
cliannant des faux Dieax. Il avait hâte, le bon docteur, de ne
faire admirer les clieb-d*0Bnvres indigènes. Le tableau du
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LRTlBfl SU* Là lAIDAIttim. 851
peintre de Sassari est un mélange assez édifiant de jaune ,
de bleu el d'écarlate, une peinture propre , sage et insigni-
fiante, comme l'aiment le bourgeois el le vulgaire, mais qui,
du moins, a l'immense mérite de ne pas apparlenir à Técole
envahissante , dite religieuse. Ecole de peiolres lliéoriciens
et mystiques* qui, saintement occupés à courir après des pué-
rilités divines , veulent ramener à la religion par la ligne
droite, el au catholicisme par le bleu de Prosse.
Quant an tombeau taillé ëaos le marbre , ouvrage dn sta-
tMire sarde* cTesl nne œnvre pleine à la fois de qualités prd»
eieuses et de vulgarité. Mais la jeunesse de Taritote espliqne
ce dèfkut. L'originalité n'est pas, eomme on lepenie généra-
lement , le privilège néeenaire du talent jeune et Ineipéri- .
menlé; au contraire, et les eiemples des maîtres sont M pour
l'attester, les artistes, lesécrirains novices se traînent plus ou
moins longtemps sur les Iraoes d'un talent aimé ; l'origina-
lité s'aequiert par un travail longel opiniâtre.
Derant l'église , une maison insignifiante élève ses toits en
terrasse et sert de palais à l'archevêque. Sur la place, vont et
viennent quelques moines aiïamés de donations , aux joues
amaigries, au sourire sardonique... Sardonique... voilà une
épithète dont l'origine toute sarde exige ici quelques explica-
tions étymologiques. Je ne dois pas laisser soupçonner de ja-
lousie railleuse et de scepticisme le caractère de ces honnêtes
insolaires , dont j'ai reçu un accueil si hospitalier. Celte ex-
pression: rh sardonique , aiilrefois sardonien , vient d'une
plante appelée 5ardonia, qui croît en Sardaigne et ressembh^
à du persil. L'infortuné qui avait l'imprudence d'en mflcher
lafèuille, était saisi aussilùtd'un rire éclatant et inextinguible ;
maisc'étail un rire jaune, car il dégénérait bientôt en con->
vulsions, derniers accès do rieur, qui trouvait la mort dans un
éelat de rire. D*autras prétendent que l'effet de celle plante
terrible est de contracter les nerfb et les muscles de ceni qui
I
852 LErruKs scu la sardaigne.
en mangent, de manière qu'ils semblent rire en mouranl.
Mais celte plante a changé son nom de tardonia en celai de
rammeula on ranuneului poltiifrts, el, afecson premier nom,
die a perdu ses terribles propriétés.
Sur cette place , passent encore des bandes nombreoses de
ces jeunes lévites, que l*on reconnaît, en tons lient, certaine
tournure de téte angélique, à ces petits airs eonfits en perfeo-
tion, que la théologie et le séminaire impriment uniformément
à tous leurs disciples, car le principe d'obéinance absolue, de
soumission intellectuelle, détruit toute individualilé physique
et morale ; ce qui n'est pas un grand malheur, è une époqne
où rindlTidualisme est devenu une maladie générale. Le fou-
riérisme , le sodalisme modernet qui vont jusqu'à transfor-
mer rhomme en chose, atteindraient le même résultat : mais
leremède alors serailpire que le mal. Ici, je m'interromps au
milieu des plus belles occasions de raisonner, de philosopher ,
de divaguer. Je dois dtHourncr la ICte , je suis voyageur et
passe mon chemin. D'ailleurs , j'ai horreur du monologue.
Un monument d'un inlcrôl inconleslablc , c'est le château
de Sassari ; malheureusement , ses ruines gigantesques et
quelques légendes merveilleuses , sont les seuls témoins de sa
splendeur passée. Ce vasle palais, séjour habituel du grand
inquisiteur d'Espagne, dans l'Ile, fui saccagé par lesi'rançai?
au commcncemenl du XVr siècle.
Des. allées d'arbres environnent la ville, et lui forment une '
eeinture verdoyante, où les tulipiers aux fleurs couleur de sa-
fran, les catalpas à larges feuilles, les accadas aux rameaux
découpés et tremblants, se croisent et s'enchevêtrent en voAle
aérienne. Des champs plantés de (abac s'étendent k Tentour,
et des bois d*oliviers couvrent les collines environnantes et
bordent rhorison. Ces oliviers , élancés et puissants comme
nos beaux arbres de France , plantés avec symétrie , forment
des bosquets in6nis , dont le feuillage argenté recèle on
*
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LBTraSS fm LA fAMDAieilB; 853
monde babillard de mt^sangcs, de merles el de corneilles ; h
leurs pieds, s'ôlend une herbe lustrée, haule eldruc, où mur-
murent de petits ruisseaux invisibles.
Du côté occidental de la ville^ sous une de ces allées
touffues qui renvironneni, s'élève une petite église, antique
débris de la domination espagnole. A l'eitérieur, sa façade
sombre el nue, ses murs crevassés couronnés par une corniche
creusée en cintres successifs, qu'écrasent uo loil massif et
plat, lui donnent l'aspect d'ane prison ou d'ane satle, ob
les inquisiteur! ftisaienl leur sainle caisine. À l'inlérienr ,
des iQcheà moussues tigrenl les murs comme une vaste
lèpre. Le plafond labae entrevoir le ciel an fond de ses
eaisions rainés, nn antel -délabré , dernier vestige d*nné
antique splendeur, conserve encore sous une couche «de
poussière, des Inerustations de naere, de cuivre et d'ivoire,
enrichies de gros cataplasmes d'or. Çà et là, sont accrochées,
dans des cadres disloqués, des toiles enfbmées, mais sur
lesquelles le pinceau des dlselples féroces de Zurbaran et de
Bibera fait palpiler à plaisir les entrailles entr'oovertes, el
ruisseler le sang des martyrs.
Mon docteur qui m'avait vu indifférent devant les magni-
ficences de la cBlhédrale, et ses œuvres d'art, l'admiration
des habitants de Sassari, el qui me voyait contempler avec
bonheur les murs d'une chapelle dévastée, el de sombres el
épouvantables peintures , resta confondu. Cette rébellion
contre toutes ses idées, contre toutes ses notions arlistiques,
lui donna, peut-être, une haute idée de mes lumières:
l'opposition à toutes les règles reçues n'est-elle pas une
preuve de supériorité d'esprit? Je ne sais, mais dès-lors
il ne prévint plus mes impressions el attendit toujours que je
me fusse prononcé pour conformer ses jugements aux miens.
En sortant de la ville par le côté oriental, k Teitrémilé
d'une allée de sycomores, on apetvoil un amas de maisons
as
3&k LEnmtB MA LA SABIMUft».
Umehes, etehéet dani no bois d*oUfiefB. C'est m sainlBMH>
oattére* oà qoelqnes capudos passent leor vie dens la prière
«I la rérerie. Une terrasse spacieiise« rendei-Toiis haU-
tnel des promeneurs, règne le long des mors da coovent.
De lèt le regard enchanté se repose sur un oeèan de verdire
et va se perdre dans nmmensilé de la mer et do ciel qni se
eonfondent à Thorison. Àtt-dessoos, le terrain s'enlr'ouvre
et forme un pelil vallon, d'où s'élancent les cimes on-
(loyanles des tulipiers et des Ihérébinlcs, et d'où monle sans
cesse le murmure iiarmonieux d'une eau jaillissanle, un
concert incessanl (l'('clals de rire et de joyeux refrains.
C'est qu'au fond du vallon est siluôc la fontaine qui fournit
l'eau à la ville entière de Sassari : fonlaine curieuse, décorée
du nom de Rose), et dont la magnilicence relalive, célèbre
dans toute la Sardaigne, a donné lieu ù ce dicton d'une
fanterie pompeuse et espagnole : Chi non vide AoMi, non
vide mcndo. C'est un vaste parallélogramme de pierres,
espèce de tombeau oonslroU pour un géant, portant sur cha-
cune de ses faces une rangée de mascarons qui font jaillir
du fond de leor gueule béante une eau fraîche et limpide.
Tout à Tentour se pressent et s'agitent les porteurs d*eau,
occupés à remplir de petits tonneaux ou des outres qu'ils
placent sur le dos de ces ânes mignons, parlionliers à la
Sardaigne; puis» remonlani par un chemin taillé en degrés
dans les flancs de la colline, ib font vendre cette eau aoi
maisons de la ville. On pied de la fonlaine s'échappe un
' gros ruisseau, an bord duquel s'ébattent et babillent de
joyeuses lavandières.
Grâce h la fertilité de ses compagnes et à la variété de
leurs productions, grâce aussi à la nature active et intelli-
genlc (le ses habilanls, Sassari est, après Cagliari, la ville,
de beaucoup, la plus importante de la Sardaigne. Déjà des
exploitations agricoles, parmi lesquelles on peut citer l'éta-
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LBTTHKS SUR LA SABDAlâNR. 355
Mimaeiii dei messieurs Maliei, se fondent dans ses en-
fkoDS, d Boe faste entreprise industrielle s'est organbite
•QX portes mtaie de la ville. C'est ooe ferme immense, où
paileon et cnUiTaleart f ienneol aipporter, lei uns le lail de
leart brebis t les antres levrs ralsinst leurs amandes el
leurs oHves. Là, ces produlls agricoles se transforoMnl, ou en
gros fromages jaspés de Teines bleues, en vin généreux d*nnn
conleor blonde et chaloyanle , en bnile odorante el pai^
filmée, qui sont promptement expédiés aux marcbés du conti-
nent. Enfin, grioe è la proximité d'un département Crantais,
éloigné seulement de quelques lieues, el à des communi-
cations faciles, el de plus en plus fréquentes avec Maneille,
U ne manque à Sassari, pour devenir une des cités les plus
florissantes de l'Italie, que d'être une ville maritime. Mais
la mer est distante au moins de deux ou trois lieues, et
Porlo-Torres, le port le plus voisin, ae présente aux navires
qu'un ubri dangereux ou incertain.
La description est ductile, et je pourrais barbouiller encore,
en l'honneur de Sassari, plusieurs pages de ma prose gelée
et incolore, si je ne craignais d'abuser de votre patience,
é mon illustre ami !
Chaque jour, en rentrant à l'auberge, je trouvais réunis
autour de la table d'héte les convives de ia eroca 4$ MaUa,
Les impressions que j'avais recueillis dans mes promenades,
devenaient le sujet d'une oonversalion animée, et servaient
de prétexte à des diasariaiiens inlarminaUes, que paifiiia le
vieux pfoftmaur de la ftieutlé égayait par des réilexiona
inettendnea. Le savant viaillaid appartenait à celle dasse
d'heouDca estimables que Ton est oonvena d'appeler bien
pensanla; quoique nous soyons natnréllemeiit dispeaés à en
décorer las individus qui sont avec nous en "communauté
de prindpea.ntde sympatbiaa, ee titre bononble est géné-
ralement dévolu à ces hommes d'ordre, ennemis dédavés de
36G LBTTUS SUE LA MBPAIOIIB.
toaC progrès, politiqoe eC littéraire, et qui gerdent, pour
les liommei^el les dioees d'aotrefoii , ieors ieuioges el
lears alTedioiis.
Un soir, après one eoDversatioo des plus aniiDéeSf
(le moQfement libéral, imprimé par le oottTCiQ pape I
It polilique italiemie, les réformes goiifememeotalea, li
longCemps atlendoes, offraient alors aoi barards un champ
ferllle en discassions), ^'plusieurs convives nous firenl leurs
adieux ; les uns aliuienl s'embarquer pour le continent ,
les autres devaient assister à Id péchc du thon à la
Tonnara de l'île de l'Asinara. — El vous, Monsieur, me
dit alors le vénérable docteur, aujourd'hui que vous avez
visité la Sardaignc el ses villes principales, où allez>vous? —
où je vais? Mon Dieu, je n'en sais rien. — HélasI reprit-il
senlcnlicuscment, où allons-nous? l'esprit révoiolionnaire
souffle la révolte sur la face de TEurope, el va précipiter
l'humanité dans des abîmes sans fondlll!!
Ma foi ! vivent les points d'exclamation, n*est-ii pas vrai, cher
ami ? ils remplacent ici avantageusement la tartine philosophi-
qoe, morale et oabliée de mon respectable Tleillard. Poorlant
fen ai tant entendu de semblables et sor la même matière,
que Je peorrais, si Tons le désirei, vous la reprodaire d*noe
(àçon à pan prés eiacle. Qoand 11 eut terminé ses jérémiades
prophétiques, le digne homme entreprit.de me foire eonnoltie
tes censés de ces catastrophes terribles ; et snr ces questions,
il était nn pan de l*école do saint éTéqne de Cagliari,
Tennemi déclaré des bateani à vapeor. La fociHfé croissante
des eonummlealions, qui éparpillent ea tons lien les idéea
subversives, lui causait nn elfroi indicible. Il condamnait
sévèrement ces établissements industriels, qui apportent aux
habitants d'un pays la richesse et le bien-être, mais qui, leur
prenant en échange la résignation , la simplicité et cette
ignorance bénie, qui fait le bonheur du pauvre, leur en-
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LETTIBS SUm LA SABAAIUIB. 357
lèvent peu 6 peu la foi religieuse, pour les vouer au culle
égoïste du veaa d'or. Il se plaignait des progrès de l'in-
dustrie en Sardaigne, le pauvre iiomme I hélas 1 qu'aurait-
il dit, s'il l'avait vue en France, eelte horrible industrie,
étendre en tous lieux ses réseaux de moellons el de fer, rôder
autour des vallées ombreuses et des bosquets enchantés,
traînant après elle un grand bruit de ferrailles el de vapeur ;
éventrant les prairies, abattant les forêts, pour édifier des
murailles de briques noires , des usines mtigiaiaiites et des
cheminées gigantesques, d'où s'échappent sans cesse d'épais
Umrbillons de fomèe. Mais, à ses yeux, la cause la plus in-^
flneiite de la déaorganlsalion Italnra, c'étaient les livras ; ces
panvras lif ras, les esdaves irès-fldèles et très-hninbles des
uMBon, dont on les accose d*étra les eoimplenn et les
mattras. Nos amean modernes, qa*ll eonnaissail à peine,
étaient ponr loi les objels d'nne haine partienlière. Il les
accBsait d'sToir sool!lé,tes pramlerst cet esprit de léralte
contre les idées consacrées, et d*avoir démoralisé la Jennesse.
Vous l'enssies pris poor an onembra de l*iine de nos aca-
démiesr h toir sa généranse indignation contra cette litléra-
lora indépendante el sans principes.
Et vraiment l'accusation, me dircz-vous peut-être, ne man-
que pas de justesse ; l'armée des lillérateurs et des artistes
est une armée indisciplinée, sans chef et sans drapeau, et
dont chaque soldat se hâle, par un chemin dinv^rent, vers un
but inceiiain. — D'abord, cher ami, en fait de principes philo-
sophiques ou litléraircs, nous en avons tant vu passer, re-
passer et trépasser, que le scepticisme est chose juslifiablo
aujourd'hui. Il n'y a plus de principes reconnus, plus de
théories universellement acceptées, et c'est précisément celte
variété de systèmes, celte diversité d'opinions et d'écoles,
qui randent pins certaines les chances d'atteindre une des
faces molliples do beau. An reste, le digne homme était
358 LfiTTABS SUA SAMOAIGHB.
eoMéfMAt dilii M haine contre Técole moéerne, que l'oii
eil conTnoa de désigner soim te nom de romantiqœ; le ro-
Mantime, n*esi-il pai le liliéraiitme dans les lettres el les
arts? Telle est du moins l'opinion de M. de Bahac, cet
homme de génie, oel écri? ain dont le earaelère est dans
ces mois : patience et eooscience, les deni éléments consH-
tntifii de Tart flamand, ce Miéris de la littératare qnl
élère le charme do fini el la science du détail aoi dimeOsloos
du lableao d*hislolre, el sait faire entrer, dans des peintores
dont les horizons élroits ne dépassent pas les accidents de
la vie bourgeoise, des drames saisissanlii el lerribles, des
physionomies originales el sublimes.
Quanl à vous, clior ami, qui lourhez à cet dge où les
années rendent i ;lme sage el triste, el que, par conséquent
je soupçonne de ne pas partager mes opinions, je vous
dirai : celte littérature d'archéologie, comme l'appelail an
philosophe dont je ne veux pas compromeltre le nom dans
mon bavardage, ces œuvres anciennes sont les sentes qu'on
vante et qu'on admire , d'accord , mais les nouvelles sonl les
seules qu'on lise. Et vons-méme, tout en professant le
phis profond respect pour la poésie incoloro et donlense
de nos pères, tout en gardant pour elle des louanges eidu-
alvcs, vous conviendiei que, à part quelques rares cMk
d'muvre, vous avei peine H en aoolenir la lecture. Mais il est
hien convenu que Je mets hors de cause cette litlératare corn-
merchde, qui depuis dii ans fait lés délices de la bourgeoi-
sie; la Bévohilion de février l'aura ruinée , j'espère , pour
jamais ; ce ne sera pas Ut un de ses moindres bienOrils.
Mais, il faut bien, enfin, fermer une parenthèse inutile et
interminable, pour reprendre le fil de mon récit, et vous
demander pardon de cet écart superbe, h propos de je ne sais
quoi, d'un poisson peut-être. J'ai fait comme mes confrères
ces petits écrivailleurg, roodeslemenl prétenlieux, qui, à
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Lvmsê mm la iabdamiib. 869
propos d'une UiMre ioiigiiiOanle, d*ane fontaine OQ d*OD
brin d^herbe , lemellent velonlien en qoeiUon le génie de
Boflsaet on la gloire de Corneille.
Donc, j'étais encore dans l'incerlilude sar la direction qae
je (levais prendre, quand mon fidèle Achates, mon aimable
docleur, me déclara que je ne pouvais quilter la Sardaigne,
sans aller il Tempio, et sans visiter AIgher, la ville espagnole
aux grottes d'azur. El comme, le lendemain m^me, des mar-
chands parlaient pour Tempio, je me joignis à leur caravane.
Mais vous éprouvez peul-ûlre une grande répugnance à
m'accompagner dans celle nouvelle excursion ; et les jupes
écarlateSy lea corsages de brocart, les teints basanés, les
lauriers roses, tes aloés élincilanis , les roches calcinées,
doivent irriter tos yenx éblouis, fatiguer votre altenllon,
vous ennuyer enfin ; et moi donc 1 1 Mais prenes courage ;
je vais m'acquitler de mes devoirs descriptilii le pins leste-
ment possible.
De Sasnri ft Tempio, la ronle est spadense, plane et
commode, snr le papier des Ingénieurs. Mais, en réalité. Il
n'y en a point encore. Le cbemin, pratiqoable tont an
pins poar les chevanz sardes, est semé de roches, de brona-
sailles, d'aocidenCs imprévus, de surprises charmantes, qui
réodent le voyage pénible, mais
CHt mon vn$ qo*en ronte oa t'«spo«e & U pliii«.
Tantôt, ce sont des rochers escarpés et brûlants dont
H fant franchir les crêtes ; tantôt , la caravane s'avance au
milieu des steppes solitaires, des salles infinies, où paissent
à l'abandon quelques maigres troupeaux. Parfois, le sentier
s'enfuit dans une forél mystérieuse, oii les chênes verls
enlrem^lont leur feuillage inextricable. Au loin, sous le»
noirs ombrages, s'enfoncent des eaux dormantes et profondes ;
les roseaux de la rive font frissonner au vent leurs aigrelles^
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9M tBTTU» m IJk •ABDAiGIIB.
de velours ; les nénuphars étalent sur la surface leurs larges
feuilles, et les herbes marines s'enlaceot et se penchent
comme des serpents altérés;
Fovr qtti vmt m nofw It place ait biaa cheiiii,
s'exclamerait encore, à coup sûr, Joseph Delorme. Souvent,
dans la campagne, on aperçoit, emporté au galop de son
cheval, une sombre figure, armée jusqu'aux dents. C'est un
bandit; les lambeaux bizarres qui forment son vélemeni
allestenlson origine suspecte, et alors, rhaqoe foyageur d*eia-
miner ses armes ai sa conseienoe, pour s'assurer si le poi-
gnard est encore ft sa ceiotnre, oo s'il n*a pas (lans sa vie
qnelqiie vilaine action à se reprocher à rendroii de son
prodiain. Il n*y a plus an monde qne la Sardaigne ponr
rencontrer ces bandits honnêtes, assassins on voleurs, quand
la néoessilô on Thonneur les y contraint ; esprils réformateurs,
ennemto acharnés du capital, de Téchange convenu du gain
et du travail ; êtres indépendanls, qui viveni au jour le jour,
Irouvenl leur pain quotidien, leur vin versô, et ne reconnais-
sent plus en bit de droits héréditaires qne celui de la ven-
geance; véritable lype, en un mot, du sodaliste moderne,
tel que l'a révé Timagination fantastique du bourgeois.
Parti le matin de Sassari, le soir on arrive h Tempio. Cette
ville est renommée en Sardaigne pour les armes qu'on y
fabrique, ses carabines surloal, dont la crosse, en éventail,
couverte d'incrusl.iUons de nacre ou d"acier, les fait ressem-
bler à ces espingoles catalanes ou à ces fu<;ils arabes, objet
de convoitise pour les amateurs. Mais son premier litre à
la célébrilc' est rexcellencc de sa charculerie. Les sau-
cissons de Tempio peuvent rivaliser avec ceux de Bologne
et même de Lyon, cette ville qui a bien besoin de la
supériorité de ses charcutiers, pqnr se faire pardonner ses
maisons noires et gigantesques, ses mes fétides et l'ineptie
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héréditaire de aes édfles oecopés h déshonorer la posilloo
laplas magnifique qu'ail jamais dessinée la nature pour rem-
placement d'une grande cilé. La factorerie des suoriorum
romains, établie dans les environ» de Tempio, élail célèbre
même à Rome. Aujourd'hui c'est une ville de pauvre et cliétive
apparence, où tout respire un ennui superlatif et commercial.
Les rues étroites et embrouillées, sont garnies de sombres
boutiques, où les femmes filenl el tissent les laines des
brebis, et accourent au seuil de leur porte pour voir passer
quelque chose de si rare qu'un étranger, tandis que des
cochons effarés, ies seuls propriétaires de la me, se préci-
pitent devant ses pas, en ponssanl des grognements éplorés.
Mais, cher ami, que n*avez*voiis le conrage de m^accom-»
pagner à Algher on Algieri, le paradis terrestre de la
Sardaigne, et où, pour des temps dVages politiques, il se-
rait bien doax d'aller s*enserelir à jamais. Algher, la ville
espagnole, où se parle le par eatélan de Baroèlonne, où les
hommes eachent leurs crinières ondoyantes et leurs regards
de feu sons les bords du tmibrerot^ où les femmes encadrent
leurs épaules blanches dans des corsages de velours, et font
misseler les dentelles sur des Jupes de satin.
Noyées dans une vapeur transparente, que le soleil cou-*
chant colore des teintes de l'iris et de la rose, de petites
maisons à toits plats, séparées par d'étroits jardins, gra-
vissent et couvrent la montagne ; au-dessous s'étend une
mer bleue et profonde. Quelques rues se croisent et montent
en spirale jusqu'aux dernières murailles, dont les angles
blanchis se découpent crûment entre deux haies de lauriers
roses, aux feuilles métalliques. Dans ces rues, courent el
babilictil sous les yeux de leurs mères, de joyeuses bandes
d'enfants bruns, blonds el roses comme partout, mais d'une
beauté rare, et qui portent, pour tout vêtement, un carré
d*élofle de laine noire autour du cou. De belles jeunes
36S LtmiS SDH LA lAUMIOm.
filiflt, de quinie à seite ans, cet âge cliamiaiit, trop d6-
pMé ebet nous, aujourd'hui que les femmes ont on peu re-
culé les limites des tendres erreurs, se promènent, en chan-
tant, d'une voix rauque et étrange, quelque vieilles romances
espagnoles ; et, de temps en temps, passe au galop, uo
barbe de Gordoue, rejeton égaré des écuries des califes.
L'origine d'AIgher est resiée pour moi une question assez
obscure, les guides itinéraires, ;i l'usage du voyageur en Sar-
daigne, n'ont point encore été imprimés, et les ilinéraircg
sont bien savnfils. Cependant l'opinion générale veut qu'AI-
gher l'espagnole ait été fondée par une bande de pirates
calalaos. Ces industriels , fatigués du métier laborieux d'é-
comcurs de mer, et d'ailleurs suffisaromenl enrichis par des
opéraUooi commerciales, périlleuses comme toutes les opé-
rations de ce genre, furent séduits par la beaulè poétique el
tranquille du golfe .d'AIgher, ils s'y établirent, y fondèrent
nne ville, et d'assasaîns-volears devinrent d'honnéles pro-
priétaires. Ehqnol 1 jolis enfanli, aux jones roses, anxchevens
bondés, quoi I belles jeunes filles, reines de beauté, qui portée
sur vos fronts gracieux un diadème de tresses noires, vos
pères étaient des voleurs I et mieux que cela, peut-être!
Hais, non ! j*en atteste vos regards assurés, et vos cris in-
nocents, c'est une calomnie inventée par les marchands de
Sassari ; Ils envient Populenle et douce oisiveté que vous ont
fait vos ancêtres ; et puis, si le reproche était fondé, conso-
lez-vous, vos pères vous ont laissé la fortune, c'est le seul
héritage palerriel (pii ait aujourd'hui quelque valeur.
Aux pieds des collines, contre lesquelles les eaux du golfe
viennent mourir en murmurant, la nature a creusé de vastes
cavernes, dont les blanches parois se reflètent dans le miroir
transparent des eaux prisonnières. Une mousse verdûlre tapisse
la roche élincelantc, et de la voîltc pendent , comme des
lustres d'albéire, des stalactites gigantesques.. Tandis que
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-.Urque. balancée sur ces floto UtenetoO» ,
les cavernes plus sombres que le, ^J»/^"^
Uta.in.ienl de tanlasliques olar.Os. i'-i™q'>*»"'*»»«^
é»» d« *h.wl« Néréides, et des Tritons à barbe «««.««^
Xw-eDl joTeosemenl au.refois s éballre dan. ce pala-
SZ-, d, nacre el d albaire. Mal, K"" ' «
•taDdouè kor «pire; elles «>nt merles, et leur mort, »oa.
I. bénlMi t e« «Ue tous évite la description mj-
IholORtaM dW d«M» walique, à laquelle, en des temps
,1a. il*». !•••««• «W* ixW'""''--*..!. Et -«.ntenan ,
Tgrou. d'AIgh» nmMt k U d mr de iic do
Tibère, rime de ce* «erwUlei doal U «tore a paré le gol o
de Naple,. U m» Mi * U«P«e, U nieUate à M\e,lM
brise qui veoeit del. lemsloole cfcefgèede.»e«l«OT»*-
gétales. gonflait si bl«.iio.Tdle^elfcW» tatowerti -ol-
lemcnt noire barque, que je ne pas «e r«g»*r »
Miller. Je cédai aux soUiciUUeM Inttwiiéei du prtron.e»
je passai la journée sur le golfe, «oBfMld. pfowmlowe de
Bosa jusqu'au cap du Cacciatore, péoMrtiil dm» let pelilei
baies soliiaircs, encadrée, dan, une ceintere deeoUiiiMet ta
bMquels de lauriers et de Icnlisque,, dont le mM «UmmB
de reOett d or les feuilles vernissées. Promenade ■••laMHl
dont je gerder.1 le souvenir ! Mai, voire présence diM M
b,niae,eher.ml.eo doablanlle charme énivranl de celte
ioaroée. e« reriu ce souvenir plu, dèlicieui encore. Quand
ta reairei dens le port, I. lune, déjà au milieu de sa course,
jettadl »ur le* coMm* «e etorté mïMérleuse. et faisait bre-
Deu heure* «rfbwtpwr tUer de Sass.ri à Porto-lorres.
UM iwgte de mrilow chMeeleiile^ qui regerdenl d un air
364 LemBS tuB la SASDAiove.
soucieux leur image dans la mer, une jetée de roches et de
pilotis qui s'avance timidement dans les flots, cl renferme
dans une enceinte étroite une eau noire el bourbeuse où bar-
bottent quelques vaisseaux marchands, voilà la ville, voilà
le port que l'on nomme Porto-Torres. — Quand on tourne
ses regards du côté de la terre , l'œil n'aperçoit au loin
qu'une vaste et aride solitude , qui contraste péniblement
avec les campagoes boisées deSassari. Quelques touffes d'her-
bes grillées s'accrochanl sur un sol pierreux et calciné, les
ruines d'un établissement moderne, ravagé par les pasieors,
quelques vestiges de citernes et d'aqaedncs romaios , leis
sont les piodails el les édifices de oe((e terre désolée ; en dl*
ratt que Tintempérie affireuse qui désole ce payst attaque
égalemeot les productions de la nature et les œuvres des
hommes. Et pourtant, c'est Ift cette contrée fortunée que les
Sardes avaient surnommée logu d'or», le pays de l'or t Da
cAté de la mer , an mHieii da golfe d'Arragonèse , Hle
d'Asinara él^e vers le del les sommets de granit égyptien de
sa montogiie, ani flancs d'amr.
Depois quelques jours, plusieurs voyageurs étaient arrivés
h Porto-Torres. Ils venaient pour assister à la pèche du thon,
relardV'e cette année-Wi par les vents impétueux du midi.
C'était un spectacle dont j'avais entendu conter trop de
merM illes, pour n'y pas assister. Aussi, un bâtiment qui ve-
nait d'entrer dans le port , ayant annoncé l'approche des
ihons, je m'embarquai aussitôt sur un bateau de pécheurs,
pour gagner l'Asinara, où la pèche devait avoir lieu.
Le thon est une espèce du genre scombre, el fait partie
de cette famille de poisson, appelés pélagiques, parce qu'ils
se tiennent pendant une partie de l'année, h une grande
distance des côtes. Pardonnez-moi ces détails scientifiques,
que le citoyen Lacépëde peut vous donner infiniment mieux
que je ne saurais le faire. Réunis en Ironpes nombreuses! tes
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urmu scR la sAuiAioifB. 866
Ihoot fomA rar la mrftce de la mer^ loojours préU à repons-
ser les enoeoiia redoiilablea qui laor fool la guerre. Poinoot
voyagears, on les a yos sniTre on béUiiieBl pendant plosteara
centaines de lienes, nageant à Tombre de ses voiles, et dé-
vorant, avec avidité, tous ces restes substantiels que l'on
jette 6 la mer. La délicatesse du double sens de Touïc
et de la vue, Irès-développés chez ces animaux, explique
leur frayeur soudaine , et cette prudence merveilleuse ,
qui ne les abandonne qu'à cette époque de l'année, où la
nécessité impérieuse de la ponte et de la fécondation des
œufe les forcent à se rapprocher du rivage. Dans la Médi-
(errannée, les plages solitaires de la Sardaigne sont les lieux
les plas ordinaires de leur rendez-vous ; ils y trouvent en
abondance le maquereau, et surtout la sardine dont ils sont
très-friands. C'est grâce àcelle loi périodique de reproduction,
à cette Toradté eiceasive, et aussi à leur audace dans la
danger , qu'on a pu choisir les époques , les Ueui et lea
iBoyeni las plus propres à procurer une péehe abondante.
La thonnaire d*Asinara est la pins importante de la Sardai-
. gne. Le mot tbonnaire, en italien lonnani, est le nom do fi-
let doni on fait usage dans cette pèche, cependant il sert
aussi à désigner la pèche éHennéme» ou rendroit oà elle a
lieu, et que Ton nomme également UMiidra» on enclee.
Cependant, lea bateaui des pécheurs dessinaient au loin
sur le rivage leurs silhouettes aiguës ; immobiles et sileodeas,
aux rayons du S(deil levant, comme Timmensité paisible des
flots qui les entouraient. Tout-à-coup les signaux, placés
sur les points culminants de la côle, annoncèrent l'arrivée
des thons. Ils s'avançaient rapidement, comme une légion de
soldats, les plus forts, les plus audacieux en léte, faisant bouil-
lonner les flots qu'ils refoulaient devant eux. On les voyait
au loin s'élancer, bondir sur la surface des eaux, cingler avec
la rapidité de la flèche, et lancer l'écume blanchissante sous
306 LETTRES SUR LA SABDAIGKK.
\9h coiip$ de teor «pMoe longue, et découpée eo forme de
croisuot. Alon les voiles ie hiMèrent eo boul des mflls, les
btrqoes glissèrenl sur le mer, el se dévdoppèrenl ao Mn sir
nne Hgne immense, jelent des pièces de filets lestés, qui for-
mèrent derrière les monstres meriis une bafrière infrandiis-
seble. Après s*étre longtemps poorsoivis, avoir jooé» cabriolé,
mangé tout à leur aise, les Ibons abendonnèrent enfin le ri-
vage, pour voguer en pleine mer. Mkis une muraille mou-
vante se dressait devant eux ; plusieurs s'engagèrent k tra-
vers les filets, se déballant arec fkireur, IWsanl chanceler les
pêcheurs dans leurs barques, prêtes à chavirer. ïjean effîNls
furent inutiles, un petit nombre seulement parvint à se frayer
tine issue. Enfin, un passage s'ouvre devant eux, c esl une
de ces longues allées, appelées chasses, en terme de pêche, el
qui vont du rivage à une vaste enceinte, espèce de parc qui
, resie construit dans la mer. Les poissons s'engagent audacieu-
sement dans ces allées, où les poussent cl les pressent les hardis
pêcheurs, qui leur coupent la retraite avec d'immenses filets.
A leur suite, accourt la (lotiUe des marchands et des curieus.
La grande enceinte du parc est divisée en compartiments,
formés par des cloisons de filets soutenus par des flottes de
Vége, et amarrés à des ancres, espèces de chambres dont cha-
cune a son nom particulier. Les thons, toujours poarmivis,
saisis de frayeurs, passant de chambre en chambre, pareou-
furent nne longueur de phis de mille mètres, el arrivèrent
enfin à la chambre faïale, dont Ils ne devaient plus sortir,
à la M»sra delto morte. Tandis que les barques eurieoseï
se rangeaient à rentônr, le filet qui forme le tond de cette
dernière enceinte, un peu soulevé, fit monter & la surface de
Tean les poissons prisonniers, àlora une eenlalne de peUles
naceHes, montées por des pécheurs armés jusqu'aux dents,
comme pour on abordage, s'élancèrent au milieu d'eux, et la
bataille commenta.
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LBmtt SUR LA SAROAMMB. S67
Lei croci, tes piques, les harpons, plongeaieol dam Tean,
et remonlaieDl sanglants poar retomber encore ; les haehes
firappaieni des coups redoublés, les Ihons blessés el furieux
faisaient bouillonner les flots dans les convulsions supri!Miies
de leur agonie ; la mer, violemment agitée, roulait çà el là les
cadavres sanglants el les entrailles palpitantes de ces pauvres
monstres, et se couvrait d'une écume rouiîe de sang. L'haleine
bruyante des victimes, le mugissement des tlots, le grince-
ment du fer, se mêlaient aux cris féroces des pécheurs intré-
pides qui, suspendus dans leurs frêles nacelles sur une mort
horrible, s'excilaient au carnage. Speclade triste el terrible,
et qai m'avait rempli le cœur d'une horreor el d'une pitié
si grande, que j'aurais voulu voir on de ces hommes tomber
à la mer, el les scombres venger sur lui la mort affreuse à
laquelle ils étaient condamnés* Mais je peux me consoler,
la chose est arrivée déj& plttsieon fois. Pourtant celte féroce
et dégoAlanle boucherie était, pour tous les spectateurs, une
fête charmante ; le del avait, ce jour-tà, une pureté délidense ;
les femmes, qui remplissaient les barques, étaient parées de
leurs costumes les plus coquets, et contemplaient, avec de
bmjanU éclats de rire, les contorsions suprêmes des victi-
mes ; des chœurs entonnaient de joyeux refrains, avec ac-
compagnement de tambourin, de fifire et de lymbale ; le soir,
enfin, sur le rivage ensanglanté, on dansa le plus joyeuse-
ment du monde.
La pi'chc s'ouvrait sous d'heureux auspices. En celle seule
journée , on avait tué environ quinze mille thons, dont quel-
ques uns pesaient au moins vingt kilogrammes, et le mas-
sacre avait été si horrible, que le sang avait rougi les eaux
de la mer à deux lieues de distance !
Le lendemain je rentrais à Porlo-Torres. VIchuvsa, bâ-
timent h vapeur qui fait le service de Gènes, était dans le
port cl parlait le jour suivant ; je relins mon passage, el fia
3S8 LBTTBBS SUR LA SAKOAIGHB.
mes prëparalifs de départ. Je vais donc quiller, à jamais
peul-ûlre, celle icrre heureuse el cachée, ces montagnes
géantes, ces Toréls vierges, ces jardins embaumés. Je vais
dire un éternel adieu à celle population hospilaliëre, à ces
moan simples el naïves, à ces coslumes charmants et bi-
zarres, comme ceux qui les portent, 5 ce petit monde enfin
oablié an milieu de la mer, el dnnl l'obacurilé poétique, 4|iii
l*eQTeloppe et la protège, a fait dire au poète des FwWm
d^auUmn$ :
Quand vous verrais-jc Etpague,
Grèce qu'on «oàaalt tnip» Senh^ie qn*on ignore!
Mais, avant de partir, cher ami, je veui essayer de vous
communiquer les quelques notions historiques que j'ai pu
recueillir sur la Sardaigne, ainsi que certaines remarques
physiologiques ; elles corrigeront, peut-être, aux yeui d'un
homme grave et positif comme vous, un bavadarge pauvre,
incohérent, prétentieux.
t'n soir, qu'à VOsteria délia croce di Malta^ je causais
avec le vieux professeur de l'universilé deSassari, la conversa-
tion tomba sur Toriginc fabuleuse de la Sardaigne, et sur
ses premières époques hisloriques. Heureux il untî occasion
qui lui permettait de m'élaler sa science, « celle queslion,
rac dil-il, est encore h résoudre, adhuc sub judice lis est,
(la cilation, quelque peu connue, élail nécessaire dans la
bouche d'un savant ) , les opinions de mes confrères sont
encore divisées. Les uns croient en trouver la solution, dans
le nom de Sardo, fils dllercole, qui visita plusieurs îles de
la Méditerrannée ; d'autres , dont j'ai l'honneur de faire
partie, après avoir longtemps cherché cette élymotogie, se
sont arrêtés au mol grec : Sandaiiotii, qui veul dire sandale,
à cause de la forme de notre |tle, qui reprodull, à ce qo'U
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LETTRES SUR I.A SAKDAIGNK. 369
paratt, assez exaclemenl la figure d*uiie semelle. C'est auni
ravis des poêles :
écrivait Gleudien , et Silio!) Italicus avait dit avant Itti :
y^KUe uil> imnijiiie plaiitif
Ittde tchttuta priuâ graUi iniumtata cotoni».
Maisjeniis obligé d*avoiier, ajouta le docte vieillard , <kiie
cette ressenlriance ne ni*a jamab frappé : les anciens, peut-
être, avaient-ils les pieds autrement oonformés que les nôtres ?
la chose parait asses probable, car, le mol Mniisa, dont
les Grecs la nomment encore, sert ù désigner Tempreinte
que laisse un pied sur le sable. »
Quant aux vicissitudes politiques, par lesquelles la Sardai-
gne a passé, je vais essayer, cher ami, de vous répéter le
plus couramment possible, la leçon que j'ai apprise :
Les Phéniciens eiivoyèrenl des colonies en Sardaigne, en
même temps qu'ils en faisaient descendre en Afrique, en Si-
cile et jusqu'en Espagne. Ces colonies fondèrent plusieurs
villes, enir'aulres Cakalis, aujourd'hui Cagliari. Les mo-
numents de toute espèce, dont ils couvrirent le sol, et dont
chaque jour encore on retrouve les vestiges, allestenl leur
longue domination, confirmée d'ailleurs par le récit de Dio-
dore de Sicile, que quelques savaals ont la préleotion d'a-
voir lu.
Après les Phéniciens, la Sardaigne resta soumise aui Car*
thaginois jusqu'à Ja fin de la première guerre punique,
époque où eUe passa sous la puissance romaine. Les Sardes,
fiers el courageui , tentèrent plusieurs fois de secouer un
joug, odieuK, mais, vaincus, un grand nombre d'entie eui
■e réfugia dans ces montagnes inaccessibles, qui s'éléveol
entre Tempio el le golfe magnifique de Terra-Nova , pré-
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S70 LItmBt m LA tAMAMMI.
firant la misère et la mort à l'esclavage. Soumise alors au
gouvernement d'un préleur, la Sardaigne fut heureuse et
florissante, la beauté de ses campagnes, la fertilité de son
sol devinrent célèbres dans le iBonde, el furent cbaatét par
lea poêles de Rome :
OpiMM.
t^èerie Horace quelque pari.
Ptbpauœ CtreriM nutrila fmore^
inarmare de aon cMé Silina Ilalibas. Et Qaudleii, d» MIS»
gUâonieo, a eèlébré lea plaines da Gampidano, an milleD
desqaelles a'èlère anjoard'hiil rëtaUlMemeol Yictor Eai-*
maoïiel :
Qiite paf$ vhinior t^ds
Plana solo, ratibu* clemcnst etc., etc.
Enfin, je me rappelle avoir la aioi-*iBéme qneCieéron, dans
son diseonrs pro Uge MmiUia , l^appelle le grenier dii
peuple romain. Décidément il y a par le monde des hom-
mes bien savants!
Mais la dt^cadence romaine approche, les exactions com*
mencent, les questeurs, infidèles el voleurs, ruinent lo pays
qu'ils adminislrenl ; peu h peu la misère grandit, la (erre de-
vient aride el se dépeuple, el enfin, au VIP siècle, les Sarra-
zins paraissent, envahissent l'Ile el la saccagcnl à plusieurs
reprises. Les Génois et les Pisaiis arrivent h leur leur, el
chassent les Sarrasins après leur avoir livré quatre batailles
sanglantes. De ce jour, la Sardaigne adopta l'écusson qu'elle
conserve encore : une croix de gueules, accompagnée de
quatre léles de Maures. L'île était alors soumise à des juges,
dont l'autorité passait de père en Ûls, et qai relevaient du
•
Sainl-Père. Mais le calme dont elle Jooit ne fut pas de longue
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LRTIM m LA SAUIAIOIIB. 371
daié0t el tes lattes lerriUes des Gémis el des Pisans, la em-
vrinmt om fois eoeoro de ssag el de raines.
Par on don de BonHiMe TUI, elle pesra à Fei^Dind^
Galboliqoe, mari d'Isalieile de GasUUe, et père dé Jeaone-la-
Folle, el appartiol à la nuison d'Espagne jusqu'en l'année
1708. Mais, dnraol les guerres qui sun inrenC, les alliés de
Tarcbldiic Charles s^en emparèrent, en faveur de ce prince.
Reprise quelque temps après par le roi d'Espagne sur l'em-
pereur, elle resla entre les deux maisons impériale el royale
une cause de discorde, iorsqu'enlin le trailé de Londres décida
que la couronne de Sardaignc apparliendrail au duc de
Savoie, qui, en échange, cédait à l'eoipereur son royaume de
Sicile.
Vous le voyez, celle pauvre (erre de Sardaigne a été sou-
mise h de terribles vicissitudes. Sa position admirable, au
centre de la Méditerrannée, la richesse de son sol, son io-
croyable fertilité, en la rendant un objet de convoitise pour
les nations rivales, ont été pour elle les causes d'ane raine
totale. Dès le leasps de Charles V, la Sardaigne est épnlsée;
Les rois d'Espagne, contraints de s'en rapporter à des vice-
rois, qui ne s'oosi^eot que de leurs inléiéls personnels,
ne regardaient' d^à celle lie que comme une lerro stérile,
rapportant h peine les frais que coàlalt sa conserralion.
L'établissement de la Ittodalilé j date de la conquête arra-
fonalse. Les nobles. Sardes et Espagnoto, annl nonibrens
qu'ils Tétaient en Pologne, car la noblesse pouvait s'acquérir
par des dons faits au vice-roi d'Espagne, jouissaient 4e
privilèges scandaleni, d*eienplions multipliées, laissant à
payer les dépenses publiques au peuple. De son célé, chaque
membro du dergé, et Dieu sait quel en est le nombre, avait
une eiemplion personnelle, el fesail jouir de Timmunilé sa
maison toute entière, en en faisant passer les revenus ttous
son nom, et les moines réguliers, mendiants, cl, si j'osais le
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37â LKTTRliS SUR LA SARDAIGNK.
dire, fainéants, ne savaienlce quec'élailque Inxeou contribu-
tion. El puis sept archevêques ouévéques, des chanoines, des
curés sans nombre, propriétaires de bénéfices énormes; des
canonicaU, des prébendes, un revenu considérable enfin, qui
ne rapportait rien & Télat, el que le peuple sent était obligé
de remplacer, sans compter les dîmes rigoureuses et le caseel
qui iont à sa charge. Faut-il encore parler de tous ceux
qui renpHnaiciit qoelqu'office aapiès de la aafnle inqni-
sillon d'Espagne, dontnn grand Inqnlsitear siégeaK à Sami,
afée oiBeien, commissaires, sergents et geOtiers, établis Jns-
qne dans la moindre boargade, et Ions esempis dMmpOls,
eux et lenrs famiKari; organisation pnissanle , qoi sorvéent
en 1708 h Texpolsiondes Espagnols, et vint se réfagier dans
les palais épiscopanx.
Et cet état de choses, inique, monstrueux, hier encore,
était en pleine vigueur ; aujourd'hui même , malgré les
efforts d*an roi quelque peu libéral , qui comprend enfin
la nécessité de réformes radicales, il persiste, et trouve un
dernier appui dans la résistance du clergé. Faudra-t-il
recourir à la force? Hélas ! le glaive el le fusil sont trop
souvent les clefs, qui seules peuvent ouvrir les portes d'airain
de la barbarie el de Tégoïsme.
Ce pauvre peuple , négligi^ jusqu'alors par ses souverain?,
qui, ne tirant rien de celle fie, l'onl laissé dans une ignorance
grossière ; assujéli h des étrangers exclusivement nommés à
toutes les charges du pays, exposé en outre sans défense aux
«lescentes des corsaires de Barbarie, et seul, enfin, portant
le poids des impAts de toute nature, est tombé dans une
profonde misère ; le découragement s'est emparé de lui, le
pays s*esl dépeuplé, le sol est devenu ineulle , el de plus en
plus insalubre» et le paysan sarde renonçant enfin à cultiver la
terre pour enrichir ses seigneurs et engrafaser aea meines,
a pr(C6ré, «u travail régulier , la vie indépendante et vaga-
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LETTRI-S SUR LA SARDAIGNR. 373
bonde des pasteurs. Mais on esprit de lomiëre et de progrès
commence ù souffler sor cette (erre prédestinée, et , comme
d^k je TOUS l'ai dit aiileiirs , rnie ère nontelle de gloire et
de prospérité ti commencer pour elle.
Mais aossi, quel pays fat jamais plus privilégié de la
natnre, qne cette Ile I Placée snr la rente de TOrtent, des
golfes magnifiques fermés anx Tenis dn nord, comme cent
de Gagliari et de Terra-Nova , découpent ses rhrages. Son
sol, d*une fertilité merveilleose, se divise en trois régions
distinctes par leur aspect et lenrs prodnlls. An nord, les jar-
dins de Saasari, les boisd*olivier8 et d*amandiers, les champs
delabaeet les prairies; an centre, les monts inaccessiMes,
les forêts vierges de chênes verts, de lièges el d'ifs, où
parrois rinsouciancc des pasteurs allome dMmmenses in-
rendies; au sud, ce sont les plaines brûlantes de l'Afrique,
les moissons ondoyantes, les palmiers solitaires, les cactus
el les aloès, el les grands bois odorants d'orangers et de
citronniers. Des rivières, petites mais nombreuses, coulent
dans tons les «ens; des torrents bordés de lauriers roses,
descendent des montagnes, dont un sainfoin naturel 5 fleurs
de pourpre, nommé su(a, tapisse les sommets. Les fruits
de tontes espèces y mârissenlen abondance, el, malgré l'in-
suifîsanoe des instruments de labour, de magnifiques récolles
de froment, de blé turc, de fèves, de lentilles couvrent
cette contrée; la cnitnre de la pomme de lerre vient d'y être
tentée avec succès par les agricnltenrs de rétablissement
Vfclor Emmanuel ; le chanvre sent est encore inconnu. BnAn,
des vins variés el dèlicieui, qui, si ce n'étaient les droits
énormes qu'ils sont cendamnés A payer au conlinenlj aoqiaié-
reraient bien vite une grande célébrilé.
QnoiqM paavro en produits effedifs, la Sardaigne est, pour
la quantité de ses bestiaux , d'une ricbeme incroyable.
Ces bestiaux ne sont pas en généni d*une tnllle développée ;
37i
LKTTItES SDA LA SARDAIGKB.
cela Uen( » sans doute , aui privations de toul genre ,
auxquelles les condamne rincurie ou l'ignorance sardei.
Mais celle petUene ne nail en rien à la grAee de lenit
fornea el à leur vigoear. Les chevant antsit forts, éMgaalf,
conuDe des chevaai arabei, sont pelili , et la race conaiie
sons le nom dUeJkafla» y est très eoominne. Dam les bois,
sur les montagnes, on Iroove réunis des animaui, dont les
espèces différentes sont ailleurs séparées et dispersées sur tous
les points du continent, depnb le mouflon et le capriolo ou
dsim tigré, jusqu'au renard bleu, depuis la perdrii et le
faisan jusqu'aux oiseaux de passage : la cigogne et le fla-
mant. Les animaux nuisibles, l'oors, le loup, y sont inconnus,
el les serpents, très peu nombreux, n'y ont point de venin.
Strpenhim tellui fmt-a , ac viduaia lenenit.
Le climat de la Sardaigne est très beau; l'hiver, pour elle,
comme disent les poètes, n'a pas de frimais, et jusqu'au mois
de juin, la brise qui vient de la mer tempère les chaleurs de
Tété. Quant à l'inlempérie mortelle qui désole quelques
contrées, elle existait déjà à l'époque de la domination ro-
maine, car j'ai souvenance d'nne spostrophe peu parlemen*
lairo de Cicéron à un nommé Tigellios : « Je me ffilictte,
lui di(^, de n'avoir pas à supporter un Sarde plus empesté
que son pays. » Ailleurs, dans une lettre adressée à son
frère, en Sardaigne, il lui recommande la prudence Indis-
pensable dans une contrée malsaine, eum mi fraUr^ ut
noirai , et ^uon^iMMi ssf Msaïf , lomsn Swrâinkm Ulam sut
eogUn, Mais des travaux d'assalnissenient, et l'exlension de
la culture parviendront, sans aucun doute, à détruire ce fléau.
Déjà le dessèchement et ia culture de Télang de Sanlari ont
produit une amélioration inconleslabie.
Et maintenant, si nous pouvions pénétrer dans les en-
irailles de celle terre promise, nous y découvririons des trésor»
de substances minérales : des mines d'anthracite d'une
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LETTRES SDR LA SARDAIGNE.
375
grande richesse, des minerais de fer, de cuivre et de plomb
argentifère. Les excaviUoos, dont les montagnes sont criblées,
proavent qu'autrefois ces minea forent eiploiléei par les Ro-
mains , les Cktaois el les Pisans.
Enfin, malgré le reprocbe paéril d'Insonclanee, qn*on
leur adrene, reproche fondé mr la natnre de leor langue,
qni flMmine de /lilur» les Sardes soni des hommes palienis,
énergiqnes, eoorageni, et d*nne intelligence si rire, si eom-
plèle, qne tons les foyageors qnl ont séjourné an mllien
d'eni, en ont été surpris et charmés. Ib sont robustes et
bien déeonpés dans leur taille, et les traits réguliers de leur
fisage respirent la douceur et la fierlé. Les fiommes sont
d'une beauté remaquable ; c'est on mélange séduisant de
grâce et de force. Que ne faulp-il donc pas attendre d'une
telle nation, quand Theare de la liberté aura sonné pour
elle ! ! !
Mais pourquoi vous étaler plus longtemps ma pauvre scien-
ce? Tous ces détails ne sont-ils pas renfermés dans le beau
travail publié par Monsieur de la Marmora, dont Monsieur
U. Ferrand a fait un résumé si complet.
El puis, voici l'inslanl du départ, la cloche du bâtiment
se fait entendre, el déjà l'eau bouillonne autour de la ma-
chine, qui bientôt va raser la mer, comme une hirondelle,
en ballant les flots de ses ailes infatigables. Pardonnez
votre ami celle comparaison tant soit peu surannée ; adieu,
et que les vents me soient propices.
M.*H. M.
FIN.
MONOGRAPHIE HlSTOillQUK
MJ
BUGEY'.
OUBBBR8 DKS COMTES I>K SAVOIE ET DKS DAUPUINS OÉ VIEN-
1I019, DAKS LB BAS B86BT, AD XIV* SIÂCLB.
Quidijuid deliram r«8«»i phtÊmÊÊt MiM.
■MAO, Uv. I épil. «.
Les étals des Dauphins el des Comtes de Savoie éUient
entremêlés, sans limites précises ; quelques-uns de leurs fiefs,
enclavés; d'autres d'une mouvance contestable. Dans un temps
où les Gefs suscitaient entre suzerains des prises d'armes fré*
qoeolcs, cette situation conlentil DaUireUemeDi aoe somte
•bondanle de conleflalions el de guerres; elle engendra
ehex ces princes une ardente rivalité, des diieerdet el dei
inioiiliés impiacaUes, parloul des gaefrei daranl nii aiëde,
jusqu'à la réoDion dn Daopbiné à la France, on pour mieni
dira, dv Bngej à la Savoie.
Le Bas-Bogey a élé principalemenl Tobjel el le Ihéélre
de ees guerres.
(i) Voir les livraix.ns iJi,iaS, 13;, 141,143, 1^4 el i ^(1, ou I. XXI,
p. 319. t. XXII, p. 81, t. XXIII, p. 353, 1. XXIV, |n>. 193,361, 453,
(« XXV, p. toi, 1. XXVI, p. iS, el I. XXVIII, p. 169.
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DU BUGBY. 877
Oo a TB tes sirei de la ToBr-da-Pla, Moeesseon des Co—
ligny dans te Bas-Bogey, y agrandir leur domfoalioD en im-
posant tear prolection au abbés d'Ambronay. Lorsque le
comte Philippe, Ton des prinoes les plus politiqoes de la
maison de Savoto, eût ajouté la Bresse à ses éUtspar le mariage
de son neven avec Sybllle de Baugé, il considéra combien te
sire de la Toor-du-Pin était on obstacle à la libre possession
de celle province. II n'avait, en ciïfl, pour y aller, qu'une voie
précaire, car le sire de In Tour, maître du château de Varey,
prolecleur d'Ambronay, régnait dans la vallt^e de l'Ain, et du
haut de Saint-Germain, à l'ouverture de la gorge de l'Alba-
rine, tenait la c\ù du délilé de Saint- It;mil)crt, seul passage
des comtes de Savoie dans la Bresse. Kn vue de se crt^er une
voie de communication indépendante et de s'agrandir dans
le Bugey, le comte Philippe entame des négocialions avec
l'abbé d'Ambronay pour dépouiller le sire de la Tour du
prolecloral de celle abbaye. En 1276, ce droit de proteciioa
avait fait naître entre l'abbé Jean el le sire de la Tour une con-
testation qui fut réglée par on traité, à la date du 9 octobre,
énonçant que la haute justice appartient au sire et que l'abbé
est tenu de Théberger, lui et ses gens, lorsquMI ?ienl au mo-
nastère (1). Philippe profite adroitement de ces démêlés; il
traite, en avec Tabbé mécontent et devient son proteo-
leur moyennant le quart des bannalités et redevances, y com-
pris te droit de convoquer le ban el rarrière-ban, et de tenir
garnison dans la tour d'Ambronay ; mais la hante justice,
principal attribut seigneurial, est réservé i l'abbé (9). En
outre, il pratique des menées hostiles sur un antre point en
acquérant l'hommage lige du seigneur de Brlord, vassal du
Dauphin el en revendiquant un prétendu droit de sttierai-
(1) Arthha <te S^'VUauiee-dê'Remem.. Lateasonnière, tome 3, page 59.
(t) Gnichenon, Pnmm de Vhin, de la mtdum de Savoie, page 8S.
SI*
378 MONOGRAPHIE HISTORIQUE
nelë sur la baronnie de la Tour-du-Pin. Ces usurpations étaient
une déclaration de guerre, mais des événemeDls coosidérablei
riennent en suspendre les effels.
Celte même aonée, Anne, unique héritière du Dauphin,
porte la couronne delphinale dans la maison de la Tour-du-
Pin ; Humbert de^ Tour, sou mari, en ajoutant les états du
Dauphiné à ses propres états, devient un voisin redoutable
au comte de Savoie. Les grandes affaires de son avènement
ne loi permettent pas de s^occuper d'Ambronay ; Bobert, duc
de Bourgogne, prétendant è la succession du Dauphin, lui
avait déclaré la guerre. Lorsque Humbert, ainsi occupé, ne
peut user de toutes ses forces contre Philippe, celui-d meurt
dans son château do Bossillon en Bugey, laissant à son neveu
Amédée, surnommé le Grande sa succession et la suite de
ses hostilités avec le Dauphin (1).
Les premiers jours de ce règne sont troublés par le Dau-
phin et le comte de Genevois (2) coalisés. Ces princes font
invasion simultanément dans les iHals de Savoie. Le comte de
Genevois porte ses armes dans le Haul-Bugcy qu'il dévaste;
le Dauphin, dans le Viennois où son ennemi possédait des
fiefs enclavés. Avec une pelilc armée levée à la hâte, Amé-
dée fond sur le romlo de Genevois, le bal complètement et
s'empare du fort de l'Ecluse (^); puis tournant rapidement ses
armes contre le Dauphin, il allait lui faire subir le môme sort
lorsque le duc de Bourgogne intervenant fait cesser cette
guerre, dicte un traité de paix et le cimente par le mariage
de Jean, fils aîné du dauphin avec Marguerite, £llle du comte;
ces fiancés étaient des enfonls à peine sortis du berceau (4).
(1) Chorier, page i73>
(S) Amédée II.
(S) Ifbr. tmhtnelltt toae 49, page 89.
(4) Ht ee trailé 4a jeudi après l'oetSTe de ia saini Uartln ItSV, le W
ei l« dilletn 4e l'Hiiii bmnt nndaê 4«uphio, le M i^^, mim» •M*«f
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DD BlIâBY. 379
Lo duc de Bourgogne, à le tuile de le guerre feile à Hum-
bert |HNir aouleolr son prétendu droit à le wurereineté du
Viennois, ereit ecquis par acoonunodemenl, ions les auspices
de Philippe-le-Bel, le Revernont, dont ses prédécesseurs se
prétendaienC les suierains. Sollidlé par le comte de Savoie»
le duc lui cède cette grande seigneurie au prii de huit mille
livres et en échange des fiefs de Cuisery, Sagy et Savigny.
Cette acquisition place, toute la Bresse sons la puissance
d'Amédée V et lui rend plus désirable une libre communication
avec cette province (l).
Cependant, la pacîGcalion opérée par le duc de Bourgogne
n'était en réalité qu'une (rêve ; Ambronay* laissé au comte,
était toujours une cause de dis{ orde. Le dauphin mécontent
prend les armes et s'empare du chilleau de Monlrcvel dans la
Bresse. Mais le roi de France et le roi d'Angleterre, ayant com-
pris dans leurs préliminaires de paix le dauphin cl le comte,
celte clause engage ces princes h suspendre leurs hoslililés (2).
Peu de temps après, Rodolphe de Monlmajeur, bailli du
Comle dans le Bugey, sans doule à l'insligalion de son
prinr.e, forme des intelligences secrètes avec quelques prin-
cipaux bourgeois de l'Huis, ù TefTel de se rendre maîlre de
la ville et du ckéleau (3). L'évêque de Belley, Pierre de la
( l'année commençait à Pâf|iics Le <iau|iliin roçul eii m^mo lempt 1500
livres, «lues par un particulier pour n iloaiiccs arrii iccs.
(1) Cet acte d'acquisition fui fait en octobre Iâ89. — Cliorier, fll»l.d«
Daupkinéf |iagc 171.
(S) Philippe, roi de Praeee, «lait perMunellemenl ioléroMé à oonprandrv
dans ee mité de pois le dauphio et le eonle de Savoie • son allié ; il avail
tellemcnll oiaur de a'alladicr le comle. qo'apréa la prise du Montrcvel par le
dauphin, il lui avait cédé, en iiidemnité , la possession des fiefs de Ch.Mcau-
ncuf-du-Bois et Je Sainte-Marie, dans le Mâcoiinai», jusqu'à ce que Moulrevcl
fAt restitué. Cuiclienoii, Pretaes de l'fiisi, de Ili ff*e, page 122.
(3) Ce» principaux bourgeois du l'Unis ctaient les nommés Perroncl,Fo*
•on, P. Bellon et P. Caisc. Chorier, page I8C.
880 HOMOWAPHII mSfOIIQUB
Baume, a le tort d'entrer dans ce complot et de 8*eii faire le
oomplaiMnt agent, ainsi qu*il râiulle d'uD traité d'Aroblagoieu
qui contient les promesses faites et les engagements pris à ce
deaiein. ledauphin, averti à temps, le fait avorter et attend
une occasion favorable d'en faire éclater son ressentiment.
Les annales de celte fln du XIII^ siècle noQS montrent,
chaque annôc, les lioslililés reprises par l'un de ces princes
ennemis, surloul par le dauphin, animé du plus amer res-
senlimenl, les populations ruinées par ces gucnt'S de rivalilù,
d'ambition L'I de ven^^carire, des personnajL,'es |)uissanls s'em-
ployanl ii les prévenir ou n les éteindre , le.s archevêques de
Lyon el de Vienne avec queliiues seigneurs influents, habi-
luellemenl médiateurs ou arbitres de ces contestations sans
cesse renaissantes, toujours impuissants h calmer l'animosité
de ces rivaux qui ne consentent à suspendre la laUe que pour
recruter des alliés el se prépare à la guerre (1).
Par un traité du 8 mai 1300, le comte de Savoie fait entrer
dans son parti Bertrand de Baui, seigneur d'Orange ; il es-
pérai,l une puissante diversion de ce prince contre le dauphin ;
celui-ci, de son côté, comptait des alliés considérables et fi-
dèles, le comte de Genevois, le sire de Thoire et de Villais
et le seigneur d'Anthon.
En 1300, le Bugey, le Faucigny et la Bresse sont en proie
à une guerre de dévastation, suspendue par rinterventlon
fortuite du comte de Valois, Ois du roi de France, et reprise
peu de temps après, malgré les dispositions pacifiques des
principaux vassaux (2).
{1} VoirCiwrier.ir/ff. dmlkuiphine, ré^ne d'Hamberl { Gaiehenon, iM.
it la maiion df Savoie, té%nc d'AinétIëc V ; Hist. uniperultt, tome W.
(2) Muni (Je pleins fiouvoiri, le comte ilc Valoil avait prononcé que celui
tics dcu\ princes (|ui reprend mit les arme», payerait quaratite mille liv**
|»our les dépenses ile la croisade, el qui> t( lie somme serail , de part el
d'aotri!, dcposcc dao« lei maioa du pape ; que loul ce qui avait clc pu* J*"*
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DU BDOBV. 381
Le pristemiM de TaDBée 1304 semble voir le terme de cette
latte si faoeste aux popnlatioiis. Un projet de.paix, signé le
k mai, énoDoe dans ses nombreux articles qne le comte de
Savoie fera démolir le fort de la BflUe qull a constrnit h
Saint-Jean-le-Vieox et qoe, par compensation, le danphin
remettra an comte le chAteaa de Saint-Germain et les villa-
ges qui en dépendent dans la vallée de l*Albarine; qne le
cbâteaa des Alymes et la tour de Laysandre dans celte région
de montagnes, seront rendus an comte de Genevois, allié du
dauphin (1). L'interprétalion de ce traité, en voie d'exécution,
était sur le point de rallumer la guerre; mais le pape Clément
V, qui organisait une croisade, dans la crninlc que res prin-
ces belligérants ne pussent prendre |>art à rcxpédition sainte,
suspend, pour un temps, les effets de leur inimili(^ (2).
Pendant celte trêve, le dauphin ne pouvant contenir son
animositô entre en campagne et s'empare du ch.1teau d'En-
tremonts, repris aussitôt par le comte de Savoie. Les hostilités
étaient poussées de f);irt cl d'autre avec une nouvelle ardeur
lorsque le dauphin Humberl meurt au coinrnenremenl de
l'année 1307, laissant à Jean, son liis, sa couronne el ses res-
senliments.
Humbert fui le digne chef de sa dynastie. L'histoire lui
décerne des éloges mérités, à part ses guerres qn*excQsenl
insqn*à an certain point les perfides menées da comte Philippe
et les injosles prétentions d'Amédée concernant nn droit de su-
lerainetésar la baronniede la ToarHlo-Pin.Hnmbert souti m sans
désavantage sa longue lutte avecle comte de Savoie, doué de
qualités plus brillantes, mais non plus solides. A sa mort,
Guillaume, comte de Genevois, son allié, las de ces guerres
la deniit're guerre serait restiiu»'-; fpip \cf rorls nouTcllement conslruil» »c-
raicnt dt-molis cl les prisonnier», rendu», //nf. de la mouonde Savoie.
Il) Uuiclienon, hist. de Brease, ['Ogo 35G.
(S) Bntlc du mois Je mtn 1306. — Guiclicnon, A/if. de la ataito» d* Savoh.
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389 momoûtjomu HimBiQin
inlenninables, se décide à rendre hommage aa comte de Sa-
voie, avec réserve de resler neutre i\ l'avenir (1).
La Irëve entre le nouveau dauphin et le comte, soa beaa-
frère, est prolongée d'un commun accord.
Le château de CluUilloa-de-Corneille avait été ruiné dans
les dernières guerres. Comme il était dans une position im-
portante et naturellement t'ortiliéc, le dauphin ordonne sa
restauration. La chartreuse de Meyria devait fournir les bois
nécessaires. Celle obligation, résultant d une ancienne charte
de concessions, était une servitude onéreuse à cette commu-
nauté. Le dauphin consent t l'en aflTranchir, au prix de trois
cent livres viennoises. Le titre de cette déclaration aalhentiqne
était revélu d'an sceaa à Tefligie dn jeune prince avec ses ar-
moiries as revers, portant on âaupliiin entre deai louri et
an dragon en pointe (2).
Amédée profite de la trêve poor assister aa oooronnement
de l'empereor Henri VII, en Italie. Pendant son absence, le
dauphin essaje de recouvrer par les armes Àmbronay et les
châteaot dont le comte s*esl emparé ; mais Édouaid, fils afoé
d'Amédée, déjoue celte tentative. Ces princes,après avoir sse-
cagé quelques bourgadeSfSe soumettent à des arbitres qui font le
partage des chAteaui et' fiefs conlentieui, laissant Ambronay
au comte. Aussi, cette senlence ne fuUelle qu'une courte sus-
pension d'hostilités. Le dauphin rentre' en campagne. Tandis
que ses bandes armées se livrent à la dévastation et au pillage,
la mort de l'empereur , attribuée è une hostie empoisonnée,
précipite le retour du comte Amédée. A l'aspect de cette
guerre qui consiste à saccader les villages et à les incendier,
le comte, transporté d'indignation, provoque le dauphin u un
(I) Tniié du moi» de novembre 1808. — LeTrictt hiu. des emu» dk
(S) CbmleuUu. BmtphiHé, pege SOS.
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DU BL'GBV. 3S3
combtl singulier. Les principaux seigneurs s'empressent d'iii«
terreoir comme médialenrs el décident leurs smerains à ac~
copier la dernière senlenoe arbitrale el à reconnaiire l'indé-
peodance d'Ambronay. Ce irailA de 1S14 est dal6 de Gre-
noble. (1).
Llndèpendance d*Ambronayt principale cause de discorde,
semblail enfin asseoir la pait sar des bases pins durables,
lorsqu'on évènemenl dramatique rallume toul-à-eoup le §ea
des hoslililés el lui imprime un caractère plus grave.
Ambronay était gouverné par Amblard de Briord, abbé
vénérable, très attaché au comte de Savoie. Admirateur pas-
sionné de ce prince, Il se plaisait à faire son éloge et n'avait
pour le dauphin que des paroles de mépris. TVois moines dau-
phinois, outrés de celle parlialilé, en conçoivent une haine
violenle el forment le dessein de venger leur souverain. Ayant
praliquù des inlelligences secrètes avec les gouverneurs des
châleaui voisins qui tenaient pour le dauphin, ils introdui-
sent, de nuit, par une porle d»^robée, des hommes d'armes
qui se rendent maîtres de la place. L'élendard du dauphin est
planté sur la haute tour ; l'abbé, qui allait à l'odice de ma-
tines, est étranglé et pendu à une croisée de son monastère.
Justement révolté de cet attentat, Amédée, de retour dans
ses états (il était ù Rhodes), vient assiéger Ambronay, le
prend d'assaut et fait prisonniers les trois moines, meurtriers
de Tabbé. Biais, comme ils appartenaient à la justice ecclésias'
tique, fort respectée des princes d'alors, ils sont livrés à leurs
juges naturels pour recevoir lejustecbAtimentde leur crinae (2).
Le dauphin, de son côté, entre en campagne ël vient assié-
ger Hiribel, place forte el bien approvisionnée. Il bal en
brèche tes murailles et Xait tomber sur la ville une grêle de
(1) Cborier, p«ge< 2S0 et 2S1.
(S) ?»Twi%ù, CkromquÊ d» Sm€k»
384 MONOGRAPHIE HISTORIOUE
projectiles. Les assiégés, qui ne peuvent soalenir celle farieiue
attaque, capitulent après quelques jours de résistance. Le ca-
pitaine fut soupçonné d'avoir livré le château à prix d'argeol.
Dèf-lor8| la guerre prend une iolenatté el un développe-
meot remarquables. Le comte rassemble ses forces, fliU appel
à tous ses alliés, ei lear désigne, pour liea de réanion, la ville
deBourg-eo-Bresse. Son consto, Philippe de Savoie, prince
d*Acbtfe el de Piémont, loi amène nne Ironpe d'arbalétriers ;
son frère Louis, baron de Vaud, accompagné de ses cbevalien
bannerefsdaValromay el de nombreoi écuyers, son gendre,
le due d^Aotricbe , avec un corps d'Allemands , le comte
d*AQxerre , son petil^BIs et le sire de Beanjeo, bien accom-
pagnés, acconrenl à cet appel : anssl y vient, en belle et noble
compagnie , Pierre de Savoie , archevêque de Lyon , son
neveu. Mais aacun prince ne grossit autant cette réunion
que le duc de Bourgogne, beau-père du prince Edouard ; il
avait amené un si grand nombre de guerriers , sous les or-
dres d'Eudes, son tîls , qu'il semblait avoir une armée à lui
seul (1).
Cependant , le dauphin, instruit de cette formidable coa-
lition, met bonne garnison dans Miribel ol se relire en Dau-
phiné. Le comte el les princes , ses alliés , voyant , pur celte
retraite, qu'il refuse la bataille, s'engagent à ne pas se sé-
parer sans avoir mené à bonne fin quelque entreprise consi-
dérable. Ils entrent dans le Bugey pour assiéger la ville elle
château de Saiot-GermaiD. Arrivés dans la gorge de TAIba-
rîne, ils prennent leurs dispositions pour cerner la place et
raltaqner par tous les côtés en même temps. Le duc d'Au-
triche el ses Allemands, rarchevéqae de Lyon el le baron de
Yaad occupent la vallée et les pentes -du côté d*Ambérien; le
doc de Bourgogne , le prince d'Achale el le sire de Beanjen
(1) Pandia, Cknmiqte dê Savoht page S41.
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hV BDCBY» 38&
onl leurs quartiers du cOté de Saint-Ramberl ; le corn le
Amédée et son fils tiennent les hauteurs entre la montagne el
le château.
tt Estant en celle manière loiis les seigneurii campés , fut
|a batterie commencée avec force engins de jel el uulres ins-
truments à ruer murailles par terre, pour faire bresche, qui
ne cessoienl jour el nuict de lirer. Mais le dauphin , ayant
conlinuellemenl espions en la maison du comte de Savoye,
avoil été, longtemps avant celle venue, adverli de l'entreprise
et y avoil pourvu de tel nombre de gens de bien, de tant de
vivres, de tant d'engins ù oQenser son ennemi, que tous ces
seigneurs perdoienl temps et sembloient mieux qu'ils fussent
assiégés que ceux de la ville (1). »
Réduits par de vigoureuses sorties à se renfermer dans
leurs retraochements , les princes tiennent conseil et sont
d'avis que s'opinidtrer à ce siège , c'est s'eiposer à des Ion*
guenrs humiliantes, désastreuses même, et que, puisque la
place ne peut être prise de force, il faut user de ruse.
Sans mettre leurs gens dans le secret du stratagème , ils
feignent de lever le siège et annoncent le dessein de léparer
cet échec par la prise de Lagnieu , ville moins fortifiée. Le
lendemain, à Panbe du jour, les trompettes sonnent la re-
traite ; les lentes sont pliées ; l'armée, réunie sur les bords de
rAlbarino, suit celle rivière et marche sur Lagnieu par Saint-
Denis , en tournant le oôleau qui s'étend jusqu'à cette lo-
calité.
Trompés par celte feinte retraite , ceux de Saint-Germain
sortent en grand nombre pour secourir Lagnieu , dont la
garnison est incapable de résister aux forces du comte de
Savoie ; el, afin d'arriver avant 1 armée ennemie, ils iraversenl
directement la montagne par des sentiers couverts qui ubou-
(1} Faradio, i«8« S4S.
S5
»
386 MONOGIIAPRie niSTORIOtft
lissi'nl il Vaux, priS de Laf^nieu. Averti par ses espions di'
leur marche cl di' leur arrivée dans ct'ile ville , le comle re-
vienl précipilanimenl sur ses pas , reprend ses quartiers au-
lour de Sainl-Germaiii el fait de nouvelles dispositions de
.sî(''?;e. Les hommes d'armes, sortis de ia place pour secourir
l^gnieu, lenleiil vaînemeiil d'y rentrer. Le sit^ge est repris
avec une nouvelle ardeur ; les béliers baUent en brèche de
divers cùlés ; la ville haute est vigoureusement attaquée par le
duc de Bourgogne el le prince d'Achafe ; duc d*Autriche ,
le baron de Taux et Tarchevéque de Lyon , qui ont è cœur
d*enlrerle8 premiers dans la place, livrent à la ville basse de
terribles assauts. Les assiégés combattent pour leurs foyers el
leurs familles avec un courage héroïque ; de part cl d'autre,
ce sont de vaillantes actions; mais en6n, le petit nombre suc-
combe. La ville est prise, lorsque presque tous ses défenseurs
se sont fait tuer sur les décombres de leurs murailles ; ceux
en très-petit nombre que le fer des assaillants n*a pas at-
teints, en cherchant à se réfugier dans le château, sont faits
prisonniers.
Les Bourguignons et les Alleniand.s, entrés les premier^,
deiuiindenl le pillage; mais le comte Amédée oMicnl de ses
alliés la grilce de celle ville si vaillamment dêlendiie el que
le sort de la guerre a plongée dans le d(Miil. ÎI ordonne, sous
peine de mort , de respecter les restes de celle malheureuse
cité , les vieillards , les femmes el les enfanls ; des fourches
patibulaires sont dressées, ;i cet elTel. dans les div ers quartiers
de l'armée assiégeante ; les habitants, réfugiés dans l'église,
sont invités à rentrer dans leurs habitations.
Cependant, le capitaine du château, témoin de la prise de
la ville, résille auv efforts du comte de Savoie el fait bonne
contenance. Toutefois, à Taspcclde Tannée ennemie disposée
contre lui à un assaut général , voyant aussi ses forces dimi-
nuées par le manque d'une partie de ses hommes sortis au
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DU BD6EY. 387
secours de Lagnien, looché aussi de ia clémence d'Améd^e.
il capitule et H?resa forteresse. Les assiégeaols, qui oommeu-
çaienl à souffrir de la diselle , y trouvent une grande abon-
dance de vivres (1).
Le comte relève les murailles de Saint-Germain , y laisse
lionne garnison, et tourne ses armes contre Ambérien, bour-
gade voisine qui tenait aussi pour le dauphin. La place est
investie ; des échelles sont dressées de toutes parts contre ses
murs. Surpris d*one attaque si vigoureuse et si inopinée, les
assiégés se défendent en désordre. Arobérieu est pris par es-
calade et livré au pillage. « Les seigneurs , dit Paradln, en
firent une curée aux gens d'armes qui avoienl bien faicl leur
devoir. »
Bornant son expédition à la prise de Saint-Germain et au
sac d'Ambérieu , Amédée remercie les princes, ses alliés , et
les ramène à Bourg-en-Bresse, où ils se séparent. Ce géné-
reux vainqueur acquiesce à la proposition de paix du dau-
phin, découragi'î par ce r<>vers. Pendant qu'on en discute les
articles, Jean meurt le 5 mars 1.318, à l'Ago de 'Ui ans.
C'était un prince d'humeur généreuse et ami de la justice.
Il s'était acquis l'amour de ses sujets par le bienfait des lî-
berlés publiques. Aucun prince de son temps ne s'est plus
appliqué à l'extinction des servitudes féod&les et du despo-
tisme seigneurial. Il laisse ia couronne delphinale à son fils
Guignes, âgé de 19 ans et nomme tuteur du jeune prince et
régent de ses états Henri , baron de Montanban , évéque do
Mets. Ce Ibt un habile régent. Cinq ans après, le 18 octobre
1323, Amédée-le-Grand meurt aussi, après un règne glorieux
de S8 ans.
Edouard , comte de Baugé , son successeur, avait pris une
grande part aux guerres de ce règne. S'il n*avait pas rhabilelé
(i) Paradin, Gborier, Goieh«noa, moaée 1316.
388 UONOGRAPUIt: iiistoriuuk
el la prudence de son père, il avait du moins sa eonsUince et
son courage ; ses prodigalités lui ont f alu le surnom de ii-
béral.
Ce prince , turbulent el belliqueui , ennuyé de la pali ,
cherchait un préteile de guerre ; il en saisit un d^une révol-
tante injustice. Son beau-frère, le baron de Fiaucigny, sans
enfants et sans ambition , ne songeait qu'à vi?re paisiblement
au sein de ses petits états. Il avait conslruit un château de
plaisance, vers sa frontière, ft Montforchier, suruneéminence
d'où l'on jouissait d*une vue admirable. Le comte Amédée
avait vu sans mécontentement celle construction inoffetuive.
Mais Edouard, qui eherchait un prétexte de rupture avec le
dauphin, dont le baron élalt le vassal, allègue que le château
est sur ses (erres cl le fait démolir sans nuire formaliti!-.
Celle iniquilô suscita une guerre longue el acliarm^e. Le jeune
dauphin, indigné de celle violente el déloyale exéculinn, sans
attendre que le baron ail invociué sa protection , prend les
armes el fait invasion dans la Savoie. Bientôt le baron el
Hugues de Genève , seigneur d'Anlhon , son allié , viennent
avec leurs troupes renforcer son armée. 1-e comte de Savoie,
inférieur en force, ne voulant pas exposer l'honneur de ses
armes h l'impéluosité du dauphin, opère une prudenle retraite.
L'armée dauphinoise, libre dans ses mouvements , assiège le
fort d'Alingcs , au pied duquel s'étendait une petite plaine.
Lorsque les fatigues et les longueurs de ce siège ont amorli
l'ardeur bouillante de Guigues et rcxaltation de son armée, le
comte se présente en ordre de bataille, attire le dauphin dans
la plaine, profite du désordre de sa marche et le défait.
Cette campagne, dans laquelle le jeune Guigues fit éclater
sa Taleur, fîil, toutefois, à Tavantage du comte qui assiégea,
pendant l*hiver, le fort de l'Eduse et s'en rendit mettre en
corrompant, dit-on, le gouverneur.
Au printemps de l'année suivante 1325, IcBugey et leGe-
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DU UUGEY. 389
nevois sont envahis par les armées de ces princes. Le comle de
Savoie remporte d'abord, à Mont>de-Morlier , une vicloire
fatale aux Genevois. Enorgueilli de ce succès , il considère
comme une proie facile les possessions de ses ennemis dans le
Bas-Bugey. il y pénètre û la téte de son armée. Pour se ven-
ger d'Hugues de Genève, seigneur d'Antlion, il vient assiéger
le bourg el le cbâleau de Varey, appartenant è cet allié du
dauphin. Les princes, partisans d'Edouard, accourent à son
aide. Eudes de Bourgogne lui envoie des hommes d'armes; le
comte de Fribourg, Jean de Châlon el le comte d*Anxerre,
accompagnés d*nne foule de chevaliers al d'écoyers* s*y ren-
dent avec des troupes el couvrent la plaine sous Varey de
leurs pavillons armoriés.
Cependant, le dauphin Guignes, déterminé à une bataille
décisive, invoque le concours de tous ses partisans el alliés
el se voit bientôt environné d'illustres bannières. Le comle de
Genevois, Jean de Châlon, seignenrd'Arlay, le comle de Va-
lefiliiioiS; lo seigneur Kcmoiid de Baux , prince d'Orange ,
Hugues d'Anlhon conlribuenl à former une armée considé-
rable, inférieure, loulefois, h celle d Edouard. Le hasard pro-
cure encore au dauphin un vaillant champion : c'était Alphonse
d'Espagne , à la léle de quelques compagnies françaises. On
l'appelait le grand Chanoine, parce qu'il avait été chanoine
archidiacre de Téglisc de Paris. Il avait changé le camail
contre Tépée ; fait chevalier après de beaux faits d'armes , il
allait prendre le commandemeol d'une petite armée, sur la
frontière de Gascogne, contre des compagnies franches qui
infestaient celte province.
Avant l'arrivée de cette armée dauphinoise dans la plaine
de Sainl-Jean-4e-Vieui , le capitaine du cbétean de Varey
avait fait, pour se défendre, tout ce qu'on pouvait exiger d*ue
homme de cœur. Ne pouvant plus résister à des forces si su-
périeures, il s'était va dans la nécessité de capituler. On était
800 MONOGRAPHIE U18T0R1QUË
eonvena qu'il OQvrirail ses portes, s'il n*é(all passecoura dans
\pB dix jours après l'avis de la capitulation. Le dauphin reçoit
oet avis, étant en marche avec son armée ; il arrive au com-
mencement de février h Saint-Jean-le-Vieux. La réunion si
prompte de cette armée, dans une saison rigoureuse, et son
arrivée inattendue surprennent les Savoisiens sans les décon-
certer ; ils se forment en ordre de bataille sur une grande
ligne. Les bannières déployées sont le signal du combat. Les
deux armées s^élant rapprochées, lescheb prennent leurs dis-
positions.
Le dauphin place devant lui, au cetUrc et en lôte, le grand
chanoine el le comle d'Avelin; oii\ ailes, le comlc de Gene-
vois et le seigneur d'Anlhon. Le comle de Valenlirmis com-
mande rorrièrc-gnrde. Les seigneurs de Tournon el de Sasse-
nage doiveul , suivunl les chances de la balailie , se perler
partout où il faudra du secours.
Le comle Kdouard fait ù-peu-prrs les nn'^mes disposilions :
son aile droite s'étendait dans la plaine ; sa gauche , du côté
de Varey, ayani derrière elle un corps de réserve pour obser-
ver et contenir la garnison de cette place.
Lorsque les arbalétriers ont fait pleuvoir leurs traits , les
avant-gardes étant aux prises , un gendarme d'une slalare
gigantesque , monté sur un cheval de taille aussi colossale ,
sort des rangs savoisiens et se porte en téte des combattants.
Son courage semblait surpasser sa force. Une masse d'armes
en cuivre d'un poids énorme pendait à l'arçon de sa selle et
sa mahi était armée d'une épée démesurée. Suivi des plus dé-
terminés, il frappe comme la foudre les premiers rangs et 7
répand l'effroi el la confusion. Le grand chanoine elle comle
d'Avelin, revenus de leur surprise , attaquent de concert le
géant redoutable. Le grand chanoine n'avait pour arme olbn-
sive qu'une barre de fer, dont tous les coups étaient morlels ;
pendant que le comlc, plus agile, occupe le Brabançon, le
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VO BUGBY. 391
chanoine frappe son cheval & la Idle el l'abal. Assailli en
inftine temps par le dauphin, aoooiira avec le comte de Baui
pour soutenir son avant-garde , le géant démonté est tué à
coups d*épée. Le succès de ce combat eialte le courage des
Dauphinois. Le comte de Genevois et Hugues d*Anthon se
prëcipileni sur les ailes de l'armée savolsienne, les rompent
et en font on grand carnage. Le soleil éclairait cette sanglante
journée. Les historiens de Savoie allèguent qu*it dardait ses
rayons, rcperculès par les armes , dans les ycu\ des Sasoi-
siens el que lour défaile doil ùire imputée en grande parlie
il ceA ébiouissemenl. Le comle d'Auxerre, Guicliard, sire de
Beaujeu, Robert, fils du duc de Bourgogne, sont fails prison-
niers avec la plupart de ceux qui stirvivent à colle dôfailc.
Les Savoisiens liiés ou blessés jondicnl lecliamp de bataille ;
le nombre en fut si grand, que le comte ne [)ul, par la suite ,
réparer celte perte. Edouard lui-même est , un moment, au
pouvoir de son ennemi. Auberjon de Piailles, gentilhomme
du Grésivaudan , s'attache h sa poursuilei le presse et le con-
traint de lui remettre son épée. Tournon accourt et se joint à
d'Auberjon pour s'assurer de celle belle proie. Comme ils
emmenaient Edouard, Uumbert de Bocsozel, blessé, voyant le
prince captif, ordonne ft son fils de le délivrer. Celui-ci el le
seigneur d*£iilremonts prennent leur moment et fondent sur
les ravisseurs» lorsque l'un d*eni , derrière un buisson , est
occupé à détacher le casque du comte ; ils le délivrent; et, le
remettant h cheval , Tescortent jusqu'au chAteau du Ponl^
d*Ain, où il se réfugie. On raconte que Tournon, voyant à
.portée le baron deSassenage, réclama son secours contre les
libérateurs d*Edeuard et que ce baron fit la sourde-oreille ,
par on sentiment de reconnaissance, le comte lui ayant ren-
du, h Paris, quebiues bons oDSces auprès du roi de France.
Edouard recueille les faibles débris de cette désastreuse
défaite et se relire en Savoie pour mellre celle province ea
M MOfrOGBArHlB anYOMQlTE
état de défense contre IHovatlon probable de ion jeane vaio«
fioeor ; et, aflo d^annier le toccèi de son ei]>édition dans te
Genevois, il ordonne à Galois de la Baome, bailli dn Cha-
biais d'assiéger le châlean de Bâion, appartenant an slie de
Tlioire, allié da dauphin. Ce châlean est pris d'assant aptés
quatre jours de siège. La rigueur de la saison met fin aux
hostilitôs. Radieux de sa brillante victoire et des grands
avantages qu'il en recueille, Guigues rentre triomphant dans
le Dauphiné ù la (été de son armée chargée de butin. Frois-
sard qualIGe celte bataille de grande ; elle fil au dauphin la
réputation d'un grand ciipilaine. si jeune qu'il fut, tant la
promptitude de sa marche , ses dispositions et sa valeur
avaient contribué au succès de celte journée (1). R«Jduit à
l'irapuissanfe de continuer la lutte, Edouard est poussé par
son humeur belliqueuse à assister le roi de France dans sa
guerre contre les Flamands. De retour à Paris, lorsque, ira-
patient de reprendre les armes contre le dauphin, il sollicite
l'assistance de son beau-père, le duc de Bourgogne, et du duc
de Bretagne, son gendre, il est surpris par la mort (3), à
(I) L'engagenciitde Gaiehard, tin de Coaojcu, pour sa imoçoB, inlérMM
celle histoire provinciale. 54 novembre 1327, apr^'i deiis an< âo capti-
vité, |i.ir l'eulremisp d(i comtp de Forez, d'Aynard, (îK du comte de Valentt-
nois c( de Guillaume de Bcaujeu, ses cautions, il reoiil au dauphin les sci-
gnawiea el ehAteau» de Nesiaiieiii et do bourg Saint Chrialoplie dioi le
Bofej» Im redenocea de la grande me de VUlan, dn llef de Loyca» dea
poippet dtt MaolcHer, de Coraîen et de Honljee ; plna, la aoierûaelé dea
fiefi d« CMUIIen, de la Pain et de Gordana. Cette rançon conridérable con-
Iribua au rachat de trois chevaliers, Hugues de Mcrzé, Langloîs de F:iy<" cl
Girard de Chiiitré. sire de Beaujeu reçut en outre du damdiin la ville cl le
château de Miribcl par infcodalion, à charge d'hommage lige, avec reserve
dea fidélilda et aMliUncca pnMrfaaa aa toi de France, à l'église de Lyon, au
dne de Beorgefae.ao daedeOemoaltansaUiéade l*ll«.Barbe et de Clony.
tiaichenoui page SI .
(I) l.e4Hwre»lNei3ft8.
va BUfiKY. 9M
rigede M ans, après lii am de règne, ne Iainaiil4|iie w
fille, mariée an duc de Bretagne. Ce doc réclame par droil
de raecenion le conté de Savoie, do cbef de Jeanne, son
époose. Les Etats anembMs répondent qoe la loi politiqoe
constamment observée eictot les femmei de la eonronne ;
ils dépatent k Aymon, second fils d*Amédée-le-Grand, deos
évéqaes et quatre barons pour le saluer comte de Savoie et
loi remettre Tanneau de Saint-lfaorice, insigne de la son*
verainelé.
Aymon, né h Bonrg en Bresse, le li décembre 1291, avait
été destiné 6 l'élat ecclésiasiique. Ayant refusé de se lier aux
ordres, il avail reçu en apanngc le comlô de Baugé avec
quelques autres seigneuries dans In Bresse. Son caraclère dif-
férait de celui d'Edouard ; celui-ci emporté, belliqueux et
prodigue, s'abandonnait aux hasards de la fortune : celui-la
économe et prudent, nini de la jusiice et di' la pai\, ne s'en-
gageait dans une guerre que par calcul ou par nécessité,
toujours dans le but d'un traité avantageux.
Les guerres continuelles et les prodigalités d'Edouard
avaient épuisé ses Etats d'hommes ci d'argent. Dans la pré-
vision d'une guerre prochaine et inévitable, Aymon s'appli-
que, d'abord, à se créer des ressources et à relever le courage
de ses sujets, abbalus depuis la journée de Varey.
Le dauphin Guigues ayant conclu à Paris avec le duc de
Bretagne une alliance offensive contre le comte Aymon ,
celui-ci, averti de cette coalition, prend résolument l'initia-
tive des hostilités pendant l'absence du dauphin ; il convoque
le ban et Tarriére-ban, garnit ses phces fortes d'hommes ei
d'approvisionnements et pousse ses sujets à des incursions
sur le territoire ennemi. Cette licence est le signal d'affreuses
dévastations dans le Dauphiné et dans le Bugey. La maison
ferle de Matthieu du Saix, homme lige du dauphin, est prise
d'assaut ; vinglH|aatre hommes 7 sont égorgés ; la dame du
394 MONOGRAPHIE UliiTORIQUB
Sliif en se défendant hérofquement, est ensevelie sous le»
raines de son ehitean. Dans leHaal4liigej, les terres du sire
de Thoire absent sont ravagées par des bandes incendiaires.
Ces excès accélèrent le retoor de Goigoes, qui tait appel h
Ions ses vassaux pour se livrer à d'éclatantes représailles ; il
ordonne la publication des di/mmehiu, suivant laquelle tout
homme en état de porter les armes, était obligé de venir se
ranger sons la bannière de son seigneur, sMI n'était dispensé
ou affranchi de cette obligation rigoureuse.
A la nouvelle de cette guerre dont la violence présage de
grands malheurs, le roi de France enlreprendd'apalsercesprin*
ces qui lui sont attachés par les liens de l'amitié et du sang ; le
dauphin Guignes avait épousé Isabelle de France, sa fille. Il
envoie deoz de ses conseillers Guillaume Flotte et Guy de
Ghevrier, pour demander en son nom une suspension d'ar-
mes et traiter de la paix. A leur arrivée, le dauphin, qui as-
siégeait le château de Jonages, délére aussitAt au désir du
roi de France, à condition, toutefois, que ce chéteao dont il
est snr le point de se rendre maître, sera remis an monar-
que, comme gage de pacification. Le eomte qui, d^ son oôlé,
assiégeait Honthoux, malgré les exhortations des conseillers
médiateun, persiste jusqu'à la prise de cette place.
Les deux conseillers ayant échoué dans leur mission de paix ,
le roi députe Gnitlanme de Sûre, chanoine ardildiacre de
Lyon, le sénéchal de Beaocaire et Guillaume Yllliers juge
des appellations à Thoulouse, auxquels le comte et le dau-
phin consentent à sourocUre par ècril leurs griefs et récla-
mations respeclirs (1).
Entr'autres arlicles, le dauphin demandait la reslilulion :
(I) Guichenon, d.ins son Hi$t. de la Brettt et du Bugtyt p-igt; 63, n inséré le*
«lent mémoire snoniis m\\ envoyas du roi .le Fr.iit«-o, «l dont nooi nC rcpfO*
diiison* que Icsarticict qui inlcrcsscnl notre province»
MF BUGBY. 395
Da châleao de Genè? e pris an comte de Genevois, après la
mort da dauphin Jean, loi dauphin Gnigues alors minear
éianl à la coar de France ;
Do château el de la ville de Saint-Germain el da hoarg
d'Ambèrieo, avec indemnité pour le sac de ce bourg qui lui
a causé on préjudice de 200 mille florios ;
Des châteaux de Bâion et da Grand-Conforl (le Credo)
pris par le comte Edouard au sire de Thoire ;
De la maison forte de Besenains, fief du sire de Thoire, oC"*
cupée par le comte qui y lienl bonne garnison ;
De la maison forte de Mathieu du Saix détruite récemment;
du château de Saint-Marlin-du-Frônc pris au sire de Thoire
dans la dernière guerre el occupé par le comte;
Ainsi du chî\lcan de Corlier;
Le dauphin se plaignait encore que le comte de Savoie em-
péch<1l indûment le comte de Genevois, son vassal, de lui
rendre foi et hommage lige, pour les chrtleaux et llefs qui
relevaient de lui dans le Ctenevois cl la Semine el de l'assis-
ter suivant son devoir, ajoutant que, si, à raison de cette
vassalité, quelques conleslaliuiis existaient entre lui el le
comte de Genève, elles devaient être soumises à la décision
du roi de France.
Une autre réclamalion très-remarquahle, articul<''e par le
dauphin, explique Torii^iiie de celle redoute dans la plaine
d'Ambronay, connue sous le nom de Forl-Sarrasin ou
31otle-Sarrasine. Ce prince allègue qu'après la mort du
dauphin Jean, le comle de Savoie pour faire obstacle aux
dauphinois dans la vallée de l'Ain el barrer leur chemin habi-
tuel de Lagnieu à Varey el à (Jiaiillon de Corneille, a exé-
cuté fossés et grands terreaux au plan (V Ambronay el d'au-
tres fossés el terreaux d'Ambronay à la rivière d'Ain, el
qu*il exige la destruction de ces fortilications en terre el le
rétablissement des lieux dans leur précédent étal.
396 MOHOOlAraiB RISTOMQOB
De ion cMèt te comte Aymon demendail tant en son nom
qn'ao nom de ses vasmax la retlitation :
Dn diâleaa et de la ville de Monlhiel dont il était sel-
gnear et aanrain ;
IMi fief et dn château de Yillan dont l'hommage loi était
dû par le sire de Thoire ;
Do bonrf et de ta seigneurie de Gordans iKMSédés par
Hugues de Genève, seigneur d*Anlhon ;
Dn château e( da mandement de Yarey lui appartenant en
vertu d'un ancien trai(<^. Tait entre Ton des comtes ses pré-
décesseurs, cl le comte de Genevois ;
De tous les fiefs cl châteaux, cédés pnr le sire de Beaujeu
pour sa rançon, le comte Edouard lui ayant donné pour ces
fiefs aliénés une indeninili^ équivalente.
I>es prétentions réciproques de ces princes ennemis étaient
si nombreuses et si e\agérées, surtout de la part du comte,
qu'il était très-dillicile de les pacitier, mal disposés qu'ils
élaictU d'ailleurs à une conciliation. Le dauphin se montrait
fort irrité que Ic comte eût pris l'iniliativc des hostilités, sans
dénonciation préalable, suivant l'usage, et qu'il eût organisé
une guerre de pillage et de dévastation. Au lieu de la paix,
qu'avait }\ cœur le roi de France* il ne put obtenir qu'une
trêve de deux ans.
Après ce terme, Aymon s'empare de Monthous, défendu
par Hugues de (ieriéve, seigneur d'Anlhon ; puis, informé
que le dauphin assemblait une grande armée pour entrer en
Savoie et assiéger Chambéry, il fait construire sur sa fron-
tières deux foris, les Marches el les Mottes.
Le dauphin se livrait en elTel à des préparatifs formida-
bles; il avait ordonné d'ouvrir la campagne par le siège de
la Perrière, situé près de Voiron, sur le chemin de Voreppe,
ft Saiol-Lauren(-du-PonU Impatient de voir la fin de eu
siège, il vient lui-même en prendre le commandement. S'ètani
DU BUGEY. 397
imprudemment avancé pour reconnaître la place, il est nior«
leHemeiil adeiol d'uo coop.d'arbalète sous l'aisselle; il envi«*
sage la mort arec une grande Force d'dmc et prcscrîi aes
dernières disposilions. Ce prince, à peine âgé de vingt ans,
expire couvert de gloire et adoré de ses snjels. Dans les af»
faires de son goufememenl il avait montré une grande apli^
Inde; dans la guerre, une valeur héroïque. Jamais le Dan-
phiné n'avait (kit une il grande perte. Ses guerriers déseapérés
prennent d'assaut la Perrière et vengent sa mort en passant
an fil de Tépée tous ses habitants ; le château et le bourg sont
livrés aux flammes et leurs murailles, détruitea.
Préservé par cette mort d*une invasion redoutable, Aymon
met k profil cet événement en fortifiant- ses frontières de Sa-
voie et du Bogey. Il reconstruit le fort de Bâtie à Salnl-lean-
le-Vieax, en sorte que cette construclion, reliée aux redoutes
en terre, ferma la plaine d*Ambronay aux dauphinois. Hais
le comte, voyant les seigneurs et les poputations du Vien»
nois, unis dans un même sentiment de regret et de vengeance,
ae montre disposé pour ta paii è laquelle 11 était aussi natu-
rellement enclin.
Humbert, frère de Guignes, mort sans enfants, est appelé A
sa succession. Ce jeune dauphin écoute les conseils padli-
qnesdesprinces,ses alliés, et de ses grands vassaux, en seprèlant
h un accommodement avec le comte de Savoie. Sous les aus-
pices du comte de Genevois, principal médiateur de la paix ,
des commissaires sont nommés pour un Iraité sérieux et
définitif à savoir : deux chevaliers et deux jurisconsuHes,
Antoine deClemiont et Philippe de Provanes, pour le aomle«
et Amblard de Beaumont et Humbert de Cholas pour le
dauphin. Tous les articles étant arrêtés, le comte et le dau-
phin, accompagnés des principaux seigneurs, leurs vassaux,
se rendent le 7 mai 1334, sur la frontière de leurs élals
au Ponl-de-Glaiidon entre Cliampareiilan el Monlraeillan
398 MONOGBAPlUB BI8T0RIQUB
pour les acee^r toleniielleinenl et en jurer Tobterva-
Uoo (1).
Les conventions âeiSik servent de base à ce traité, dans
lequel le comte renonce en bveor du dauphin à tous ses
droits de suierainetë sur Miribel et s'engage h démolir le
fort de la Bétie, de Saint*Jean^le-Vieni et autres forUOci-
lions et redoutes dans la plaine d*Ambronay ; à restituer le
ehétean de Villars an sire de Thoire ; à obtenir, moyennant
cinq mille livres, la renonciation de Gulchard de Beaojeu i
toutes conleslalions concernant les fiefs aliénés pour sa ran-
çon, à la suite de la balaille de Varey. De son côté, le dau-
phin abandonne (ous ses droits sur les fiefs et cbdleaui du
mandemehl de Sainl-Germain d'Ambérien el des Alymes;
il acceple la rivière d'Albarine pour ligne de séparation
entre le dauphin el lui ; el comme des seigneurs dauphinois,
ses hommes liges, possi'-daienl des sous-liefî» dans le mande-
ment de Sainl-Germain, le rf-glemenl des hommages lou-
chaiil ces lieis fui ajourné el laissé à la décision des commis-
saires.
Celle paix, si désir(^e des populations, conclue, celle fois,
sans arrière pensée de rupture, fut accueillie par de grandes
démonstrations de joie. Mais ceux, qui sous le règne de
Guigues avaient pris pari aux affaires de son gouvernement,
regrettaient les concessions trop larges de son successeur ; u
leurs yeux, la lolaille de Varey ne présentait plus d'autre
résultat que la gloire des armes dauphinoises.
Animés des mêmes intentions, le dauphin et le comte
avaient exécuté loyalement leurs engagements ; mais les ar-
ticles réservés n'ayant pu recevoir une solution, à cause de la
mort de l'un des commissaires el de l absence de l'autre, les
princes contractanls nomment deux autres négociateurs el
(1) Chorier, pago S69.
1)U BUGEY. 309
ont une aulre entrevue le 7 novembre, même année, h la
gran;;e de la Charireose de Sylve-Bénite, prés de Moirans, h
rciïei do perpétuer la paix par une alliance offensive et dé-
fensive» gage de protection et de repoi pour leurs provinces
si longtemps tourmentées par la guerre.
Cette conférence des princes, assistés d'une foule de che-
valiers et de prélats, pour une alliance solennelle, présente
dans les annales du Danphiné le spectacle d'une imposante
assemblée.
Tout ce qui avait été précédemment arrêté y fut confirmé.
A la suite du règlement des sommes dues au comte par le
dauphin, celui-Ift promet de rendre les châteaux de CSorlIer
et de $alnt-Mar(in-du-Fréne an sire de Thoire, de loua
les alliés du dauphin le plus maltraité dans les guerres.
Les quatre commissaires reçoivent le pouvoir d'ordonner, s'ils
le jugent convenable, la destruction du chAteaii des Alymes,
rendu par le comte an dauphin, destruction qui serait une
garantie du maintien de la pait, à raison de la situation de
ce château et des difBcullés qui se rattachent à son inftoda-
tion. Cette démolition ne fut pas exécutée. Les hommages
liges des possesseurs de fiefo dans le mandement de Saint-
Germain étant aussi réglés, pour qn*aucnne cause de dissen-
sion ne s'élève par la suite, lea princes conviennent de la
délimitation de leurs terres dans le Sas-Bugey. Les évéques
de Belley et de TonI sont nommés arbitres de celle opération
qui consiste principalement ft tracer les lignes de démarca-
lion entre les seigneuries de Saint-Rambert, de Rossillon ,
de Saint-Sorlin et de Briord dans les montagnes de Portes (t).
(t) dioricrt babîlnclleinotl li exact, njoule que, pour cITaccr (ont siijel
de rupture, le comlo rï-dn au ilaupliin !«• niaiiilemeDt de Saiiil-Gurmaiu, le*
«eigiieurics des Alyinn^ i t la tour lic I.iiy?niiilr • po ccliangr du niaiidomcnl de
Saint-Sorlin ; lus faits qui suitciiI et qu'il a lui-même meniiounéti {(rouveiil
400 MOHOGlAmiB HUTOBIQUB
Les primm étant convcDOS de ne faire réciproquement liom-
mage des fiefs qu'ils tiendraient à ce litre* le comte de Sa-
voie inféode, sous cette condition, au daupliin les bourgs et
châteaux du mandement de Saint-Germain, les seigneuries
des Âlymes et de Luysandre et toutes possessions dans les
montagnes, depuis Tenay jusqu'à Briord, entre Porlus cl
innimont.
Aymon mûri la pour ce traité son surnom de Pacifique.
Ce prince mourut le 2 juin 13V3, luissanl sa couroiuie à son
fils Amédée V, flgô seulement de 10 ans (1).
Louis de Savoie, seigneur de Vaud et Amé, comte de (ie-
nevois, ses tuteurs, gouvernèrent avec une si grande prinience
que cette régence, exemple de troubles, lit goûter aux popu-
lations un bonheur inac( oulumé. Chaque province élail ad-
ministrée par un conseil spécial, composé des hommes les
plus considérables et les plus dignes, choisis dans son sein.
Cette innovation qu'Aymon avait prescrite, contribua puis-
samment à la prospérité de ce règne, pendant la mioorilé du
comte (2).
que ce ne fui qu'uu projet, ei que ces Mi|tteariet fureal leulemeul iiiModéc*
au daupliin apies les traités de paiv.
(1) Il c»l bod de reproduire uuc clause de sou le»(ameiU, Uquellu iiilcrcsse
direnetJocalilés do Bugc) :
« lien leiuior ordiiM^U obbjb capellam faetuB in eccle^ [irionlat Cm-
n«eî ; douvtl ean libris viiigeait uninlibii» vienneosibut, ia qw iottitoaur
pcrpelont capelbuuu , ad pnoMBiationtM Comilis Sabaudio qui pro tenpore
fuerîli'ul pro »(• suisque cuuimcmoraUoneni lacère teoeatur*.. Legavil dicto
Prioratui suam viiieain de l'iiiea, silani lu parruchia de Cbatey propc Bellt-
tiom, iu maitdaiDeiito Rouilliouis ; vinca videlicot de Pinea esl jutU vineam
Pétri Eufii, ( Roux } de Bellilio, et Joaaaii de Caaeia (dê la Chambre ) ; e«
alia,Be««i illonMi de BiUiaco; es alleiat viua pabUcaai qtia iturdeBcUi^
ad BilliaeiuB.....
GtticlMDOO , Preauff âi J*Um* 4* (■ walua de Savoir,
(i) Bhl, uHhtnMc, tome 4S, page I4i.
Dt BDGEY.
Assislé de ses (uleurs, Amédée, à peine âgé de 13 ans,
traverse les Alpes à la léle d'une armée, et joignant ses forces
à celles du prince d'Achaîe, son cousin, conquiert une grande
partie du Piémont. Au retour de cette heureuse expédition,
on ordonna des fêles et des tournois dans lesquels le jeune
prince figura. S'élant présenté dans l'un de ces tournois, vêtu
de vert, sur un cheval caparaçonné de vert avec les gens de
sa suite en livrée de môme couleur, il fat ajipelé le comte
Ferl, dénomination adoli^e par les historiens.
Cependant le dauphin Humbert ayant perdu son fils uni-
que en has âge, par un accident lamentable* se jouant avec
cet enfant à une croisée de palais, il l'avait laissé tomber
dans risère, Youlut régler de son vivant sa soceessioo et.
dans l'Intérêt de ses sujets, remettre ses étals à un prince
puissant. Il désigna Oiarles, fils atné du duc de Normandie,
héritier de la couronne de France. Le sire de Thoire-Villars
fhi TuD des seigneurs députés au roi pour la côuelnslon de
cette grande affaire, h laquelle contribua prindpalemenC
Henri de Vlllars, archevêque de Lyon, qui possédait la con-
fiance du dauphin.
Avant cet acte de cession, Humbert avait promulgué des
lois et des règlements favorables ani libertés publiques et aux
privilèges de la noblesse dauphinoise. Il avait statué :
Que les seigneurs seraient indemnisés des frais et perles
résultant de la guerre; qn*après la eonvoealion des chevau«-
chées, soit de rarriére-ban, les chevaux tués, ceux même
morts & l'écurie leur seraient intégralement payés; que la
rançon des gentilshommes, prisonniers de guerre, serait à la
charge du dauphin ;
Que le droit leur était maintenu de se faire justice par les
armes, suivant l'ancien usage et sans pouvoir être poursuivis
criminellement pour ce fait comme il était advenu maintes
fois ; cette licence était toutefois subordonnée aux défen-
se
i09 MOffOGBAMIIB mSTOBlQOB
ses expresses préalablemenl fai les par le conseil delphinal;
Qu'ils pouvaienl chasser dans les (orHs de I Ktal à Texcep-
(ion des forOts de Clois el de l'Ianc/c réservées au prince el à
l'exceplion des garennes particulières;
Qu'en ce qui concernail générah-meiU ses sujets, les droils
de péage de réceole création, ainsi que les gabelles élaienl
révoqués ;
Que la coiiliscalion des biens des condamnés pour crinne
était abolie, sauf les cas d'IitTcsIe et de félonie ; que les ac-
cusations el poursuites en maliére criminelle, ne pouvaienl
avoir lieu que sur dénonciation publique, clameur ou com-
mune renommée, attendu que l'avarice des officiers du pou-
voir exécutif multipliait parfois les affaires capitales ; et que
toute condamnation devait ôtre basée sur la preuve testimo-
niale.
•I Finalement |)our purger son Etat de ce qu'il y restait de
la honte de l'ancienne servitude, il quitta absolument tout
droit de mainmorte qu'il avait sur les barons el possesseurs
de tiefs ses vassaux* à condition qu'ils en exempteraient de
même leurs sujets. »
Le Bas-Bugey annexé aux Etats du dauphin participa h cet
acte de libéralisme très-remarquable qui honore la mémmre
du dernier dauphin de Viennois (1).
Lorsque le prince français prit possession du Dauphiné,
Humbert entra dans l'ordre religieux des Trëres Prêcheurs. Il
fui saccessivemcnl nommé patriarche d'Alexaodrie et par le
pape administrateur de l'archevêché de Rheims.
A celte époque, vers Tan 1346, des incursions armées dans
le Grésivaudan el la SaToie fterenl faites par lesSavoisieiis et
(1) Chorier, page 380. Gel •ffnoebiMeneot eipliquc «oïd la diRémiM
rtmar^née par pluaimirs jarisGOBwlIei * noianaeol par Philibert Celtei •
entre le Haal et le Bn-Beg^» cooeersaot lee lerrîlodee féedatee.
DU BOGBT.
403
les DtQphio^ rèciproqiNmeiit. La coDiagion deceshosUliléRse
comniioMiaa au Bagey. Les snjels da comte de Savoie entrent
dans les terres du dauphin pour les ravager, mais le bailli de la
Toor-du-Pin et le9cbâtelaiosdeSaiBl-8orHo,de LhotoeldeSalnt-
Denis, ayant repoussé avec vigoeor ces bandes armées, entrent
ehei leurs voisins et se Uvreal à des actes de représailles.
Les hostilités deviennent bientôt générales. Les princes, en-
traînés par leurs siqets, se disposaient à lever des troupes et
k coDtinaer cette guerre, lorsque le comte de Genevois et
Louis de Savoie, baron de Yaud, tuteurs du comte, disposent
Louis de Viltars archevêque de Lyon , lieutenant général du
Daupblné à un accommodement. Des conférences (tarent ou-
vertes à cet effet h Saint-Germain d*Àmbérieu, & Am-
bronay et à Douvres ; on les continua h Chétean-Guillard ok
furent réglées quelques affaires du Baa-Bugey; les antres diflé-
rents concernant cette province furent terminés dans le Gré-
sivaudan, théâtre des premiers troubles.
Un an après ravènement du dauphin François, une pertur-
bation d'une autre nature affecte cette même région du Bugey.
Philippe de Briord, (1), dans la seigneurie de Briord dont son
père avait été dépossédé par le dauphin, avait deui enne-
mis puissants, les frères Bérard, Jean et Philippe, ce dernier
homme de mérite et que sa valeur avait élevé au grade de
dievalier. Le seigneur de Briord, en rabsence du dauphin,
appelé au secours du roi son père, lève une troupe armée
dans la Savoie, entre dans le Bugey et y commet des vio->
(i) En taST. le daapbio «'4tait«iiiparé do «bâtou do Briord au préj«idiee
4'AliMrt et de Jeffrey de Briord , ils teplorteeet la proleetioB d'Aaédde
Le dernier jonr de fétrier, fat eoeetw une convention par laquelle le daa-
phiu s'engagea de restituer cette seigneurie aux frères de Rriord, et remit
pour gage le château de Saint'Jean-de-Bornav en Dauphiné. Toutefois, cptto
reslitation fut éludée et Briord fui joiul au& possessions da dauphin dans k*
Ba§.Bugej. Guichenon, page 93.
404 wmoGBAfnB hiitobioub
lences et des alrocilés ; il incendie la maison des frères Bé-
rard et après avoir porlô le fer el le feu chez leurs nombreux
partisans, il se relire impuni dans la Savoie. Celte expédition
fut le sij,'niil de plusieurs excès semblables. A Timilalion de
Briord, Louis de la Pulu exerce de pareilles vengeances contre
ses ennemis. Ces désordres sont le prélude d'autres troubles
plus graves, suivis d'une guerre de dévaslnlion. Les dis-
positions du dauphin Huraberl el du comte Aymon pour af-
fermir la paix n'avaient pas reçu leur parfaile exécution.
L'échange projellé des seigneuries enclavées ayant suspendu
ropéralion de leur délimitation dans les monlagnes du Has-
Bugey, diverses contestations surgissent entre les oUiders du
comte el du dauphin louchant l'étendue territoriale de leurs
juridictions. Les populalioris entrent dans ces querelles el
peuvent y entraîner leurs princes. Pour prévenir ces calami-
teux eflfels, ces princes se hdtèrent de renommer des arbi-
tresen léte desquels figuraient l'archevêque de Lyon elle comte
de Genevois, leurs principaux ministres. Celle importante conci-
liation fal si négligée que le malheur qu'on voulait prévenir ar-
riva. Les ofBclers du dauphin et ceux du comte en viennent anx
mains dans les seigneuries de Varey et d'Ambronay. Celte prise
d'armes excite une grande conflagration. Le comte et le dau-
phin, toutefois, ne voulurent pas être ainsi cootralots à une
goerre. Une foule de seigneurs et de haais personnages re-
çoivent roimon de rechercher les causes de ces troubles, de
les faire cesser et de mettre 6 exécution les précédents traités(l).
Mais, soit incurie ou mauvaise volonté, leurs efforts et leurs
conférences sont stériles; les hostilités locales, en se propa-
(1) Le dauphin citargttdfl c«Ue niuioii i'iurrc de Varcy, Gauvia de Ljo-
btrd, Guitiiune de SfoaUaey , ebeviliert, Aadré de* Echelles, éeoTer; le
eomte, de Mn e6té, oomm» Galote de I» BtWM, Hngnei de BociomI, beilK de
Selot.Germia d'AnUrien, Piewa de le Selle et P. GeneiU Chorfer , flbr. de
Awipa.
DU BU6EY.
405
geanl, alluœenl une guerre générale, et pour la première fois,
les populations si longtemps opprimées attirent chez elles ee
fléau, alors que leurs souverains sont disposés ù la paii.
Les troupes du dauphin sous la conduite d'Hugues de Ge-
nève, son lieutenant général dans le Faucigny et le pays de
Gex, s'emparent des bonrgs de Sainte-Germain, de Douvres
et d*Ambroo«7 et s'y livrent au pillage et à la dévastation ; les
eliAteaai des Alymes, de Ifonigrilfon et CSiâteeii-Gaillani
sont assiégés, pris et saccagés. Le comte de Savoie assemble
à Belley une «rmée considérable et se met en marche dans
les gorges de Saint-Rambert poar reprendre ses places et
se jetter sur les possessions da dauphin dans la val-
lée dtt Bhéne. Le bailli de Mécon, député par le roi et le
dauphin, accourt à sa rencontre et obtient une trêve par la
déclaration formelle que Teipédition d'Hugues de Genève a
été faite à Tinsa du dauphin qui s'engage à en réparer les
pr^odices. Sur la Ibl de cette trêve, le comte de Genevois,
ayant licencié les troupes qn*il avait levés dans le comté de
Bourgogne, comme elles y retournaient, elles sont attaquées
à Timproviste et taillées en pièce par Pierre de Genève, sei-
gneur d'Albi, et Ballaison, gouverneur de Gex. Le comte de
Savoie eut la loyauté d'entrer dans le pays de Gex pour punir
cet attentat. Cette répression était de nature à disposer les
esprits à la paix ; elle eAt un effet contraire ; elle enfanta un
nouvel embrasement. Le Bas-Bugey et nne partie de la
Dombes furent encore ravagés ; la guerre dans toutes les pro-
vinces fiit reprise avec furie. A aucune époque le Bas-Bogey
ne souffrit autant de ce fléau dont le caractère épidémiqne
alliectàit tonte la province.
Cependant le comte de Savoie était animé des dispositions
les plus pacitiqucs à l'égard du roi de France dont tons ses
prédécessnirs avaient été les fldèles alliés. Des propositions
de paix furent faites sur de nouvelles bases. Les seigneuries
406 MOKOGBAnilB HISIOIIQOB
endafées ayant été une cause pennamiile de oontettatiOBs,
on conçut on moyen bien simple de faire nne paii durable en
supprimant cette cause. Par des échanges et des compensa-
tions, on donna aux états de la Savoie et du DaupUné des
fleuTcs et des rivières pour limites. Que de maux on eAt épar-
gnés en adoptant cet arrangement cent ans plutôt, arrange
ment d^autant plus fadie qu'à toutes les Roques de leurs
discordes, les dauphins et les comtes avaient des fiefé d'égale
importance à échanger 1
D*un commun accord, Taflaire est traitée en France en plein
parlement, le roi siégeant, revêtu de ses insignes royaux. Les
députés pour cet échange sont Falque de Hontchenu et Am-
blard de Beaumoni, de la part du dauphin; le soigneur de
Grammont et Pierre de Montgelas, nobles bugésiens, pour le
comte de Savoie. Le comte de Valenthiois et Guillaume de la
Baume leur sont adjoints en cas de graves dissentiments.
LeGnier, rivière torrentueuse qui sépare la Savoie du Dao*
phiné, et le Bhtoe, qui sépare le Dauphiné du Bugey, sont
adoptés pour limites des deux Étals. Ce traité qui place le
Bas-Bugcy sous la puissance des princes de Savoie est dalé
de Rouen, où était alors la cour de France, le S5 août 1866.
Il ne manquait aux princes de Savoie pour avoir sous leur
puissance la province entière que les états do siro de Tlioire
el de Villars si injuslemenl et si violemment usurpés par le duc
de Bourgogne. Cinquante ans après le traité de Rouen, le
comte Amédée, qui fut premier duc de Savoie, eut le bonheur
d'acquérir ces liefs au moyen de négociations conduites avec
cette habile ténacité qui caractérise n toutes les époques la
politique de cette maison souveraine. A rexcmple du sire de
Beaujeu qui avait prolitédtî l'aballeniLMil el de rincuried'IIum-
bert VII pour acquérir quelques-unes de ses possessions de
la Dombcs, Amédée, par l'enlremisc de l'évéque de Lanzanni',
parvient à obtenir l'aliénulioii en 8a labeur des droits el tiel'i»
DU BUGBY. 407
do lira de Thoira dam le Haol-Bagey. Celle vente rddigée
pir le notaire Bondiiri en présence de nombren personnages
et d'Isabelle d'Haroouri, dame deTboire et de Villars, épouse
do siie, comprenait les villes et les diAteaui de Villars et de
loyes dans la Dombes, de Montréal, d'Arbent, de Martlgnat,
de Gerdon, de Poncln, de Matafelon, de Belvoir, dans le
Hanl-Bngey: elle contenait la clause expresse que» s'il sur-
venait un enfant an sire de Tboîre, celte vente serait résiliée par
ce fait, avec restitution du prix qui s'élevait à la somme de cent
mille florins d'or. Le sire de Tboire se réserve encore en pleine
propriété et pour en disposer à son gré, les fleb, villes, châ-
teaux de TMvoox, du Ghâlelard, de Rossillon et d'Ambérieux
en Dombes; et le.châlean de Uonldidier, reversibie après sa
inort, & son neveu, Jacques de Vienne (1).
Le S do mois suivaol, par lettres patentes datées de Bourg
en Bresse* le comte s'engage è assister le sire de Tboire et
de Villars, qu'il appelle son oncle, dans ses démêlés et ses
guerres et loi garantit le maintien de ses droits et la paisible
jouissance des fiefs qu'il s'est réservés. 11 se créait ainsi un
engagement pour agir avec plus de force auprès du duc de
Bourgogne dans la revendication des fleDi usurpés. Mais
Philippe le Hardi ne pouvait prêter roreille h celte réclama-
tion sans faire l'aveu tacite de son octe de spoliation. Ce duc
étent mort en 1404, Amédée représenta & Jean, son succes-
seur, que l'arrêt du parlement de Dole (2), rendu par défaol,
consacrait une injustice criante ; qu'ù part Montréal, Arbent
et Martignat, les antres fieb du sire de Tboire ne pouvaient
être l'objet d'une contestetion sérieuse. Le duc Jean, persis-
tant dans les dispositions de son père, maintenait l'arrêt de
Dote et ne teconnaissail pas ao comte le droit d'attaquer cette
(I) preuves del'hhi. du liui/cii, Sji*.
{"i) Voirie § (irécédenl «le U monographie, notice des sues de lliuiie.
hdS MONOGRAPHIB HUTOBIQOB
serilence. Longtemps agilôe, celle controverse linilpar pren-
dre un caractère d'irritation si grave qu une guerre parais-
sait imminente. Pour prévenir une rupture enire ces princes
unis par l'alliance du sang, le roi de France se porle médiateur
elconvoqueà Paris leschani cliers de Savoie et de iiourgogne.
L'afTaire débat lue dans son conseil et en saprésence, il fut établi
que Matafelon, Sl-xMarlin du l'réne, Brion, Cerdon, le val de
Rogemont, laYeliére,Poncin,CliiUillonde Corneille avec leurs
dépendances, juriiiictions et joux noires, soit forêts de sapins,
n'étaient |»as des dépendances de 'liontréai, mais bien d'an-
ciennes possessions de la maison de Tlioire et que le sire
Uumbert avait pu les aliéner vala'uiemeni ; (jue, conséque-
raenl, les seuls tiefs remis en dot à Aiix. de Bourgogne, épouse
d'Uumbert 111, sire de Thoirc, étaient mouvants des comtes
de Bourgogne (1). Le duc Jean se soumet loyalement à cette
sentence. Le 2G octobre 14i3, il députe au comte de Savoie
qui était h Nantua, Aubry Bouchard de VoUgny,son conseiller,
pour lui déclarer qu'il accL'ptait la décision du roi de France.
La conclusion de celle affaire ayant été ajournée, deui
ans après, les conseillers du duc et du comte, en grande
assemblée Ciicmbéry, signent un Iraiié par lequel tous les
fiefs des terres de Tlioirc dans le Bugey avec leurs juridic-
lions et droits Téodau sont cédés au comte de Savoie moyen-
nant viogl six mille livres, en compensation de la même
somme due an comte pour ic douaire de Marie de Bourgo^e,
sa femme, sœur du duc Jean.
Le 24 avril UU, par lettres patentes, la duchesse Bfar*
gnerile épouse de Jean, ordonne à Philibert de Saiat-Lèger,
conseiller et chambellan du doc, de se rendre dans le Bu-
gey et de faire la remise an comte des fiefii el diAieaoi,
y compris la garde de Nantua, mentionnés dans le traité
de Ghambéry.
(1) Guichenon, gen^itfût^ Tkvirt.
DV MNmr. 409
An iiK>b de aeplenibra, même année, cette remise est
feite dans tons les boongs et eliÉteaoi en présenee des sei-
gneurs, des châtelains et des bourgeois, snivant les antiques
formalités d'usage, par la tiadition d'nne clé ou d*nn béton.
Proclamation est faite ani habitants, de par le doc, h reffel
de reconnaître désormais pour lenr légitime souTorain, le
comte de Savoie, de lui obéir à ce titre et sans restriction,
le doc se départant de tous ses droits, hommages, fidélités
et joridiclions en (SiTenr d'Amédée (1).
Le Bugey, si longtemps divisé, est enfin réuni sous l'au^
torité d*un seul prince. Déchiré durant des siècles par des
suserains qui se partagent ou qui se disputent ses lambeaux,
il est appelé k jouir d'une tranquHilé prospère sous le ré-
gime modéré des ducs de Savoie.
Paul Guillemot.
(I) Gnichenw, prmi'tt de thiu, dn Bugey, page 355.
FADLES PAR M. FLEDRY DONZEL.
A voir les publioalious i)oi''liques sorties, depuis deux mois, des
presses de M, Léon Boitel, on serait tent»; de croire que nous
sommes à une de ces époques privilégiées où l'on respire la paix
et la tranquillité, et où les esprits, las de soins i)lus vulgaires, se
tournent avec empressement vers le monde idéal de la pensée et
des beaux-arts. L'erreur serait profonde ; le temps des Périclès
est passé. Les esprits inquiets regardent avec méfiance vers l'a-
venir; et, si quelques poésies ont paru an milieu de nous, elles
ressemblent, on peut le «lire, à ces fleurs apportées de loin par
i'orage, et jetées par l'eflet du basard sur une plage qui ne les
avait vu ni naître, ni grandir.
Parmi les quatre ou cinq volumes offerts à la distraction de
nos compatriotes, nous en avons trouvé deux de Fables, et nous
nous sommes demandé quel était le souverain qu'on voulait ins-
truire ou natter, quelle était la puissance à qui on n'osait montrer
francbement la vérité , puisijue les Fabulistes se mettaient ainsi
en campagne, et (lu'j)n déguisait les conseils comme si on crai-
gnait de soulever une colère ou d'éveiller un ressentiment.
Suivant l'opiniou reçue, l'apologue est né en Orient. Là devant
le maître, k la voix de qtii tout tremble, le pauvre esclave n'ose
faire entendre la vérité. Alors l'apologue so présente bumble et
furtif ; il glisse et pénètre jusqu'au pied du trône, et souvent , P^^"^
un tour adroit . il obtient tout du sultan qu'il a déridé ; >^'**'^
mUOGIAPBIK. 41 i
daoB notre rude Occident, pays de la Hbertë et du sulfrage uni-
venel» la vérité ne pourrait-elle nous sufBre? Hélas! au nord
comme au midi, les hommes sont des enfimts qu'A faut distraire
rt amuser, et sous notre ciel brumeux, Q est un sultan plus puis-
sant et plus ombrageux que ceux de l'Asie, plus ennuyé et plus
engourdi que ceux de l'Orient; nous ne dirons pas que é'est le
Peuple, nous dirons : c'est le public.
C'est, en eiït'f, nu |)ublic et non au peuple que M. Donzel, uu
des deu\Fabiili.si, s dont il , st question, adresse sa morale tout»'
pleine de bonbomie, et pour n'eiir pas exempte parfois d'al-
lusions politiques, est ai)pel.'L' à survivre à nus a-itatiuns du mo-
ment Dans le plus grand nombre de ses apologues, M. Donzel,
comme un vieiUard aimable qui a droit de donner des levons et
qui en profite, cherche simplement à redresser les travers des
hommes, instruire et guider la jeunesse, faire de nos jeunes gens
d'honnêtes gens, et ce n'est pas une tAche foclle. Partout, dans
son livre simple et modeste, ou trouve cette morale de tous les
temp<! et de tous les lieux, plus ancienne quele^ nations, et des-
tinée à leur survivre:
Il 000* fait souvwir aotti
Que toule puissance est fragUo,
Qu'uu colos»e, souvent, n'a que des pied* d'aifile.
Ou bien :
Que perdirent enfin ou gagnèrent le* iioOMMa
Au conflit du mal el du bico ?
lUcn.
Oo fut COBIM on était, on fol conn* noua aomoies.
Quelquefois une malice vient égayer le front du moraliste ;
Le cnur se vide à mesure
Qn« la boun« se remplit.
Kt la le(;oM, |)our être l'aile en souriant et sans prétention, n'en
est {>as nutins srvcre.
l'arfois, ce snni des ri'lloxions charmantes , comme celles-ci :
J'.ii toujours aimé l'Auc ; il . st si bonne Iiéle !
Quand jr n'aurais égard i|u'à son utilité,
412 BtiuMiiraiB.
Sa patience et sa sobriété ;
Jfoubllniis aisément l'air de stupidité
Que l'esclavage seul lui prAte.
Mais il fit preuve, un jour, d'une autre qualité :
11 sut pardonner une offense
Voit-on d'ici ce pauvre animal si accablf de méprift, si roué de
coups, oflensé, pouvant se venger uii jour et pardonnant .' La
solennit»' de ce vers : li sut pardonner une offrnse, est une de ces
bonnes forttutes que l'écrivatii &ii toujours heureux de reucoo- *
trer.
Les sujets de M. Uonzel unt été pris plusieurs fois autour de
nous. C'est à Grigny que deux Cfiats font de la philosophie au
coin dn foyer domestique; c'est à Grigny que genttKiHflM^
prend à ses dépens œ qu'il en coûte de poursuivre la g^ire. Ces
riens flattent et caressent le lecteur et donnent un air de vérité à
la lUile. L'imagination est fixée et Ton se prend à dire : ce n'est
point un conte en l'air ; la chose est arrivée , puisque l'anteur
nomme même le lien de la scène.
A l'imitation de son maître Lafontaine, H. Donxel né|^ par-
fois un peu sa versification. Mais n'a-lH>n pas dit, maintes fois,
que la fable n'avait pas besoin de parure, et qu'il ne lui fallait
que de la naïveté, de la simplicité , de la verve et de l'entrain.
Nous croyons que tout cela se trouve dans la pièce suivante, que
nous remanions ciHiiine une des meilleures du recu^ et par la-
quelle uouâ terminons cet aperçu :
•
LA POULE BT hk PERDtUX.
Lassf ili- voir la ruisiue
Engloutir œuf et poulet
Ghac la P«rdru»M «miM,
La Poule fit le projet
De vivre à l'état atmge»
F.nnemhle en commun mèMge ;
Et la Perdrix consentit
A pondre eu un même nid.
La Perdrix pond la première,
BIHLIOGRAPUIE. 413
La Foule vienl à son lour ;
Mais dès que l'œuf est au jour,
Voilà conuiie i l'ordioaire :
Ctcaca cacaquen.
Ah ! que t«iicx<toim J« faire ?
Lui dit alors ta coomère.
Vous l'avez bien entcDdu,
Je cbaotc, c'est ma manie,
CtMrloatqaandj'ai pondu.
Tons diaiilet, m belle aaie,
CTettaues; iMlont-eo là.
J*ai de la peine déjà
▲ me garder de l'appreche
Du Renard et du Putois :
A tout moment, votre cloche
Les ferait sortir du bois.
Aa ioocéa de maiate albire
Le secret est nécesMÎre.
Cest Bellooe, c'est Pintus,
C'est l'Amour qu'il sert le plus.
FABLES PAR M. ALEXIS ftOVSSST.
Des drames et des comédies politiques publiés dans notre ville
ontd^àfait connaître M. Alexis Rons^t. On y remarque à la fois
un esprltingénieux, un style élégant et facile et une grande droiture
de raison. I.a modération et le bons sens méritent d'»Mre appréciés
même dans la pf^'-slf, ([uaiirl la politi(jm' est en question surtout ;
car nous t'iilfiiduns bien déraisonner sur ce chapitn'-là. Malgré
la valeur de La Mort dr Mirnbean et La Mort de Danton, los
deux drames de M. A. Housset, les deux comédies, IJti the chez
lîarras et La Bataille électorale nous paraissent supérieures,
et le geure comique convient plus particulièrement au talent de
rauteur. De la comédie à la fhble 11 y a plus près qu'on ne pense ;
BIBUOetAPHIB.
toutes les deux font la critique des mœurs et des travers contem-
porains, il faut pour toutes les deux un ('gai esprit d'observa-
ti(ju, une finesse pareille, et la boiiliounnie qu'on est porté à
attribuer au fabuliste se retrouve bien souvent chez le poète
comique. Cette honnêteté du cœur et de la raison que Ton
décore du nom de boohommie est un des pius incontestables
mérites qu'attestent les flEibles de H. Rousset. La morale en est
saine, aimable, indulgente, la critique y est sans venin, et la
manière dont les travers y sont lirondés prouve chez le poète qjai
eoisare les qualités du cœur les plus hmrables.
Trois livres de ces iUiles avaient d^ para en 1848, Tauteur
vient d'en ajouter un qiiatrii>ine, compost* au milieu de nos
orages civils. Heureux don de l'artiste qui peut s'abstraire des
bruits de la place publique et des tristes préoccupations de l'a-
venir pour vivre il»* la douce vie de rini.iL'inati(in et oublier
les tristes rt''alit»''s ilnn.n le monde de st'> lirillaiilcs rliinuTes.
Les événemeiils que nous avons traverses n'ont pas i>u moins
faire cependant ([ue de laisser leur empreinte sur les dernières
làbles de M. Uoussel. La plus part d'entr'elles sont politiques
et partent d'un juste sentiment des mécomptes qu'on nous a
lut subir et des craintes que tout le monde ressent Aucune ce*
pendant ne trahit d'amertume, et les blâmes les plus justes sont
toujours recouverts de rinnocente galté du fiibniiste.
Ce moment n'est pas heureux pour un succès littéraire ; mais,
en des temps meilleurs, une œuvre lyonnaise, qui n'a pas reçu
la sanction de Paris, robtiendrait-dle tout en le méritant !
nous ne savons. Nous voudrions prédira aui ftbles de M. Alexis
Rousset auprès du public de notro ville l'accueil qu'elles ont
déjà reçu du petit nombre d'hommes de goût qui s'intéressent
encore aux lettres, mais nous craindrions d'être trop flatteur
®t ce ne serait pas pour l'écrivain.
nBUOGBAPiUE.
415
LES BUGÊSIENNES; — LES VOYAGEUSES,
POÉSIES PAR AIMÉ TIHGTRIHIEB.
• vol.iii>3a»L. Boitel, iA49<
Ces deux Yolumes de vers, paras au milieu de nos trouilles
politiques, à peu de distance Tud de l'autre, ont Mi eonnaltre
M. Aimé Vingtrinier à ce petit nombre de lecteurs que la poésie
compte encore parmi nous. Comme le lac aux ondes tranquilles
reflète le ciel et tout imngc qui vient en troubler l'azur, de
môme la pot'sîe trahit le ctrur du poète, avec ses joies d'enfant
et SCS douleurs d'homme ; elle nous le nionlre dans ses plus
intimes replis, dans ses plu? stcn tes pensées. Sous ces quel-
ques pages, M. Viui:trinier >'t'st luis luut entier. On le retrouve
feuillet par feuillet. Pour nous, un reeinMl de poésies a toiit
l'attrait d une conlidenee ou d'une coniessiou. .Nous nous plai-
sons à soulever le voile transparent sous lequel se dérobe l'au-
teur dont nous tenons le livre. M. Aimé Vingtrinier ne peut
que gagner à se laisser deviner, et chacune de ses i^éoes ac-
cuse tour à tour le bon patriote, le fils tendre et dévoué, et Tih
mant plus souffrant qu'heureux.
Dans les Sugésiennetf notre poète décrit en vers bien sentis
et pleins de mouvements, la plupart des lieux du Bugey aux-
quels se rattachent quelques illustres souvenirs, où dans les-
quels il a laissé quelque chose de son cœur aux buissons du
diemin.
Les Voyageuses se composent des vers que l'auteur, dans
une vie toute connuerciale, a laissé tomber de sa plume, et
qu'il a datés des dilïérents [»a>s parcourus. Sous le soleil d'A-
frique, comme devant le golfe dr Naples ; sur la mer où il rt>ve,
comme sur la terre où il se deliiil au milieu du négoce, la nuise
est à ses cùtés, elle lui reste lidele. Heureuse nature ! 11 y a de
la grâce et du sentiment dans la plupart des pièces qui for-
416 BIBLlOtiRAPHIE.
ment ces deux volumes, et dans quehiucs-unes (relies une
certaine originalité (jui nous rapjK'Ile les ballades allcnuindes.
Ces deux recueils placent à un rant: Imnoralile , parmi nos
poètes, M. Aime Vingtrinier, que laSocirii' littéraire de notre
ville peut s'honorer, à Juste titre, de posséder dans son sein.
H. Cbodint Anlonj Rémi, eet écrivain ly ouMii, dont noi Icelean eon-
miwflft le nom depuis longtemps, et qui s'est fint tcnurquer dans plusieitn
genres de littérature , dans la poésie , daiu le roman , vient d'ajouter ù ses
nombreux ouvrages un livre d'une utilité inronteslable ; cette fois, M. Rén »I
fait une seconde rxrursion sur un terrain i|ui ne lui est pas étranger , car on
M rappelle qu'il publia, voilà déjà quelques années, une estimable traduction
da JloaMMira» «a e toI. ia-S. Le aoavean livra de H. Réoal eil aa preaûer
vohuae d*JIhMf»«tfMM Uaêratrtê d« fBipagiu. Il pane en rame let principaox
écrivaiae de la Péninsule , donne wr chacun d'eux une notice eiade «t aol*
fuée, et les fait plus amplement connaître par des fragmenta astei considéra-
ble» de leurs œuvres diverses. >"ous regrettons que le manqur d'espace non*
empêche de faire apprécier autrement que par ces quelques ligues cette in-
téressante publication.
BC. Moagin • donné, eelte année, un large développement i r,dnnaafr« 4t
Lyon, Il devient un livre aussi indispensable au commerce qu'intéressant pour
l'histoire de notre loralilé. C'est une I)onnc pensée que d'avoir recueilli Jour
par jour tous les faits, toutes ks piécts iniport.-tnle.s de l'année écoulée, et
1848 comptera parmi les plus riches en documents curieux. On retroawra
doae daaa ee volana tontes les prodamations , toutes les alBdiea qu'ont fiait
aaitm les divenes phases de la révoloUon. ll.Monfiilcon a ajouté à cette revoe
rétrospective nn bullelin nécrologique et im hvltetio litiéraira où il P>7*
'•■•Imt à nos Lyonnais dignes de mémoire et apprécie les quelqa^^ ouvrages
qui ont pani à travers nos irmiMcs politiques. Revue et critique portent mal-
ItOttreusement parfois en « IK s l'empreinte de l esprit de parti et dcsranciuies
^•a l*«utear raproche a ses collègues, (/est toujours l'histoire de 1« poatra et
^ !• paille.
AVRIL.
l/hiver s'enfuit , le ciel s'épure ,
Le soleil resplendit vainqueur,
Et tout renaît dans la nature .
La feuille au bois, l'espoir au cœur.
La fleur qui se presse d'éclore,
Balancée au souffle du soir,
' Embaume la nuit et l'aurore
Ainsi qu'un divin encensoir.
Et l'on dirait qu'une avalanche,
D*ane ébloninante Uaneheur,
A déposé sur ehaque brandie
Sa neige ainsi que sa fralclieur.
AVRIL.
Alors, la prairie arrosée
Du filet d'eau qui l'enfidUt,
Sons une goutte dt rosée
Volt le brin d'hérité qui fMdai.
Alfift, pour eipUTer Tonile,
L*oiiean gaiooillant dane les lioie
An chatte amour qai le réteille,
Pi«te lechanne de sa Toii.
Alors, rasant te tee UmpUe
Que le calme a rendn si pnr,
L'hirondelle, en son vol têfiétt
Se mire dans un flot d'asnr.
Au matin, rabeme se pose
Sur te bouton ouvert la nuit,
Et dans la corolle ml-dose
Tout en bourdonnant s'introduit.
Beaux Jours pour mol, vens eoeofe,
Du vieillard qui peut vous goMer,
La voix devient pure et sonore
Pour vous dépeindre et vous chanter.
Durant Ion cours , saison prospère^
L'fiime au bonheur s'épanouit ,
Heureuse des biens qu'elle espère
Et de ceux dont elle jouit.
0 mon Dieu 1 je te remercie :
Si dans mon sein doit revenir
Un souffle encor de poésie,
Je le consacre à te bénir.
LE PiKflON.
Si llnllMBae aitttilife
Dd beau printems que Je Nf^li,
En venant n^evab laterrt
Pmit «Msi iif}aiiiiir aw vob !
J« Priubm*
LB PINSON.
Ta voix n'est point mélodieuse,
Charmant oiseau nommé Pinson,
Mais elle est l'annonce joyeuse
De la plus riante saidon.
Du froid tu fidaatos l'empi»,
Et piessé de le voir finir,
Au printems tu nous semble dire :
M Je ctiante» ainsi ta dois venir. »
L'hiver, quand ee tait rakniette,
A la eime d*iin arlire aec,
On voit Drémir fa lUbonette
Et lemner ton petit Iwe.
4S0
LB HHMN.
Car dans les airs, moins de froidure»
Le tiède rayon du soleil ,
Sur la plaine un hrin de verdure,
De ta voix causent le réveil.
Soudain elle a percé les nues
D'un acccnl plein, vif, saccadé;
Il n'est m soupir, ni tenues
Dans ton chaut de joie inondé.
Qu'on te préfère les linottes,
Les fauvettes, les rossignols ;
J'y consens ; leurs savantes notes
Ne sont que dièzcs ou bémols.
Mrîs, pour une âme impatiente
De voir le printemps radieux ,
Ah 1 le premier oiseau qui chante
Est eelui qui chante le mieui !
N ne songe poinl assez qu'on Tnil une
chose sérieuse quand, le malin, à l'heure
de loisir, on ouvre, avec une disiraclion
souvent punie, le journal accoulumô.
C'esl pourtant quelquefois un terrible
imprévu qui en sort pour vous. Prenez
garde : sans môme lourner la page , vous aile/, apprendre
pcol-élre la chûle d'an trône, peul-é(re la morl d'un ami I
488 AMTOmif HOUIB. "
Ne parlons point des trônes : Cest peu ptr le temps qui
court; mais la mort d'un ami, cela noos tooche «icore; les
novateurs n'y peuvent rien changer , et ce vieux cœur hu-
main s'obsUne en ses afiecUons. Il faut bien tenir à quelque
chose !
J'ai lu ce malin dans une feuille :
« M. Anlonin Moine, peintre-sculpteur , est mort hier à
Paris. »
Pas un mol de plus.
Celle parole brève, sèche pour loul le moiide, douloureuse
pour moi, triste pour nous tous ici, peut sufTirc, à la rigueur,
au public distrait. Comment arrêter longtemps , au lit de
mort d'un artiste, l'attention d'une société menacée qui pour-
rail répondre comme le Cacique : « £1 moi, tuis-Je sur un lit
de roses ? »
Mais cela ne nous sulBl point à nous autres. Le journal ne
dit pas même que ce peintre-sculpteur étail de Saint-Klienne
en Forezl Ainsi donc, parlons-en loul à notre aise, entre
nous, famille sléphanoise ; recueillons nos souvenirs at Iris-
lés, et racontons celle pauvre vie d'un arlisie qui eul le laleiil,
qui obtint la célébrité, qui n'atteignit jamais le bonheur.
J*al côtoyé, dès sa source, cette existence troublée. Il m'ap'
parlienl d'en parler. Je vous dirai ce que j'en sais, en toute
sincérité, avec celle certitude des loinlains aouvenirs de jeu-
nesse qui reluisent encore dans l'âge mûr.
Au collège, Anlonin Moine faisait peu de tliémes et beau-
coup de front komma» Mon pupitre, voisin du sien, en avait
qui ne chtimaient ; mais le matlre d'études les admirait ua
peu moim, le barbare! il en faisait de terribles raz^im*
Heureusement que la craie, la pointe du canif aidant, SM-
venl même la plume qui venait, pour ce fait , d'écrire m
ptntuoh le dommage était bienidt réparé, et les boni hom-'
mt9 ropremieut pomanioa de leur domaine, le n'assurerais
ANTOMX MOIXE.
43S
même p«s qu'il ne se glissât point parmi eux quelque ouïra'
geuz portrait du malheureux pion : Venfance est sans pilié ! .
Puis le soir, h la salle d'étude, à la lueur des chandelles de
suif, c^étaienl des silhouettes suspectes, grotesques, des oip-*
•
bras chinoises qui grandissaient , s'amoindrissaient par une
gradation savante el (^changeaient un dialogue vif tt animé,
Dins tout cela, ce o'élail pas l'écolier studieux, — j'en veax
bleu convenir, — mais c*ëlail l'artiste qui commençait à
poiodre. Enfin, il sortit bientôt de Técole de dessin do collège
avec (e nom du Pomi» qa'on loi mil doaiié...« raiUcri«oa
présage !
Et il alla à Paris, oà il cacha longtemps sa vie laborieuse,
dessinant, peignant, modelant, cherchaoi eoliD par loosles
chemins de l'arl ton laieol indécis alon comme son caractère
le fut toujours.
Je ne dirai rien de ses longs lra?aui, de tes préliminaires
d'atelier : toutes cesjeancsiea d'artistes sont à peu près jetées
dans le même el rode moule. Je ne vous ferai pninl
paner par les mêmes épreuves, par les mêmes labeurs, les
mêmes privations, sorte de ehtmin dê la Croix qu'ont luivi
tant de icônes arlîsies, en rarrosaot de leurs fueniSt eo aoe-
combanl soos le fardeau de l'art.
Anionin Moine grandlsMttdaoi rembraet le lilence, mala
il grandissait enfin. Il allait bientôt se faire jour et revend!-
qoer haotement la place qui lui était due dana le pionde ar-
tistique. Son nom fol honorablement révélé dana dlfura
recueils perlant aîgnalures qui ne sont pas aans aulorilé.
Vànittê et Sosac avaient montré, dans sa primeur, ce talent
qui a passé, comme tant d'autres , par cette pnblicatioo el
celte bmttiquêt en attendant une censécratlon plus haute*
Moine, dans ses premiers travaui, se complaisait anrtonl
ans faolaislea de Tart, aut arabesques capricieuses, aui créu*
lions faniasiiqttês » <^flêts et ani traditions in nioyen-^
k^ï AMTOmif MOUII.
Age. Jean (ioujoti, IMerre Bon temps el aolres vieax tailleun
de pierre ont élù l'adoralion el renseignemenl de louie sa
vie. Sa natare el ses leclures favoriles lui avaient donné celle
impulsion. C'est de Notre-Dame de Pans que sorl ce Dragon
monté d'un diable armé d'un (rident, se rendant, sans doulc,
h tire d'aile infernale, fi quelque ronde du sabbat, ou ii quel-
que évocation de sorcière, œuvre de ténèbres à coup sur !
Celle production originale fut remarquée. Le plâtre en a
élé souvent et longtemps reproduit. Bientôt suivirent en foule
divers travaux, dont je voudrais bien parler, el parliculièrc>
raenl une statuette de Sancho-Pança el un vase magnilique
gardé précieusement h la manufacture de Sèvres. Mais il faut
m'interdire tous ces menus propos où je me complairais pour-
tant, pour arriver enfin ù des œuvres plus graves, plus étu-
diées, plus hautes, qui ont inscrit, en marbre el en bronze, le
nom d'Anlonin Moine sur divers monuments de Paris.
En ce temps-là, — sous ce règne tant calomnié et si pros-
père du roi Louis-Philippe, — il se bâtissait des églises, il se
faisait des fontaines monumentales; la barrière de l'Etoile
élevait son arc triomphal à nos gloires militaires; le quai
d'Orsay achevait son édifice pour loger ce Conscil-d'Etat
qu'on lâche aujourd'hui de mellre à la porte de son palais ;
rhôlei-de-ville prenait les proportions les plus imposantes et
les plus gracienses; enfin, les artistes, peintres, sculpteurs,
architectes» trouvaient de nobles travaux à exécuter ou à di-
riger dans ces vastes créations. Il fallut un bénitier à la Ma-
deleine,de8 statues à rhôlel-de-ville, des Triions aux fontaines
de celte place, dite de la Concorde , où rugissent toutes les
dtseordM populaires ; et à tout cela (moins les discordes)»
Antonin Moine mil résolûmenl sa main d'artiste.
Le bénitier de la Madeleine a été loué... et critiqoé, bon
ligne 1 Si la louange dore, la critique consacre souvent à son
InsQ. le ne feni dissimuler ni bMmer le reproche de gracilité
ARTomif Moun. 425
qu'on a pu adresser, à Josle tf Ire, à Fœovre, non k rertisle.
, On a ignoré on oobliéqoe le plan, le premier modèle, a élé
déploraUement modillè par ordre snpérienr. le le sais, et Je
dote le dire, moi qui ai va le travail primitif, moi qni ai enlen-
da les plaintes amères de rartiste sonffrant dans sa création
ontragée. Ce qoe fafllrme ici, dn reste, se trouve attesté par
le dessin de Tidée première, publié, je crois, dans le temps,-
parle journal l'irf jM«, et très-certainement, en tous cas, par
le Ifagm^n pif (orssftM. On a pu juger ainsi la libre pensée
' dn statuaire et donner à la critique de justes limites et une
adresse plus exacte.
#
Moine a eu plus de liberté artistique — el on s'en aper-
çoit — dans ses Triions des fontaines de la place de la Con-
corde. Ils ont le torva faciès qui convient ù des personnages
de la cour de Neptune , et , à leur courbure dorsale, à l'am-
pleur de leur poilrino, on juge de la puissance du jet d'eau
qu'ils dôgorgen l a la face des Néréides qui le leur rendent bien.
C'est ainsi qu'on procède entre diviollés marines bien faites.
J'aurais à parler de plnsleurB autres travani importanla ;
mais le temps me presse, Tespaoe me manque, et fa! à ap-
précier ce talent multilbrmê sous un autre point de vue. Il
me faut bien aussi réserver un peu de pface enfin à rkomm$
qoe J*ai eonnn dès Tenfisnce, blâmé souvent, afané toi^oara.
Mais toutefois je ne puis passer sous silence une cheminée
très habilement sculptée el fouillée par lui, laquelle est dans
un des salons de l'ancienne Chambre des Députés. Justice fut
rendue à celle œuvre ou point de vue de l'art ; mais on fil de»
objections sur certaines formes féminines un peu vigoureuse^
ment accusées.
426 AMTONIN MOÏSE.
Mais le talenl déjà si varié d'Anlonin Moine n'avail pu
encore dil ton deraier mot. Il s'avisa an joar de faire, aa
panel, depuis longtemps négligé, les plos charmants porlrails,
les plos frais payMfM dn monde. De tons côtés lui vinrent
des têtes h reproduire, et des plus célèbres, et des pins gra<*
denses I II travaillait pour la politique, il travaillait pour la
finance. Plusieurs portraits sortis de son atelier représentent
diverses personnes de la famille Holé et de la Ikmilto Bots-
cbild. Les équipages stelionnaient à sa porte tendis que les
maîtres posaient. Sans manquer h te ressemblance, il tempé-
rait la vérité outragense. Les femmes étaient eoutenles. » .
henreui peintre I Ce Ait on succès, ce fbt une vngui^ Gomme
le godl des derniers règnes de la vieilto monarchie était re-
venu è la mode dans les décorations et les ameubteroenCs
somploeoi, on voulait avoir de lui, dans ces charmants cadres
de forme ovale, adhérente à la boiserie des boudoirs parfu-
més, quelques-unes de ces coquettes compositions à la Wa-
teau, on te dessin n'éteit pas trop .sévère, ni la morale non
plus. Les amours revenatent en foule. Le charmant artiste
obéissait à te douce impulsion, il tentait, il poudrait, il enru-
banall ses personnage^. Pas de teilleusedans Paris qui posât
avec plus de grâce que lui les dentelles et les flenrs à une
robeè la Pompadonr ! Pas de fine tailte dont il ne sâl rendre
l'henrense cambrure !
Cependant, d*antres mailM artisliqnes vinrent k lui disputer
te pastel. Le goât se modifia. U vogne s*attiédit. L'élégant
landean ne s'arrêtait guères plus è la porte soUlalre de l'ar-
tiste. Il s'ennnja, il tourna au spleen, le mal de tente sa vie.
Il en était là, triste, matedif, amaigri, morose, se plaignant
deDtenet des hommes, quand survint ce coup de main qui
jete bis ia monarchte par surprise.
Il comprit alors que Tari s*en allait. Les conteurs se sé-
chaient sur toutes les palettes. Le pauvre artiste perdit ses
OMillMret pratiquu, U rétolalio» mil Mlé le chilatn é9
H. RoiMbild. M. Holé, H. le comte Holé, MWgMtt à se faire
répnblieaio dn lorliuideiMin et Deioogetît plut mii podiiili
de femille. Pin oo fiarlaiC do énitou fr«M<l, phule Irafall
muMiiiail «a droit contetlé.
▲Ion il DO tt que loogoir, plw triste et pios naïade, Joa-
qa*aa joar oft. Mm rétlilaiice , U ae laiiBa condior par la
BMirt daaa la looibe prâMtoréa.
Taodis qu'il en est lenps eoeore, jetons, atant qne l'ou-
bll ne survienne, un dernier coup d'oeii altrisié surtelle orya-
nisatlon privilégiée et malbeoreose. C'était un esprit bien
doaé et mal fait. Il ételt de eeui que la mikoMoliê marqua
comme sfcni, selon le mot du poète anglais : « Ànd mekm^
«Mf/ mark*d km fàr Asr oion. » Avec un caractère bon et
sënsibte, il ne recevait ni ne donnait le bonheur. C'était un
vase pur .oà ta liqueur tournait cependant. En Tabordant,
malgré son cordial accueil, on le trouvait peu saiisfait , on
découvrait en loi un fond de souiTrance permanente. En le
quittent, on te laissait plaintif. Sa carrière bornée fut une
longue et doolonreuse.élégie, oo,pour «mprunler une image
& son art, on tableau assombri où les nécessités de l'esislence
n'sppareissent que trop à l*arrière-plan.
Qu*a-t-il donc manqué à cette organisation si dlsllngnée, à
Unt d'égards? U lui a manqué la juste appréciation des
hommes , la science ordinaire de la vfe, moins de révolte et
plus de soumission d'esprit, la fidélilé au travail commencé.
Tordre et la mesure en toutes choses ; tout cet ensemble enfin
de qualités saines qui mènent à bien l'eilslence. Quand on
arrive au porl, ce n'est pas seulement à la voile, c'est aoasi
an îest qu'on doit l*henrense traversée.
Antonin Moine teisse une fomme, nne veuve jeune encore*
qu'il eûi rendu benreui... s'il eût pu l'être 1
Il laisse un fiIs^adolescent,dans un collège de Paris. Je ne
4S8 AHTOiaM HODIB.
sais quelles seront ses tendances ; mais je doute que sa mère
le dirige du côté de Part.
Il laisse aussi un frère aîné, Aimé Moine, qui entra d*a-
bord dans les gardes d'honneur el puis dans les ordres reli-
gieux. 11 apprendra la morl d'Anlonin, au fond de quelque
vieux cloître, el il aura une prière el une larme pour ce frère
qu'il 0 ù peine revu depuis radolescence.
11 laisse, enGn, un ancien compagnon d'enfance qui s'al-
lendrit en écrivant ces choses.
Amâ BoYiT.
n» N mm n MHua fMiMi w u nm n LtoMUii.
#
TABLE
■ ATlftRBS COMTBIIUIS DàMS LB XXyill* YOLUHB.
Mâwia
JOSBPB BaID.
A. Bonuic.
Anii Bonr.
P.
H.
A. BomiKT.
H. HlMAMl.
▼* DR bnuiM.
PinatUlton nr r<i«yhiii— l da t«iple
fHt««iCiwANBld«BliAM«ld«UaiABt. * lo
Histoire de l'art duM l« LyaoMM. Syabolw
chiélMM i Ifoa. . ' tat
Jean-Baptiste-Marie Noibac 1 1 1
LiOai*>P)iilippe d'Orléaos ia7*ai3->a97
Meiw 4«t
BvfBy. • . 169-396
LcttNt w la SardaigM. a49>S44
BcoBomle polltlqae.
Du Droit de propriété «7^
Des Services rendus par la méilcciiie auxscieiires
Mlorelles 4$
Aeadéaia de L)r<». Séance pvbliqae da 29 aoAt
iS4l
Da SealiMiit peétiqae de la nalaïa. . . . loo
430
TABLK DES MATIÈRES.
Ami Aonr.
A. VlKOTRIHItR.
V. DE LAr&toi.
L. fioiTu..
c.
!.. B.
9,
Joann Tumu.
1.
f».
Vojage «0 leuia » |Mr H. CêHm
iDscriptions antiques de Lyt» (S* limilOD), ptr
M. Alph. de Boissirn ii4
Histoire de I yon sous la Hcilauralion, • l'aide
des cbaDsons de celte époque, par M. Castellao. ii5
Oft MméuA d« la République française, par
M. Albot Ghantcbue. tiS
Rapport da M. La a a n Ba nt mr Ica «svm da
MM. Mfiafalcon et Greppo. at<
Fables, par FIcury Donzel iio
Fables , par Alexis Rouuet 4io
Le* bu{(èaieiiaes et lea Voyageuses, par Aimé Viog-
tiWer. 4tff
IlliMtntioM Utténina à» nbpap*. . . . 4i6
AaamiN da Ljaa, anéa 1S49
Dai Collectean d*aMto|Wfflwi. Ua qaabaÎB à
M. Scribe ......ifS
Blocttet et boutadet. ...... aii-ajS
La Locomotive. 5
AvfO 4(7
PiwaB. 419
m BB ta TMw av mwf n
TABLE GÉNÉRALE
DES XXVllI VOLUMES
D£ LA REVUE DU LYONNAIS.
REVUE DU LYONNAIS
1835.1849.
TABLE DES MATIÈRES
DES tS VOLUMES, *
DITIBÉS EH BIOX PARTIBS, BUBDmstBS DANS L'OBDBI 8DIVAMT :
PKBBIliRE PARTIE,
s* HUtoire de Ijon «t du Lyoumiit. — > Comeres. — bdotlrie. — Ckra>
nique lecalé.
3" MomuMot*. — Afdiiologie. — NaninMtiqae.
30 Sciences. — - Beauz-ArU.
40 loduaU'ie. — Éeooomie politique. — Uitloire Mtarelle — Phjtiologte.—
Hygiène. — Médecine.
5* Biegnpliie. — Hetieea. — Aitidef ■écralogiques.
tt> Pliilolegie. — Critique. — Bibliesrapliie.
DEUXlfeUB PARTIE.
7* ReIi|ioo. MniMOpbie.
»• Poéne.
9" Histoire. — Voyage*. — Mœurs, Usages et Coutumes.
io*> Romaoa, Contes et NouTelles. — Esquisses, Feotaisiet et Ytriélée.
PREMIÈRE PARTIE.
I. ainOIBB BB tTOB BT 00 LT0H1UI8.— G0IIIIBB€B.— INDUS-
TBIB. — GHBOmQOB lOCALB.
BARD (Joseph).
Soci( t(> rios Antiquaires à Lyon.
VU. 399.
BARRILLON.
De la régént'ration du quartier
de la Bouchorip des Ter-
reaux. Xm. 135-321.
Nôrossilô do construiro le cbe-
min de ter de Chalon à Lyon.
XIX. S86.
bayle;.
Lyon {Extrait de.s Vèrnoires
d'tt» touriste), IX. 48.
TAIU BBS HAtliaU.
BERNARD (AuGum).
De la oommune lyonnaise au
moyen tii^o. XVM. 3^9.
Des divisious adiuimstratives
dn Lyonnais au x« siède.
XXI. 289.
Souvenirs du Forez à Lyon.
Vlll. 42.
BERTHIN (Vital).
Statistique générale des basili-
ques et du culte dans la ville
de I.yon. XIX. 140.
BERTHOLON (César).
École LamarlinitTc. Xï. 257.
Les procureurs de Villcfran-
chfi et leurs confrères de
Lyon. XVI. 353.
BOITEL (LÉON).
Chapelle dos Prnitenls de la
Miséricorde. VI. 1.
Chftteau de la Claire.— Château
de la Duchèrc. XX. 484.
Do l'nxo (loOnitif de la rue des
liouquolicrs. WIV. Sôd.
Du projet d'élever une statue à
Jean CléborL'. VII. 390.
Hivers rigoureu.\ à Lyon. VII.
99.
Inondations du Rliônc et de la
Saône à diverses époques.
V. 1.
Journaux morts depuis 1830.
I. 163.
Journaux existants. 164.
La Grippe ft Lyon. V. 156.
I.onguour et largeur des ponts
de Lyon. XX. 164.
Lyon vu dans Y Illustration.
XXVII. 97.
Nombre de mélicra à Lyon à
diverses époques. I. 165.
Notre but. Notre pensée. L 5.-
7.
I Quais de la Saône. XXV. 467.
Rr vollc (Jcs talTelalicrs et des
chapeliers à Lyon en 1786.
Xll. 210. Complainte à ce
sujeL XII. 210.
Statistiquo. VII. 158-159-239-
392-393-504-505-1 60-240-
394-506.
Tableau des Maires do la ville
de LyoU| depuis la suppres-
sion du Consulat, en 1789,
jusqu'à DOS jours. XXm.
387.
Valse. XX. 269.
BOLO (J.-D).
Le Mont -d'Or lyonnais. IV.
394.
BONNARDET (LociS).
Prisons de Lyon. — Rapport de
M. L. Bonnardet V. 891.
BUFFARD (Paul).
Cireenses. — L'Arène lyonnaise
et le petitBIanebard. XXIII.
235.
BlTk'.
r>e l'association des libres-
échangistes. XXIV. 431.
Le libre - échange à Lyon.
XXIV. 497.
CASTELLAN (P.-F).
Napoléon h Lyon. XXVII. 105.
Pons (de l' Hérault] à Lyon.
VII. 225.
CHKM.E (Charles).
Notice sur les Archives de la
Préfecture. L 374..
CLERC (Stanislas).
Louis XVH à Lyon. ill. 177.
Un exorcisme h Lyon au XVI*
siède. IL 81.
TABLE DBS MATIÈRES.
S
COLLOMBET ;F.-Zéxon).
Oasaubon à Lyon. XXII. 71.
Des lettres h Lyon et do la //ir -
t>ue du Lyonnais, IX. 1.
Ecoles de Lyon sous Charle-
magne. V. 276.
Eglises [des' de l.von au XVIl*
Fête, à Lyon, en l'honneur de
J.-J. Rousseau. VIII. 25.
Institutions de bienfaisance de
Lyon.
Bénédictines des Chazaux.
XXIV. 352.
• f.armélitps. XX. 211.
Colinettes. XXI.
Couvent de la Déserte. XIX.
2fîfî.
Monastère de l'Antiquaille.
XIX. 357.
Monastère de sainte Elisa-
beth de Bellecour. XX.
412.
Monastère des Annoncindes,
ÙHe^llIru-Crles/cs. XVni.
2fia.
Œuvre def; dnmes du flaï-
vain-. rt'ininos incurablt-à.
XXIV. 272.
Religieuses des deux Amants.
XXI. 143.
Sœnrs de Bon-Secours. X.
47.
Sœurs de saint Joseph. XXIV.
396.
Ursulines. XIX. 412.
Verbe-Incarné. XIX. 412.
Visitation de sainte Marie de
Bellecour. XVII. 118.
Lacordaire (le P.] à Lvon. XXL
Lalande (Jérôme de) au collège
de Lyon. XXII. 71.
Lyon et Jules Janin. VIL 482.
Marmontel à Lvon. V. 376.
Mignard ( le peintre ) à Lvon.
XXII. 69.
Molière à Lvon et à Vienne. L
1 1.1-
Passage du père Mabillon fau
lieu de Sirmoud que porte
l'article) à Lyon. I, 240.
PoussinfNicolasjàLyon. XVIII.
167.
Quinze ans de l'Eglise de Lvon.
XL 491. XII. 73.
Rousseau (J.-J.) à Lyon. VIIL
25.
Thomas à Oullins. V. 457.
Tombeau des deux Amants
prè.s Lyon. XXII. 470.
COI BAYON ET WETTER.
Réclaiiiation, h. propos d'iiii ar -
ticlt' sur les eaux du lUiùue
et de Roycs. VIIL 147.
COURCIIAMPS (de;.
M™*" de Créquy et le card. de
Tencin à Lyon. I. 117.
COUTURIER (A).
Jonction du Rhône à la Loire,
en prolongeant le canal de
Civors. XI. -209.
D'AUBIGNf:.
Henri III à Lyon et le porte-
croix de la confrérie des Pé-
nitents du Confaloii. XX.
281.
DECORS (F).
Fortifications de Lyon à diver-
ses époques. XVIII. 169.
DUBUISSON (M"" Jane).
Château de la Papp. XX. 91.
Le refuge St-Jnsi ^ih. X. 3C7.
Murât à Lyon. II. 90-
DUCHÉ DE VANCY.
Passaue, à Lyon, en 1700, de
Philippe d'Anjou , des ducs
TABLE DES MATIÈRES.
de Bourgogne cl de Bcrry,
MB frères. VII. 202.
DIT.AS ni: Bois-st-jrsT.
Les frères Nolhac. IV. 531.
DUMAS (ALEX.)
Lyon anden et moderao (ex-
trait des ImpresHomàêVOva-
ge). MU. 321.
DUMAS (ArnrsTE^
Concours de Napoléon pour un
prix proposé par l'Académie
de L\(in. VI,
Premiers essais des bateaux à
vapeur à Lyon. XIX. 257.
. DUPIN.
Les frères Montain. IV* 30.
DUS8IEUX Cpère).
Quelques mots à propos de l'é-
crit de M. J. S. I». Pajïseron)
sur le siège de Lvon. 111.
498.
mJSSIEUX (LO
SiëgedeLyon. Sortie. VIIL 246.
FLACHERON (Rafbael).
De la création d'une salle de
concert et d'un conservât, de
musique à Lyon. IX. 103.
FLEURY.
Le comédien Fleury à Lvon.
III. 81.
FLEURY (le père Charles).
Contestation des eomles de
Lyon et des docteurs de Sor-
bonne sur une cérémonie de
l'égUse de St 1 an. II. 179.
FOIRM/r.
Le lit du Rhùne. \VI. 18.j.
FRAISSL r.HVRLES).
Dépôt de mendicité de Lyon.
II. 131. VIL 496.
Eaux ù fournir à la ville de
Lyon. VU. 197.
Hospice de l'Antiquaille. Rap-
port statistique sur le ?( rvice
des aliénés , par M. liotlex.
X. 391.
Hospice de l'AnliiiuailIe. Comp-
te-rendu de sa pratique n\é-
dicalc, par le docteur Bien-
venu. X. 393.
Ouverture des cours de clinique.
VIL 398.
Société d'Agriculture. VII. 48S.
FRANCE PITTORESQUE
(Extrait de la).
Histoire du Lyonnais, Foret et
lîeaujolais. — Antiquités,
mœurs et caractères. 1. 455.
GASTINE.
Distribution des prix aux rlèves
de l'enseignement éiémeu-
tairc du Rhtae, et discours
de MM. Terme et Piquet
I. 139—148—151.
(.ILARDIN (ALPnoNSF.V
I n procès, à Lyon, en 1(192,
ou Aymar, . rilouune à la.
baguette. V. 81-.
GINGINS DE LASSARAZ.
Essai historique sur la souve-
raini'lt' du lyonnais et sur
la pretcudue cession de Lyon
comme dot de Mathilde, flUe
de Louis IV. IL .353.
Essai sur la divisioti et l'admi-
nistration politique du Lyon-
nais, au siècle. V. 130.
GODEMARD.
Procès-verbal de l'inondation
de r.'vi-ier 1711. (Extrait des
Acics consulaires de Lyon)'
I. 20.
(.lîA.MiPKUmCT .Théod.)
Hépoiisc à M. Alexandre Ihnnas
au sujet de l'arlicle sur Ly on
extrait des ImprestUmi de
voyage. VIII. 320.
<:iu:pi»o (II.)
Coup d'ii-il sur l'histoire des
Lyonnais à l'Opoque de iNé-
ron et de ses ))remier9 suc-
cesseurs. \I. i(;7.
Inondations des Gaules et de
LvunauVI«sIèe1e. XIIÎ. 45.
Sur le commcrcjî des vins à
Lugdununi et dans les Gau«
les. XIII. 449.
Sur une lettre de Pline à Ge-
niinius , où il est question
desbibliopolcslyouuais. XI.
GUILLARD.
Précis clironolog. de l'hist. de
LyoD. I. 425.
HEDDE (PniLirpE\
FaJnrieation des schals à L\on.
UI. 187. ^
ifKRRIGNV (LambEHT D').
De la lil)iairi(% à Lvon, vers la
^Uu du XVlh si(de. II. 442.
JAI. (Ali;\.)
Lyon en I83j. 111. i i.
JOURDA.N.
l>e la traversée de la ville de
Lyon par les chemins de fer.
XXIV. 113,
JOL-RMAL BMCTCLOPâDlÛUB
(Extrait du.)
Letiiv (l'iin ouvrier en soie de
L)on. I. J()7.
KALFI-MA.NN.
Féte de Jean Cléberg à Lyon
eu 1836. VII. 44.
TABLE DES aUTlÀB£8. 5
KOTZEBCJE.
Passage et Sfîjour de Kotzebne
à Lyon en 1805. (Extrait des
Sauvmirs de Paris). IIL 24.
LACRETELLE.
Lyon en 1793. IV. 257.
LAPRADE (Vicron de).
De la iiouvollf salie des Assises
à Lyon. Wll. .•)02.
De la statue de Louis XIV à Bel-
lecour. XXVII. 209.
LA SGRVE (Fleurt).
Lesinife àLyon. VIL 246.
LAUNOY (P. DE).
Lettre et couplet sur les repré-
sentations que donnèrent, à
Lyon , les Grands Capueius
I M ! l iant le carnaval de 1757.
VllI. 143.
li:y.marie (Hyp.)
Du blason au XIX«' sircle , et
spécialement des armoiries
de la voie de Lyon. XIII.
257.
Encore un mot sur la critique
de M. Rayle sur Lyon. IX.
86.
Notice bistoriquc suries églises
de Saint-Jean, de Sainte-
Croix , de Saint-Etienne et
sur la Manécanterie. XVIll.
1.
LEVRAT FQs.
Visite h l'Etablissement ortho-
pédiiiue de Moutfleury. IV.
384.
LORTET (P.)
De rimportanoe du Rhône.
XVL 105.
MAMQUET (A.)
De la uni>i(nn' et iVww conser—
valuire à Ljon. VU. 113-
6 TABLB DBS
HARET (ÂLAIM.)
Dissertatioo sur l'origine et la
fondation de la ^Ue de Lyon.
V. 241.
Premier concile général tenu i
Lyon en 1245. VI. 417.
MARTIN (PlERM^-AlITIDE}.
La féte de S^-Denia-de-Bron.
l. 386.
MATHISSON (l'RÉDÉRic).
Esquisses sur la iM-aneo, Lyon.
(E&tr. deSïSout'eAirsdcFréd.
Mathisson). h 308.
HENESTRIER.
Lettre de Menestrier sur l'éta-
blissement d'un»' loterie, à
Lyon, pour secourir les mal-
heureux. V. 401.
MÉRY.
Voyage, sur le Rhône, de Lyon
à Beaucaire,lettredeH. Méry.
VIIL 144.
MÉZllKES.
Passage de T. f.ray à Lyon.
Lettre de Gray à West. 1.
241.
M0NMART1N(Albx.).
Des améliorations à introduire
dans la ;)artic r-ontrale de la
ville de la Lyon. XXII. 177.
MONMARTIN (Ant.).
De la traversée de la ville de
Lyon et des communes su-
burbaines par le chemin de
fer de Paris à la Méditerranée.
XXll. 195.
MORiry J.).
Cours de la foutainc du Cliou-
lans à l'abbaye d'Ainay. 399.
Eanx de la fontaine de Chou-
HATlâBBS.
lans conduites à l'ablMiye
d'Ainay. I. .'Î99.
Fondation du Petit Collège. 403.
Projet de translation du I^alais-
de-Justicc I. 307.
Querelles ilu Consulat avec la
sénéchauââée. 399.
Un chapitre faiédit du 2e volume
de l'Histoire de Lyon députe
1789. XXll. 470.
OZA.NAM (l>. J. A. S.).
Extrait d'une Histoire inédile
du commerce et de l'industrie
de la ville de Lyon. iV. .513.
Exil d'Ilérode à Lyon. 1. 197-
405.
Les frères Bruyset IV. p. 37.
Origine de la soie et des étof-
fes fabricjuées avec celte ma-
tière. Extrait d'une histoire
manuscrite du commerce et
de l'iniUistrie de la ville de
Lyon. IV. 112.
I>ARAI)1N ((;riM.Ai MK}.
Journal inédit de Guillaume
Paradin pendant les années
1 572 - 1 3 , 1 > '1 1 >' i *' (1 ' •'^pr^'S
un manuscrit autographe dé-
couvert à Beaujeu en 1837.
VI. 257.
PÀR1SEL(L. V.).
Résumé de la question des eaux
putat)les et industrielles à
l^you. XX. 391.
Revue des établissements in-
dustriels de Lvon. IH. 407. —
IV. 369. M. 192.
PASSEitON. l'J. S.).
Mémoires d'un pauvre diable
(épisode dn slàie de Lyon).
IIL .315.
Prétentions soutenues par les
propriétaires des maisons dé-
molies en 1794. VIIL 97*
TABLE DES MATIERES.
PAVY (L. A. L'ABBÉ),
Anselme et Thomas de Canlor-
béry à Lyon. IV. 457.
Les Cordeliers de l'Observance,
m. 257.
PÉRICAUD (A.).
Bigarrures lyonnaises. VIIL
Etablissciiit'iit do riI<Mpl-Royal
des Monnaies tL_Ly!liL IV- 5."
f.plii''m>'ri<l('.s lyonnaises.
I an y HT.
lùnripr
Mars
A M il
Mai
Juin
llliM
Aûûi
L îiiL
hL liiiL
ii 25L
iiL 324.
hL
IL 7±
Septembre id. 23L
Oclolir»' id- âllL
Novriiilirn id. 404.
Décembre id. 500.
Le Jugement nnivprsol, action
entroisactes, rcpi rscnlet' par
les écoliers du CoUoffc de la
Trinité, à Lyon. V. 100.
Lea CiouvemeiiTS de Lyon. .\IIL
3ÛL
Louis (;aron et la féte du cheval
fol, à Lyon. V. 433.
Médaille iichraiciuf découverte
h l.yon, au XVII'' sirçle. L
Mine d'oraux environs de lAon,
à Saint - Martin -La - IMaiuc.
I. (Î5.
Mnlit-re h I.vnn. IL 437.
Mon ri à Lyon. IV. 439.
Teste de l.von au XVl" siècle.
II. 'it3. '
Recherches sur la date précise
de la réunion du coniti' de
Séjour de Cagliostro à Lyon.
11. 241.
Un procès au sujet d'une dé -
bâcle de places en 1(30S.I.1&.
PETIT (Marc-Antoine).
Bombardement de l'Hôtel-Dieu
.n \:9:\. H. i47.
PETREQLliN.
Les Médecins et les Chirurgiens
pendant les épidémies du
XVII»» siècle, à l Hùtel-Dieu
de Lvon. X\. 318.
Lyon à la couronne de
France. IV. 9.
l'LRRlN (Théodore).
Les jeunes ftUes incurables. X.
.307.
POINTE (J. P.).
Fragment pour servir à l'His -
t(>ire de I ynn pendant les
événements d'avril 1834. 111.
216.
POMMFT.
D'une réjouissance publique
faite à Lyon. VIIL 113.
POIILLIN DE LLMINA.
Capitulation entre les Lyonnais
et l'archevôque leur scii-'neur
en 1320 (exirait de Poiilluide
]. um'ma^ Utstuire de Lijony.
1 i.Vi.
PKI miOMME.
Crimes commis à Lyon sous
les proconsuls convention-
nels. (c\tr. del'Hist. génér.
et impart, des erreurs et des
crimes de la Révolution).
RACINE (Louis).
Louis Racine à Lyon. l. 23*-
BEVUE RÉTROSPECTIVE.
(extrait de la).
Troubles de Lvon en 1793.
330.
L lyki^. u Ly Google
8
TAUB OBS MATlteBS.
ROZIER (l'abbé),
Problt'-mt' à i i soudre sur Lyon.
e\tr. deâ Observ. sur la phy-
sique. I. 110.
ROUSSILLAC ( Amédée de).
Critique de la criliijue do M.
Baylc sur Lyon. IX. GO.
Soumission deLyonàUenri IV.
VII. 451.
SACONAY ( Gabhiel de).
Nostradamns à Lyon. IL 226.
SKV.NliS (Théodori: de).
Mœurs lyonnaises. 1. 291.
La maison do Sylvestre le lu-
thier. II. MA.
S(>ZZI (de).
Le P. de Culonia ou l'antiquaire
dupé. 1. 392.
TALLKMANT DES UKALX.
Ninon dol'KiiclosàLyon. 1.1 10.
TIJLMI:^ ^ancien maire de Lyon).
Enfants trouvés, (discours de
receplion à l'Acad. de Lyouj.
IV. 14.
TOURMOIN (Alexandre).
Premiers essais d'aérostat. Pi-
lastre de Rosier à Lyon. XIX.
T1IU.MAS (D.).
Hémoires pour servir à l'Iustoire
de Lyon pendant la ligue.
IL r>.
Suite dos époques remarquables
et des événements ringuliers
de Lyon de leoo à 1643. IL
51.
VERZIER.
Lettre sur l'exposition de 1839.
et sur le ranqqu'y occuperin-
dustric lyonnaise. X. 74.
YGONNIN.
Rapport médical présenté au
Comité central des asiles de
Lyou. lil. 444.
ANONYMES.
Anecdote lyonnaise. 1. 4o4.
Anniversaire de la juste puni-
tion du dernier roi des fran-
çais. (Placard révolut.). U.
250. '
Arrêté de Bonaparte au sujet de
la statue du Major-général
Martin XVlil. 89.
P.erlini ctLislzàLyon. VIL 153.
Complément à l'histoire d'Hé-
rode et d'ilérodiade. I. 40d.
De l'arrêté de l'administration
de la Charité, an sujet des
enfants trouvés et des femmes
enceintes. XXIL 431.
Do la milice et garde bourgeoise
de Lyon. II. îGf .
De la suppression du casuel des
ecclésiastiques (Placard ré-
volutionnaire \ IL 257.
Des eaux d'LcuUy et des eaux,
de Roycs. XX. 160.
Discours sur l'ospouvantable et
merveilleux dosbordementdu
Rliosne. V. 252.
lamente populaire contre le Col-
lè<;e des mr<docinsdeLyonen
1707. 11. 432.
Féte àl'Ëtre suprême, célébrée à
Connnnne-aiïranehie. VIL 1.
Kèle industrielle à Lyon. XXVL
411.
Fêle de l'Égal'té à Lyon (d'a-
près un journal de répoque).
1. 270.
Mémorable accident arrivé sur
le pont de laCuillntièrc, le 11
novembre 17 1 1 M. 145.
Plantation d'un arbre de la li-
berté sur la place des Ter-
reaux. IL 366.
TABLE DES
Plan de Lyon sous François l«r
XV. 252.
Projet tendant à rétablissement
d'une caisse d'vtisans à
Lyon. V. 2ô8.
Rédamations historiques au âu-
jet de l'article : des troubles
de I.yun en 1703. IV. .Vi'J.
Keluliuu du grand inullieur ar-
rivé & la porte da Rhdne à
Lyon le 1 1 octobre 171 1. fRc-
latiou du lenipâ}. 1. 235.
Slatistiqne de l'Etat-dvil de
Lyon pendant l'année 1843.
XIX. 175.
CHRONIQQB LOCALB.
BOITEL (Léon).
1 830. — 1 1 1 . 7 1 . 1 (W). 2:>4 . 256.
34l.:>U(j. iV. iiil. 360. 528.
1837. — V. 416. 478. VI. 407.
488,
1838. — VIL 155. 240.
1830.— X. 397. 490.
1840. — M. 02. 172. Î48. 342.
4M. XII. 320.
1841. — Xlll. 03. 04. 2.>r). -l'iC).
429. 430.431.432.4.33. 134.
437. 438. 441 . 534. 535. 530.
537. 538. 539. 540. 54 1 . 542.
543. XIV. 96. 277. 364. 447.
1842. — XV. 245. S.'VO. 252.
253. XVL 93. 96. 429. 432.
1843. — XVIL 417. 4l8. 420.
423. iOS. 490. XVIII. OG.
1 07. 1 68. 255. 256. 320. 327.
518.
1844. —XIX. 104. 487. XX.
88. 172. 312. 400.
1845. — XXU. 80. -264. 432.
514.
1846. — XXlîL 151. 2ii. -iOi.
472. XXIV. 00. 101. 41S.
1847. — XXV. 96. 184.400.477.
560. XXVI. 102. 278. 422.
515.
1848. XXVIL 104.
MATIÈRE.S. 9
.XC.VDÉMIE DK LY(hN.
Concours de l'Académie de
Lvon pour 1835. 1. 167.
KlecVions de 1844. XIX. 488.
.Modilicatiuus urojelécâ aux rè-
glements de rAeadémie. XVI.
ÔO.
Trix proi)osé par l' Académie de
Lyon. VIL 210.
Séance du 21 décembre 1835.
m. 40.
Séance du 30 aoùl 1830. IV.
247.
Séance du 25 août 1837. VI.
232.
Séance de 1837. (compte-rendu
parM. Polton).VI1.68. 494.
Séance de 1838. VIII. 175.
Séance du l4janv. 1840. XL 69.
Séance du 31 décembre 1845.
XXIII. 144.
Séance du 25 aoùl 1846. XXIV.
190.
Séanc(> du 20 aniil ISIS. Cninp-
te-rendu par M. U. Uignard.
XXVlll. 64.
FACULTÉS U£S SC1E>CES ET DES
LETTRES — SOCIÉTÉS LIT-
TÉBAIRE8.
A. R.
Cours de MM. Iteynaud, Fran-
çois, Démons et Ozanam.
XI. 68.
BOITEL (LÉON).
Historique de la Société d'en-
sei^Miemeut élémentaire du
lUione. I. 143.
Inslallation de la faculté des
lettres, le 20 novembre 1838.
Vlll. 380.
imi'ILLŒU.
Discours d'uuvcrlure du cours
10
TABLB DBS MATIÉBBS.
de Philosophie. 1839.x. 443.
Discours d'ouverture du Cours
de philosophie, année 1844>
1845. X\. 420.
COLLOMBET.
Cours d'histoire de France par
M. François. XVIII. 123.
Cours de philosophie par M.
Bouillier. XWili. 129.
Cours de liuératare ancienne
par M. Démon?. XVIIÎ. 80.
Cours de UUérature ëlrangère
par M. EiochofT. XXVIII. 118.
Faculté de théologie. Discours
de M. Tabbé Vincent. XI. 56.
Installatiou de la Faculté de
Théologie. VIII. 400.
FRANÇOIS (.\cil.).
Discours d'uuverture pour l'in-
stallation du Cours d'iust. de
France. IX. 489.
HUE (J. J. F. }.
Aperçu sur le Cours dé M. Qui-
net. IX. 440. .
GoBBidér. sur le Cours de M. De-
mons. IX. 473.
.1 A M BOX (Alexandre).
Esquisse analytique du Cours
de ïtoologie professé à la Fa-
culh- de l.von par M. le doc-
teur Jourdan XXiV. 283.
OZANAM.
Composition de la Ffteulté des
lettres. VIII. 248.
Cercle littéraire, formation du
bureau 1839. VI 11. 170.
Discours d'ouverture du Cours
(le droit çoumiercial. XI. 1 IS.
Ouverture du Cours de M. Qui-
net. IX. SSO.
Ouverture du Cours de littéra-
ture étrangère. XIII. 93.
Société d'éducation de Lyon,
séance du 15 Janvier 1841.
XIII. 05.
Société Electro-niagnetique à
Lyon. XiX. 480.
TIIÉATBIiS.
CHRONIQUE .MLSIC.\LE.
I. 74.77.321. — IX. 217.316.
317. 313. 516. — XVII. 254.
331. i9S.— XX.S7. 170.307.
~XX1. 101. XXlll. I4ti.
BOITEL (Léon).
Cercle Musical. — Inauguration
de la salle de Concerts. XVII.
58.
1"* Concert du Cercle Musical.
XII. 306.
Cf)ncerf de Ceoraes Ilainl. —
Le bésert de Félicien David.
XXÏ. 286.
Diiprezet M»'- Araldi.XXIl. 496.
M'i<^ Déjazet et Rochel à Lyon.
XII. 79.
Mi>" Rachel et Frédérfo-Lemat-
tre. — Berlioz et son douUe
festival XXU. 75.
Madame Dorval. — Levassor.
XXIV. 95.
Ouvert, du Cercle musicaU XII.
313.
CIIAPONAY (IlEMRI DE).
Téré6aetMarialliIanollo.XXIV.
358.
DEGEORGE ( A. ).
Concerts de Frantx Liszt. XX.
S5.
DL BUISSON (M"- Ja.ne).
Duprez à Lyon. VII. 507.
FORTOUL (H.).
Concerts donnés au héoéfice des .
ouvriers sans travail. XI.333.
GAIBIN.
Charles VI. XXII. 506.
A propos de queltiues comédiens
d'ai^jourd'hui, lettre à M. le
TABLE DES
directeur de la Revut^ du
Lyonnais. XXIV. 44 1.
LAPHADE (Victor pb).
Diogène, comédie par M. Félix
t'yat. xxivrg^
Christophe Colmiib ^ Félicien
David \\ \ I <)<)■
MATIÈRES. 11
ROUSSILLAC ,Amkdée).
M"»c- Albert. M. 312.
Déjazet. — Ligler XXIV. 192.
Kftte donnée an Crand-TtiéAtre
le -i.) avril ISiO. WUl. :î95.
Nourrit, Bouiïé et M"' Falcop.
Vi. 21^5.
Ole Rnll WIH. 4fia.
II. MONUMENTS. — ARCULOLOGIK. — NUMISMATIQUE»
BARD (Joseph).
Bulletin ninnnmenlal et litnrtrî-
qucde la ville île l.yoïi. Wlll.
323. \\V. 109. XX \ 11. X\7.
Dcstriii lioii projetée de la t'a -
ta-lc (le l église Saiiit-Pierre.
XXIV. 354?
Monographie de l'église de Vil-
iars f Aiu^ XXIll. 53.
Notre Daine de IJourt?. XXVI.
Revue monumentale et liturL'i -
que de Rome. XXVH. 101.
Situation monumentaire des
édifices publics de Lyon. Vil.
401.
DE BOISSIEU (Alphonse).
Fac simile de la table de Claude
XXIV. 448.
Inscriptions antiques récem-
ment découvertes. XX Vil.
400
Taurobolc découvert à Lyon
dans le Font de Pierre. XXIV.
TA.
Temple votif en l'honneur de
Mercure et de Maia, existant
autrefois dans le voisinage des
télégraphes, à Sainl-Jusl, lès-
Lyon. XXVII. 409.
BOITEL (LÉON).
Cîppe romain servant de béni-
tîer dans l'église de Talluyer,
prés Lyon. XVlll. 320.
Découverte d'un fragment de
jaiiilie de cheval de bronzcT
XI. 342.
Inscription h Vienne pour le
hustc de IMiM're S<:liiiciderr
XXl. 192.
Le tombeau de Cersnn retrouvé.
\V. ^i:y>
Mrdailh- de Molirre trouvée à
L>oii. MX. 332.
Médaille de (n'olfroy Saint-IIi-
lan-e, par Uantzell et de J.
Reboul de Ximes, par Penin.
X. 112.
Vase d'argent découvert aux
environs de Vienne. XVII.
420. — Deux découvertes ar-
chéologiques. 423. — Mosaï-
que trouvée rue de Jarcntc à
Lyon. 499. — Parure ro -
maine, trouvée ciie/. U's l'rerës
de la duct. clirel. ;ï Lvon-
49s:
BREGHOT DU LUT (C).
Inscriptions antiques inédites-
IV. 168.
Cil ELLE. (Ch). •
De l'inscription sm6 ascia. XIV.
213.
12
TABLE DBS MATliltBS.
COLLOMBET (F.-Zéhon}.
Du Miis< i lapidaire de Lyon.
Wlll. 77.
iDàcnpiiun du i*alaiâ Saint-
Pierre. XV. 250.
Inscriptions eu veradaHaséc
d'Aix. \. 373.
Inscription lapidaire de l'église
Sainl-Miïier. XI. 3i2.
Inscription anli(pie relative à
Lyou. XXil. 012.
inscriptions lapidaires. XXI.
r)3t>.
Sur le projet d'ériger une statue
an ehanoeller Jean Gerson.
\X. 402.
Sur l'emplacement d'Kpnnc
dans le diocèse de Vienne.
XXVll. 354.
UDmoIsurrédisedeBron. XX.
264
GOUCHAUD.
Études sur les monuments an-
tiques de la Grèce. XXIV.
152.
DKVOl COI X (A.).
Médailles lyonnaises Vil. l'2-2.
FALCONiNtT (tiiMiSï}.
L'église de Brou. I. 97. 177.
FLACHERON (Alex.).
Mémoire sur trois aqueducs qui
amenaient autrefois à Lvon
les eaux du mont d'Or," de
la Brevenne et du Gier. Xll.
5. Hl).
D'une double voie sonfiTraine
qui longe les bords du llliùne.
entre Saint-Qaif et Miribel.
Xll. 137.
r.ONON.
Médaille comménioratîve de l'i'-
lablissenient du système dé-
cimal et de son uûge exclu^
sif. X. 486.
GREPPO (H).
Ararica et Rhodanica, arcfaéo-
lo^'ie des 'ii iix fleuves de
Lyon. XV i. 205.
Gonjectores sur un bas-relief du
palais Saint-Pierre, repré-
sentant Mercure. Xll. -189.
De l'u-saue des eaux Iheruiales
dans la Gaule. XXVII. 175.
Examen d'une iiisrrip. ant. re-
lative ù une leiuiue (j^ui exer-
çait la médecine. IX. 400.
Notes sur deux inscriptions an-
tiques nouvellement décou-
vertes à Lyon. X. 326.
Notice sur le monument funèbre
d'un esdave Ubrarius. XIV.
97.
Notice sur une iosi^ptlon an-
tique de I>yon qui servait
d'enseigne à une liùteliche.
X. 281.
Notice sur une inscription du
Musée relative à un charia-
rius lyonnais. Xll. 165.
Observations sur le cippe Ah
néraire d'un macuUoiUS
iyounais. XU. 257.
Observât, sur un autel votif à
Jupiter Depnlsor. IX. 126.
Observât, sur une antitjue ins-
cription chrétienne qui mea-
tionne une école pour les leo-
teins de l'église de Lyon.
XIII. 185.
Souvenirs de quelques artistes
lyonnais de l'époque ro-
maine. Xll. .327.
Sur une inscription chrétienne,
en vers* élégiaques , trouvée
à Anse. Xll. it i.
Sur un monument funèbre qui
porte le nom d'un vascularius
lvr)Mnais. Xll. •i97:
Sur une inscription chrétienne
trouvée à Saiut-lrénée. XIL
TABLE DES MATIÈBES. 13
JOLIBOIS (L'ABBÉ).
Dissertation sur le Mcdiolanum
de Ségusiens. XXVI. 117.
Dissertation sur l'origine de la
tradition des Géants. XXVII.
247.
Sur la colonie Grecque de Lyon.
XXV. 487.
Sur IV'tymolopie des noms de
i^iii:<niiilllll c l uc oii, .\A\ .
trouvé dans le Rhône. XÏX.
488.
nOLIIAt.. (J. B. M.).
Rapport sur le prétendu Pois-
80U-Dieu. XIV. 193.
PÉRICALD (A.).
Médaille hébraïque découverte
ùl.\(in;ui \VI!'-si.''('l(>. 11. G8.
4%.
LENORMANT (Charles).
Rapport de l'Académie des ins-
vi i|uiuf i3 1 1 iH 1 M.S— Kriin S sur
nas. I. 284-
PIERQUIN DE GEMBLOUX.
Réclamation au sujot du rap-
les ou>rii2(\s (le .>i.M. Mon—
ijort sur Icpri'toiidu Poisson-
lalcon et Gn ppo. t. WVilL
bicMi. \IV.
n 91 f
LEYMARIE (H.),
Observations sur un lia?-ro]ipf
et sur une iusniiitiuM de
RENAUX (Jules).
De l'origine des colones d'Ainay.
Leurs dimensions. XIV. 286.
ROSSIGNOL.
Saint-l'aul do Var.u.
MARTÏN-D'AISSIGNY (J. C).
Dissertation sur l'emplacement
Lettre sur une inscriplion trou-
vée à Autun, et où l'on trouve
le mot poisson. XIV. 210.
UOLX (L'abbé).
du temi)l(» d'Aucusto, nuron-
llucul (lu lUinnc cl (1p. I;i
l»rorés-vfirhal des séances de la
Sot'lt'té frant^aisc ]>our la
Sa<')ri(\ \ \\ m. 10.
MILLILT IIOTTIFR.
cons(M"vati(ni des moumucuts
Nouveaux documents sur
glise de Brou. XIX. 16(î.
MONGEZ.
Inscriptions antiques trouvées
à Lyon, lettre de Mongez.
XXI. 358.
MONITEUR DE VIENNE.
Plat d'argent aux armes de
Chabanues de Lapalisse ,
hisloriciues tenues à Lyon les
25 et 26 août 1846. 'XXIV.
176.
TESTE (Victor).
L'église d'Ainay. XXV. 431.
TISSEUR (Clair).
De la restauration de Téglise
Saint-Jean. XIX. 388.
Reconstruction de l'églifte Saint-
Georges. XXV. 13.
TABLE DES MATIÈRES.
III. SCIENCES, — BEAUX-ABTâ.
A (Joseph),
FSIITDOimiK DK OUCKOKOIS.
Sociétr- amis dos Arts. Ex-
position IX. 19.
BARD (Joseph).
i;:glise St-Nizicr. IV. 434. —
V. 269.
Histoire de l'art dans le Lyon-
nais. — Symboles chrétiens
à Lyon. XXVlll. 121.
M()y('n (!>• tompcic r l'irlat de la
liunière (lails U s « élises ru-
rales. XXIV. 90.
Restauration de l'église Saint-
P»ul. V. 16 1,
Sur la nouvplle chaire de l'é-
glise priiuaiiale de Lyon. X.
123. 490.
BOITEL (LÉON.)
Art de lustrer la soie. — Son
origine. 1. 120.
Du major-général Martin , par
.M. Koyaticr, et dr Jean ( Ir-
licrmM-jparM. Lcnind. XVII.
332
L'art à Lyon, en 1836. V. 78.
l^c congrès scientillque à Lyon"
\iv.'i^r):>:
Société des Amis des arts.
Exposition 1838-1839. VIII.
309.
Une statue par M. de Ruol/,.
VIII. 309.
COLLOMBET (F.-Z.)
Inauguration de la statue de
Jacquard. XII. 230.
DUBUISSON (M»* Jane.)
Cabinet de M. Trlmolet. XXV.
33Û.
L>e la pointure sur verre. VIII.
nm.
Exposition des produits de l'In-
de et de la Chine rapportés
par M. Isidore Hedde. XXVL
Société des Amîs do<; nrta.
Exposition 1835-36. III.
160-403-509.
Exposition 1836-37. IV. 449-
.^Oâ. V. ()9r
Ex])ositioii 1S30-40. MIL
Exposition 1840-41. XIV.
:>()(). \V. 6.5.
Expositiou 1842-43. XVil.
nfi.
Exposition 1843-44. XIX. 93.
Exposition 1844-45. XXL
iiiL
Exposition 1845-46. XXIIL
22.
Exposition 1846-47. XXV.
_fîa^
ExposiUon 1847-48. XXVll. '
_81L
Une soirée à l'exposition Al-
phonse Giroux. IL 304.-
443.
FALCONNET (Ernest.)
Les peintres lyonnais au Lou-
vre. IlL 393.
TABLE DES MATIÈRES.
GASTINE.
De la ?(atiio du major-ct'in'ral
15
Martin. \1V. 2.')0. Wll.
GUILLIEN (J.)
Notice sur le tryptique d'Am-
bierle (Loire) attribué à Yan-
Eick. XXI. 369.
HICTVARD (H.)
Etude sur l'art. — Un tableau
deMurillo. XXIV. 251.
LAPRADE (Victor De.)
La Cène, peinte à fresque par
M. Janmot dans une chapelle
de l'Antiquaille. XXV. 57.
LE GEiNTILHOMME.
rStUDORTME DE TnioOOKK DE SKTRES.
LEYMARIE (H.)
Du pittoresque en architecture.
IIL IGl.
Observât, gcnér. sur la pein-
ture on caustique, par Mar-
tin Daussigny, IX. 161.
Notions histor. sur les vitraux
anrif'ns et iiioilor. . par E.
•|hil;;iu<l. 1\. •iii.'î.
MARTIN ET CAHIER.
Explication d'une vorrièro de
ipside (io 1 enlise de Saint-
Jean. -217.
MILUN (C.)
Le musée lapidaire, le musée
fie peintni c et le , cabinet
d'anliiiues, àLvon. en 18117
XVIII. 331.
MOWERRT.
Réclamation <le M. Monneret.
au sujet de la restauration
du Pérugin. XXIV. 94.
PËRICAUD {A.)
Les cartes à jouer. VIL 221.
PERLET.
Artistes lyonnais au Louvre. V.
303.
PERRIN (Louis.)
Du trône de l'Archevêque à Sl-
Jean. XXVI. 417.
SEYNES (Th. de.)
De l'art a Lyon. VII. 134.
Lettres sur l'exposition lyon-
naise à un Parisien. V. 56.
Société des Amis des arts. VIL
72.
VALMORE (Prosper.)
La véritable léte du Laoocon à
Bruxelles. XII. 488.
VIBERT.
De la restauration du tableau
du Pérugin. XX. 168.
De la restam atioii du l^érugin
du musée de Lyou. XXIII.
BDLLETIN ARTISTIOUE.
XIIL ^■^6-43-2-4.'^S-r>36-.S30.
— XIV. jiT-t);>9-:^3i. —
XVIII. 9()-:^>8. — MX. -IftiN.
Wlll ftn-M8
Cibinpi Ao M. Didier Petit.
XIV. 276.
Des nouvelles verrières de St-
Jean. Xl\. 330.
Des verrières de la chapelle du
Sacré-Cœur , à Saint-Jean.
L lyki^. u Ly Google
16 TABLE DES
Loi portant ctablissenicnt d'un
Conservatoire de musique ù
Paris. VII. 149.
LoyB Yaii lîncem, nrrhitrctc de
l'église de Urou. XV 11. 207.
Médailles d'or obtenues par
MM. Dubuisson.Bonnassioux
et Comptc-Calix. XIX. 492.
Réparations auiL tableaux du
musée de Lyon. XIX. 487.
MATIÈaBS.
Peinture sur vcrro. XVIl. 175.
Statue de J. Clebcrgcr. Mil.
4»2. — Statue de Chinard
XIII. 433. — Statue deLe-
mot. Xlll. .i37.
Rectification à propos de la tète
du Laocoon. XII I. 448.
Vento des olijets d'art de feu
H. Leyniarie. XXI. 446.
IV. INDUSTBIE. — ECONOUIË POLITIQUE. — UISTOIBE NATD-
ÂRLÊS-DUFOUR.
Importance de l'industrie des
soies et soieries. XV. ô6.
BARD (JotBPH).
Démonstration de la nécessité
de maintenir des étangs sur
le plateau de la Dombes. X.
141.
Résumé de la question des
étangs de la Dombes. X. 413.
De la suppression des octrois.
XIV. 122.
BAURILLON.
De? systèmes de (•onces.=^ionR
des cliemlus de fer. XX. 329.
D'une nouvelle invention ayant
pour objet l'emploi de l'air
comprimé comme moteur.
XII. 33.
Examen du rapport du docteur
Bowrinc sur le commerce et
les manufactures de la Suisse.
XIII. 400.
La réforme postale en France.
XXV. 157. 239.
Le journal des éoonomisles.
XV. 405.
Les Machines. XI. 353.
RLANC.
Du droit de proitriélé. X.WIII.
S78.
A. BONNET.
Des services rendus par lam*'»-
decine aux scieuces uaturel-
les. XXVIU. 45.
CASTELLAN.
Delafid)ricationdudrap-feutre.
XIV. 328.
CHARDON (C. B.).
Des étanirs et des manUs de ta
Brosse. IX. 353.
COlURIKU de l'Ain :l.e\
De l'introduction des bestiaux
étrangers. XIV. 354.
DEVAY iF.].
De la longévité cl de ses con-
ditions. XXII. 123.
Dos instituts livciéniquesdcPy-
thagorc. X\ l. 116.
TABLK DES MATIKKI S.
17
Des principes fondamentanx
de i'hygièue , coaleiius dans
l'Ancf^i Testament et let an-
tiques Traditions orientales.
XIV. 31. 329.
De» perfectionnements qu'on
pourrait apporter au bien-
être de l'individu et de l'es-
pèce, par une saine applica-
tion des principes de la pliv-
siologie de rbomme. XIV.
475.
FOURNET (J.).
De l'action diluvienne sur le
sol de la France. XVII. 89.
r.ASTINE.
Des enfants trouvés. Xlli. 505.
GUILLEMOT. (P.).
Du morcellement XXI. 17.
IMBERT (lb docteur).
Des crèches et de l'allaitement
maternel. XXV. 39.
MOiNTAIN (G.).
Considérations sur le tabac.
Xll. 273.
POINTE.
Recherches sur les accidents
produits par l'usage de la
charcuterie. II. 134.
BIMBAFlItB* — H0TIGB8. — AITICLES IfÊCROLOGIQUBS.
ANONYMES. .
Bruvas (J. P.). XVIII. 431.
Bonafous (Frankin). XIU. 345.
Chevillard XXU. 432.
Dolet (Etienne). 11.290.
FourierfCh.). VI. 407.
Jacquard (Lettre sur). XI. 175.
Martin jeune ( le docteur).
XXIV. 82.
Parât rie docteur). VIII. 475.
Rondelet (J. B.), architecte. XX.
177.
Sève (Joseph), dit Soliman Pa-
cha. X. 159.
UARI) (Joseph).
Mermet C de Vienne }. XXUl.
278.
Nolhac (Jean-Baptiate-Harie).
XXVIII. 111.
PoUet (Jean). X. U5.
BARJAVEL (le DOCTEUR).
Artaud. XVU. 371.
BERTIIOI ON (CÉSAR).
Cballer. H. 96.
BIGNAN.
Oaga9-4llontbel. 1. 61.
BOITEL (Uor).
Ampère (André-Marie).
r)03.
Benon (Antoine). XVIlI.43-4.
Berthaud (L. A.). XVllI. 167^-
Delavignc:Casimir).XVni.6l 8-
Dubourg (Eugène). >^XIII.4^g-
Flacheron (Alexandre). Xl.^»
358.
Guiiidrand. XVIII. 433.
Jacquard (nouveaux, détails s%m.t)
L 166.
2
111.
18 TAMJI ]>8S
Leymarie (Hippolyte). XXI. 86.
Mollard (M"« Clara Franda).
XVHl. 167.
Ozanam. V. 382.-284.
Quatre en trois ans. 111. 33.
Terme (J. F.). XXVI. 510.
Tisseur (L. B.}.XVU1. 170.
Thomas (le Père). III. 38.
GASTELLAN.
Bottciiet (le «icMilenr). X. 456.
CAYX.
Dumas (Joseph). V. 288.
F.-Z. COLLOMBET.
AUéoQ Dulac. XYUl. 97.
. Arlëft-Dafoiir. IX. 970.
Barry le P.). U. 1S2.
Beauniera (le docteurj. XVUl.
256.
Bedien-Morange. XXI. 19S.
Beraud. IX. 120.
Bergon ( Miciiel-Ange de). YI.
321.
Bernard (Auguste) V. 177.
Besian Arroy. XXI. 194.
Blgimi. IX. 114.
Bochard (a. M.). XIX. 2^.
Boltel(LéonV 1\. 250.
Bonald (lellre de M. V. de) sur
Mazade d'Avèze. XVI II. 517.
Bonibonriî (Jcaiide Vlll. 355.
Bourgcrol (A.) Vlll. 355.
Bouton (le P.). 11. 182.
Brossclte. YIII.
Buhon (le P.). XXII. 20.
Cahour (l'abbé A. M.). IX. 262.
Carrand (l'abbé). XIII. 345.
Chabrol. IV. 307.
Chainpier(Syinphorieu). IV. 41.
Chappuioau (Samuel). V. 3SI.
Chelle (Charles). XXYU. 261.
Cborier (Nicolas). X. 401.
Clapasson (André). VIII. 140.
Clerjon. IX. 122.
Cochard. XVIII. 392.
MATlinBS.
Goignet IX. 114.
Colonia (le P. del VII. 161.
Combcrry (David). XVIII. 406.
Cotton ( Thomas- Jacques de)
XIII. 344.
Dagier (Ktienne). XI. 282.
Delandine. XVIII. 406.
Déplace (Guy-Marie), et lettres
inédites, de Jo.seph de Mli^
tre. XVIU. 210.
Degénmdo. XVI. 482.
Desgranges (Michel), dit père
Archange V. 227.
Dupasquier (Alphonse). XXYU.
263.
Duyn (Marguerite de). VIII.. 32.
ËQuemond, dilSoint-Chamond.
V. 282.
Fahri (le P.). XX lî. 20.
Faivre (Antoine). XX. 406.
Faivre (Adéodat). XXI. 169.
Filére (le P.). II. 182.
Foulques. XVIII. 115.
Gacon ou le poète sans fard.
XVI. 433.
Garin-C.uy de la Pape (Fran-
-çois). III. 417.
Germain (A. G.). XIII. 364.
Grillol (Jean). VI. 321.
(irognier. VI. .386.
Guérin. V, 200.
Guerre (J.). XI. 206.
CnillondeMonlIéon. Vlll. 411.
lioste (le P.). XXll. 26.
Jacques (l'abbé). IX. 241.
Jal. IX. 241.
Journel (Je^n). XV. 135.
Jussieu (.\ntoinc-Laurent de^
IV. 366.
La Coloinbit-re le \\ . 11. 182.
Laïuberld'llerbiguy. Vlll. 401.
Lamourelte (l*abM). II. 182.
l.amure. V. 177.
Laval (le P.). XXII. 26.
Le Laboureur (Claude). V. 188.
Leymerie (A.). XVIII. 104.
MarUn (Aimé). XXVI. 96.
TABLR DBS
Marca (Pierre de). V, 186.
Maurille. IX. 111.
Mazade d'Àvèze. XVI 11. 208.
346. 517.
Menestrier (le P.). VI. 8«7.
Massas. IX. 114.
Millief de Chales (le P.). XXII.
26.
Mon-jpz fr^es^ H. 392.
Montaudon. 1\. 114.
Morand (Jouffiray de). XVIII.
167.
Najac. XVllI. 107. 113.
OzanamCJ. A. F.). XV1I1. 114.
Paradin. IV. 140.
Passeron (J. S.). XlII. 217.
Pavy (l'abbé). IX. 177.
Perenon. IX. li4.
Pemetti (l'abbé). VHI. 131.
Perrin (l'abbé). XIX. 228.
Pounin de Lmnina (tiUeiiiie-
Joseph). Vin. 408.
Pure (l'abbé de). 1. 121.
Prodon Ô'abbé). XXII. 73.
Prudenoe. X. 52.
Quincamon. V. 198.
Rabuel (le P. A.). XXIl. 26.
Raynaud (le P.). VI. 241.
Reboul (Jean). X. 103.
Rubys. IV. 177.
RoaSBeau (Tabbé). II. 301.
Rubys (Épitaphe de la femille
de). IX. 272.
Saconay (Gabriel de). IV. 62.
Saint-Aubin (le P, de). IV. 486.
Saint-Didier (Hubert de). XV.
135.
Sainte-Marie (te dodenr). II.
270.
Sarrabat (le P.). XXU. 26,
Seguy. XllI. 345.
Severt. IV. 423.
SenDeviUe(Gharrierde). XVIIT.
256.
Spon (Jacob). XVII. «73.
Tastti [Madame). IX. 114.
Thomasftia (Mathieu). 111. 417.
matiAebs. 19
VenuM (de). XIII. 547.
VerninacdeSaiDtrMaur. XVIII.
107.
Viai. VI. 301.
Viricu [de). XIII. 344.
Vuillcrme, 1. 65.
;CRÉQU\' (marquise de). ^
Duphot(le général). II. 441.'
COUTURIER (A.)
AimédeLioy. XI. 07.
DARHÊS.
Clèberger (lean), nonteai» do-
cuments Bnr. XVII. 324.
DEEACROIX.
Raymond. V. 307.
DRliOLLE (S. A. ).
Stella (Jacques). X. 335.
DUBU1SS0N(MU*Jaiib).
Nichet (le docteur). XXVI. 400,
Perlet (Petrus). XVIJl. 432.
DUMAS.
Béreiiger(L. P.^III. lia.
DUPASQUIER (ALPHomB).
Eyoard (Emiemoiid). V. 386.
FAUCHÉ (lAm).
Jacquard. I. 52.
FU VISSE (Charles).
Sain RouMetdeVaaxoiiiie. VU.
59.
GONON.
Paleme de Savy. Installation
du premfer maire de Lyoa.
XXIII. 253.
VitetCUuis). III. 451.
20
GROGNIER (L. F.).
Cochard(F. N.)- lU- ^6^-
Gcnsoul (Ferdinand). III. àSL
Jacquard. Discours prononcé
sur sa tombe. L 5!L
GUILLOT (Arthur).
Charles, sculpteur. XVIII. 441.
Chinard (J. B.). IX. 337.
HÉNON.
Charpentier (Paul). VII.
Raymond. V. 321.
JACQUES (L'ABBÉ).
L'ahbé Chouvy. II. 382.
KIEN (E)..
Mondeux (Henri). XIX. 12L
LAPRADE (Victor de).
Ballanche. XXV. 555.
Pernet (Louis). XXIII. 253.
Tisseur (Barlliélemy). XIX.
LEFEBVRE (le P.).
Bëraud (le P.), mathématicien.
XX. 230.
LE GENTILHOMME.
(PseoJoDjme de Théodore deSeyne s).
Baumann. XI. 3Qâ.
Guërin. XII. 298.
LEVRAT (AiNÉ).
Ozaoam (J. A. F.). VII. 467.
LEYMARIE (II).
Deville et Pailleu. XIV. 12.
LORTET (P).
Vietty. XV. 222-
LYONNET (L'abbê).
Servan (l'abbé Michel de). VI.
2ÛZ.
TABI.K DKS .MATIKHKS.
MAGNE (J. II.).
Grognîer(L'. F.). VIII. 2fi5.
MALESCOUR (J. Aimé).
Fauriel. XXIV. 34fi.
MORIN (J.).
Mathieu de Lafont. X. 3fi-
MULSANT (L.).
Villers (G. J. de). X. 242.
OLIVIER (G.).
Jussieu (L. A. de). V. 2ÛL
PASSERON (J.S.).
Chinard (J. B.). I. 471.
Coisevox i\n\.). II. ]Jl£L
Coustou (Guillaume). L 476.
XIII. 33fi.
Coustou (Nicolas). L 3S2.
talonne (Philibert). II. 331.
Dumontet (Guillin). III. 476.
Liénard (Cl.-François). XVIII.
316.
Montforl (Louis Tolozan de) VI.
81. Complément de la notice
sur Tolozan de Moiitfort.
Lellres inédites. VI. liQ,
Thibière (Jean-Marie-Gabriel).
IV. 212.
PÉRICAUD (A).
Dugas (Liurent). IV. 482.
Dervieu de Villars (le chevalier).
VII. 02.
Barra (Pierre), médecin duXVII«
siècle VIII. 333.
PICIIARD (le docteur J.)
Jacquard. Discours prononcé
sur sa tombe. L 52.
POINTE (J. P.).
Desgranges (Jean-Baptiste). V.
217. '
TABLB tua
Lanoix (Jean-Baptiste). XXII.
196.
Legeiidre-Hérald. XI. 483.
Mdéchard. Vlll. 20e.
PoInteCHoooréJ. B.). IX. 4S6.
POTTON (A).
Eynard (Fnnemond). V. 464.
RONDOT (N.).
Say (J. B.). XIV. 107.
BETOB RÉmOSPEGTTTE.
Dolet (Etienne). (Son jugement).
VI. 475.
ROCSSILLAC (A.).
Le cardinal de Lyon. — Cinq
Mars et de Thou. I. 480.
Truchet (Jean-SébastieD). VII.
464.
UATiiass. 91
ROUGICR.
Chervin (le docteur). XXIII.
^37.
Pichard (J.-M.). VI. 462.
ROUYEH (J.-B.).
Guichenon (Samuel) XXIV. 105.
ROYÉ (Aimé).
Moine (Antonin). XXVIIl. 4B0.
SAINTE-BEUVE.
Ampère. V. 332.
SAY (J. B.).
Sav (Horace). XIV. 116.
Say (Louis). XIV. 116.
TAUBÉ DE VAL'XCLAIRS.
Prony (baron de). X. 154.
TIIIEBAUD DE BERNEAUX.
BoorgeUU. 1. 133.
TI. PHILOLOGIE.— CBITIQUB.'— HBUOCBAPIUE .
ARMAND.
liechcrrhm svr l'exercice de
la médecine dans les temps
anciens, par M. le docteur
Gauthier. XIX. 403.
Hygiène des Collèges , par M.'
Pointe. XXVI. 274.
ALDIN.
Da rire eonBidéré eonmie Ins-
tnunonl rt'volutionnaire, à
l'époque de la réforme en
Allemagne. XV. 20.
BARD (Josfcpn).
Histoire dcl aniig ue cité d'Au-
tun, par Edme TboiiiaB.XXV.
403.
Lettre. XXIV. U2.
BERTHIN (Vital).
Manwl éTarehifeetun reli^
gieusCy au mn^ien-àge, J^9T
M. Peyré. XX Vi. 498.
BERTHOLON (CÉSAR).
Deux brochures de M. Alphonso
Hodieu. XI. 246.
Hymnes de Synésius. V« 31
Les prélats espagnfiû^ "pBX Bf •
Mormet. II. 71.
Histoire du i ores, par M
nard. id. 400.
Préludes po«''ti(jue8,
Florvil. 1. 318.
Bapport sur le réglcinep t géné-
ral des prisonsde Lyon • Vli i •
313.
S2
TABLE DBS MATIÈBB8.
BARRiLLON.
Étude sur la question d'Orient.
XII. 353.
Napoléon apocryphe, par M.
Geoffroy. XVI. 42.
Paul de Kock ju^é par les An-
glais. XUl. 465.
Pttttsaneeniaritb&edela i raiice
etde l'Angleterre. XVII. 1S9.
BOITEL (Léon).
Anmuairê de Lyon pour 1849.
XXVIII. 416.
Bugcsiennes (les) , poésies par
Aimé Vingtrinier, 1 volume
m-32. XXVIII. 415.
Carte du Rhône de Lyon à
la Mer, par M. Laurent ûi-
gnoicio. XXIV. 84.
Contes vrais. XXI. 2S&.~Quin-
se jours aux Raîncy.nuW^
Babeuf. XXV. %.
neseriptiùn de féûH» d^mne
dame romaine, par M. Co-
marmond. XX i. 99.
D'un étrange plagiat fait à la
Revue du Lyonnais. XI. 4 1 2.
Exercices de chant, parM.Jan-
senne. XX. 303.
Heures de Lyon, VI. 319.
Histoire de Lyon sous la Res-
tauration à Vaidc des chan-
sons de cette époque, par
M. Castcllan. XXVIII. 115.
Inscriptions antiques de Lyon,
par M. Alphonse de Boissieu
3« livraison. XXVIII. 114.
Introduction de Ja 6« année de
' la Bévue du Lyonnais. XI. 1.
Le père ou l'immortalité, par
Hegaidi, traduit par Antonv
Réual. XI. 341. '
L'église primaiiate de Saint-
Jean. V. 158.
Les grands Cordelier.s de Lt/on ,
parrabbéPavy. II. 488.
Les Giboulées de Mort, vaude-
ville. V. 320.
Mémoire de MM. miaf/ait,
MaikieUf RegnaudetFlach»'
ron, au sujet des eaux dê
Lyon. I. 73.-243.
Pa^itka^^M. Bolo. XXI. 99.
Préceptes pour la premûreen'
fance. V. 160.-315.
Voyageuses [les), poésies par
Aimé Vingtrinier, 1 TOlnme
in-32. XXVIU.415.
BOLO.
Notice sur l'arnM du parlement
de Oôle (]ui condamne au feu
Gilles Garuier pour s'étrelais-
8é changer en Loup^abou.
I. 265.
fiO.>J()lH {A.).
Un chant du Dante. A propos
d'un tableau d'Hippolylc
Flandrin. V. 151.
BORDES DE PARTONDRY (J).
Cours fl'histoiro. VIII. 395.
Du Drame, delaGoraéd.VI.368.
(ieorge Sand. IX. 290.
liOLlLLIEli (F.).
IVnn plan d'association tou-
tes les académies. XXIII. 153.
i>« Spiritualisme et df> la A'a-
ture, parM.Ber80t.XXV.303.
Histoire de Féeole «TitenH»-
drie, par M. Vacberot. XXV.
XXV. 302.
Science êtes droits ou Idéologie
politique, par M. Rittlei.
XIX. 102.
BRUN (Paul).
De la Morphine administrée
par la méthode cndermioue.
XVni. 254. "
Hygiène des familles, par M.
F. Uevay. XXIII. 119.
TAILB lIBS MATI6SKS.
98
StûHâHquê médi€ûh de la pro-
vince (l'Alger, par 11. Trol-
UeL XIX. 253.
imUYAS (Paul).
De l'étude de la langue. XVI.
362-^1.
Pic de la IHrandole. VI. 49.
CHELLE (CBAtLBs).
Bibliothdquede M. Coete. XVII.
54.
Jissai sur ta philosophie des
MieneeSy par M. Ampère.
IV. 68.
HisL critique delà philosophie
earféiienne, par M. Bouiliicr,
X. 236.
GOLLOMBCT (F.-Z.).
Addition à l'histoire littéraire
du P. ColoDia. XYIll. 149.
Addition ao dictioiiiiaire des
anonymes et pseudonymes
de Barbier. XVI II. 326.
Anacréon ei Virgile. 1. 67.-
248.-250.
Anathème, par J. Favre. I. 67.
Bernard (Aug.). Les d'Ur/é.
XIV. 998.
Courses archéologiques et his-
toriques dans le département
de F Ain y par M. Sirand.
XXIII. 149. *
ly Athènes à liaalbecky par Ch.
Reynaud. XXIll. 319.
Dmte, Boccace et les moines
du mont Cassin. XXII. 216.
De la piraterie littéraire. XV.
148.
De (luelqucs rarelôs bibliogr.i-
phiques de la bibliolh. de
H. Cailhava. XV. 303.
D*nn manuscrit inédit de GeN
son. XV. 333.
De l'origine et de la répara^
iiott au mal, par 11. rabbé
Aetorie. XXVI. 333.
De V influence du barreau sur
nos libertés. VI. 484.
Discours sur le sentiment du
devoir, par M. Gilardiu. VI.
484.
Dissertation sur les voyages
de l'empereur Hadrien , par
l'abbé Greppo. XVIl. 2:)9.
Dissertations relatirrs à l'hi»-
toire du culte des reliques
dans l'antiquité chrétienne,
par le m«me. XVII. 959.
Dissertation sur qurhpirx par^
ticvlarités des anciens euU'
tes, par le même. XVII. 960.
Du pape, par J. de Maislre.
XX. 82.
£ssai sur l'influence morale de
la poésie, parRignan. IX. 89.
Etudes sur le dénie des pein-
tres italiens, par Antoine
Fleury. XXI. 444.
Etudes historiques sur le cé-
libat ecclésiastique, par M.
l'abbé l>ernet. XXVI. 333.
Etudes sur la vie et sur tes
écrits de saint Isidore de
Séville. XIII. 291.
FuMllerhtê, Dewrbeei oitl^
quitatibus matisconensibus
liber. Réimpression , par M.
YdméniE. XXV. 93.
Hieioire basilicale et monv-
mentale de Lyon, par M. Jo-
seph Bard. XV. 336.
Histoire eomplète des État»^
Généraux, par M. A. Bonllte»
XXI. 436.
Hfstoifê de Lyon, par M. MoH'
falcon. XXIII. 409.
Histoire des principaux sanc-
tuaires de la mère de Dieu,
par l'abbé Pouget. XXVI.383.
Histoire de l'Eglise gallicnney
continuée par le P. Prat.
XXVI. 333.
autoiro de Mgr d^Avimt, par
S4 TABLE DBS
r&bbé Lyonnct. XXVI. 333.
Histoire de Saivf-Irénée, par
l'abbé J. M. Prat. XIX. 147.
Histoire du procès Cinq-Man
et (le Thou. X. -202.
Uistoire de Palanus^ comte de
Lifùn: I. 67.
IUu$t.r(i(ion<i littéraires de
l Espagne^ par Anlouy Ré-
nal. XXVIll. 416.
Horace et TMoerUe, I. 67.-
248.-250.
Inscriptions antique* dêlAf on ^
par M. Alph. de Boissieu.
XXVl. 25 <.
Inspirations d'un fidèle, 1. 67.
Le litfre de la Nature ^de Ut
Grâce, par M. l'abbé J. L. Le
Voyer. XXVl. 333.
Le Pater noster à différentes
époques.^ Des renuneslyoïi-
nalses. 11. 149.
Les C/uints des vaincus , par
M->* Louise Colet. XXIY. 85.
Les InvraUembiameee, XXVL
179.
Les Olympiques de Pindare.
V. 158.
Le ver à saie, poème latin.
XIX. 325.
Lettre à Mgr le Cardinal de Bo-
nald sur un projet de biblio-
tlièiiue des Pères de l'Eglise
à Lyon. XX. 13.
Lettre à M. le docteur Lahus,
sur une inscription funé-
raire du Musée de Lyon, par
M. H. Creppo. VIII. 372.
Les Prlfri/uif/ra nv sanctuaire
de la Mere de Dieu, XI. 217.
IJttératare italienne. — Anq fo
Frignani. XXV. 142.
Manusirits de h P.ib!iothè(]ue
de Lvon , inveuloriés par M.
Mbri. XV. 331.
Mes Frisons. H, 302.
notice historique sur le culte
MATIÉMBS.
de Ste-Agnès^ par l'abbé J.-
A. Martigny. XXX. 333.
Notice sur te corps de saint
Exnpi're. VIII. 369.
OEuvres de fontanes. IX. 154.
Paul Didier. - Conspiration de
1816, par M. Ang. Dueoin.
XIX. 475.
Philippe-Egalité, parM.Aug.
Dttcoin. XX!. 528.
Poésies catholiques de SQviO
Pellico. VIII. 373.
Première livraison de la MenuH
graphie de Viglite de Brou.
XIX. 475.
Quelques mots sur la brochure
de MM. Nothac et Ponchra.
IX. 375.
Quel(iiie.s vers de Moli»^re ab-
sentsde ses œuvres. XXI. 364.
Hecherches historiques sur le
département (h V Un, par
M. Laleyâsootiièrc.
Beeherehes historique» sur Ri-
ve-de-Ciicr , par M. J,-B.
Cliambeyron. XXI. 96.
Réfbtation d'une réftatation.
XIX. 333.
Règle de foi, ou Commonifoire,
de Vincent de Lcrins. VIII.
387.
lîotinde, ou Itétablissement de
ChdliUon-les-DombeSt poè-
me latin de Philibert Collet,
traduit parM. J.-B. Javffred.
XXI. 187.
Sande.m (Jules). — Marinnna.
XI. 388.
Souvenirs et manuscrits de Tor-
quarto Tasso. XXI 11. 264.
Trois opuscules de M. Noihae.
XI. 50.
Un Correcteur d'imprimerie à
Lyon, au XVI« siècle. XXI.
444.
Un Iféliodorc imprimé à Lyon.
XXU. 72.
TABLE DES
Un livre de Barthélémy Aneau.
Mil. 346.
Un livre de la bibliothèque de
Charles Nodier. \\. SO.
Vie de Bayarty par M. Terre-
basse, 1. 67.
\ie de saint Ktietme Harding.
XX m. 3S9.
Vie de sainte lilomele. 1. 69.
Voltaire et le P. Ylonnet. XIX.
480.
COLOMB DE BATINES.
Bibliothèque de M. Yemeni/..
XVII. 317.
Bibliothèque Ivouoaise de M.
l'abbé PeiTiâiOB.XVIlI. X57.
DARMÊS.
Gerson, poète. XXIII. 285.
DAUPHIN (l'al)l)<-1.
Discours pronoucé à lu di&lri-
bution aes prix de rinstitut
d'OuUins. XII. S22.
DELA8ALLE (RÉGIS).
M«" Dorval. — M"» Rachel.
XII. 303.
DI£MOr.i:OT (J.).
Ausnne. XI. 24.
Catalogue des Lyonnais dignes
de mémoire^ par H< Périeaud ,
IX. 515.
De réducation par les lettres.
XI. 137.
Des origines de la poésie ita-
lienne. 226. .
Histoire civile et relii/iout^e des
lettres latines aux iv-- et \>
siècles, par Collumbet. IX.
5C9.
La Bible Gwjot de Provins ^
satire do m(i>ursdu XII* siè-
cle. XVI. 237.
L'Itinéraire ûeRvtiliuSj tra-
iMATiÈiu:s. 25
duit par M. CoUombet XV.
512.
L*Art poétique d'Horace , tttb-
doit par H. Porchat XV. 618.
DESPORTES (A.).
MoUèf«àChambord. XVII. 177.
DU BOI$(Albbbt).
Le P. Laeordaire. XXI. 965.
DUBUISSON(l|U"JAim).
Gloire à Lyon, par M. J. Bard.
IV. 232.
Impressions et réJïexionSf par
Charles Domet. XX. 84.
Juvenilia, par Chancel. IX.
230.
La Vénus d'Arles, par M. Jos.
1. 154.
DUCOIN (AUGUSTB).
Alexandre Dumas. XXVI. 127.
Histoire de Léon X, par M.
Audin. XX. 156.
DUSS1EUX(L.).
Pèlerinage sur la Saône de
LyonàChalons, VHl. 344.
EICHHOFF.
Omp d'œil général sur la litté-
rature italienne et eq^a^—
noie. XX. 436.
Coup d*CBil sur le génie litté-
raire dsrUurope. XXIV. 482.
Origine et aflinité des longues.
XVl. 161.
Tableaux littéraires de l'Aile—
niasiie et de l'Angleterre.
X\. Ub.
FALCONNET (Erxest).
Pe la Mendicité , par M.
Donnardet. XIY. 241.
Martin Luther. X. S47.
16
TABLE 069 MAT1ÂBB8.
FLACHERON (Albi.)-
Dissertations sw trois frag-
ments en hronze, par H. A.
Coinarniuiul. 8G.
LA SKIWE I Fli:i RY^.
Emile Souveslre, l'Homme et
P Argent. H, 98.
€rerbe lidcraire, par H. Servan
Sugny. \IV. 88.
Histoire de saint Jérôme, par
F.-Z. Collonibet. XX. 233.
L'AiiiHié rlrs (irands, comé-
die de M. Fl. Levol. IX, sup.
7.
La mort de Nourrit. IX. 398.
Notre - Dame de Fourvtèref,
VIH. 154.
Topffcr. XIV. 16!.
FOUTOUL (IIip.).
Simolachrcs de la mort, par
Holbein, XVII. 463.
Virgile. Xl^ 289.
FRAISSE (Charles).
Annales de la Société d'agri-
eu/turr de Li/on. IX. 3t)8.
C/tansons de^M. kauUmann.
I. 71.
Compte-rendu des trnraux de
l'Académie de Lyon , jyen-
dantrannée 1839. XII. 238.
Com0e-rendu des travaux de
la Société de Médecine de
Lyon. VI II. 320.
Delà 3lédecine légede des eUié-
nés. VIII. 318.
Einany. V. I.'i9-319.
Essai sur le développement mo-
ral et intellect net du SOUrd-
muet. VI. lâS.
Eaux de Château neuf. VI. 320.
Histoire statistif/uc des enfants
trouvés, par MM. Terme et
Monfalcou. Vil. 93. i
La belle Veuve. 1. 409.
L'Eglise de Brou, poème. I.
412.
Loisirs médicaux et littéraires^
par M. Pointe. XIX. 397.
Mémoire sur la nécessité et les
avantages de la colonisation
d'Alger. 1. 4i ! .
7N o//C(7 par M. Jhullée, sur Poi-
vre et Dupont de Nemours.
II. 70.
[{apport à la Société de Méde-
cine de Lyon^ sur l'ouvrage
de M, le docteur Dupas^
quier , relatif aux eaux de
source et aux eaux de r^
vière. XII. 237.
liapport surl'élaMissenmtor-
thopédique de MoKtflwrv.
VI. 160. '
liapport sur une question de
responsabilité médicale. VI.
,74.
Réflexions sur la punition des
grands crimes. V. 413.
Hésumé du comptc-r/nKhi de
la clinique ophtalmologique
dans les hôpitaux de Paris.
VI. -103.
Voyage d'un médecin honifpo-
pathe à Marseille , pendant
le choléra. 11. 399.
FRANÇOIS (ACH.).
Cours fT histoire des temps Mo-
dernes ^ par M. Macé. XV.
243.
Histoire de FiraneCt de Hidie-
let. XV. 152.
né^ïullalâ des croisades. XV.
279.
CAUTHIER.
Traité de l' hystérie, par M. le
docteur lîraclK'l. XXVI. 271.
ClilLLEMOT.
Hccherclus archéologiques et
TABLB DBS
historiques sur l'église de
Brou, par M. Baux. XX. 30.
GUISELIN (C).
Lettre à M. de Lamartine sur
son histoire des Girondins.
XXV. 443.
IIICNAnD (H.).
Confession d'un Mal/ieurcux.
— ViedeJ,-C, Romand, for-
çat libéré y par &I. Senran de
Sugnv. XXV. 452.
Poèmes et impressions poéti-
ques , par Jules Canonge:
XXVI. 342.
JAMBON (A.).
De la prostitution et de ses
conséquences dans les gran"
de$viUe$.\\. 154.
JOUVE (À.).
Notice sur le marché aux fleurs
et sur la Société d'Horticul-
ture. V. 407.
LAPRADE r Vir.TOR de).
Faculté des Lettres. Cours de
littérature étrangère. Cours
de philosophie. 1839. X. 472.
Dante, ou ta philosophie catho-
lique au Xllh siècle, par
M. Ozanam. X. 365,
Des habitudes intollectuellesde
l'avocat XI 1. 425.
Dtetionnaire de ta Jurispru-
dence de la Cour royale ^
1823-27. IX. 240.
Du Génie de la littérature fran-
çaise XXVI. 425.
Du Génie des Heliqions, par
M. li. Quinet. XV". 159-321.
Du Président de ta République
française, par M. Albert de
Chantelauze. XXVIII. 116.
Du sentiment poétique de la
nature. XXVIli. 100.
MATléRKS. 27
Electiuns de l'Académie de Pa-
ris. XIX. 175.
Elections de MM. Ballanche ,
Pasquier et de Vigny, h l'A-
cadémie française. XV. i47.
Election de H. Patin. 437.
Elor/e de Downt , par M. Co-
chet. XXV. 95.
Fables , par M. Alexis ROQSset.
XXVIII. 413.
Feuilles aux vents ^ poésies
d'Aimé de Loy. XI. 243.
L ' Ul tra>/io))ffuiisr/ie, ou r lùj li-
se romaine et la Société mo-
dter«a,par Edgar Quinet. XX.
144.
Quinet. IX. 377.
1815 et 1840, de M. Edg. Qui-
net XII. 317.
LASSÊNE (Edouard).
Lucrèce , de H. Ponsard. XVII.
478.
LEYMARlE(HiPPOLYTB).
Essais de critique. IV. 81.
LOUTET.
Congrès de Mayence et de Stras-
bourg. XVI. 341-416.
Du Rliin et de la Syrie. XII.
447.
Etudes des fcurs , botanique
élémentaire , par Ludovic
Cliirat.
Le petit Agriculteur , par M.
Seringe.
Etudes nouvelles des phénomè-
nes généraux de la vie, par
Gabillot.
Les Parties du discours mises
à la portée des enfants, par
Hoffet. XIV. 24 4-245.
MACfi (A> toim:).
De la Politique de Richelieu.
XV. 97.
Histoire de France, IX. 238*
23
TABLE' I>KS UATIÉBKS.
MAIGNAUD (M"» Louise).
La Hobe rouue. VIJI. 385.
Lectures en famille, IV. 532.
MOLLIÊRE (A).
De la Phrruoluyir. XIX. 63.
MOUIN (J).
Du Journalisme. XIV. 369.
NICOLAS.
Home av f^ivrff d'Ain/usle, ou
Voyage un Gaulois a Home.
XXV, %A. — XXVI. 1G4.
]N01)li:n (Charles).
Les Slalaiiasiennes.udT hi. Ros-
taing. VIfl. 171.
OTT.
Les Harmonies de PEtre ex~
primées par 1rs no,i)hrcs, par
M. rabbé Lacuria. XXYII.
100.
OZAXAM (A. F.).
Les petits Poèmes arecs y par
M. Collombet. XIV. 234.
PARISEL(L.-V.)..
Mémoire sur la nai'ifjafion à
rapn-r du Uhùne, XI. 408.
Traité élémentaire de chimie
industrielle, par M. Alph.
Dupas-iLiicr. X\. 301.
Trailr dis Saccharolées liqui-
des. X. 149.
PASSEIION.
F. Gacou et J.-B. Rousseau.
L 337.
PFCQ (Chaules}.
Histoire du Commerce et de
l'industrie^ DOT M. Bettulieu.
Via. 91.
VEhim ;Tii).
Traite pratique des maladies
des enfants^ par M. Richard
deNaucy. X. 145.
PETITSENN.
Pensées Inédites. XXIV. 80.
He l'Illustration typograpiliqiie.
XXIV. 142.
Du Roman-feuilletou. XX. 275.
PI'TRKQlilNC Théodore).
Découverle d'un inamiscrit de
l'ctroniic ù Trau en 1G63.
II. 417.
Sur (pielqncs points de l'écono-
uiie el dus proportious du
corps humain au point de
vue scientifique et artistique.
XVllI. 3-)3.
POTTON (A).
De la Voix dite sombrëe. XVIL
294.
Essai sur les Hallucinations ,
par M. Bottex. IV. 154.
Mrinoire de médecine et chi-
rurgie pratique fUai ledoo-
teur Martin. IL 490.
Notice h isfo rique SUT ta 4vM'
lis. 11. 194.
PUiSËUX(L.).
Thèse soutenue s^ur cette ques-
tion : Expliquer les causes
qui, à dater du Xy^sièclCf
firent rétrograder à VimitOr
tion des littératures ancien-
nes , le caractère jusque-là
moderne et origiiuldela lii"
iérature française, X. 90.
RENAUD.
Notice sur F abbaye dAmbrù-
nay. XIX. 329.
TAnLK DKS
R(K:1IÉUY(P\iil).
Bérangcr et Paul Courier.
XVlll. 22i
Charles Nodier. XX. 5îL
Cours de littérature dramati-
que, oit des passions dans le
drame , par Sl-Marc-Girar-
din. XIX. 2£l
ROUSSI LLAC (Amédée).
Fondation de l'ermitage du
Mont-Cindre et de la tour de
la Belle-Allemande. IL
Le Cri du Peuple. — Frag-
ments politiques de Fcrlon.
L éS^
ROITV'ER (J.-B.).
M. Grumet, curé d'Ainbérieux,
et J.-J. Rousseau. XXIII.
à2SL
ROUX (l'abbé).
Les Inscriptions antiques de
Lyon, par M. de Boissieu.
XXIV. 51.3.
Louise Labé. Ses écrits. XIX.
183.
ROYET (Aimé).
De la tragédie Judith. XVII.
XVII.
Histoire du Consulat et de
r Empire, par M. Thiers.
XXL 422-
Voyage en /carie. XXVIII. 21.
STRUSIE (Jean) (pseudonyme
de Barthélémy Tisseur).
Odes et poèmes , par Victor de
Laprade. XIX. ML
Psyché, poème par M. Victor
(ie Laprade. XV.
TAUUIER.
De la Poésie lyrique en France.
XY. 32iL
MATiÈnrs. -.9
TlSSiaia (Clair).
Histoire de l'art monumental
dans l'anlitfuité et nu moyen
âge , stiiiH d'un Traité sur
ta peinture sur verre , par
!.. Balissier. XXIV. 32iL
VAUCIIER (L),
De l'Enseignement régulier de
la langue maternelle. XX IL
22â.
VINC.TRIMER (Aimé).
Fables, par M. Flcury Donzcl.
XXVI 11. ilû.
BULLETIN DIDLIOGRAPHIQUE
BIBLIOGRAPHIE LYONNAISE.
III. M. ÛZ. âiL GiL GiL Qâ. UVL
2i^2AlL 241.
VI. SIL lilâ. 486. 487.
VI I . aa. ai- 324. 32fî. 372. 3ia.
mL 3HiL 3âl. 3iiiL
VIII. Uii, ihlL ilîl. iiil. 23^-
IX. 22iL
XI. 57. 122- 24S. 332.
331L
XII. 240.
XIII. <KL QL QiL 33S- 341.
.343..34;>..344.424.4-2fi.427.
42a. 527. 531. 520. 532.
XV. IML 33(L 23iL 243-
244. aiIL aOL 333. 512.
XVI. ^2. 2aL 342. 203.
340. 431.
XVII. a4. Sfi. 12&. 124. 258.
21ilL 2jiL iUd. 2113. 2ii4. 423.
2(i4. 33 8 . 33 0 . 340. 242,^43.
244. 499. 500.
Agnès de Méranie , de M. Pon-
sard. XXV. 305 (J. C. L.).
Amschaspands et Darvands.
XVII. 340.
30
TARLR DES MATlÈKrS.
Bibliographie lyonnaise au XV«
siècle. XII. '230.
Biographie universelle de Mi-
chaud, xviii. ma.
Brochure» de MM. Savy et Du-
pas(juier. XVI II. IM.
Brochures réimprimées par M.
Conon. XXVII. 470.
Catholicisme et Philosophie,
par M. Chalelet. XIX. 4116.
Catalogue des produits chi-
nois, recueillis par M. Isi-
dore Hedde, dans son ex-
cursion en Chine. XXVll.
Chants du Midi, par M. J.
Bard. XVII. 500.
De l'introduction de l'art typo-
graphique en plusieurs villes
de France, et entr'autres à
Lyon en 1476, et de quelques
imprimeurs célèbres de celte
ville. IL 496.
Des avantages du concours
appliqué au recrutement du i
personnel administratif et
judiciaire. XXIV. 437.
De l'ancienne tragédie et du
drame moderne. XIV. 22(L
J)e VLitilité d'un Chemin de
fer de Lyon à Genève, par i
M. Barrillon. XXI. mL
De la Confession et des prin-
cipes religieux .selon MM,
Quinet et Michelet. XXI.
mu
Des Embaumements sous le
rapport historique, scienti-
fique et religieux, par M.
Gervais. XXI. aca.
Des lois agraires chez les Ro-
mains, thèse par M. Macé.
XXV. 3ÛL
Derniers Mélanges de littéra-
ture et d'archéologie sacrée,
par M. Joseph Bard. XXV.
466.
Discours sur l'individualisme,
par M. Laborie. XIV. 447.
Discours sur la réduction de la
ville de Lyon à l'obédience
de Henri JV. XIX.
D'une Histoire du Commerce
de Lyon, par Eugène Fab-
vier. XXIV. 1 7.^.
Du Médecin de campagne et de
ses malades. VIII. 388.
Des Fêtes des Anciens, et en
particulier de celles des Hé-
breux. VIII. m
Es.sai sur l'Influence morale
de la Poésie. — Histoire de
France , pendant la derniè-
re année de la Restauration.
VIII. 38a.
Eloge historique de Cochard.
L 6i
Essai d' Instruction paternelle,
L lia.
Essai sur la science du lan~
gage. XVII, 122.
Etudes sur le texte des Psau-
mes. V. 320.
Etudes sur les Historiens du
Lyonnais série). XIX.
329-
Etudes sur les sources de la di-
vine Comédie, par M. F.
Ozanam. XXI. 451.
Examen officiel des eaux po-
tables proposées pour une
distribution générale dans le
ville de Lyon. XII. 237.
Exposition critique des prin-
cipes de r Ecole sociétaire de
laurier, par M. Belin. XV.
158.
Exposition des principes con"
tenus dans le Gorgias de
Platon, par M. Bellin. XIV.
447.
Exposition de Genève. VL 399.
Histoire critique et générale
TAOLK UKS
MATIKKKS.
de la suppression des Jésuites
du XV m* siècle. XXIV.
Histoire de France^ par M.
Boullée. I\. D(L
Histoire de la rie et des temps
de saint Cyprien, par F.-Z.
Collombet. XIV. 447.
Histoire des Allobroges, par
Aymar du Rivait, publié par
M. Alfred de Terrcbasse.
XXI. IM.
Histoire du Choléra asiati-
que observé à Marseille, —
Du Cholera-morbus de Mar-
seille. H. 324.
Histoire générale et départe-
mentale du commerce de
Lyon. L 3Û(L
Histoire naturelle des coléop-
tères de France, par M. Mul-
sant. XXV. 9Sl
Hymnes sacrés de Manzoni.
V. 152-
Impressions et Réflexions.
XIX. 492.
Influence de la littérature al-
lemande sur la littérature
française. L 71^
Jeunes filles incurables de l'ab-
baye d'Ainay, compte-rendu
de l'administration. XXV.
460.
Journal d'tm Pèlerin, itiné-
raire, ecclésiastique et artis-
tique de Lyon à /tome, par
M. J. Bard. XXI. 285-
L'art considéré comme sym-
bole de l'état social. VIII.
L'abbé Perrin. IV. m
La poésie française en 1834.
L 24iL
La Gazette de Lyon. XXI.
L'Annuaire départemental p'.
1844. XIX. 328.
La Réforme contre la réfonne,
par Audin. XXI. 453.
La Vérité sur le lieu de la nais-
sance de Uoiieau. XIX. 40S.
La Troupe de Molière. XX. 282.
Le Cauchemar, vaudeville. V.
24fl-
Le P. Colonia , ou l'Antiquaire
dupé. L 322-
Le Roi de la Basoche. VI. 397.
Le Journal de Médecine de
Lyon. XV. Zfi»
Le Livre de Marie. VI. 7£L
Le Romancero du Cid, par An-
tony Uénal. XVII. 81-
Les cina Cordes du luth, par
Josépnin Soulary. IX. 22Z-
Les 3Ionfagnes , poème par M.
Et. Malpertuy. XXV. 325-
Le Monopole universitaire.
XVII. 244-
Lettre à l'abbé Combalot. V.
Lettre df saint Jérôme. IX. 21.
Lettre inédite de Palissot. IV.
4.'>4.
Lettre inédite de Leibnitz. IV.
13fi.
Lettre inédite de Brossette à
(iacon. L 189.
Lettre de M. l'abbé Lacuria au
sujet de la critique de M. Ott ,
sur son livre : Les Harmonies
de l'Etre exprimées par les
nombres. XXXII. 328-
Lettre de Lamartine et do Vic-
tor Il ugo à M'n* Clara-Francia
Molard. 111. 242-
Les académiques. VI. 400.
Les Bords du Rhône. XVII.
499.
Lyon ancien et moderne. VIII.
242-
Manuel général d'Archéologie
sacrée burgxindo-hjonnaise ,
par M. Joseph Bard. XXI .28.^?.
32
TABLE DIÎS MATIERES.
Mavie judiciaire, par M.Servan
de Sugny. X\V. 452.
Mandragores , poésies. XIX.
492.
Mélanges innlits deSylvio Pel-
lico. Yl. 401.
Mémoires de la Société «PAgri-
eulfvrr. II. 4S7.
Mém. hisL sur Annonay. 1.
95.
Mémotm tur Ui Etals-gèné-
rnv x,mcntioiuiés à rin&Utut.
XIX. 491.
Notice sur Kotiebne. XIII. 97.
Les habitants d'une petite ville
allemande^ comédie de Kot-
tebue. Xlil. 103.—- 289.
Notice sur le grnéral Lafayelte,
par M. BouIIée. W.'l.^S.
ISotices sur les chemins de fer
du Rhône et de la Loire.
XVIII. Ô18.
Notice sur M. le président
Reyre, XXVI. 503.
Notice sur la ville et Vnhhaye
de Saint-Rambert de Joux,
XIX. 320.
Nouveau j- docutnenls recveil-
lis da/is !('.<: archives de Flan-
dre ^ par M. Dufay. XXVll.
186.
Monographie de la Chnrfreusc
de Portes en Bugeu^ par
M. rabbéNyd.XXV.465.
OEuvres philosophiques du P.
lîiif/i''r, avec nnr introduc-
tion par M. J . BouHlicr.
XVIll. 93.
Pauvres fleurs, par Mad. Val-
more. IX. 247.
Poèmes et discours de fb»-
tanes, VI. 400.
Psgché. XIV. 246.
Querelle littéraire. — D'Alem-
bert, le P. Toloinas et la
s(K iété royale de Lyon. IV.
19U.
Recherches surVhitt, du Patres.
I. 93.
Recherches sur l'emplacement
de £tinna, par M. Daigne-
porso. X\T. iS').
Iléclaniattun de M. Beaulieu au
sujet du compte-rendu de
son hi.stoire du Commerce de
Lvon. Vin. l.")!.
Remarques sur la conduite des
ehewsUiert du ueèlé je» de
ra?-(/rrhuse. II. 302.
Sninf ('itprirn. V. 239.
Sceau d Henri VJ. XIX. 487.
Sermons du P. Mae Cartky.
I. 319.
Songes d'une nuit d'hiver. I.
311.
Sur les nouffeaux prqjetspour
don ner des ea uxàta ville de
Lyon X. 140.
Sur une brochure de M. Hœ.
IX. 319.
Théorie delà raison itnprrmn-
nellcj par M. F. liouiliier.
XIX. 463.
Très-curieuse et chevaleresque
histoire de la conquête de
I\aples par Charles VJII.
XIX. 247.
llfïo Foscnlo etjnudqnp?-unsde
S('.«^ sonnet.s. XXII. 4ûd.
I Union ouvrière, par M™» Flon
Tristan. MX. 499.
Une lettre inédite deJacob^^
XX. 284.
Une lettre dUennequin, peintre
i lyonnais. XVlll. 324.
Un mot sur les fabriques éfranr
gères de soierirs. 1. 72.
j Variétés bibliographiques. 1.
I 414.
Vie de Sainte Thérèse , paT
I M. CoUorabct. IV. 443,
ï
DEUXIEME PARTIE.
vil. tBLIOlON. — PBILOfOPillB.
BARRIER.
Esquisse d'une analogie entre
l%oiiDii6eil']iii]iia|iil6.1CXIV.
216. •
BLANC âànff-tfÛfljlNET.
Delà chute de Thomme et de sa
De la Douleur dans Utein^.
XXVil. 5.
De la faute de l'homme et de
sa réparation. XXII. M. *'
Delà foi. XXV. 189. '
De la prière. XXV. 507. ;
La Diea du eœur. 57v • '
BOUILLIER (F.).; '
Des caractères généraux de la
philosophie. XXII. 449.
Descartos. De sa vie et de son
rùie pliilosophique, de son in-
fluence sur les leltrM àa XVIi*
SK^cle. XV. 9.
Dictionnaire des sciences phi-
loso p I li 1 1 vie s , $ous ladireetlon
de M. I l ank. XXII. «68.
Du caractère religieux ^e la phi-
losophie enseignée dons ru-
ntreraité. XVlifl. 499.
Du sens commun rationnp! cl
du seus comuiuu cmpiri(|ue.
XVI. «07.
Examen des leçons sin- la phi-
losophie de Kant, par M. V.
Cousin. XY. 479. ~
Exposition de la doctrine de
Fourrier. Cours de M. Consi-
dérant. XIII. 242. :
Identité do principe philosophi-
que accusé de panthéisme
I avec les principes Ibndamen-
tanx de la ttroologle chré»
tienne. XIX. 275.
Opinions de tharlcs Bonnet sur
l'état futur de l'honunc et des
anioiani. XIV. 178. ^
BRUN (PArL).
De l'habitude et de son influence
sur le phy sique et le moral
de II^Mmune. XVin. 164.
BIK)B (Charles).
De l'état actuel de la philosophie
en Allemagne. - <'
Heidclbcrg. XX. 190.
Berlin XXI. — 113. — 202.
Leipzig. XXIV. 9. , i . .
Tubingoe;XXIV. a7a.XXVl.
78.
De la dogmatique de Strauss.
«Vf. 17.- • - -î « •
rExtratt d'un ouvraae inédit sur
la loi morale, par M. luttiez.
XVI. 531.
COUSIN (V.).
Examen de la métaphysique de
Kant. XV. 199. ^ ^
DAMIUON.
Quehiues mots sur M. Jouffroy.
XV. 261. ;
eu IL LOT (Arthur). ^
Barbarie et civilisation. X. 166>;
GOURJD (P.C.).
■ 5 ■ ;
De la ressemblance rîgoureusa
cfui existe dans le cliristia—
nisme etlacertitude dauâ tous
les gewee. Xlltr64t;.
HEVSIANS DE BICQLÈS. '
Théorie de Kant sur la religion
dans les limites de la raison.'
XVI. 183. —MO. / .utiUii
■■' ïicuRiA.(ràiéëj; ; I
De l'église, de Tétat et de l'eii^-
seignement. XXVI. fiOTl' -
34
TâlU Mi HATliUB.
^ UPIIADE(VicrOftDB).
De runité-Bpirituelle, ou de la
8orî«'té et de son but au-delà
du temps par M. Ant. Blanc
Saint-Bonnet. XV. 496. —
XVI. -74. — 140.
Du principe moral dans la Ré-
vuliUaue.
XXVII. m.
PASSERON.
Dt' l'huininc et de la flodélé.
XVIlLm — 475.
SCIIELIJNG.
Adieu de Schelling aux étu-
diaifta de Berlin. XV. 276.
DiMounpfoiuiieéàroiivartitfe
de son cours de philoMiphie
à Berlin. XV. 86. ^
Fmginent d'un difis9Vjr%.d'oO-
T«rtiire. XVI. m,
STRUSIE (J.).
(Pfcndonyme lim Baribélf mjr Tinear).
Du véritable butdelapâuUké.
XIV. 423. .
VERA (A.).
Doctrine d'Ilégel. XVII. 379.
Joullroy accust^ de matérialis-
me par M. réTêqiMt4i«ChM^J
Ires. XV. 435. \\
InfluencedesdoctÂn^deStraoB
en AHeiiii«iie;*m.%. -
VU. niSIOlRB. — VOYAGES. — MQimS. — USAQBS BT
GODTqMBS.
ANONYMES.
Trois traits de dévouement ftn.
teriiel.
Les frères Monlaîn. IV. 30.
Les frères BruyscL IV. 37.
Les frèree Nolhiie. IV.
ADDIN.
Cxlirait 4iiilia vie de Luther t Les
^j^àysaas. IX. 273.
AUGIER (JOANKT).
_,.;V ;baiid(i.).
ExeyiBiQiiMutoor do Lyonoais.
Aulun. XXV. 317.
Bresse clialmnaise. XXI. 62.
Chagny. XXVir. SS7.
ChAlon-sur-Saône. XXIIM05.
Dqon. XXII. 383.
Mâcon. XXVI. 4i^. i; ..V
Nuitik xxvii.:8o4.A» ,
Paysages et monuments d u can-
ton de Verdun sur le Doubs-
>' BARRILLONj:
Mon VQiyiQeà Paris. iVlil. 486.
Excursion dans le midi. XX.
445. XXI. 43.— 14».-^i34.
— 386. — XXV. 17. r.-'.i
Hospice de la Charité, à BM-
€tieniie. XYIIL 4Xk ^ > ^
'* BERTIfiN (^iTU.).
T a fontaine de Saint-Vaieol^ à
Tcrnay. MX. 105.
HKllTHOLON (CÉSAR),, ;
U Puy en Velay, I. 257.
BEI) F (P.).
Auieode honorable de deux ofli-
eM du réparant de Bouil-
lon à la suite d'mi bal donné
à Villefranche. XIX. 341.
BOITËL (Léon).
La vie nnx eauxdu Mont-Dore.
X 380.
Eglise de Saint-Rambcrt-ITIe-
Barbe. XXI. 446.
Destruction de la vallée de
Roche-Caidoo. XIX. 104.
BOUDES DE PARFONDRY (J.)
LagrandeCbartrease.Vi 11.243.
RedberèbM sur l'emplacement
où se livra la bataille entre
Albin et Sévère, l'an 197.
VIII. 433.
BOULLÉE (A.).
La Croix de marbre, souvenir
de l«iee. XIX. 222.
Les États-généraux de 1588.
XiX. 419.
.IjOuIb - Philippe d*Oriéans.
XXVn. 364-416. — XXVllI.
127-213-297.
BRANCHE.
Excursioii à Vienne XIV. 260.
CAZ£RES (Julu de).
Ammam-Mescoutine en Afri-
que. XXIV. 342.
CHAPONAY (ilENRY de).
Femoy ètle8Charmettes.lll.92.
CHARCOT.
Soutenirsde 1703. XXVI. 108.
GHATELET.
Scavenin du Beuikilaifl. tetire
Sttr Bdleville. IH. 100.
95
COGNAT (Jacques).
Sensations d'un voyageur. VI.
03.
GOLLOIIBET.
Digne et les Alpes. \X, ST»?.
Souvenirs d'Italie. XVII. 12.
Saint-Rambert sur l'Ile. Xli.
485.
TaUflinel sac deRomé. IV* et
V«sièeie.XX.07.
:RAK^Qiiiy||.
Le Pertuisat si Sriiit-Paul-e&-
GflfoiUoii. XXU. 165.
GOUTDftlERfA.).
Les Coramentrants à Saint-
Chamond. IX 193.
Le chercheur de minesen Forez.
X. S06. '
Le Gier.-^llal.— iMiiifiS. VIL
126.
DAUPHIN (l'abbiî).
Souvenirs du Forez. IL 172.
DESPORTES (A.).
Les frères du MoatrOarmel.
XVIll. 243.
DUBOIS.
Recherches sur les Capétieus.
XIV. «.
DUBUISSON (M"" Jane).
La lourde Londres. XIV. 436.
Souvenirs d'Alger. VI. 161.
DUGOIN (Auc).
Fuite et arrestation de l>aul
Didier. XIX. .348.
FRANÇOIS (ACBIU.B).
L'Anglelerre soosÉlisabeUi.XI.
211.
36
GAYET-CESENA (A.).
Lefon de Yertrieux. IV. 491.
GUILLEMOT (P.).
Monographie hÎBtorique du Bu-
gey. XXI. 319.— XXIL 81.
XXIII. 353. XXIV. 1 93-364-
453. — XXV. 101. XXVI. 15.
XXVI IL 169-376. " !
, UEDDE (Isidore). ,
SifDt-EUeniie vadm <t fto-
derne. XI.425.— .XH- 179. i
XIV. 449. ' !
HÉNON.
Excursion botanique an Mont-
ras!. II. S76.
JOLIBOIS (l'abbé).
Des poypes de la Bresse et des
Dombes. XXII . 444.
Dissertation sur l'histoin; du
pays des Dombes et de i'ar-
rondissraient de Trévoux.-
XXIII. 81.
Mémoire sur l'Atlantide, XXII.
f73.— XXIII. 5.
JOtJVE (A.).
De Lyon ù Seyssel et & Aix.
Vli. 17.
LEYMARIB(HlPmra).
Bxeunioli à Die. 1. 4Ai*
Lee Ihlb de Mie d'Henri II. IX.
201.
LORTKT (le docteur).
.De la Chine et de roplum.XVII.
MA(:i:(A.).
De l'étude et de l'euseigoement
de l'histoire nu XIX* slède.
XVI. 265.
MACNK (J. IL).
Un voyage au Mont-Pilat. VI.
357.
TABLE DES MATIERES.
MAUANDON DEMONTYEL
(EVARIST^.
De l'esprit ches les poisépiis.
XVI. 334. , !
La Grandè-^auirtréiise an mois
de janvier. VIIL 251.
Pâtres montagnards. XVI. 2ô3'
MARTIN (P. A.).
Le champ d'Asyle. VIIL 161.
Un tir fédéral en Suisse. 111.
194.
H. MONIER.
Lettres sur là Sardaigiie XXV.
344. — XXVI. 56. — 465.
XXVIl. 143— 219.— XXVIIL
' S49. — 844. '
NIBOYET (ECCÉRIB).
Mort do SébasUano Montécu-
cuUy. IV. 161.
OZANAM.
USIene.XV. 47.
A. PÉRI(.AUD.
Mines d'or aux environs de
Lyon, à Saint4fartlll4a-
Plaine. IL 66.
POINTE.
Relation médicale d'un voyage
de Lyon h Alger. IL 449.
POTTON(A.).
Séjour de J.-J. Rousseau à
Bourgoin. XIX. 9,
PRI^XY (général).
Si^ge de Lyon. XXVI. 181 .-285.
REVUE SUISSE (extrait de la).
ncrnièrcsjounn'esdciarovauté
de Uttifr-Pbiiippe. XXVll.
197.
JAMLE DBS MATliRBS.
87
REWER (DUMONT).
( Pseudonyme de M. Pic).
De Saint-^tleone et de ses ha-
mtants XI. 198.
RIMAUD (l'abbé).
Mine d'or à Soiui-Miirlili-la-
Plaine. IX. HO.
ROUSSILLAC (Amédée).
Essai sur Miribd. 1. 414.-492.
R01JYKR(J.B.).
Aiiibronay. XXIV. 62. -
' ROYETCMmé).
AbbotsM, ,cb«tt0iii d0 Watt^
Scott XXIV. 810.
Côme,'soD lac et ses bords.
XlXr^lII.
Vovage à Vienne (en Autriche).
XXIV. 468. — XXV. 119,-
264.-370.
SMITH (Valentin).
Notice 8ur Clialamoat (Ain).
XXVI. 363.
VINGTRINIER (Aimé).
Châteaux des environs de i^ypu.
Monco^itt à Iriguy, XïiV.
118. " .fr'M
■ i /
ANONYME.
Ancieni^e chanson lyonnaise.
III. S87.
ARANDAS (Georges),
(Pseudonyme de M. FeiTand ).
Le Serment du GruUy. lli. 77.
AUTRAN.
La poésie en rêve. XX. ô.
BARD (Joseph).
Aux mânes d'Achille AOIer.
VU. 866.
Ravennes. X. 7.
Roine. IX. 335.
BARRÉS (Ghârles de).
A miss de G. iL^^i. '
Les im iiiiBaiits.*lX. 97.
BENOIT (Ph.)'
L'Attente. IV. 77.
BENOIT DU TRONCY.
Les Coqs-à-l'Asoe , chanson
du XfV« Biéde. VIII. 189. •
BLOT (Sylvain).
La Marguerite au dé£csi>oir.
.•XXV.i8& u:.
BIGNAN (A.).
Bataille de laMoskowa. IX. 321 .
Ëpitre au chancelier Gerson.
Epibé sorMiTroyagea. 1. 487.
BIU (MU" ANAI8).
A M. Edgar Qulnot. \I. 251.
incendie de Sallanche. XI. 345.
La ehiite ée rAi4^.1X/306.^
Réponse à M.-V. dé Laprade.
X. 404.
BOITEL (Léon).
A Emile Deschamps. V1I1.368.
Atta illle. VH1w479. r"
La fontaine de Vaucluse. X. 5.
Les lileurs de chanvre. XV. 78.
BOUDES DE PARFONDRY.
A Madame Dorval, sonnet. iV.
448.
88 TAILB Wm
DOtICHARD (F.).
L'inondation de 1840. XII. 907.
BUFFARD (Paul).
La Boune. XXIV. i.
GA8TAN.
Li jflime fncqna. IX. 401.
CASTELLAN.
Arrivée à Lyon de la statue de
Louis XIY, potrpourri. VIU.
Comment ne pas aimer la fie.
Vil. 109.
Histoire do Lyon sous la Res-
tanratioD, à l'aide des chan-
sons de cette époque :
— 1814 ou les Autrichiens pr^
deLyemXXVLass.
— Arrivée subite de Napoléon
à Lyon, le 10 mars 1815,
et départ non moins subit
de S. A. R. M. le oomte
d'Artois. XXVI. 459.
L'attente du printemps. XXV.
Uiifl]â.m. 138^
CHAPONAT (H. bk).
Rédité. Réponse à M™«^^ Clara-
Francia lloUard. VIL 360.
Sonnets :
A une Jeune Ihmine poète. X.
408.
— AH. J. Duflot. X.409.
Yen pour l'bamgaraticiii du
Cerâe mmical. XIIL 10.
CHAVANNE (Alexis).
Un rayon de soleil. XXVI. 5.
CnfiMER (Marie^oseph).
Hymne ù J.^. Rousseau. VIII.
30.
C. S.
Les Enftnts dans les bois. XII .
321.
OOIONET(F.).
A Ondine-HjadnIhB Valnare.
XI. 9.
A un Tîeux portrait de jeune
femiiu". XVI. 100.
Le Ch^ne. IV. 256.
Le Cheval de carrière. XXIV.
449.
Les deux corbeaux. XXIV. 451.
Les deux cailloux. XXVI. 283.
UFeoIlleaux vent8.XXVI.281 .
Le lord philanthrope , fUÎle.
XXVI. 11.
Le renard député,fable.XXVL9.
L'Inondation XXV. 405.
Les petits dénieheors. XXV.
406.
Le vent d'automne. XVL 97.
Oh 'iifdtals poète. ¥.237.
CORNEILLE.
Sonnet Inédit XXI. fi5S.
DANIEL.
Voir Joannjw Tipc^'
DEMOGEXrr.
Le Dolmen , ode. XVII. 430.
Le soir de la Toussaint. X.389.
Les Pyrénées. XL 415.
DF-SRORDES-VALMORE(M«»).
A Elisa Mercœur. IL 487.
A M. Gasclion ( de Molènes ).
XVIL271.
La femme aimée. IV. 76.
Pourquoi je suis triste. IV. 525.
Quand j'avais quinze ans. XIX.
177.
DESCHAMPS (EHtLB).
Molière à Louis XIV et Louis
XIV à Molière. XXIII. 399.
DESPORTES (Auguste).
Le Uèvre et la taupe. XVIIl. 3.
Kcs aen IkMM, iMile. XI.
256.
DESPLACES (A.).
A la Muse. XX. 80.
DONZEL(P.).
madiiiM à vapeur. XXVII.
263
Le briii d'herbe. XXVll. 2fi5.
Les r^iflinaeiréelialas. XXVll.
207.
EDANT (G.).
La mort au cabaret. IX. 222.
EICHHOFF (F.-G.).
Hymne à Dieu. XV.aa?.
ERNOUL (ErnbsV).
Sonnet. XIX. 337.
Innocence. XIX. 339.
FALCONNET (Ernest).
A ma sœur. VII. 371,
A M. de Lamartine. Il; 14S.
A Sainte-Beuve. V. 373.
A sainte Térèse. IV. 445. ,
Une heure. V. 232.
FAURE (Eugène).
A un riche avarèt XVI. 1)K
Deux ames. XIII. 177.
La fleur et l'insecte. XV. 257.
Un 8oir sur la colline. XVI. r>.
FOREST (J.).
Dernier adieu. XII. 263.
Morte. XX. 409.
FROUr.:(F.). ii it^îf •
La coupe , tradMlion de Schil-
ler. X. 241.
Le Juif Errant. IX. 329.
Lénore , ballade. XII. 81.
GAYET-CESENA (Auc).
L'avenir. III. 233.
MATIÈRES. 39
GARBEIRON (A.).
U SUence. XXU. 487.
GA8ZINSKI (G.).
Les témoins 'n discrets. XIII. 8b
GEiMN (A.).
Heureux ceux qui sont morts!
Sonnets. XXII. 6.
Un eoavenlr, 80O]ielB.XIX. 409.
GINDRE Bl MAMGT.
Visite à Bénager. X. 11.
ORANGÉ (M"« Sophie).
La pauvre fHle. 111. 238.
GDILLOT (Arthur).
L'arc de triomphe duGarrousel.
XL 253.
GOmilGUER (Ulric).
A If . Viclor de Lapiade. XX.
173.
HÉLIAS (ïl«NRi).
Le souffle du Seigneur. VIL
241.
HUGUE. •
Pensées d'automne. XXVI. 342.
A l'ange d'une petite flUe. XIV.
283.
JACQUIN (L.).
A la femme. XIV. 226.
JOGIJET (L.).
Ornes illusions! I. 49.
KAUFFMANN.
Etre mère et mourir. XI. 422.
LAPRADE (Vu:tou de).
A M. Ulric Guttingucr. XX. 176.
A Térésa et Maria Hilanollo.
XXIV. 447.
A «les proscrits. XIll. 182.
I A une branche fleurie. VIII. 45,
40 TABLE DES
A une jeuDc Allé poète. X. 401 .
A un poète. IX. 102.
Après une Icetunî du hUMiaet
(le Platon. IX. 399.
A la lucuioire de Barthélémy
Tisseur. XVm. 257.
Assis au bord d'un lac. XIX. 7.
iQTocaiiûii sur laMo&taijiieXV.
193.
Hymne au soleil. XYllI. 144.
La chanson de l'alouette. X. 87.
L'enlunt d'un uoète. X. 161.
La colère de Jésus. XI. 177.
La Cigale. XIX. 5.
La coupe. XXIU. 249.
L'hiTer. IXin. Mi.
.L'î\gc nowreaa, poème. XXVL
89.
La Tentation, poème. XXVII.
273.
L'Etang. XVII. 265.
Le Baptême de la cloche. XX.
S13. •
Le lac de Thoun. XI. 93.
Les parfums de MAgdeleine.
IX. 1.
Ma Plaine. XVII. 5. *
Mélancolia. XIU. 5.
Par uife matinée d'avril. XI.
249.
Prolou'tie de PsvHié. X!V. 5.
Vœu à la poésie.' Wll. 433.
LI'DUC (Philibkrt).
Automne. XII. 161.
Dans une soirée. V. 235.
Imitatlonde Thomas Moore. VL
416.
Imitation de Thomas Moore.
VII. 458.
L'étrangère. V. 310.
Le songe de Marie. VII. 467.
Sonnclïi. V. 2.35.
Souvenirs. 11. 228.
I-KVOL [Fl.OHIMOMO.
Kpilre au directeur d'une Revue
littéraire. XIII. i».
MATIÈRES.
La Main chaude^ ballade. VIU.
241.
Le Comité de lecture. IX. 109.
Le retour des fleurs. IX. 333.
Portraits d'enfants. IX. 99.
LORTET (P.).
Les échos du Ualkau. XV. 3il.
DE LOY (AUOI).
L'ange. XL 04.
MARANDON DE MONTYEL.
L'Arabe et la Juive VIU. 162.
MÉRY. *
Bouts rimés. XIX. 323.
MICHEL (Charles).
A mon bric-à-brac XXV. 5.
A la poésie. XXV. 11.
Fermez votre porte aoi visi-
teurs XXV. 9.
MOLLARD (H««Clar&^faiicia).
A Mén. VIL 1. .
A Victor Hugo. ill. 236.
Méditation. — A Lamartine, ili*
241.
MOLLET (L.).
A Paganini. XII. 241.
Tristesse. XIV. 1.3.
MONTHEROT (de).
Discours en vers. X. AC\0.
Quiproquo à une exposition de
tableaui. XL 74.
M0REAU(H«QÉ81PPB}.
LaUsnne ellafermlère. IX. 407.
MOUftAUD.
La musiqiue, satyre. VII. 101.
Les vacances iodiciaires. XV.
H2.
PAIUK)N (AdoU'HE).
Charbonnières. XXV. 97.
TABLB m»
Le Grillou. \XY. 99.
L'An». XXV. 401.
PETITSENN (J.).
Avril. XXVni. 417.
La Suisse en 1847. XXV. 298.
La voix du Printemps. XXIV.
101.
Le Pinson XXVI II. 419.
Médor. XXV. 31d.
PONSARD (FRANCISttBB).
Eglogue. XVU. 4âd.
PONGY (Charlbb).
L'expansion. XXII. S68.
PORGHAT (J.^.).
La chèvre attachée. XVI. 102.
Le paUmpeeste. XVI. 103.
POUPART (AuGons).
L'action. IV. Ôi7.
DE PRADEL (EoGim).
A une toute jeune fille. XXII.
965.
re(;ai.di (j.).
Poéiie italienne. La solitude.
X. 479.
RÉNAL (Cl.-Ant.).
ÎTenMites rien ! VIL 468.
RÉVÉRONY (altrihué à).
Chanson en patois lyonnais.
VII. 478.
REYNAÏJD (Charles).
A|Mesdemoisclics les jeunes
éoonoines de Vienne. XXIV.
981.
RICHARD (AlMT).
Sonnet traduit du portugais de
Caniodns. XVlIl. 329.
MaTliBBS. H
RIGAUD (B.).
A M. Alphonse de Lamartine.
XIV. 281.
Souvenirs du chalet. X. 410.
' ROUSSET (Albxis).
U livre et le monument. XXV t
350.
Le Rosier et le dattier. XXVI.
35S.
ROUSSILLAC (AMtoÉ^.
A un grand homme de lettres.
Vil. 4G3.
L'esprit s'en va. VIL 111.
Le voyage de la vie. X. 9.
SOULARY. (losÉram).
La tour Saint-Michel, à Bor-
deaux. XIII. 3.53.
Les sept péchés mortels. XXV.
481.
Le Sycomore, rir-iiu'. VIL 460.
Les ioins XXV. 404.
Sonnets XXV. 403.
STRUSIE (JEAîSj.
(PMttdoojme (le Bartliéleiny Ti&seur.
▼oir Barthéleuiy Tisicur).
TERRIER DE GLÉRON.
Épitre à l'homme de la Roche.
TISSEUR (JoAiniTs).
A un rêvfiur. XV. 445.
A des enfants. XVlîl. 7.
Lalocouiotivt. WVlll. 5.
L'idole. XVII. 345.
Les parts. \\. 233
Réseaux. XV. 441.
Violettes XV. SL
TISSEUR (R\RTB*Lmit).
A mon ami V. de L. X. 8t-
A MU«.Amélie. L. X.
Au sommeil. X. 86.
4%
TâU.B MS MATlteBS.
Dans un couvent, k des moines.
X. 83.
Une larme de flanoée. XIV. 9.
VALMORE (MU' HTACtMTHE}.
A une amie. Xll. 255.
Le baptême do eomte de Parle.
X. 313.
VINGTRINIER (A.)
France et A]leraagne.XXll.l69.
La jeune fille et le coudrier.
XXVI. 12.
Un eouTenir. XIX. 179.
VOLTAIRE.
Quatrain à une dame lyonnaise.
VII. 463.
I. A. D., ouvrier en soie.
Lolocitain, dianson. VIII. 47.
J. B.
U Régime cellulaire. XXI. 105.
F. de T.
Priez pour moL XXYll. 3»
Ch. F.
Fragment d'un poème sur la
Passion. XXV 1. 491.
n. BOMARS. — CORTBS. HOOTBLUn. ESQniSm* —
FARTAISIBS BT TAllÉTliS.
ARANl)AS((;KonGES).
(Pseudonyme de M. Feirand ).
Beefleak (le) d'ours et la truite
d*Alex. Dumas. I. 800.
AUGIER (loAMirr).
Clémenoe de Boorees. VII. 443.
BARBILLON.
Horalio SparkSns. XIV. 68.
BÉLIARD (J.)
Fantpllbatlresanialtres8e?XlY.
607.
Les femmes marseillaises et les
maris marseillais.XXVLSOG.
BORDES DE PARFONDRY (J.)
L'enfant du Rhône. V. 417.
CLERC (Stanislas).
I>e la danse française et de la
danse espagnole IX. 213.
COUTURIER (A.)
Chroniques : Le rapt. — Le vœu
à N.-D. du Puy.— >Unmetti^
Ire. XV. 289.
Clapé XllI. 19.
L'avocat de village. XII. 63.
lA dame de Jarez. Xlll. 19.
Le marchand de bien* IV. 478.
Le muet de la Qroisi-Blandie.
XIV. 313.
CURTON (AuaAms).
Lp ni'prier. X. 14.
Les treize potencM. IX. 146.
DE SEYNES (TaioMit^.
Des boutiquiers III. 7.
La Mère, histoire SatatU^^imO'
nienne. Y. 122-.,
Une profession de fol, seène
éleeloiale. IX. 164.
DimuiSSON (^NB).
De la mauvaise santé et de ses^
avantages. XIX. 318.
Etude de la femme. III. 27.
Elude de bric-à-hrac. XVL 391 ,
TABLB m HAnteBS.
4S
M»* de Magland. XXI. 513. ~
XXII. 55-l44-248-4jMM92.
XXIII. 131-219.
Palma. XI 11. 205.
Physiologie de la femme de
lettres. XIV. 3i8.
Physiologie du lion et du tigre.
132.
Physiologie du néo-efarétieD.
XVII. 307.
Un forçat. XV. 487.
KAUFFMANN.
TnSâ dupitm CêHi ItoMt
«f vne nuit, 1. 33.
Un duel à Perrache. III. 433.
I.AURENS.
Divagations. V. 17.
LEYMAIUE (M.)
ComidératioDS sur la pipe XII.
400.
LE GENTILHOmiE
(PHidonyme de Théodore deSiJBW).
Voir ce dernier nom.
MONMFR (Henri).
Les deux prott'ssturs. XXI. 352.
ilO.M.N.
Oger le Danois. VI. 289.
PETlTSENIt.
Binettes et bemade». XXVI.
180-420. XXVIII. 211-295.
Du nom des antenn. XXVII.
402.
Du Communisme. XX VU. 409.
Des colleeteara d'autographes.
Vn (juatrain à M. Eugène
Scribe. XXVIII. 118.
Désagrément de faire faire son
portrait. XXV. 472.
Eloge de la peur. XXVII. 325.
L'insUtutrice de retour et sur
le retour. XXVI. 3S1.
PIGHARD (le docteur). .
La chaise à porteurs. I. 99.
PÉRIER (Michel-Ange).
Mon vieux grand père. I. 25.
POMMET.
La courte échelle, chronique.
VII. 350.
PROVÊRE.
( Pseudonyme de M. Pie ).
chapelle des Goncbes. XII.
149.
TOPFFER.
Eiisa.et Widmer. XV. 345.
UHRICH.
Marier-vous donc par amour l
Vni. 158.
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